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Full text of "Revue des études juives 1898"

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REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF. 59, RUE DUPLESSIS. 




REVUE 



DES 



ETUDES JUIVES 



PUBLICATIOiN TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME TRENTE-SEPTIÈME 



PARIS 



A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER 

83 bls , RUE LAFAYETTE 



1898 A-2^ 



ioi 

t. 57 



QUELQUES DATES IMPORTANTES 



DE LA CHRONOLOGIE DU 2 E TEMPLE 



A PROPOS DUNE PAGE DU TALMUD (Aboda Zara, 8 b) 



RAPPORTS ENTRE ROME ET LA. JUDEE. — DUREE DES DYNASTIES ASMO- 
NÉENNE ET HÉRODIENNE- — APOGÉE DE LA PUISSANCE DES ASMO- 
NÉENS. — DÉCADENCE DU JUDAÏSME EN JUDÉE. — ÈRE NATIONALE 
DURANT LE SECOND TEMPLE. 

Il est dit, dans Aboda Zara y 8 &, à propos des fêtes non-juives : 
« Qu'est-ce que la fête de cratèsis? R. Juda dit, au nom de 
» Samuel : C'est le jour où Rome se saisit du pouvoir royal 1 . 
» Objection : Une baraïta, énumérant également les fêtes non- 
» juives, compte comme deux fêtes distinctes et la fête de cra- 
» tésis et l'anniversaire du jour où Rome s'empara du pouvoir 
» royal V R. Joseph répond : C'est que deux fois Rome se saisit du 
» pouvoir royal : à l'époque de la reine Cléopatre et à l'époque 
» des Grecs 2 . 

» R. Dimi dit : Par trente-deux fois les Romains livrèrent ba- 
» taille aux Grecs. Ce ne fut qu'après s'être associé les Juifs 
» qu'ils devinrent victorieux 3 . Voici quelles furent les conditions 
» du pacte conclu entre Rome et les Juifs : Le chef suprême 
» (litt. le roi) et l'hyparque seront choisis alternativement l'un 
» parmi les vôtres, l'autre parmi les nôtres. . . Ce pacte, pendant 
» vingt-six ans, les Romains l'observèrent fidèlement. Plus tard 
» ils réduisirent les Juifs sous le joug. » 

1 De l'hégémonie. 

* Par les Grecs, le Talmud entend la dynastie des Séleucus de Syrie. Cette dynas- 
tie prit fin en 64, détrônée par Pompée. 

* Au sujet de l'aide fournie par les Juifs à César, à Alexandrie, voir Antiq.^ XIV, 
vin, 1,2, 3; B. /., I, ix, 3, 5. 

T. XXXVII, n° 73. 1 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ce changement de la politique des Romains à regard des Juifs 
est confirmé, d'après le Talmud, par la tradition suivante : 

« R. Kahana dit : Quand R. Ismaël, fils de R. Yosé, tomba ma- 
» lade, les sages lui mandèrent : « Rabbi, dis-nous encore les deux 
» ou trois choses que tu nous as enseignées au nom de ton père. » 
» — Il répondit : « Cent quatre-vingts ans avant la destruction du 
» Temple, l'empire s'étendit sur Israël ; — quatre-vingts ans 
» avant la destruction du Temple, on décréta l'impureté de la 
» terre des gentils et des vases de verre ; — quarante ans avant 
» la destruction du Temple, le Sanhédrin alla siéger au Bazar. » 
Ce qui signifie, d'après R. Nahman b. Isaac, qu'il cessa volontai- 
rement de prononcer des sentences capitales. 
D'autre part, R. Yosé avait dit : 

« L'empire persan domina sur Israël, avant la destruction du 
» Temple, 34 années; l'empire grec domina sur Israël, avant la des- 
» truction du Temple, 180 ans; la dynastie asmonéenne, avant la 
» destruction du Temple, 103 ans ; la dynastie d'Hérode, avant la 
» destruction du Temple, 103 ans. » 

Or, comme, d'après le Talmud, il est indubitable, d'autre part, 
que Rome domina la Judée pendant les deux dernières périodes de 
l'histoire politique d'Israël, celle de la dynastie asmonéenne et 
celle de la dynastie d'Hérode, dont le total, d'après R. Yosé est de 
206 ans, le Talmud concilie l'assertion de R. Ismaël avec celle du 
père de celui-ci, en disant que, pendant 26 ans, les Romains agirent 
avec les Juifs en alliés sincères et loyaux, laissant aux Juifs leur 
liberté, et que durant 180 autres années ils les réduisirent à l'état de 
vassaux ou de sujets. C'est dans ce sens qu'il faudrait comprendre 
ces mots msbtt fia^D, le mot rrob» désignant incontestablement, 
d'après le Talmud, l'empire romain. 

De plus, en additionnant les 206 années de ces deux dernières pé- 
riodes avec les 180 années de la période de la domination « grecque » 
et la période de la domination persane, de 34 ans, d'après R. Yosé, 
on obtient la somme de 420, ce qui est le chiffre donné pour la durée 
complète du second Temple dans le passage suivant de Yoma, 9 a : 
« Rabba bar bar Hanna disait au nom de R. Yohanan : Le pre- 
» mier Temple dura 410 ans ; dix-huit pontifes le desservirent suc- 
>> cessivement. Le second temple dura 420 ans et fut desservi par 
d plus de trois cents pontifes. Si on retranche du chiffre total les 
» 40 années du pontificat de Siméon le Juste, les 80 années du 
» pontificat de Jean Hyrcan, les 10 années du pontificat d'Ismaël 
» b. Fabi et, d'après quelques-uns, les 11 années du pontificat de 
» R. Eléazar b. Harsom, il ne reste plus, en moyenne, une année 
» pour chacun des autres pontifes. » 



DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2» TEMPLE 3 

Y eut-il vraiment, durant le second Temple, tant de pontifes 
successifs? Josèphe en compte cinquante et un 1 . Il doit en oublier. 
Mais, sans nous arrêter à ce chiffre de trois cents pontifes, chiffre 
purement hyperbolique, dans ces deux passages qui sont corres- 
pondants et semblent se compléter mutuellement, que d'assertions 
étranges, les unes manifestement contraires à la vérité, d'autres 
sans intérêt appréciable, sans lien entre elles et n'ayant de com- 
mun qu'une inexactitude en quelque sorte flagrante I L'une, par 
exemple, appartenant à l'histoire politique, se rapporte à l'éta- 
blissement d'un régime; une autre touche à une question de rite ; 
la troisième à une modification dans le fonctionnement de la ma- 
chine judiciaire. Quel rapport entre ces trois faits dont, je ne 
dirai pas la succession, mais la réalité même reste encore à 
prouver et paraît extrêmement douteuse? Enfin, quel intérêt si 
grand y avait-il à savoir la date exacte et précise de l'année où 
les rabbins lancèrent l'interdit sur les terres des gentils? Cette 
mesure, qui n'était pas nouvelle, d'ailleurs, avait-elle une valeur 
quelconque pour d'autres que pour ceux qui la décrétèrent en 
même temps qu'ils décrétaient l'impureté des vases faits de telle ou 
telle matière? 

Il n'est pas vrai, d'autre part, que Rome ait dominé en Judée 
dès l'avènement de la dynastie des Macchabées. Si elle intervient 
entre les princes de cette maison d'une façon souveraine, c'est en 
63, pour trancher en faveur de Jean Hyrcan II le litige que por- 
tèrent devant Pompée Hyrcan et Aristobule. C'est en 163, d'après 
le livre des Macchabées et de Josèphe, que Juda envoie une am- 
bassade à Rome, que Rome, si le fait, bien douteux d'ailleurs, est 
vrai, est devenue l'alliée des Juifs. Le premier de ces deux faits 
nous reporte à 233 ans, le second à 133 ans avant la destruction 
du Temple, c'est-à-dire à une distance l'un de l'autre, non de 
vingt-six ans, mais juste d'un siècle. Dans tous les cas, le chiffre 
de 180 appliqué à la durée de la domination romaine en Judée ne 
répond à rien de réel. 

Il n'est pas vrai non plus que la domination persane n'ait duré 
que trente-quatre ans. Il y a là une des plus grosses erreurs qui 
aient pu porter sur un fait de l'histoire. Il n'est pas vrai, par 
conséquent, que la période complète du second Temple ait été, 
comme l'affirme le passage de Yorna, de quatre cent vingt ans. 
L'erreur dans la somme est naturellement égale à celle qui porte 
sur le chiffre particulier. Elle atteint, comme on le sait, le chiffre 
énorme de cent quatre-vingts ans! 

> Ant., XX, x, 2 et s. 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nous nous proposons de répondre à toutes les questions que 
nous venons de poser, de rechercher les parcelles de vérité ren- 
fermées dans ces traditions diverses, le caractère commun de ces 
faits d'une nature si variée, ce que cette page du Talmud, trop dé- 
daignée, à notre avis, par les historiens du judaïsme, peut valoir 
comme contribution à l'ensemble des documents qui ont formé 
les matériaux de l'histoire de la dernière période de la nationa- 
lité juive. 



I 



Remarquons, tout d'abord, que les traditions rapportées dans 
les deux passages du Talmud ont été recueillies par des docteurs 
vivant assez longtemps après les époques ou les périodes dont ils 
ont prétendu vouloir fixer la date ou la durée. Le plus ancien 
d'entre eux, R. Yosé, florissait un siècle après la destruction du 
Temple. Les autres, R. Nahman, R. Dimi, R. Kahana, R. Jo- 
seph, sont de beaucoup postérieurs. Ces traditions leur sont par- 
venues, le plus souvent, par voie orale, témoin le fait même de 
R. Ismaël, fils de R. Yosé. On veut recueillir, à son lit de mort, les 
souvenirs qui lui sont restés de son père et qu'il avait révélés une 
première fois d'une façon orale . .."oi rrraa© û-nm . . .nsb ton. 
Quelquefois ces traditions, ils les ont trouvées mentionnées dans 
ces livres de généalogie, 'porrr nco ou yotm nV^a *, qui ont formé 
la matière des livres des Chroniques, d'Ezra et de Néhémie 2 et 
dont les indications toujours très brèves, parfois obscures, n'ont 
pas toujours été bien comprises et souvent ont été mal interprétées. 

En premier lieu, il est deux des assertions du passage d'Aboda 
Zara dont il est aisé de démontrer l'exactitude. Les deux dynas- 
ties des Asmonéens et des Hérodiens ont, toutes deux, môme du- 
rée, 103 ans, concordance de chiffre bizarre et qui, par cela même, 
éveille la défiance. Cette concordance n'en est pas moins réelle. 
Prenons la première de ces deux dynasties, celle des Asmonéens. 
Josèphe, à la fin du XIV e livre des Antiquités, lui assigne une du- 
rée de 126 années. Elle aurait ainsi commencé en l'an 163, l'année 
de la mort d'Antiochus Epiphane. A cette époque, Juda Mac- 
chabée n'était guère qu'un chef de partisans, chef héroïque, il est 
vrai, et dont les exploits, grossis sans doute par l'imagination po- 
pulaire, sont souvent couronnés de succès ; mais son pouvoir est 

1 Pesahim, 62 3. 
* Néhémie, vu, 5. 



DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2 e TEMPLE 5 

encore bien précaire et sans assises. Le gouvernement officiel est 
représenté par le général Syrien, Bacchides, et le grand-prêtre 
Alcirae. Jonathan (160-149), successeur de Juda Macchabée, par- 
vint à devenir le vassal des rois de Syrie. N'est-il pas plus naturel 
de faire commencer la dynastie asmonéenneen l'an 140, l'année où 
une grande assemblée nationale conféra solennellement à Siméon 
et à ses descendants la dignité de prince et de pontife, dont il rem- 
plissait les fonctions depuis trois ans et dont il est dès lors investi 
d'une façon légitime? De 140 à 37, année où finit la dynastie, il y 
a 103 ans. 

Il faut observer, d'ailleurs, que Josèphe ne dit pas que les As- 
monéens aient régné effectivement durant cent vingt-six ans, 
mais que leur primauté (àpx"n) a duré ce laps de temps, chose par- 
faitement soutenable. 

Voyons maintenant quelles sont les dates extrêmes de la dynas- 
tie hérodienne. Hérode monte sur le trône l'an 37 avant l'ère 
chrétienne. En Tan 66 de cette ère, Tarrière-petit-fils d'Hérode, 
Agrippa II, roi de Chalcis, qui, comme descendant des rois juifs, 
avait conservé, de la part de Rome, le droit royal de nommer 
et de déposer, à son gré, le souverain pontife et ainsi, dans une 
certaine mesure , possédait la suprême direction de la nation 
juive, soupçonné d'intelligence avec les Romains, chassé d'abord 
de Jérusalem où il avait failli périr, devient ennemi public. 
De 37 ante, date de l'avènement de Hérode, à 66 post, date de 
la dépossession finale d'Agrippa II, aux yeux des Juifs, il y a 
103 ans. 



II 



Le chiffre 180 n'a aucun sens, nous l'avons dit, et ne répond à 
rien si on le rapporte à la domination romaine. Que se passe-t-il 
réellement cent quatre-vingts ans avant la destruction du Temple, 
c'est-à-dire 110 ans avant l'ère actuelle ? 

Jean Hyrcan avait soumis l'Idumée, obligé les habitants de ce 
pays à embrasser le judaïsme. Dès lors, du côté de la frontière 
méridionale, plus d'enclave pouvant servir de base d'opérations 
ou de refuge aux tribus pillardes arabes ou aux partis égyptiens 
désireux d'envahir la Judée et de menacer Jérusalem. Restait en- 
core du côté du nord, entre la Judée et la Galilée, la Samarie, ha- 
bitée par d'implacables ennemis du nom juif et dont la présence 
dans ce territoire était un obstacle insurmontable à l'union des 



6 REVUE DES ETUDES JUIVES 

provinces de la Palestine. Jean Hyrcan entreprend la conquête 
de la Samarie, envoie deux de ses fils à la tête d'une armée qui, 
après avoir vaincu le roi de Syrie, Antiochus de Gyzique, accouru 
avec toutes ses forces au secours des assiégés, s'empara de la 
capitale ennemie, l'an 110, le jour même de Kippour. On pré- 
tendit — celte légende se trouve à la fois dans Josèphe et 
dans le Talmud l — , qu'ayant pénétré dans le Saint des saints pour 
y porter l'encens, le pontife y entendit une voix lui annonçant le 
triomphe de ses fils. Il devint, dès lors, l'objet de la vénération 
populaire 2 . 

Ce fait d'armes si brillant assura, pour un temps, l'indépendance 
de la Palestine et produisit incontestablement dans l'imagination 
des Juifs une impression profonde et durable. La royauté nationale 
des Asmonéens s'était, à ce moment, étendue sur tout le pays 
d'Israël, hacw* h? rvûbtt rtottb. C'était là l'événement considérable 
qu'aux confins de sa vie, le tenant de son père, R. Ismaël racon- 
tait, trois siècles après, sans en connaître la signification ni même 
sans doute la véritable nature, croyant sans doute, de même que 
ses auditeurs, que le m^fc, la domination, dont il racontait l'ex- 
tension, c'était la domination romaine. Quoi qu'il en fût, la tradi- 
tion qu'il rapporte dans des termes très vagues, d'ailleurs, ne 
fut pas comprise par ceux qui vinrent après lui : R. Kahana , 
R. Dimi, R. Joseph. 

Il n'y a donc nul rapport entre les 180 ans de la tradition de 
R. Ismaël, qui sont une date précise dans l'histoire des rois Asmo- 
néens, et le nombre 206, somme des années qui s'écoulent entre 
l'an 140 ante, année de l'investiture de Siméon, et l'an 66 de 
l'ère chrétienne, année de la révolte déclarée de Jérusalem. Il 
deviendrait, dès lors, superflu de rechercher ce que devien- 
nent, à ce compte, les 26 ans formant la différence, différence 
complètement imaginaire, entre le nombre 206, nombre cardinal 
qui s'applique à une somme d'années et l'année 180, nombre or- 
dinal, date d'un événement qui se réalise à une époque déter- 
minée de l'histoire. 

Toutefois, il n'est pas inutile de remarquer que la tradition rab- 
binique, pour ce qui concerne la durée des rapports de Rome 
avec la Judée autonome, n'est nullement contraire à la vérité. En 
140 les ambassadeurs envoyés par Simon Macchabée pour con- 
clure une alliance avec Rome reviennent de Rome, rapportant 
l'instrument diplomatique de cette alliance. De 140 ante à l'an 66, 
il y a 206 ans. 

1 Tosèfta Sota, xm, 5. 

* Josèphe, Antiq., XIII, x, 7. 



DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2» TEMPLE 7 

Dans cette confusion de traditions diverses mal comprises et 
mal rapportées, il est impossible, sans aucun doute, d'expliquer 
d'une façon mathématique jusqu'au moindre détail. Cette période 
de vingt-six années d'alliance sincère et loyale entre Rome et la 
Judée, qui semble avoir été l'âge d'or de cette alliance, à quelle 
époque se produit-elle ? Nous n'en savons rien. Prenons toutefois ce 
chiffre de 26 pour l'expression numérique d'une tradition, réelle 
peut-être, mais confuse comme toutes celles qui ont été rapportées 
dans ce passage, et essayons, dans cette hypothèse, de retrouver 
le moment où, portées l'une vers l'autre par une confiance absolue, 
d'une part, par une bienveillance incontestée, de l'autre, Rome 
et la Judée entretenaient des rapports tels que, de loin, pour des 
esprits ignorants de la politique romaine comme les talmudistes de 
Babylonie au iv e siècle, ou, comme longtemps avant eux, l'auteur 
naïf du I er livre des Macchabées, il semblait y avoir égalité de 
droits dans le pacte contracté entre le petit état oriental et l'empire 
tout-puissant de Rome. Remarquons, en effet, que le Talmud n'a 
pas, le premier, conçu de cette façon l'alliance avec Rome. L'au- 
teur du I er livre des Macchabées, qui vivait à une époque où la 
Judée était indépendante, stipule de même, sinon dans les mêmes 
termes, les conditions du traité : selon les circonstances, les 
troupes juives devaient obéir à des chefs romains, les troupes ro- 
maines à des généraux juifs *. Telle est en substance, selon lui, 
l'alliance contractée, en 161, à Rome, par les envoyés de Juda 
Macchabée. 

Cette clause, Josèphe, racontant cette négociation, se garde bien 
de la reproduire parmi les engagements conclus alors et qui , 
d'après lui, furent gravés sur les tables d'airain déposés au Ga- 
pitole*. 

Cette alliance fut renouvelée dix-huit ans plus tard, en 143, par 
Jonathan 3 ; vingt-quatre après, en 137, par Siméon * ; puis en- 
core, en 128, par Jean Hyrcan 5 ; alliance, pendant très long- 
temps de pure forme, ce semble, et dont, durant près de cent ans, 
les effets ne se manifestent qu'une fois, par les lettres commina- 
toires adressées, en 137, aux voisins hostiles de la Judée, mais qui, 
donnant aux Romains le droit d'intervenir dans les affaires inté- 
rieures de la Judée, préparent, comme on sait, l'asservissement et 
la ruine de celle-ci. 

1 I Macchab., vin, 28 ss. 

2 Ant. f XII, x, 6. 

« I Macchab., xii, îJ, 16 ; Ant. t XIII, v, 8. 
* I Macchab., xv, 16-24 ; Ant., Xllï, vu, 3. 
s Jbid. y XIII, ix, 2. 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ces vingt-six années dont parle le Talrnud 1 , pendant lesquelles 
Rome, étroitement unie à la Judée, a pour celle-ci tous les égards, 
ce n'est pas dans cette période de cent années qu'on les retrouve ; 
ni, à notre avis, de 69 à 39 durant le principat d'Hyrcan II, pen- 
dant lequel la Judée est pillée tour à tour par Scaurus, Pompée, 
Gabinius et Crassus; ni pendant les trente-trois années du règne 
d'Hérode, qui par ses bassesses envers les Romains et la prodi- 
galité de ses largesses, s'assure une autorité absolue, sinon dans 
le gouvernement de sa famille, du moins dans l'administration de 
son royaume ; mais cette période où Rome, quoique maîtresse 
souveraine et effective de la Judée, semble avoir joué dans les af- 
faires intérieures de ce pays, le rôle d'une alliée fidèle, c'est plutôt 
après la déposition d'Archélaùs, à partir de l'année 6 de l'ère ac- 
tuelle, quand Rome a pris directement en main le gouvernement 
de la Judée. 

La dynastie Asmonéenne, si glorieuse et si aimée à ses débuts, 
n'avait pas longtemps conservé son prestige. Illégitime aux yeux 
de beaucoup, ayant usurpé un pouvoir que lui déniaient les prin- 
cipes constitutifs de la nation, ainsi que le déclaraient dès l'an 
63, à Pompée, les représentants autorisés de la nation, elle avait 
bientôt perdu toute autorité, ruinant la Judée dans des compétitions 
fratricides et intervenant dans les querelles religieuses de la façon 
la plus abusive et quelquefois la plus cruelle. Mais quel ressen- 
timent de haine soulevait dans les cœurs le souvenir de l'atroce 
tyrannie d'Hérode, l'étranger, l'Iduméen, l'esclave des Asmonéens 
et leur meurtrier, le meurtrier de ses enfants, de sa famille, de 
l'élite de la nation! Gomme une grâce, le peuple juif sollicitait 
qu'on le délivrât de ses rois, le gouvernement de Rome lui sem- 
blant la délivrance, le salut. Dès la mort du tyran, la nation tout 
entière 2 encouragée par le gouverneur de Syrie, élut cinquante 
députés auxquels se joignirent huit mille hommes, toute la com- 
munauté juive de Rome, pour porter devant Auguste les plaintes 
amères de la nation et son vœu d'être gouvernée par des préteurs 
romains. C'était pour eux le moyen d'obtenir leur autonomie, 
c'est-à-dire le droit de se gouverner eux-mêmes suivant leurs 
propres lois, sous la protection de Rome 3 . 

Dix ans après, les vœux du peuple juif étaient exaucés. Arché- 
\i us, le digne fils et successeur d'Hérode, "fut déposé, ayant uni 
dans la même réprobation Juifs et Samaritains et jusqu'à ses 

1 Période de vingt-trois à vingt-quatre ans. Il est entendu que ce chiffre de 20 
n'a qu'une valeur approximative. 

2 Ant., XVII, xi, 1, Tipeaêeta lovSxîtov , yvcoTr, tou ëôvou;. 

3 uirèp atTYiaxco; aûxovou.ia;. 



DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2* TEMPLE 9 

propres parents, Rome prenait en main le gouvernement de la 
Judée et, pour la première fois, pendant de longues années, la 
tranquillité régna dans ce pays. 

Sous les premiers procurateurs, la Judée n'a, pour ainsi dire, pas 
d'histoire. Elle est gouvernée suivant ses lois, par ses propres ma- 
gistrats. La seule question qui la trouble — dans un parti d'esprits 
inquiets — est de savoir si la religion permet de subir le cens, de 
payer le tribut à César. Les enseignes romaines ne pénètrent môme 
pas dans la ville sainte, leur vue pouvant froisser les préjugés re- 
ligieux des Juifs. Ponce Pilate, procurateur, vingt ans après que la 
Judée est devenue province romaine, est obligé de faire sortir de 
Jérusalem les enseignes romaines pour ne pas blesser les senti- 
ments des Juifs. 

Ponce Pilate est le premier, d'ailleurs, dont les Juifs se plaignent, 
et leurs griefs ne sont pas toujours justifiés. Ce ne fut que vingt- 
neuf ans après l'établissement de la domination romaine, en l'an 
35, qu'éclate un conflit sérieux entre Pilate et les Samaritains et 
que ceux-ci obtiennent son rappel. N'est-il pas vraisemblable que, 
Rome gouvernant la Judée avec tant de modération, de sagesse et 
de ménagement, les Romains, durant les vingt-six premières an- 
nées de leur gouvernement, parurent aux Juifs moins des maîtres 
que des alliés? 



III 



« Quatre-vingts ans avant la destruction du Temple, on décréta 
l'impureté du pays des gentils et des vases de cristal. » 

La pureté ou l'impureté étaient, pour les Juifs, idées ou choses 
purement relatives. Si, à l'égard des gentils, les Juifs se considé- 
raient comme purs *, il y avait parmi les Juifs eux-mêmes, en ma- 
tière de pureté, de nombreux degrés -. L'homme du peuple était im- 
pur relativement au savant, celui-ci à l'égard du Cohen, les membres 
du Sanhédrin rendaient impur, par leur seul contact, le souverain 
pontife 3 , le Cohen était moins tenu à l'observance des lois de pureté 
que le Nazir 4 ; le Temple lui-môme n'était pas assez pur pour les 
Esséniens, qui s'abstenaient de s'y rendre. Le Temple, néanmoins, 
était sacro-saint à leurs yeux; ils y envoyaient leurs offrandes 5 . 

1 Jean, xvni, 28 ; Ant., XVlII, iv, 3 ; B. J., II, vnr, 10 ; VI, n, 2. 

* Mischna Haguiga^ n, 7. 

3 Ibid, , Para ; m, 7 ; Tosefta, ibid., in, 8. 

* Mischna Nazir, vu, 1, opinion de R. Eliézer. 
5 Ant., XVIII, i, 5, àvae^ata. 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Déjà à l'époque des plus anciens prophètes, la terre des gentils 
paraissait impure, ainsi que nous le voyons dans Josué, xxu, 19, 
et dans Amos, vu, 17. C'est pour cette raison sans doute que, 
lors de redit de Cyrus, parmi les Juifs qui retournent en Pales- 
tine, la proportion des Gohanim est si forte, 10/100, 4,000 sur 
40,000. Cette impureté n'était pas chose très grave aux yeux de 
tous les prêtres, car il en reste alors en Babylonie, témoin la 
famille d'Ezra, Cohen, comme on sait, celle de Hananel, qui fut 
appelé de Babylonie pour être grand-prêtre au commencement 
du règne d'Hérode *. L'autorité religieuse s'y prend à plusieurs re- 
prises i pour la 'faire passer dans ses lois et celle-ci semblent 
avoir eu un caractère politique plutôt que religieux, les circons- 
tances au milieu desquelles elles sont faites le prouvent. Tel pa- 
raît être le décret dont R. Ismaël a conservé le souvenir et fixé la 
date. 

Se passa-t-il donc quelque chose qui pût motiver le décret des 
sages, quatre-vingts ans avant la destruction du Temple? 

En l'an 10 avant l'ère actuelle, Hérode inaugure la ville de Césa- 
rée, dont il fit, sinon sa capitale, — le Talmud l'appelle la métro- 
pole des rois 3 — du moins sa résidence favorite, qu'il peuple de 
vétérans de ses troupes, c'est-à-dire de mercenaires étrangers 
libérés du service, et de Syriens, qu'il décore avec magnificence, 
où il construit des temples à l'usage des colons idolâtres, un temple 
surtout qu'il consacre à Auguste. Pour célébrer l'inauguration de 
cette ville, qui semble avoir été construite en haine de Jérusalem, 
qui deviendra son ennemie*, que Josèphe déclare être la plus 
grande ville de la Judée 5 et que le Talmud appelle la fille d'Edom c , 
Hérode institue des courses de chars, des jeux gymniques, des 
combats de bêtes féroces et de gladiateurs. Il y attira une immense 
multitude, y reçut de nombreux ambassadeurs des rois et des 
peuples voisins, célébra, pour recevoir tous ces étrangers, des 
fêtes de jour et nuit avec une profusion qui flattait son orgueil, qui 
faisait l'admiration de ses hôtes si magnifiquement traités et le dé- 
sespoir de ses sujets, car, ainsi qu'à maintes reprises l'histoire 

1 Les Juifs de Babylonie veulent, à force d'instances, retenir parmi eux Hyrcan II, 
l'ancien grand-prêtre, Ant., XV, n, 2. 

* Schabbat, 15. La première fois c'é'ait, ce semble, sous le pontifical d'Alcime. Yosé 
b. Yoézer, qui la fit décréter à cette époque d'après le Midrasch, fut la victime de 
ce prêtre, son neveu. Bereschit Rabba, 65. 

1 Meguilla, 6 a. 

* Ibid. 

5 (j-eyiaTYiv 'Iovoatwv rcoXîv, B> /., III, ix, 1. Tacite l'appelle Judace Caput, 
Hist., 2, "79. 

6 Meguilla, ibid. Le Midrascb Schir Haschirim, i, 5, l'appelle la ville de blaspbè- 
mes, ÉTDVrUI fcTD*n"Tn P5^n». 



DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2 e TEMPLE 11 

le répète, rien n'aliénait davantage à Hérode et n'exaspérait tant 
contre lui les cœurs des Juifs, que ces orgies où étaient violées 
toutes les lois de la décence et de la pudeur, que ces jeux cruels 
et impurs du cirque introduits par lui en Judée au mépris des plus 
saintes traditions et altérant si gravement les mœurs nationales 1 . 

Gésarée, bien que située en Judée, était considérée comme terre 
des gentils *, le décret rendu par les Pharisiens en l'an 10 empê- 
chait les Gohanim et les gens scrupuleux, désireux d'éviter toute 
impureté, de se rendre à Césarée, d'assister aux jeux et aux fêtes 
de cette ville, jeux qui, ainsi que Hérode l'avait prescrit, devaient 
se renouveler tous les cinq ans. Par cette mesure on faisait le vide 
autour du tyran et de sa résidence favorite. S'il est vrai, ainsi que 
l'assure le Talmud, qu'en l'an 10 on décréta d'une façon générale 
que la terre des gentils serait réputée impure, cette mesure était 
de la part des Pharisiens, un acte d'opposition, inattaquable en 
principe, puisqu'elle n'était pas spéciale à Gésarée et qu'elle visait 
des ordonnances antérieures 3 et qui, de cette façon, entrait com- 
plètement, sous ce double rapport, dans le système de l'opposition 
qu'ils faisaient à Hérode 4 . 

Par le même décret, en déclarant impurs les vases de verre, ils 
ruinaient l'industrie de la ville naissante ou en arrêtaient le dé- 
veloppement. Césarée était située sur une côte sablonneuse 5 . Le 
sable de cette côte, d^ne couleur éclatante, servait à fabriquer le 
verre blanc, si estimé, au dire du Talmud. Le produit de cette fa- 
brication était de nature à donner à ce territoire une valeur au 
moins égale à celle des meilleurs terroirs de la Palestine 6 . 

» Ant., XV, vu, 10; vin. 1. 

* J. Guittin, i, 5; j. Nazir, îx, 1 ; Oholot, xvn;, 9; T'osefta, ibid., xvm, 16; Actes 
des Apôtres, xn, 19 ; xxi, 10. Cette impureté majeure nécessitait uue période de lus- 
tratiou de sept jours, durant lesquels le Cohen était éloigné du sanctuaire, ne pouvait, 
sans s'exposer aux plus terribles châtiments, participer aux sacri(ices,aux prémices de 
la pâle (Halla), des fruits (Bikkourim), aux prélèvements consacrés (Terouma), qui 
étaient la majeure partie de ses revenus. 

» Schabbat, 15 a. 

4 Ant. , XVII, ii, 4. « Les Pharisiens peuvent le mieux faire de l'opposition aux 
rois, et 1res prudents, et de la façon la plus prompte et la plus avisée, trouvent le 
moyen d'entrer en lutte et de blesser. > (îaatXeûai Su/àjxevoi p.à),i*7Ta àvuTCpàaaeiv 
irpou-TiOeiç, xàOé tou upouTcxou sic xo iro),Eueïv Té x?i fili-itTZw àTC/ipuAvoi. 

5 mbirrn p rn©**, Meguîiia, 6 a. 

8 Jbid. 



12 REVUE DES ETUDES JUIVES 



IV 



« Quarante ans avant la destruction du Temple, le Sanhédrin 
fut exilé (du Temple)..., cessa de rendre des sentences capi- 
tales. » 

Ce texte, d'après la plupart des savants, n'a aucune valeur. 
D'une part, se fondant sur un texte de Josèphe, d'après nous, mal 
compris, on admet qu'en droit, les pouvoirs du Sanhédrin ont été 
restreints, au point de vue judiciaire, bien avant l'époque indi- 
quée par le Talmud. 

De l'autre, les traditions rattachées aux textes évangéliques au 
sujet du procès et de la condamnation de Jésus, d'Etienne et de 
Paul et le témoignage de Josèphe relatif à la condamnation de 
l'apôtre Jacques semblent démontrer d'une façon considérée 
comme péremptoire qu'en fait, dans certaines conditions, le San- 
hédrin exerçait encore le pouvoir de prononcer des sentences ca- 
pitales. 

Voyons d'abord le texte de Josèphe : 

1. En l'an 6, Archélaùs, fils d'Hérode, ayant été déposé et la Ju- 
dée étant réduite en province romaine, Coponius, chevalier ro- 
main, est nommé procurateur de la Judée, reçoit pleins pouvoirs, 
(xl/pt tou xTei'veiv Xocfiwv èjjouatav '. Donc, à partir de cette époque, 
c'est-à-dire soixante-quatre ans avant la destruction du Temple, 
le Sanhédrin était dessaisi, à ce que l'on prétend, du droit de 
condamner à mort*. Cette interprétation du passage de Josèphe 
et l'induction qu'on en tire nous semblent absolument erronées. Si, 
dans ce texte, il s'agissait de prérogatives judiciaires, il en résul- 
terait, non pas que le droit de prononcer les sentences capitales 
aurait été exclusivement réservé aux procurateurs romains, les 
autres restant de la compétence des tribunaux juifs, mais que le 
représentant de l'empereur aurait prononcé en tous les cas, y com- 
pris les causes pouvant entraîner une condamnation à mort. Il 
aurait été investi, dès lors, de ce qu'on appelait autrefois le droit 

1 B. J.y II, VIII, 1. 

* Graetz, III, note 25. Voici, en résumé, pour quelles raisons Grreîz conteste l'as- 
sertion du Talmud : 1° on ne voit pas par suite de quels faits le Sanhédrin aurait été 
dessaisi de ses prérogatives en l'an 30; 2<> en droit, le grand Sanhédrin n'était pas le- 
seul compétent en matière criminelle ; chaque vil'e importante possédait un Sanhé- 
drin de vingt trois membres jugeant les affaires criminelles; 3° il ne se peut pas que 
pendant le règne d'Agrippa I, le Sanhédrin n'ait pas recouvré l'intégrité de ses 
prérogatives. 



DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2« TEMPLE 13 

de haute, de moyenne et de basse justice, toute autre juridiction 
cessant de fonctionner en Judée, chose que personne n'a encore 
pensé soutenir. 

Pour se convaincre que le mandat de Coponius était politique et 
non judiciaire et, par conséquent, ne limitait pas, à l'origine du 
moins, la juridiction du Sanhédrin, il suffit de comparer au texte 
précité de la Guerre juive, le passage parallèle des Antiquités * : 

7)YT|(70[jl£vo<; 'Iouooc'tov T7) £7i! 7ta<nv e£ou<7ia. 

2. En 63, le procurateur Albinus étant en route pour aller occu- 
per son poste en Judée, le grand prêtre Anan, mettant en pratique, 
en matière de justice pénale, les principes de la doctrine saddu- 
céenne, à laquelle il était attaché, convoque un Sanhédrin, fait 
condamner, comme violateurs de la Loi *, Jacques, frère de Jésus 
« surnommé Christ », et quelques autres encore, et les fait lapider. 
Ceux qui parmi les Juifs, dit l'historien, étaient les plus vertueux 
et les plus appliqués à l'observance scrupuleuse des lois 3 pro- 
testent auprès du roi Agrippa, le prient d'empêcher que le pon- 
tife agisse encore ainsi dans l'avenir, car ce qu'il avait fait était 
contraire au droit. D'autres, ajoute-t-il, se rendirent à Alexandrie, 
à la rencontre d'Albinus, lui disant que le pontife n'avait pas le droit 
de convoquer un Sanhédrin sans l'autorisation du procurateur. 

De ce passage 4 il ne résulte pas autre chose qu'en l'an 63, c'est- 
à-dire trente-deux ans après l'époque dont parle le Talmud et 
beaucoup plus longtemps encore, près de soixante ans après le 
premier établissement de la domination romaine en Judée, alors 
que le statut réglant le régime judiciaire avait pu et dû subir 
plus d'une modification, le pontife n'avait pas le droit de convo- 
quer un Sanhédrin sans l'autorisation du procurateur. Mais cette 
autorisation une fois donnée et ce Sanhédrin régulièrement et 
légalement constitué, quelles limites avait son autorité, sa com- 
pétence, quelles peines il avait pouvoir de prononcer, dans ce 
passage il n'en est nullement question. 

Remarquons ici, remarque qui, à nos yeux, a une très grande 
importance, qu'il est question ici d'un suvéôptov xptTcSv, et non 
pas du grand Sanhédrin, que le Talmud appelle VYttrt *pi ma ou 
iTfrmi fn*i!rfcO et Josèphe xb auvéoptov, notamment dans Ant., XIV, 
ix, 3, 4, 5; XV, vi, 2 5 . 

• Ant., XVIII, i, 1. 
5 7tapavo|xir]<ïàvTa>v. 
1 Les Pharisiens. 

4 Inutile de rappeler toutes les discussions portant sur l'authenticité de ce passage. 
Voir" Basnage, 701. 

5 Voir encore Vita, 12. 



li REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le mot ffuve&piov est, en effet, tantôt nom propre, tantôt nom 
commun et désigne ainsi, ou bien le conseil souverain des Juifs, 
l'ancienne yspouata, dont les membres sont appelés banu)'' npT et 
dans la Mischna û^pîïi, ou bien un tribunal quelconque constitué 
d'une façon ordinaire ou extraordinaire par l'autorité compétente. 
C'est ainsi que le conseil convoqué à Béryte, avec l'autorisation 
d'Auguste, par le roi Hérode, pour juger les deux fils de celui-ci, 
était un auvéSpiov, et il ne comprenait probablement aucun des 
membres du grand Sanhédrin. Il était composé de fonctionnaires 
romains, de princes amis d'Hérode, de parents des accusés et était 
présidé par le père de ceux-ci, à la fois juge et accusateur. Ce suvé- 
Spiov était, en un mot, constitué en dehors de toutes les règles de 
la législation juive et en contradiction absolue avec elles 1 . 

Dans le passage du XX e livre relatif au tribunal du pontife 
Anan, tout prouve qu'il s'agit d'une juridiction spéciale et extraor- 
dinaire, sorte de jury choisi par Anan uniquement pour un procès 
déterminé. Le texte dit xaôi'Çei cuvé8ptov xptTôv, un tribunal de juges. 
S'il avait été question du Sanhédrin, Josèphe aurait sans doute 
employé le mot (JouXeutcov ou 7rp£<yêuTepo.>v, titres donnés aux séna- 
teurs juifs î ,ou simplement le mot <xuvé8piov sans complément. 

D'autre part, les mots xaôt'Çet cuvéBpiov, employés deux fois dans le 
même passage (xaôîÇei et xaOïW) et qui sont la traduction littérale 
de l'expression hébraïque tr:n"H :rwi, ne sauraient s'appliquer, 
pour quiconque est tant soit peu familier avec la langue hébraïque, 
qu'à des juges ad hoc. Anan, en instituant un tribunal de son chef, 
avait violé la loi qui ne concédait ce droit qu'à l'autorité souve- 
raine, le grand Sanhédrin, d'après l'antique législation juive 8 , à ses 
commissaires 4 ou délégués avec pleins pouvoirs, Y'a Tnbi», ou par 
le représentant de l'empereur après la réduction de la Judée en 
province romaine, rrobtt. En instituant un tribunal même pour un 
mandat unique et en exécutant de son autorité propre leur arrêt 
de mort, le grand prêtre Anan avait commis une double forfaiture. 

Les témoignages de Josèphe écartés, il reste, en apparence, 
contre le texte d'Aboda Zara, les récits évangéliques se rappor- 
tant, ainsi que nous l'avons dit, aux procès de Jésus, d'Etienne et 
de Paul. 

1 Ànt., XVI, xi, 1, 2. Inutile d'indiquer les flagrantes illégalités de cette procédure 
au point de vue juif. 

* Math., xxi, 23; xxvî, 3, 47, 59; xxvn, 1, 20, 41 ; xxvni, 12; Marc, xi, 27 ; 
xiv, 43, 59 ; xv, 1, 43 ; Luc, xx, 1 ; xxir, 52, 66 ; xxln, 13, 35, 50; xxiv, 20; Jean, 
m, 1 ; vu, 48, etc. Dans le 4 e évangile les membres du Sanhédrin sont communé- 
ment désignés par l'expression à^o^e;, 

8 Sanhédrin, i, 1. 

* Vita, 14; B. «/., II, xi, 5. 



DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2 e TEMPLE Vô 

Les récits évangéliques, pour ce qui concerne le procès de 
Jésus, en ce qu'ils ont de concordant et d'admissible — il ne sera 
pas difficile de le voir — , peuvent se concilier avec notre texte du 
Talmud. Il y a, dans les Évangiles, au sujet de ce procès, deux 
traditions opposées, celle qui est rapportée par Mathieu et Marc, 
d'une part; de l'autre, celle du troisième synoptique, Luc, et de 
Jean. Les relations de ces deux derniers, abstraction faite d'un 
certain nombre de détails d'importance diverse, concordent dans 
le fond et sont d'accord, en outre, avec le témoignage de Flavius 
Josèphe. 

Examinons les diverses circonstances de ce procès, si diverse* 
ment rapportées par les Évangiles. 

D'après Mathieu, xxvi, 59, les chefs des prêtres et le Sanhédrin 
tout entier, réunis dans la maison du grand prêtre Caïphe, cher- 
chent un faux témoignage pour faire mourir Jésus et n'en trou- 
vent pas, quoique plusieurs faux témoins se fussent présentés. 

Affirmation inadmissible, se détruisant elle-même par sa propre 
exagération : comment des juges qui cherchent de faux témoi- 
gnages, qui ont devant eux des témoins prêts à dire ce que l'on 
voudra, ne trouveraient-ils pas de faux témoignages et quelle peine 
auraient-ils à concilier les contradictions de ceux-ci? 

D'après Marc, xiv, 55, les princes, les prêtres et le Sanhédrin 
tout entier i cherchent seulement un témoignage, vrai sans doute 
et concordant. Ils n'en trouvent que des faux qui ne leur paraissent 
pas acceptables 2 . Gonséquemment, la loi juive ne reconnaissait 
d'autres accusateurs que les témoins, les témoignages discordants 
étant nuls, il n'y avait plus d'accusation, d'après la Loi, et le procès 
était terminé ou devait l'être aussitôt. Néanmoins, au dire des deux 
Evangélistes, à la suite de l'aveu de Jésus, séance tenante, la nuit 
même, dans cette maison privée, à huis clos, Jésus fut con- 
damné â . 

Les récits de Marc et de Mathieu sont contredits par le 3° synop- 
tique. Luc ignore ou semble ignorer cette séance de nuit dans la 
maison de Caïphe. Pour lui, il n'y a eu ni témoignage, ni procé- 
dure, ni condamnation, par conséquent. Les sénateurs, les princes, 
des prêtres, les scribes se réunissent le matin, constatent l'identité 

1 II est inutile de faire remarquer la signification tendancieuse de ce qualifica- 
tif 6).ov. 

1 lôid., 56, 59. 

a Le droit juif, dans sa lettre comme dans son esprit (Deut., xix, 15)> acceplé 
donc à la fois par les Sadducéens et les Pharisiens, exige^ pour toute condamnation 
criminelle, l'affirmation concordante de deux témoins; l'aveu de l'inculpé n'a aucune 
valeur juridique. Le jugement devait être rendu dans un lieu public; tous avaient le 
droit et le devoir d'y assister (ibtd., xxi, 19, 21). 



16 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de Jésus, lui demandent s'il persiste à se déclarer Messie, et sa 
réponse, bien qu'ambiguë dans la forme, étant, au fond, affirma- 
tive, ils vont le dénoncer à Pilate 1 . 

Laissant de côté, pour l'instant, cette grave divergence entre les 
récits de Mathieu et de Marc d'une part, et celui de Luc de l'autre, 
constatons que les trois synoptiques sont d'accord que le seul 
grief allégué contre Jésus devant Pilate, c'est d'avoir usurpé le 
titre de roi des Juifs et excité le peuple à se révolter contre 
Rome 2 , inculpation d^n caractère essentiellement politique qui 
n'avait de gravité qu'au point de vue des autorités romaines et 
dont le jugement et la répression étaient et ne pouvaient être que 
de leur compétence exclusive. S'il était vrai, selon la croyance gé- 
néralement admise, qu'à cette époque, la juridiction juive conti- 
nuait d'être en vigueur ainsi que les lois juives, l'autorité romaine 
se réservant uniquement le droit de donner son exéquatur aux 
condamnations capitales, pourquoi, si réellement Jésus a été jugé 
et condamné par le Sanhédrin pour un crime religieux, pourquoi 
les Juifs ne se contentent-ils pas de demander à Pilate d'autoriser 
l'exécution d'une condamnation rendue dans les formes légales et 
pour un fait qualifié crime par la loi du pays? Les Romains ne 
refusaient pas d'accorder leur sanction aux sentences rendues 
conformément aux lois du pays, à l'époque où cette sanction était 
indispensable 3 . Ils autorisaient même, en certains cas, l'applica- 
tion de ces lois ou de lois plus rigoureuses à l'égard des soldats 
romains et des citoyens romains, ainsi que nous le voyons dans 
Ant., XX, v, 4 ; B. /., II, xn, 2 ; VI, n, 4*. 

On peut donc affirmer sans hésitation, en se fondant, à la fois, 
sur une vraisemblance qui approche de la certitude et sur le témoi- 
gnage de Luc, qu'avant de comparaître devant Pilate, Jésus n'a 
pas été jugé par le Sanhédrin dans le sens exact du mot. Pour 
arriver à cette conclusion, nous n'avons pas même besoin de rap- 
peler ni l'affirmation si claire de Tacite, Annales, xv, 44 5 , ni le 
texte de Josèphe que M. Reinach a si ingénieusement rétabli et 
dont il a fait ressortir la valeur documentaire critique, l'examen 

1 Luc, xxn, 66 : • Et quand le jour fut venu, le corps des anciens de la nalion se 
réunit. . . et iis le firent conduire devant leur assemblée. » 

1 Mathieu, xxvn, 11; Marc, xv, 2, 6, 12 ; Luc, xxm, 2, 3. 

s Voir dans la Revue des Études juives, XXXV, l'article de M. Théodore Reinach, 
dont nous n'adoptons pas toutes les vues tout eu aboutissant aux mêmes conclusions. 

4 Le procurateur Cumanus fait décapiter un soldat romain qui avait déchiré un 
livre de la Loi. Les gouverneurs romains permettaient aux Juifs de punir de mort 
tout gentil, même citoyen romain, qui s'introduisait dans la partie du Temple réservée 
aux seuls Israélites. 

» Voir Bévue, t. XXXV, p. 1. 



DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2c TEMPLE 17 

impartial des Evangiles suffît. D'après Jean, xvm, 31, non seule- 
ment les Juifs n'auraient pas jugé Jésus, mais ils se seraient re- 
fusé à le faire : « Pilate leur dit : Prenez-le vous-mêmes et le 
» jugez selon votre loi. Mais les Juifs lui répondirent : Il ne nous 
» est pas permis de faire mourir personne, 'Hptïv oùv eS-ê^riv àiro- 
» jtTeïvai oùBéva. » Les termes dont se sert Jean méritent d'être 
médités. Il en résulte que : 

1° L'autorisation du procurateur, son assentiment, nettement 
exprimé, ne pouvaient, à l'époque de Pilate, conférer au Sanhédrin 
le droit de prononcer des sentences capitales ; 

2° Pilate devant assurément connaître la loi qui fixait ses pou- 
voirs, si les Juifs prétendaient qu'il ne leur était pas permis de 
prononcer des sentences de mort, ce ne pouvait être évidemment 
du fait du statut établi par les empereurs et appliqué par le pro- 
curateur, mais uniquement parce que les autorités indigènes 
avaient décidé volontairement, pour des raisons connues par les 
Juifs, que les tribunaux juifs ne jugeraient plus de procès capi- 
taux. La forme de la phrase \\kh où* ggecrtv est, à ce point de vue, 
très significative l . 

Cette renonciation du Sanhédrin au droit de haute justice devait 
être récente, puisque Pilate ne paraît pas en avoir eu connais- 
sance. Au dire du Talmud 2 , ce n'est, en effet, que deux ou trois 
ans auparavant que le Sanhédrin avait été dessaisi de ce droit. 
Etant donnée l'extrême rareté chez les Juifs des procès crimi- 
nels 3 , c'était, sans doute, la première fois que le Sanhédrin avait 
l'occasion de manifester sa volonté de s'abstenir. 

Ainsi, pour conclure, en ce qui concerne la condamnation de 
Jésus, des quatre traditions évaugéliques relatives à cette condam- 
nation, la quatrième, celle de Jean, est absolument d'accord avec 
notre texte d'Aboda Zara et la confirme d'une façon on peut dire 
incontestable; la troisième, celle de Luc, ne la contredit pas; les 
deux premières, abstraction faite de leurs manifestes invraisem- 
blances et de leurs contradictions, affirment que Jésus a été accusé 
d'un crime politique, crime dont seul Pilate avait à connaître et 
dont la répression entrait directement dans les attributions du 
procurateur; que, par conséquent, la condamnation attribuée par 
eux au Sanhédrin et que celui-ci n'aurait pu prononcer qu'en 
s'affranchissant de toutes les formes légales n'a eu aucun effet 

1 II ne nous appartient en aucune façon, ni d'insister sur les divergences des récits 
des Evangélisles ni de rechercher laquelle de leurs traditions est la plus acceptable. 

1 Aboda Zara, l. c. 

3 Maccot, 1, 17. Un Sanhédrin qui condamne à mort une fois tous les sept ans est 
un tribunal meurtrier. R. Eliézer b. Azaria dit : une fois en soixante-dix ans. 

T. XXXVII, n° 73. 2 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

direct sur le sort de Jésus; ces deux traditions ne sauraient infir- 
mer la tradition positive consignée dans notre texte, d'après 
laquelle, contrairement au préjugé général, l'exécution et la con- 
damnation réelle de Jésus ne sauraient être attribuées aux repré- 
sentants de la nation juive ni ne peuvent, en toute justice, être 
imputées aux Juifs, ainsi que l'a prouvé, d'ailleurs, par d^utres 
arguments M. Théodore Reinach. 

Ce qu'il faut retenir encore des textes évangéliques, c'est 
qu'ainsi que l'affirme le texte à'Aboda Zara x , le Sanhédrin, à 
l'époque de la mort de Jésus, ne se réunissait pas dans le pavillon 
du temple, lischlihat haggazit, affecté à son usage, mais soit au 
domicile privé du grand-prêtre, soit dans un lieu quelconque de la 
ville. Nous trouvons une autre preuve de ce fait dans les Actes 
(iv, 6) lors du premier procès des Apôtres : « Le lendemain, les 
chefs du peuple..., les sénateurs, les scribes... avec Anne le 
grand prêtre, Gaïphe. . . s'assemblèrent dans Jérusalem. » 

4° On ne saurait opposer à la tradition transmise par R. Yosé 
la relation soit du second procès des Apôtres, soit de celui du 
diacre Etienne. Le premier n'aboutit pas, en fait, à une condam- 
nation capitale. A la vérité, l'auteur des Actes dit que les juges 
délibérèrent de faire mourir les Apôtres, mais cette délibération 
devant légalement être faite en l'absence des accusés 2 , et dans le 
secret, la publicité en étant légalement et moralement interdite 3 , 
il était et il est difficile de savoir ce qui s'est réellement passé au 
cours de cette délibération. Certains détails de ce procès sont, 
d'ailleurs, d'une vraisemblance plus que douteuse : la déclaration 
de Pierre, le discours de Gamaliel 4 . 

Quant à Etienne, s'il faut admettre, dans une mesure quel* 
conque 5 , ce que les Actes rapportent de sa mort,, il ne fut ni con- 
damné ni jugé. Il n'y eut — le récit en exclut même la supposition 
— ni délibération, ni sentence, ni exécution judiciaire. S'il com- 

1 Sanhédrin, in, 11. 
. 3 Ibid. 

k Le Sanhédrin déclinait la responsabilité de la condamnation de Jésus, en di- 
sant : Vous voulez nous charger du sang de cet homme (v, 28), Pierre n'a pu donc 
lui dire : « Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus que vous avez fait mourir en le 
pendant sur le bois, » Jésus, au dire de Luc et des autres Evangéliste , n'a pas été 
pendu, mais mis en croix. Quant à Gamaliel, qui est resté un des plus fermes doc- 
teurs du judaïsme, comment croire à l'adhésion éventuelle qu'il aurait faite à la nou- 
velle doctrine, d'après le verset 39 de ce chapitre? 

5 Dans un discours d'une extrême prolixité, il parle de tout excepté de l'accusation 
dont il est l'objet, raconte l'histoire sainte en cinquante versets et, comme conclu- 
sion de cette histoire et pour toute défense, se contente en trois versets d'injurier les 
juges et l'auditoire. / 



DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2 e TEMPLE 19 

parut devant des juges, il périt victime d'une émeute populaire », 

5° Quelles raisons sérieuses le Sanhédrin aurait-il eues, se dé- 
pouillant de ses prérogatives, pour s'interdire ainsi toute condam- 
nation à mort? Peut-être, étant données la répugnance bien connue 
et proverbiale, en quelque sorte, des Pharisiens pour les répres- 
sions sévères *, la douceur extrême de leurs sentiments 3 , leur aver- 
sion pour la peine de mort, qu'en fait, beaucoup d'entre eux auraient 
voulu abolir 4 , ont-ils voulu profiter d'un prétexte quelconque 
pour s'abstenir d'appliquer d'une façon générale une peine qui leur 
causait une invincible horreur? La baraïta qui reproduit la tra- 
dition attribuée à R. Yosé ne donne, à ce sujet, aucune explica- 
tion. Le Talmud l'explique par une raison paradoxale et qui 
néanmoins est, sans doute, la vraie : « Voyant, dit-il, que les 
» meurtriers devenaient de plus en plus nombreux et qu'ils ne 
» pouvaient plus les juger, ils se dirent : il vaut mieux que nous 
» nous exilions d'un lieu à un autre lieu, afin de n'être plus tenus 
» à les juger. » 

Nous savons, en effet, par Josèphe, qu'à l'époque précise dont 
il est question, c'est-à-dire peu de temps avant le procès de Jésus, 
les meurtres étaient extrêmement fréquents en Judée, organisés 
par le procurateur romain lui-même. Pour maîtriser les mouve- 
ments qu'il avait excités contre lui en employant arbitrairement à 
des travaux publics l'argent consacré déposé au Temple, Pilate 
avait imaginé de faire habiller à la mode juive un très grand 
nombre de soldats cachant des poignards sous leurs vêtements, qui, 
à la faveur de ce déguisement, mêlés à la foule des manifestants, 
perçaient de coups, à un signe donné, leurs voisins désarmés et 
sans défiance. Le fait est raconté par Josèphe immédiatement 
avant le passage consacré à Jésus 3 . 

Cet odieux stratagème réussit, mais, dès lors, toute sécurité dis* 
parut dans le pays. Chacun était tenté de voir dans tout inconnu 
un ennemi déguisé. De là des rixes, des luttes à mains armées, 
des meurtres fréquents dont la répression devenait de plus en 
plus difficile. Ainsi, sans doute, s'explique la décision du San- 
hédrin. 

Celte année 30 est le début d'une période de profonde et crois- 

1 Ihid., vu, 54-56. * Que s'ils (les Juifs) lapidèrent Saint-Etienne, ce fut tumul- 
» luairement et par un ell'ort de ces emportements séditieux que les Romains ne pou- 
• vaient pas toujours réprimer dans ceux qui se disaient alors zélateurs. » Bossuet, Dis- 
cours sur l'Histoire universelle, 11° parlie, chap> xxu. 

» Ant., XIII, x,6. 

3 Ant., XVIII, i, 2 ; B. J., II, vin, 14. 

'* Maccot, i, tin. 

s Ant., XVIII, ni, 2. 



20 REVUE DES ETUDES JUIVES 

santé tristesse. De sombres pressentiments, de sinistres présages 
annonçant des calamités prochaines, troublaient les âmes. R. Çadoc, 
d'après la légende, commence en Tan 30 son jeûne qui, se succède 
pendant quarante années *. Le jour de Kippour, aucun signe, 
dit-on, n'annonçait plus que l'expiation publique accomplie par le 
pontife était agréée 2 . La nuit, les portes du Temple, ajoutait-on, 
s'ouvraient d'elles-mêmes avec fracas 3 . L'exil du Sanhédrin ne 
semblait être que le prélude des exils futurs qui devaient être le 
sort de la nation. 



Dans la première partie de ce travail on a essayé de prouver 
que, comme indication de la durée des divers régimes qui se sont 
succédé en Judée, pendant la période du second Temple, le chiffre 
de 103 assigné et à la dynastie asmonéenne et à la dynastie héro- 
dienne, si étrange que puisse paraître cette identité, n'a absolument 
rien d'arbitraire. L'une, en effet, la première, inaugure une ère 
nouvelle en l'an 140 et va jusqu'à l'an 37 avant l'ère actuelle; 
l'autre entre en possession du trône en cette même année 37 et est 
expulsée de Jérusalem dans la personne d'Agrippa II en l'an 66 de 
cette ère (37 + 66 = 103). 

D'autre part, le chiffre 180 assigné à la durée de la domination 
grecque exercée soit par les Séleucides de Syrie, soit par les 
Ptolémées d'Egypte n'a également rien d'inacceptable, bien au 
contraire. Sans doute, c'est en 333 que, frappée à la tête, suc- 
combe la monarchie persane ; mais elle subsiste encore quelque 
temps dans ses tronçons, du moins ceux-ci vivent quelque temps 
encore de leur vie propre et la domination grecque qui lui succède 
met un certain nombre d'années à s'organiser. Alexandre meurt 
en 323. Laomédon reçoit à gouverner, du régent de l'empire, la 
Syrie et la Palestine, mais c'est en 320, c'est-à-dire exactement à 
la date marquée dans le Talmud (140 + 180 = 320), que Ptolémée 
Soter, fils de Lagus, s'empare de Jérusalem, un jour de sabbat et 
à la faveur du repos sabbatique, ainsi que le raconte l'historien 
grec cité par Josèphe 4 . 

Ces chiffres, donc, n'ont rien d'arbitraire et sont au contraire, 
on doit le dire, d'une rigoureuse exactitude. Mais là où l'inexac- 

1 Guittin, 56 a. 
* Yoma,Z2b. 

3 Ibid. 

4 Agatharchide, Josèphe, Ani. f XII, i, 1 ; Contre Apion, i, 22. 



PATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2< TEMPLE 21 

tilude est manifeste et, il semble, injustifiable, c'est lorsque le 
Talmud donne à la domination persane, une durée de 34 années, 
c'est-à-dire réduit juste au sixième le chiffre réel, qui est de deux 
cent quatorze ans. 

A la rigueur et souvent nous l'avons pensé, on pourrait dire que 
la baraïta a entendu parier de la seconde « domination » persane 
rétablie par le roi Ochus, en Egypte, Palestine et Phénicie, après 
ses campagnes victorieuses de 359 à 338. La Palestine a pu être 
remise sous le joug persan en l'an 354. Mais on ne s'expliquerait 
pas pourquoi, dans la supputation des divers régimes qui s'y suc- 
cèdent en Judée, la baraïta a omis cette longue série d'années pen- 
dant lesquelles la royauté persane exerce son autorité sans con- 
teste et puis la période d'anarchie qui a séparé les deux régimes 
persans. Cette explication ne justifie pas, d'ailleurs, l'assertion de 
Yomciy 9 a, qui fixe à 420 années la durée du second Temple, 
chiffre qui est le total des chiffres de la baraïta de Aboda 
Zara (103 + 103 + 180 + 34 = 420'). 

Cette explication, il faut donc absolument l'écarter, et l'erreur de 
la baraïta reste entière. 

Est-ce une erreur vraiment ou plutôt ne serait-ce pas une inexac- 
titude voulue, une fantaisie, une chronologie symbolique, comme 
l'a dit, avec une indulgence pleine de bonhomie, Isidore Loëb dans 
un travail paru en 1889 dans cette Revue (tome XIX, p. 202) ? 

La période du second Temple, disait-il en substance, dure en 
réalité 607 ans et, d'après le Talmud Yoma, 420 ans. Ce chiffre 
était arrêté dans l'esprit des Talmudistes et ne devait pas être dé- 
passé. S'étant cru obligé de fixer à 386 ans le total de la durée des 
régimes successifs de la Palestine autres que celui de la royauté 
persane, il ne restait plus que 34 années pour atteindre le nombre 
420. C'est à ce chiffre que le Talmud a volontairement, de parti 
pris, réduit la durée de cette royauté, la diminuant de cent quatre- 
vingts ans sur deux cent quatorze et, pour arriver à cette suppu- 
tation étrange, n'hésitant pas à commettre, de propos délibéré, 
tous les anachronismes imaginables, confondant à plaisir les indi- 
vidus, Cyrus avec Darius, et Artaxercès, faisant vivre Zoroba- 
bel, Josué, le grand prêtre, Aggée et Zacharie du vi e siècle avec 
Ezra et Néhémie du v° : inexactitudes préméditées avec pièces ou 
plutôt fausses pièces à l'appui, faisant entrer violemment choses 
et gens dans un cadre construit d'avance. 
Ce cadre, ce sont les soixante-dix semaines d'années prédites 

1 II c;t inutile de f««ire remarquer que dans les divers calculs faits précédemment, 
le terme des dillérents régimes qui se succèdent en Palestine et dont la durée totale 
est de 420 ans est Tannée CG, antérieure de quatre ans à la ruine du Temple. 



22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

par Daniel, commencées avec l'exil de soixante-dix ans annoncé 
par Jérémie et au terme desquelles auront lieu la profanation du 
sanctuaire, l'abomination de la désolation et d'autres calamités 
encore. D'après le Talmud, cette prédiction aurait été réalisée 
lors de la prise de Jérusalem par Titus. L'exil de Jérémie ayant 
duré soixante-dix ans, sur les 490 années qui forment le produit 
des soixante-dix semaines d'années de Daniel, il ne reste plus que 
420 années pour la durée du Temple, 

Cette explication est très simple, mais elle ne nous paraît guère 
acceptable. S'il n'y avait pas eu, en dehors du livre de Daniel, une 
tradition, erronée sans doute, mal comprise assurément, mais cer- 
taine et reçue généralement, sur la durée du second Temple, ni R. 
Yosé ni aucun des talmudistes qui ont accepté le chiffre fourni par 
lui n'aurait cru ou feint de croire que le terme des soixante-dix 
semaines de Daniel coïncidait avec la ruine de Jérusalem. Ces 
soixante-dix semaines ont été le tourment, on peut dire le cauche- 
mar des théologiens et des commentateurs juifs. Une des catas- 
trophes qui devaient se produire dans la soixante-neuvième ou 
soixante-dixième semaine ou dans les environs de cette époque, 
c'était le retranchement d'un personnage appelé rptt)» par Daniel, 
mari 'ib'pfco n^)2 (ix, 26). Ce Messie, disent tous les polémistes 
chrétiens d'un commun accord, de Justin *, aun e siècle, à Bossuet 2 
et comme argument sans réplique, ce Messie retranché à l'époque 
fatidique, qui cela peut-il être sinon le nôtre, celui qui s'est réclamé 
de ce titre et qui pour cela a été retranché, c'est-à-dire mis à 
mort? En effet, s'il est admis que chronologiquement la prédiction 
de Daniel doit être accomplie à une époque à peu près contempo- 
raine de la destruction du Temple, il devient extrêmement em- 
barrassant, au point de vue juif, de trouver un personnage à qui ce 
titre de muitt puisse être donné. Ce Messie « retranché », c'est-à- 
dire mis à mort, Raschi, parmi les commentateurs juifs le seul qui 
cherche à découvrir cette personnalité 3 , prétend que cette déno- 
mination s'applique à Agrippa II, explication vraiment peu sou- 
tenable et qu'il est trop aisé à Bossuet de détruire 4 . 

De quel immense poids n'eût-on pas soulagé les cœurs des théo- 
logiens et commentateurs juifs en leur disant que, d'après la sup- 
putation des années, il est de toute impossibilité que la prédiction 
de Daniel s'applique à aucun des personnages de l'histoire juive 
contemporaine de la destruction du Temple par Titus; que 

1 Dialogue avec Tryphon. 

* Discours sur l'Histoire universelle, 2 e partie, chop. xxm. 

3 D'après Ibn Ezra, ces mots veulent dire : Les Juifs n'auront plu6 de chef. 

4 Discours, l. c. % fin. 



DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2" TEMPLE 23 

l'échéance de cette prédiction était de deux siècles antérieure 
à cette catastrophe ; que le personnage qui y est visé, c'est 
le grand prêtre Onias, fils de Siméon II, massacré aux environs 
d'Antioche en 172, par l'un des lieutenants d'Antiochus Epiphane, 
massacre qui est comme le prélude des persécutions d'Antiochus 
et qui sera suivi de la cessation du Tamid x , de l'installation 
dans le Temple du ûtoWJ yiptt) 2 . Il n'y a plus, à ce sujet, aucune 
hésitation. 

Ce n'est donc nullement (cela paraît manifeste pour peu qu'on y 
réfléchisse) à cause de la prédiction de Daniel que, d'après 
R. Yosé, la période du second Temple dure 420 ans et, si entre 
ces deux choses il y a une relation quelconque de cause à effet, 
il faut renverser les rôles et il faut substituer l'effet présumé à la 
prétendue cause et dire : c'est 'parce qu'on a cru, de la façon 
la plus sincère et pour des raisons restées inconnues , que 
la période du second Temple avait été de 420 ans, que Von 
a pensé que la prédiction des semaines s'appliquait à celte 
période 3 . 

Ces raisons, il convient de les rechercher. 

1. Il est incontestable qu'il y avait parmi les Juifs, bien anté- 
rieurement à la chronique de R. Yosé, des traditions fort diffé- 
rentes relativement à la période du second Temple. Auiv° chapitre 
du VI livre de la Guerre des Juifs, Josèphe affirme que le second 
Temple dura six cent trente-neuf ans et quarante-cinq jours 4 . Cette 
indication, d'une précision si minutieuse, concorde assez avec les 
indications chronologiques résultant de l'histoire sommaire des 
grands-prêtres qui se trouve dans l'avant-dernier chapitre des 
Antiquités. Il compte trois séries de grands-prêtres, se contente 
pour la première et pour la dernière d'énumérer en bloc le 
nombre total des années pendant lesquelles fonctionne la série 
tout entière, en mentionnant, pour la dernière, le nombre des 
pontifes de la série et nomme en détail les pontifes de la 
série intermédiaire et le nombre d'années pendant lesquelles 

1 Daniel, ix, 27 ; vin, 11, 12. 

« Ibid., ix, 27. 

* Saadia, Raschi, commentaires de Daniel, ix, 27. D'après Gersonide, la durée du 
second Temple fut de 437 ans. D'après l'auteur du "m ntt£ (David Gans, 1592), 
le Temple dura 434 ans (62X7). Bossuct, qui, cela va de soi, connaissait la chrono- 
logie vraie, ne laisse pas d'être fort embarrassé : pour lui les 62 semaines d'années 
commencent l'an 462, c'est-à-dire 142 ans après la date indiquée dans le livre de 
Daniel, ix, 25, hypothèse absolument arbitraire, à coup sûr. 

*• Il faut croire que Josèphe connaissait par une tradition qui nous est restée in- 
connue la date du jour où commence la construction du Temple, caria Bible indique 
la date de l'inauguration, qui fut le 23 Adar [Ant., XI, iv, 7). D'après Ezra, vi, 15, 
ce fut le 3 Adar. Du 23 Adar au 10 Ab, il y a non 45 jours, mais 128 jours. 



2i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

chacun d'eux exerce son ministère. Le total pour les pontifes 
des trois séries, y compris un interrègne de sept ans, s'élève à 
634 ans. Cette différence de 639 à 634 est insignifiante. Où Jo- 
sèphe a-t-il puisé cette tradition? Au commencement du I or livre 
Contre Apion, il nous apprend lui-même quels sont les matériaux 
de l'histoire juive. C'est, d'une part, les écrits composés par les 
prophètes ; puis, de l'autre, les livres généalogiques que devait 
fournir, pour être admis à jouir des honneurs et des droits du sa- 
cerdoce, chaque prêtre, non seulement ceux de Palestine, mais 
ceux d'Egypte, de Babylonie et de tous les pays de la terre où se 
trouvaient des colonies juives de quelque importance l \ Ces livres 
étaient portés à Jérusalem, conservés dans le pavillon du Temple 
où étaient déposées les archives publiques 2 . Outre les noms des 
parents, des ascendants paternels et maternels jusqu'à la qua- 
trième génération inclusivement 3 , ces livres contenaient les noms 
des témoins nombreux 4 se portant les garants de la pureté de 
l'origine des prêtres, les noms des juges qui avaient reçu et 
vérifié les témoignages, puis toutes les indications d'événements 
avec leurs dates, faits historiques, décisions dogmatiques ou ju- 
ridiques dont la mention pouvait augmenter la valeur et l'autorité 
de ces actes, mettre hors de doute leur parfaite authenticité 5 . Dans 
ces registres généalogiques figuraient non seulement les familles sa- 
cerdotales et les faits les concernant, mais aussi celles de tous les 
personnages qui aspiraient à l'honneur de leur alliance, qui ainsi 
avaient accès aux hautes fonctions publiques et qui avaient, de cette 
façon, intérêt à faire reconnaître la noblesse immaculée de leur ori- 
gine , les FWDb •pfcTttîfc. Les prophètes, ajoute l'historien, à qui 
seuls était confié le soin de conserver ces écrits, nous ont ainsi 
raconté les choses anciennes que Dieu leur avait révélées et celles 
qui s'étaient passées de leur temps. Moins dignes de foi sans doute 7 
que les livres des prophètes qui nous ont rapporté l'histoire de nos 
ancêtres depuis Moïse jusqu'au temps d'Artaxercès , les autres 
écrits 8 , les livres généalogiques ultérieurement écrits, nous ont 



* Contre Apion, 1, 7. 

* Mischna Middot, fin. 

3 Mischna Kiddouschin, iv, 4, 5. 

* tive; oî paptupouvie;... 7ro).Xoùç pàptupa?. 

8 Ces actes ou livres s'appellent 'pon'p nb^tt, j. Taanit,68a ; Pesahim, 6b, *)DO 
■pOÏTP ; Guittin, 67. Voir Raschi, I Chron., ix, 1. 

6 Kiddousckin, iv, 5. 

7 Sanhédrin, îv, 2. 

8 ... pyjxe toù uuoypàçetv aÙTe$;©u<Tiov toxgiv ôvtoç. . . à),),à pévov xûv TrpoçrjTûv. 

9 ysypauTat pèv ë/aara. 



DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2* TEMPLE 2S 

transmis le souvenir de tous les événements survenus jusqu'à 
nous 1 . 

Nous avons ainsi, dit-il ailleurs, conservé dans nos mémoriaux 
la succession de nos souverains pontifes, leurs noms et les noms de 
leurs parents pendant deux mille ans 3 . 

Josèphe avait donc à sa disposition de très nombreux docu- 
ments de ce genre, étant prêtre, de race pontificale et en relation 
personnelle avec les grands-prêtres et avec les membres du grand 
Sanhédrin. On sait que la fonction permanente du Sanhédrin était 
la vérification des titres généalogiques des prêtres 3 . Mais ces do- 
cuments ne sont pas toujours sûrs et surtout ne concordent pas 
toujours, de même qu'il n'y a pas toujours accord entre le texte 
hébreu de la Bible et la version des Septante. De là, dans l'histo- 
rien, toutes ces contradictions qui ont fait le tourment de ses 
commentateurs 4 . Ce fut sans doute grâce à des documents de ce 

» #«*., 8. 

s Uid.) 7. Les noms des grands-prêtres se trouvent dans les Chronique?, que le 
Talmud appelle le livre des généalogies, et dans Néhémie jusqu'à Jaddus. Les noms 
des successeurs de Jaddus, Josèphe nous les a conservés. Le nombre 2000 est un 
nombre rond. D'après la chronologie de Josèphe, il a y des pontifes pendant 1750 ans 
environ. 

3 Mi d dot, fin. 

4 Dans la préface des Antiquités Josèphe dit: « Nos livres, contiennent le récit de 
cinq mille ans (la chronologie juive compte 3408 jusqu'au retour de l'exil de Baby- 
lone) ». Deslinon, qui a fait, sur Josèphe, des études très intéressantes, prétend que, 
dans la D3nsée de l'historien, ce chiffre de cinq mille comprend toute l'histoire jusqu'à 
la destruction du second Temple. Cette explication ne s'accorde pas avec les termes 
et, en soi, elle est inexacte. D'après un des différents systèmes adoptés simultané- 
ment par Josèphe, il y a réellement dans la période biblique de l'histoire juive cinq 
mille ans et même beaucoup plus. Ainsi, dans le premier livre, pour la période anté- 
diluvienne, il compte 2656 ans au lieu de 1656, et du déluge à la naissance d'Abra- 
ham 992 au lieu de 292. Abstraction des autres différences, rien qu'avec ces deux 
éléments de compte, la chronologie, d'après lui, dépasse le total de cinq mille ans 
pour la période biblique. En additionnant les éléments de ses comptes, on arrive ai 
total de 5577 pour le retour de l'exil de Babylone. Pour les deux premières périodes 
de l'histoire, cette différence provient de ce qu'il compte cent ans de plus que le texte 
hébreu de la Bible pour l'intervalle entre le commencement de chacune des dix gé- 
nérations (les Septante font cela pour les sept premières) antédiluviennes et les sept 
premières postdiluviennes. Ces chiffres, d'ailleurs, il ne les maintient pas; il se con- 
tredit parfois dans le même chapitre et adopte communément 1656 comme date du 
déluge et compte 292 ans du déluge à Abraham, ainsi que cela résulte du texte hébreu 
[Antiquités, VIII, m, 1 ; X, vm, 4). Certaines erreurs ou contradictions de Josèphe 
sont certainement le fait de copistes ignorants. Ainsi il dit (Ant., X, vm, 4) : « La 
destruction du Temple eut lieu : 

» 470 ans 6 mois et 10 jours après sa construction, 

» 1062 ans 6 mois et 10 jours après la sortie d'Egypte, 

» 1957 ans 6 mois et 10 jours après le déluge, 

» 3513 ans 6 mois et 10 jours après la Création. • 

Or, d'après Josèphe, la création eut lieu en Tischri (I, ni, 3) ; la sortie d'Egypte, 
le 15 Nissan; le Temple, commencé le 1 er lyar, fut inauguré le 7 Tischri et il l'ut 
détruit, d'après II Rois, xxv, 8, le 7 Ab ; d'après Jérémie, lu, 12, le 10 Ab (l'incen- 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

genre qu'il a pu, dans ses livres, fixer l'année exacte où 
Isaïe prédit l'avènement de-Cyrus, « la deux cent dixième avant 
l'événement, dit-il, et la cent quarantième avant la des- 
truction du Temple », indications contradictoires d'ailleurs * ; 
l'année où le prophète Nahum prédit la destruction de Ninive 2 ; 
le nombre exact d'années, trois cent soixante et un, qui sépa- 
rent la prédiction du prophète de Judée, contemporain de Jéro- 
boam, et l'accomplissement de cette prédiction sous le règne de 
Josias. 

2. Le livre de Daniel est un autre document précieux pour fixer 
l'état des traditions juives, à un certain moment, sur les époques 
qui se succèdent durant le second temple. D'après ce livre, il s'é- 
coulera (ou il s'est écoulé) 3 soixante-neuf semaines d'années entre 
le commencement de l'exil de Babylone sous Yoïakim (?) et la pro- 
fanation du sanctuaire et la cessation temporaire du sacrifice per- 
pétuel qui durera ou aura duré un peu plus de trois ans 4 . Or, c'est 
en 172 qu'eut lieu cette profanation. Il s'est donc écoulé, d'après 
l'auteur de Daniel, du retour de l'exil jusqu'à l'an 172, 434 années, 
soixante-deux semaines d'années, 483 années ou 69 semaines de- 
puis le commencement de l'exil. Sur la base de cette tradition, la 
période du second temple comprendrait donc 434 -f- 172 + 70, au 
total 676 années et, en retranchant de ce total les 18 années qui 
séparent le retour de l'exil de l'inauguration du second temple, 
six cent cinquante-huit ans \ 



die dura trois jours). Josèphe avait mis sans doute • ... 10 mois G jours après la créa- 
tion ; 10 mois après l'inauguration du Temple ». Quant à ia concordance entre la date 
de la sortie d'Egypte et celle de la destruction du Temple, elle est purement imagi- 
naire et du fait du copiste. — Les anciens, il faut le reconnaître, avaient plus à cœur 
de conserver les traditions que de les vérifier et les consignaient toutes, même quand 
elles étaient ou peu concordantes ou môme contradictoires. C'est ainsi que les auteurs 
du Canon ont admis dans la Bible les livres des Chroniques malgré leurs contradic- 
tions avec les livres des Rois. Voir, à ce sujet, le commentaire des Chroniques attri- 
bué à Uaschi, I, n, 11 ; vu, 12, 13 ; vin, 1 , 29 et l'introduction de Kimhi à son com^ 
mentaire sur les Chroniques. 

1 Antiq., XI, i, 2. 

* 115 ans avant la destruction de cette ville, c'est-à-dire en 740 (Ninive est détruite 
en 625), Int., IX, xi, 3. 

3 Le Talmud dénie à Daniel la paternité de l'œuvre qui porte ce nom, dans le très 
ancien document relatif au Canon (Baba Batra, 15); 

k Josèphe prétend [Ant., XII, vu, 6) que le Temple fut purifié le 25 Kislev, trois 
ans jour par jour après avoir été souillé. Ce n'est pas exact. D'après le 1 er livre des 
Macchabées, i, 57, l'idole de la désolation fut dressée sur l'autel le 15 Kislev, mais 
le sacrifice perpétuel avait cessé quelque temps auparavant déjà. Ce qui paraît con- 
firmer la prédiction de Daniel relative aux 2300 matin-soir (1150 jours) de l'inter- 
ruption du sacrifice (vin, 13-14). 

8 D'après Josèphe, XII, vu, 7, la prédiction de Daniel fut réalisée au bout de 
408 ans, 26 ans avant le termo fixé. 



PATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2" TEMPLE 27 

3. Trois siècles plus tard, toutes ces traditions ont été oubliées. 
La Palestine a subi des guerres sans nombre, des révolutions, des 
invasions, des pillages. Deux fois elle a été dévastée de fond en 
comble, deux fois sa population a failli être exterminée. Dans la 
succession de toutes ces lamentables calamités, la notion exacte 
des temps anciennement écoulés a complètement disparu. Il y avait 
pourtant une ère nationale, dont on ne trouve ni trace ni men- 
tion, il est vrai, ni dans le livre des Macchabées, ni dans les œuvres 
de Josèphe, mais qui toutefois s'est perpétuée pendant des siècles 
et s'est renouvelée, maintenue par des pratiques religieuses cons- 
tantes, la préservant, non seulement de l'oubli, mais de toute omis- 
sion et de toute erreur. 

Le Temple une fois détruit, cette ère fut remplacée, chez les 
Juifs, par l'ère de la destruction du Temple, mais jusqu'à cette 
catastrophe, l'ancienne ère nationale a subsisté, rattachée à un 
événement dont on avait perdu la notion et qui, dans le lointain des 
temps, a été confondu avec un autre événement qui paraissait à 
l'imagination populaire plus propre à servir de point de départ à la 
supputation des temps et dont la nouvelle ère faisait tout naturel- 
lement surgir la pensée dans l'esprit. On le voit surabondamment 
par le livre de Daniel, rien n'est plus conforme à l'esprit juif que 
de diviser le temps par semaines d'années. Cette division n'est pas 
seulement œuvre d'imagination, conception de visionnaire, c'est 
la mesure ordinaire, habituelle, nous allions dire prosaïque, du 
•temps ainsi que chez les Grecs l'Olympiade, ou le lustre chez les 
Romains, et l'institution sociale et religieuse, qui sert ainsi de 
jalon pour mesurer la durée ou l'intervalle des événements de 
la vie publique ou privée, la Schemita et les lois qui s'y rap- 
portent, ont une importance plus réelle, une action plus profonde 
que les jeux d'Olympie pour la Grèce ou, à Rome, les déci- 
sions périodiques des censeurs : le chômage des terres pendant 
une année entière tout au moins, la jouissance commune des 
produits du sol, l'abolition périodique des dettes (ou leur sus- 
pension *), telle était, on le sait, la loi tous les sept ans et ni les 
particuliers ne pouvaient oublier, ni l'autorité publique leur 
laisser ignorer quand aurait lieu cette modification temporaire 
si profonde dans le mode d'exploitation et de jouissance de la 
propriété, dans les obligations des citoyens les uns à l'égard des 
autres. 

Ce n'était pas seulement tous les sept ans qu'il importait de 

1 Beaucoup de savants ont cru que les dettes étaient, non abolies, mais suspendues 
pendant la Schemita, sorte de moratorium périodique (Voir à ce sujet Munk, Pales- 
tine, p. 210, note). 



28 REVUE DES ETUDES JUIVES 

connaître l'époque de la Schemita, mais l'année qui précédait la 
Schemita, l'année qui la suivait, toutes les années, en un mot qui 
séparaient Tune de l'autre les années sabbatiques. En effet, dès 
les derniers mois de la 6 e année, on cessait de semer; les fruits 
amassés indûment la "7° année, on les détruisait (w^a) la 8° année, 
et il était, à plus forte raison, interdit de recueillir les fruits des 
cultures faites illégalement l'année du chômage 1 . Dans l'inter- 
valle de deux Schemita, il était des dîmes différentes selon les 
années. La seconde dîme, maaser schèni, prescrite la l 1 ' 9 , la 
2 e , la 4 e et la 5° années et dont le produit devait être consommé ou 
dépensé à Jérusalem, était remplacée, la 3 e et la 6° années, par le 
maaser ani, distribué aux pauvres 2 . Il était donc absolument 
nécessaire de connaître, chaque année, le rang que l'année devait 
occuper dans la période sabbatique. Cette division du temps était 
ainsi d'un usage courant et constant. Les actes publics et privés 
en portaient la mention 3 . 

La Schemita a-t-elle été réellement observée ? Allant à rencontre 
des sentiments les plus naturels, tels que l'amour jaloux de la 
propriété, à rencontre des lois économiques universellement pra- 
tiquées, n'était-ce pas une pure utopie, une législation qui n'a 
jamais eu d'application positive? Le traité tout entier que le 
Talmud a consacré à cette législation et qui réglemente les pré- 
ceptes mosaïques concernant l'année sabbatique peut-il avoir, 
pour nous, un intérêt autre qu'un intérêt théorique? Nous croyons 
que la Schemita, respectée, comme toutes les lois religieuses 
avec plus ou moins de zèle et de scrupule, n'a jamais cessé d'être 
en vigueur, excepté, cela va de soi, quand il n'y avait pas de 
Juifs en Palestine ou quand aucun d'entre eux ne se livrait à l'a- 
griculture. Nous n'avons pas sous les yeux les livres qui rendent 
compte comment de nos jours sont observées les lois agraires. 
L'année 1897-1898 doit être une année sabbatique, car l'année où 
Joseph Karo composait à Safed, en Palestine, son commentaire 
sur le Tour Yoré Déah, (1539), était, d'après son témoignage 4 , 
l'année de la Schemita. La Schemita était observée au moyen âge, 

1 Sehebiit, r, n, vu ; iv, 1-2. 

2 D'après Josèphe, Ant., IV, vin, 2, la dime du pauvre, obligatoire la troisième 
année, se superpose aux deux autres, xpîxvjv nç>bz aura?;. 

3 Sanhélrin, v, 1 ; Maccot, i, liu ; Gnittin, 77 ; Nedarim, GO. 

k Bel Yoseph sur Yoré Déah, 331 : « L'usage a adopté les conclusions de Moïmo- 
nide,et cette année 293 on a observé la Schemita •. Voici ce que dit Maïmonidc, Hil- 
khot Schemita, ch.x : « Le point de départ de la supputation de la Schemita, d'après 
les Gueonim et les gens de Palestine, est l'année de la destruction du Temple. Pour 
connaître l'ordre des anrrees de la Schemita, il suffit de diviser par 7 le nombre des 
années écoulées depuis la ruine du Temple. Cette aunée, il y aura 1107 ans que le 
Temple a été détruit, c'est donc la première année d'une période sabbatique. » 



DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2« TEMPLE 29 

en France, en ce qui concerne les prêts d'argent. R. Tam recevait 
à son tribunal les déclarations dites yrosbol l . 

Mais ce n'est pas dans les pays d'Occident ou même en Judée, 
en un siècle où la population très clairsemée est peu adonnée aux 
travaux des champs qu'il faut rechercher si la Schemita est, pour 
les Juifs, une loi dans le sens pratique du mot, mais quand la 
Judée est vraiment juive, quand sa population ne vit que d'agri- 
culture. 

Remontons la chaîne des temps. Au 111 e siècle et à la fin du n e , 
les patriarches Juda II, Gamaliel III, Juda I, prennent, en synode, 
des décisions relativement à la Schemita; Juda II, pour restreindre 
l'étendue du territoire soumis à cette loi 2 , Gamaliel III 3 et Juda I 
pour abolir les suppléments de la 7° année*, c'est-à-dire l'inter- 
diction de cultiver la terre les derniers mois de la 6 e année et celle 
de récolter, la 8° année, les fruits produits par le travail de la 
septième année 5 . 

Trois siècles avant R. Juda II, l'ancêtre de ces patriarches, Hillel 
l'ancien avait institué le prosOol 6 , institution destinée à atténuer 
les effets et à éviter les abus de la Schemita. La nécessité de cette 
institution prouve que la Schemita avait force légale ". 

Ces mesures législatives résultant de circonstances nouvelles 
auxquelles devaient s'adapter les institutions du pays attestent 
déjà suffisamment que ces institutions étaient réellement vivantes. 
De son côté, l'histoire nous fournit des témoignages positifs et, à 
côté de ceux-ci, des preuves indirectes qui ne sont pas sans valeur 
et qui viennent confirmer ce que la législation nous a déjà appris. 

En 163 (233 ans avant la destruction du Temple), Antiochus 
Eupator, guerroyant avec Juda Macchabée, assiège Beth Zura. Les 
assiégés sont aussitôt obligés de se rendre : « Il n'y avait pas de 
nourriture pour eux, car c'était le Sabbat pour la terre 8 ». (I Mac- 

1 Q-uiltin, 36 b, Tosafot, au bas de la page. 

1 j. Schebiit, Ztic-d; Tosefùa Oholot, fln. 

3 rP^a© nDOin, Tos. Schebiit, i,1. 

* Le Talmud de Jérusalem paraît attribuer celte décision à R. Gamliel II. Elle 
semble postérieure à la rédaction de la Mischna, la Mischna n'en parle pas, alors 
qu'elle mentionne celle de R. Juda. 

3 Schebiit, vi, 4. 

8 Forme abrégée de la formule 7Cpoaêo).rç Ttpo? pou).r,v, qui est la traduction de HDïfà 
"pi mab (T^milû^) (Schebiit, x, 3-7) ; la prescription légale de la Schemita 
n'ayant pas d'effet sur les actes judiciaires, le créancier pour sauvegarder ses droits 
pendant la 7 e année, était censé les transmettre au tribunal. 

7 II y avait à Jérusalem un édifice où, en exécution de l'ordonnance de Hillel, 
l'autorité publique recevait en dépôt les obligations souscrites par les débiteurs. Cet 
édifice (àp/_£iov) lut incendié, au début de la révolte, parles zélateurs pour entraîner les 
débiteurs dans l'insurrection, B. «/., II, xvn, 6. 

8 Traduction presque littérale de y^iù STÏT "pmO nau; (Lévit., xxv, 4). 



30 REVUE DES ETUDES JUIVES 

chabées, vi, 49). « Il r^y avait pas de vivres dans la ville, à cause 
de la septième année, ceux des gentils restés en Judée ayant 
mangé ce qui était resté des dépôts. » 

Jean Hyrcan, en 135, poursuit Ptolémée, son beau-frère, le 
meurtrier de son père, l'assiège dans la citadelle de Dagon, où 
s'était réfugié l'assassin, emmenant avec lui la mère et les frères 
de Jean Hyrcan. Le siège traîne en longueur et bientôt Hyrcan 
doit interrompre ses opérations militaires, « l'année sabbatique 
survenant, pendant laquelle, chez les Juifs, l'usage est de ne pas 
travailler, car, tous les sept ans, ils observent cette année, à l'ins- 
tar du septième jour l ». 

On ne faisait donc pas la guerre l'année sabbatique; c'était une 
sorte de trêve de Dieu pour les Juifs. Ce n'en était pas une assuré- 
ment pour leurs ennemis, qui mettaient à profit, dans la conduite 
de leurs campagnes, et la répugnance des Juifs pour toute opéra- 
tion militaire et l'épuisement des approvisionnements de la Judée. 
Ainsi , l'année même où Jean Hyrcan cesse, à cause de la Schemita, 
de poursuivre Ptolémée, Antiochus Sidétes, roi de Syrie, vient 
attaquer Hyrcan et l'assiège dans Jérusalem. La famine bientôt 
réduit les assiégés aux pires extrémités 2 . Cependant, à l'approche 
de la fête des Tabernacles, Jean Hyrcan, comptant sur la piété 
d'Antiochus, lui demande une trêve pour célébrer la fête 3 . Le roi 
de Syrie accéda à ce désir et voulut très généreusement contri- 
buer par ses offrandes à l'éclat de cette fête. 

On sait que la solennité des Tabernacles est le couronnement 
des fêtes de la septième année 4 . 

Ainsi, grâce au premier livre des Macchabées et à Josèphe, nous 
connaissons deux des années sabbatiques observées dans le 
ii c siècle avant l'ère chrétienne, leurs dates exactes, les circons- 
tances intéressantes qui s'y rapportent. Grâce au Talmud, nous 
en connaissons deux autres dans le i er siècle de la même ère. La 
date de Tune a été discutée, toutefois il rie nous parait pas impos- 
sible de la déterminer d'une façon exacte» 

Au terme de la septième année ou plutôt au commencement de 
la huitième, ainsi qu'on vient de le rappeler, à la solennité de 
Souccot, le peuple tout entier était convoqué dans le Temple. Au 
milieu du parvis, on construisait une estrade sur laquelle le roi 
prenait place. Le livre de la Loi passait successivement du prési- 

» Ant., XIII, vm, 1; B. </"., I, n, 4. 

» Ant., XIII, vin, 2/ 

1 Anliochus avait reçu le surnom de « pieux », ECiai^r,;. 

« Deutér., xxxi, 10-12; Ant., IV, vm, 12. 



DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2° TEMPLE 31 

dent de l'assemblée 1 au chef des prêtres, au grand-prêtre, qui le 
remettait au roi. Celui-ci se levait pour le recevoir et, assis sur son 
siège, le lisait à haute voix 2 . Le roi Agrippa se leva selon l'usage 
et resta debout pendant toute la lecture : les sages l'acclamèrent 3 . 

Agrippa I fut roi en Judée de 41 à 44. Cette année sabbatique 
est donc comprise entre ces deux dates. 

On prétend, il est vrai, que cet Agrippa de la tradition rabbi- 
nique était Agrippa II, fils d'Agrippa I*. La principale raison don- 
née, on peut dire la seule, c'est que le prêtre R. Tarphon, qui 
semble avoir vécu encore au commencement du n e siècle, avait 
rapporté de cette fête des souvenirs personnels qui ont été re- 
cueillis dans la Tosèfla*. On oublie que R. Tarphon rappelle 
un souvenir d'enfance et que, sans aucun doute, il est par- 
venu à une extrême vieillesse. De plus, Agrippa II n'était pas roi 
en Judée. Il a eu la surintendance du Temple de 59 à 65. Si, 
comme tout porte à le supposer, ainsi que nous le verrons plus 
tard, l'an 63 fut une année sabbatique, Agrippa, à cette époque, 
était en très mauvaise intelligence avec les prêtres et les rabbins. 
On se dénonçait réciproquement à Rome. Le grand-prêtre Ismaël 
b. Fabi dut aller à Rome dans ce but et y fut retenu comme otage 
avec d'autres dignitaires . Ce n'était donc pas Agrippa II qu'eus- 
sent acclamé les docteurs du Temple. 

D'après Josèphe 7 , c'est le pontife et non le roi qui fait la lec- 
ture septennale de la Loi 8 . Le fait d'Agrippa lui était donc in- 
connu. Comment l'eût-il ignoré s'il s'était agi d'Agrippa II, son 
contemporain, avec lequel il était en relation personnelle? 

Dans la tradition rabbinique, il ne saurait donc être question 
évidemment que d'Agrippa I, et l'année sabbatique dont nous re- 
cherchons l'époque se trouve ainsi comprise entre 41 et 44. 

La ruine du Temple, au dire de R. Yosé, eut lieu à l'issue d'une 
année sabbatique. Le texte semble dire l'année qui suivit la Sche- 
mita, m^ruD "Wim^mais, ainsi que l'explique Tosatot, Aboda Z ara, 
8b, ce terme peut s'appliquer à l'année sabbatique elle-même 

1 Le président du Sanhédrin PD55 = awïopiov, peut-être le président du second 
Sanhédrin, celui de 23 membres qui siégeait à la porte de la Azara. 

* Il lisait, dans un ordre déterminé, un certain nombre de chapitres du Deuté- 
ronome. 

3 Voir la suite dans Sota^ vu, 1 ; Sifrè Schoftim, Û"»Uîn dlïZ). 

* Buchler, Die Priester und dcr Cullus, p. 10 et suiv. 

5 Tosefta Sota, vu, 16 (éd. Zuckeimandel). 

6 Ant., XX, vin, 11. 

7 Ant., IV, vin, 12, 6 àf^ùpeu; £7ti pr)|.'.aTOç C'|/r,),oO. 

8 De temps immémorial il eu était ainsi toujours : sous les anciens pontifes, sous le 
règne d'Hérode et d'Archélaus et sous la domination romaine. Les Asmonéens, on le 
sait, étaient à la fois rois et pontifes. 



32 REVUE DES ETUDES JUIVES 

quand elle est à son déclin 1 . La chronologie rabbinique place la 
ruine du Temple en Tannée 68, mais cette catastrophe eut lieu 
réellement en 70. Si l'année 70 est sabbatique, l'année 42, séparée 
de celle-ci par un intervalle de 4 semaines d'années (28 -f- 42 = 
70) ou de quatre Schemita, ou bien l'année 41 si on ajoute une 
année pour le Jubilé, est donc l'année où Agrippa lut le chapitre 
royal du Deutéronome. 

Nous avons donc ainsi la date à peu près précise de deux an- 
nées sabbatiques dans le n c siècle avant l'ère chrétienne et de 
deux années sabbatiques dans le siècle de cette ère. Serait-il pos- 
sible d'en retrouver aussi dans le siècle qui les sépare, dans le 
i c siècle avant l'ère chrétienne? 

Dans Arahhin, 11, il est dit 2 : « Les événements heureux ar- 
» rivent à des jours déjà marqués pour le bonheur, les catas- 
» trophes à des jours déjà néfastes. Quand le Temple fut détruit 
» la première fois, c'était le 9 Ab, à l'issue du sabbat, à l'issue 
» d'une année sabbatique..., les prêtres étaient à l'autel, les lé— 
» vites sur leur estrade et ils chantaient un psaume...; leurs chants 
» retentissaient encore quand les ennemis, assaillant le lieu saint, 
» se saisirent de leurs personnes. . . Et la seconde fois, ce fut aussi 
» le 9 Ab, à l'issue du sabbat, à l'issue de l'année sabbatique, les 
» lévites chantant le même psaume. » 

Ces détails si précis, pour peu qu'on puisse en admettre la réa- 
lité, s'appliqueraient bien mieux à un événement relativement ré- 
cent, qu'à une catastrophe datant déplus de sept siècles 3 , et ils 
rappellent, en quelque sorte, dans les traits essentiels, la descrip- 
tion si émouvante, faite à deux reprises par Josèphe, de la prise et 
de la profanation du Temple par Pompée : 

Anl., XIV, iv, 3 : « Les prêtres ne s'abstinrent pas d'accom- 
» plir les rites sacrés... la ville prise, le 3° mois 4 , le jour du jeune, 
» dans la 79° Olympiade, G. Antoine et M. Tullius Cicéron con- 
» suis, les ennemis, pénétrant de vive force, massacrent ceux qui 

1 Au onzième mois de l'année. 

1 Voir aussi Taanit, 29 a. 

â La ruine du premier Temple a lieu en l'an 589 avant l'ère chrétienne. R. Yosé 
vit au milieu du 11 e siècle de cette ère. 

*■ D'après Strabon, le Temple fut pris le jour du jeûne, d'après Dion Cassius, un 
samedi. Jost prétend que ce jeûne était celui du Kippour. (Le troisième mois de 
Tannée macédonienne correspond, en ellct, à Tischri). D'après Casaubon et Scaliger, 
ce jour était le 9 Tammouz, anniversaire de la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor 
et il faudrait remplacer le mol rpixov panitaptov. Si le récit de R. Yosé se rapporte 
à la profanation du Temple par Pompée, il faudrait remplacer le mot xpitov par 
7T£u.7ttov. M. Théodore,. Reinach croit que le Temple a été pris le samedi, que Stra- 
bon appelle jour déjeune, croyant que les Juifs jeûnaient le jour du sabbat. (Textes 
(jrecs et latins relatifs au judaïsme, p. 104, note 1.) 



DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2- TEMPLE 33 

» sont dans le Temple, les prêtres offrant des sacrifices n'en con- 
» tinuant pas moins à remplir leur saint ministère. . . » 

B. /., I, vu, 5 : « Des prêtres en grand nombre, à la vue des 
» ennemis se ruant sur eux, l'épée nue, restent (sur l'autel) 
» intrépides, accomplissant leurs rites, faisant des libations, brû- 
» lant l'encens et se laissent immoler, fidèles à Dieu jusqu'à la 
» mort. » 

« 6. Dans cette catastrophe (où périrent 12,000 hommes), ce 
» qui parut aux Juifs le comble de l'infortune, ce fut de voirpé- 
» nétrer des gentils dans le lieu sacro-saint, auparavant inacces- 
» sible à tout regard. Pompée et beaucoup de ses compagnons pé- 
» nétrèrent dans le Saint des Saints et virent ce que nul mortel 
» en dehors des pontifes n'avait jamais vu. » 

La prise du Temple par Pompée a lieu en 63 avant l'ère chré- 
tienne ; l'an 63 est une année sabbatique d'après l'un des sys- 
tèmes adoptés par le Talmud 1 ; les détails donnés par R. Yosé 
peuvent donc se rapporter à cette catastrophe. 

En 35, Hérode nomme grand-prêtre le frère de Mariamne, Aris- 
tobule, âgé de 17 ans. Durant les fêtes de Souccot, le jeune prince 
monte sur l'autel, revêtu des ornements pontificaux et préside aux 
cérémonies avec une grâce et une majesté qui ravissent les cœurs 
et excitent dans la foule un enthousiasme indescriptible. Dès lors il 
est condamné dans l'esprit du tyran ombrageux et sans scrupule. 
Sans doute Hérode avait calculé déjà, dans sa pensée, l'élan irré- 
sistible qui entraînerait la nation tout entière quand, Tannée sui- 
vante, au couronnement de l'année sabbatique, le jeune pontife, 
le descendant de l'illustre race des Asmonéens, lirait du haut du 
ftf,aa, le roi ne le pouvant pas en raison de son origine étrangère, 
la parascha royale devant tout Israël assemblé. Aristobule devait 
donc périr. L'année 35 était également une année sabbatique, 
d'après un des systèmes discutés dans le Talmud. 

Chose extrêmement étrange, en effet, on n'est pas fixé du tout sur 
la façon de calculer le retour des années sabbatiques. Il y a deux 
systèmes à cet égard, tous deux soutenus dans le Talmud, et, 
n'étaient les raisons nombreuses, à notre avis irréfutables, que 
nous avons énumérées, cette étrange incertitude dans la supputa- 
tion des années sabbatiques suffirait pour faire douter absolu- 
ment de la réalité positive de cette législation. D'après la loi mo- 
saïque , au terme de chaque cycle de sept années sabbatiques 
ou de 49 ans, il est prescrit de célébrer le Jubilé, la 50 e année. 
Cette 50° année est-elle seulement le couronnement du cycle jubi- 

1 Rosch Haschana, 9; Nedarim, 61; Arakhin, 12 et 33. 

T. XXXVII, N° 73. 3 



34 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

laire? Est-elle, en même temps, le commencement du cycle 
suivant? En d'autres termes, un siècle se compose-t-il exacte- 
ment de deux cycles jubilaires ou bien de deux cycles augmentés 
de deux ans? 

La raison de ce doute, la voici. Dans le Talmud, il est à peu près 
certain ' que, durant le second Temple (et même auparavant, à 
partir de l'exil des dix tribus 2 ), le Jubilé notait plus en vigueur. 
L'esclavage juif définitivement aboli 3 et, d'autre part, le territoire 
ayant cessé d'être divisé par tribus et par familles, les deux dispo- 
sitions essentielles de la loi du Jubilé, la raison même de cette loi, 
la libération périodique des esclaves, le retour des champs à leurs 
anciens possesseurs, étaient devenues nécessairement caduques. 
Le chômage des terres, disposition accessoire et conséquence des 
deux autres, n'avait plus de raison. On comptait néanmoins la 
60 e année, on la sanctifiait conformément à la loi 4 , on la célébrait 
sans doute par des réjouissances qui semblent avoir duré dix 
jours 8 , et, le jour du Kippour, la sonnerie du Schofar retentis- 
sait dans tout le pays ; mais l'année du Jubilé n'étant plus une an- 
née de chômage 6 , la Schemita revenait-elle six ans après, après 
six ans du travail de la terre, ou seulement sept ans après ? 

D'après R. Yehouda, la Schemita revient invariablement tous 
les sept ans. D'autres docteurs, que le Talmud ne nomme pas, ad- 
mettent, au contraire, que, l'année du Jubilé comptant à part, il y 
a un intervalle de huit ans entre la dernière Schemita d'un cycle 
jubilaire et la première du cycle suivant 7 . 

Le Talmud ne prend pas parti entre ces deux opinions. Parmi 
les commentateurs, R. Baruch, l'auteur du Sefèr Haterouma, 
R. Tarn et, d'après Tosafot s , Raschi, adoptent le système de 
R. Yehouda ; Rabad , celui des contradicteurs anonymes de 
celui-ci. 

Qu'il y ait eu, en France, au moyen âge, incertitude sur une 
circonstance essentielle de la loi sabbatique, à savoir en quelles 
années arrive l'échéance périodique de cette loi, la chose est, tout 
au plus, concevable; mais ce qui ne se conçoit en aucune façon, 

1 R. Tarn émet quelques doutes à ce sujet. La question est examinée dans To- 
safot Guittin, 36 a s au bas de la page et verso. 

* Arakhiti) 33. 

* Voir Ant. t XVI, i, 1. Josèphe parle du servage juif comme depuis longtemps 
aboli : èv roTç7C pto-roiç tyjç Toiaû-rr,; Tijxtopîa;. 

* ùnunpv 

5 Rosch Haschana % 8 b. 
e Guittin, 45 d. 

7 Arakhin, 12, 32; Rosch Maschana, 9; Ntdarim, 61. 

8 Aboda Zara, 9 b. 



DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2« TEMPLE 35 

c'est qu'il y ait eu incertitude en Palestine, à une époque où cette 
loi a été ou a dû être en pleine vigueur. 

Il ne pouvait y avoir, en même temps, deux façons différentes 
d'appliquer la loi de l'année sabbatique et conséquemment deux 
opinions opposées à ce sujet, mais il y a eu deux façons succes- 
sives d'entendre l'application de cette loi et ainsi, à notre avis, 
entre les deux opinions présentées comme contradictoires, il ne 
saurait y avoir eu de contradiction effective. A notre avis, il faut, 
pour la loi du Jubilé, considérer trois moments : 

a) l'époque où la loi du Jubilé est entièrement exécutoire ; 

b) l'époque où, ne répondant plus à l'état social ou à la législa- 
tion courante, la loi du Jubilé, virtuellement abrogée, subsiste 
néanmoins encore, mais comme époque de réjouissances natio- 
nales. L'année jubilaire compte encore à part, mais sans entraîner 
d'obligations ; 

c) l'époque où, par suite du malheur des événements 1 , ces ré- 
jouissances publiques elles-mêmes ont cessé. L'année du Jubilé ne 
compte plus ou se confond avec les années du cycle suivant. 

L'opinion des rabbins anonymes répond à la seconde phase, pé- 
riode du second Temple. Le Talmud ne connaît pas leurs noms. 
Ce sont donc des docteurs anciens, d'une époque antérieure à la 
ruine du Temple, faisant connaître comment, de leur temps, la loi 
était appliquée. L'opinion de R. Yehouda répond à la troisième 
phase , à la période qui commence après la destruction du 
Temple. 

Cette conclusion s'impose, car, d'une part, il est impossible que 
R. Yehouda n'ait pas su comment de son temps (un siècle après la 
destruction du Temple) on supputait les années sabbatiques; 
d'autre part, pour la période antérieure, à moins d'admettre qu'un 
siècle se compose exactement de deux cycles jubilaires, il est im- 
possible que : 

1° l'année de la destruction du Temple, l'an 70, ait été une année 
sabbatique, ni une année post-sabbatique rwmû ^actun, l'année 
163 ante ayant été année sabbatique *, l'année 170 l'ayant été éga- 
lement : or, dans le système de R. Yehouda, deux siècles plus tard, 
la Schemita ne pouvait tomber qu'en 67 ou en 74; 

2° il y ait eu sous le règne d'Agrippa I (41-44) une année sab- 
batique. L'année 135 ante et conséquemment l'an 142, ayant été 
année sabbatique 3 , deux siècles plus tard, dans le système de 
R. Yehouda, la Schemita aurait eu lieu en 39 ou en 46. 

1 Epoque postérieure à la ruine du Temple. 

* 1 Macchabée, vu. 

• Ant.) XIII, vin, 1. 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Dans l'hypothèse d'après laquelle la Schemita de Sota, vin, 9, 
aurait eu lieu sous Agrippa II (59-65), c'eût été en 60; mais cette 
hypothèse, on l'a vu, est insoutenable. 

Maïmonide ne connaissait pas les faits historiques que nous ve- 
nons de rappeler et de discuter, il ne s'est pas arrêté non plus 
devant l'impossibilité morale, à notre avis, d'une incertitude rela- 
tivement à l'échéance périodique d'un fait public ou plutôt d'un 
ensemble de faits et de devoirs intéressant à la fois et de la façon la 
plus pressante et l'autorité publique et chaque particulier, tels 
qu'étaient ceux de la Schemita, et — chose vraiment surprenante 
— ce que nous avons dit comme conclusion logique et de ces faits 
historiques et de cette preuve morale si puissante, il l'affirme être 
la vérité même, à savoir que, jusqu'à une certaine époque, l'opi- 
nion des rabbins anonymes a prévalu, puis celle de R. Yehouda; il 
l'affirme presque à son corps défendant, invoquant une tradition 
dont il n'est d'ailleurs de trace nulle part et s'exprime, à ce sujet, 
avec une netteté qui ne laisse place à aucun doute : « Tous les 
» Gaonim ont dit qu'il y avait une tradition transmise oralement 
» jusqu'à eux qu'à partir de la ruine du second Temple, on a cessé 
» de compter à part la cinquantième année et que les Schemitot se 
» succéderaient indéfiniment de sept en sept ans, c'est ce qui ré- 
» suite du Talmud ■ et telle est la tradition. » * {Hilhhot Schemita 
Veyobel, x, 5). 

Des deux assertions du Séder Olam : 1° que le retour de l'exil 
de Babylone eut lieu 420 ans avant la destruction du second 
Temple ; 2° qu'à cette époque, en 420, on commença à observer la 
Schemita, il ne faut retenir que la seconde. Elle est confirmée par 
la Bible indirectement, cela va sans dire, mais pour nous d'une 
façon indubitable. Elle est confirmée de la même manière et dans 
les mêmes conditions par Josèphe. La promesse d'observer la 
Schemita est une des stipulations formelles du pacte dont il est 
question dans Néhémie, x, et figure au verset 32, MDUîn ns îatiï'i 
1i bs Niâtti rftf-auîtt. Néhémie a gouverné la Judée, une première 
fois, entre 454 et 432 ; le livre qui porte le nom de ce personnage 
a été écrit environ cent ans après celui-ci, car ce livre contient une 

1 Aboda Zara, 9. 

* L'explication que nous avons donnée ne résout pas néanmoins toutes les difficul- 
tés. Si pendant la période du Temple on a compté à part les années du Jubilé et si, 
d'autre part, l'année de la destruction du Temple fut rP^DUJ "WLÉIE il faut ad- 
mettre, avec Tosafot dans Aboda Zara, que la ruine du Temple eut lieu l'année 
qui suivit l'an 420 de la supputation rabbinique et, ainsi qu'on l'a déjà dit, également 
d'après Tosafot, que l'expression rP^DUJ "'NlSlto à Vissue de la septième année 
signifie à la tin (onzième mois) de la septième année, et non pas l'année qui suit la 
septième. 



DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2- TEMPLE 37 

liste de grands-prêtres qui s'arrête à Jaddus, arrière-petit-fils 
d'Eliasib, le pontife contemporain de Néhémie. Jaddus fut grand- 
prêtre vers 350, c'est-à-dire 420 ans avant la destruction du 
second Temple. Ce Jaddus, contemporain d'Alexandre-le-Grand, 
demanda au conquérant macédonien, d'après Josèphe, de dis- 
penser les Juifs du tribut l'année sabbatique 1 . S'il peut être 
fait des réserves sur ce qu'il y a de légendaire et assurément 
d'inexact dans le récit de l'entrevue d'Alexandre et du grand- 
prêtre, entrevue racontée presque dans les mêmes termes dans 
Josèphe et dans le Taîmud 2 , il n'y a pas de raisons sérieuses 
pour en contester le fond 3 . Le silence observé à ce sujet par les 
historiens grecs ou latins d'Alexandre, ne prouve rien contre lui. 
Si le fait est vrai réellement comme il l'est en toute apparence, il 
en résulte : 

1° Que la loi sabbatique était observée en 333, c'est-à-dire 403 
asrant la destruction du Temple; 

2° Que la faveur demandée à Alexandre était chose toute nou- 
velle pour les Juifs, sinon Jaddus se serait contenté de demander 
à Alexandre la continuation du privilège déjà accordé par les 
rois de Perse 4 . 

Il est donc établi que l'observance de la loi sabbatique était 
chose récente, ce qui nous reporte également aux environs de l'an- 
née 420 avant la destruction du Temple. 

Enfin, les Samaritains, informés, paraît-il, de la faveur accor- 
dée aux Juifs, s'empressent de demander eux aussi d'être déchar- 
gés du tribut de la septième année. Cette concession leur est 
refusée. Sans aucun doute, ils n'avaient pas encore fait de la loi 

1 Ant., XI, vin, 5. Voir au sujet du récit de Josèphe la savante étude de M. Bûchler 
Revue, XXXVI, p. 1 et suiv. 

• Yomdi 69 a, p. 1 et Meguillat Taanit. D'après les rabbins, le grand-prêtre était 
Siméon le Juste. 

• Au dire des historiens, Alexandre va de Tyr à Gaza, de Gaza en Egypte. 
D'après Josèphe, il serait allé de Gaza à Jérusalem (avant de se rendre en Egypte). 
S'il est invraisemblable qu'Alexandre soit revenu sur ses pas, rien n'empêche de 
croire que, durant les longs loisirs du siège de Gaza, il se soit rendu à Jérusalem, 
qui était à deux jours de marche. 

4 Ce privilège, les Juifs l'obtinrent une seconde fois, au dire de Josèphe [Ant. t 
XIV, x, 6), de Jules César (de 47 à 44). Devenue tributaire de Rome, en 63, la Ju- 
dée avait été littéralement mise en coupe réglée à plusieurs reprises par Pompée, 
Scaurus, Gabinius et Cassius, qui l'avaient ruinée par leurs exactions. La loi de la 
Schemita dut nécessairement fléchir sous le poids de leur insatiable avidité. Dans 
son décret, le cinquième de la série, César les dispensa à deux reprises, du tribut 
de la septième année : x^P'C T0 ^ ê686u,ov trou; Ôv SaêêccTixôv . . . 7rpo<yayopeuou<jiv 

èTcetSy) èv aùxcS [i^xe ùiro tûv SevSpwv xaptrôv ),aaêàvoucri u.y)TS criretpou<?t Oue^ai- 

povuivou toù é686u,ov £tov; Ô 2a6êaTix6v xa),oùai (la suite comme plus haut). Ce texte 
est une forte preuve de plus de la réalité effective de la législation de la loi sabba- 
tique. 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

du chômage sabbatique une loi d'Etat et ils ne voulaient l'adopter 
que pour profiter, à leur tour, et sans droit réel, de la concession 
gracieuse faite aux Juifs leurs rivaux, car, autrement, les Sama- 
ritains ayant déjà donné à Alexandre antérieurement aux Juifs 
des gages de leur fidélité, le refus opposé à leur demande par le 
conquérant eût été inexplicable. 

Pourquoi le Schemita est-elle observée à partir de cette époque 
(350) et non auparavant ? 

La Schemita, étant surtout une loi territoriale, bien plus que per- 
sonnelle, ne pouvait être établie qu'à la condition d'être appliquée à 
un territoire continu. Or, les quarante-deux mille Juifs revenant 
de l'exil avec Zorobabel, augmentés des dix-huit cents hommes qui 
accompagnent Ezra, n'auraient pas pu occuper à eux seuls toute 
la Palestine, ni même une seule de ses grandes divisions 1 . Ces 
deux groupes d'immigrants, pendant de nombreuses générations, se 
développent rapidement, s'augmentant par l'infiltration constante 
de nouveaux afflux d'immigrants et par la toute-puissante attrac- 
tion exercée sur les gentils, y-iatti "W, établis dans le pays qui 
se détachent peu à peu de leurs pratiques religieuses, de leur na- 
tionalité, pour s'agréger au judaïsme, les d^Vni, pour les appeler 
par leur nom biblique. Ainsi peu à peu se forma une popula- 
tion compacte, plus ou moins unie d'abord, mais s'étendant d'une 
façon presque uniforme sur tout le pays. L'action constamment 
répétée des chefs religieux du Judaïsme amène une cohésion de 
plus en plus grande de ces éléments si divers, et fait entrer 
dans leurs mœurs, en quelque sorte, les lois du Pentateuque 
et les développements donnés à ces lois par les Soferim. Toutefois, 
pour devenir lois d'Etat, ces lois avaient besoin de l'adhésion 
populaire, de là ces grandes assemblées telles que nous en voyons, 
non seulement au temps d'Ezra et de Néhémie, mais déjà à des 
époques antérieures, telles que sous Sédécias (Jérémie, xxxiv, 8) 
l'assemblée qui décrète l'exécution de la Loi ordonnant la libéra- 
tion des esclaves juifs, au commencement de la septième année; 
sous Josias, celle qui a pour but et pour effet l'alliance du peuple 
avec Dieu (le peuple tout entier entra dans Vaillance *) et, d'après 
le livre des Chroniques, celle que le roi Ezéchias convoque à pro- 
pos de la fête de Pâque 3 , sans compter les assemblées analogues 
réunies, d'après ce livre, par Asa et par Josaphat. 

Il est plus que probable que, dans les dernières assemblées, celle 

1 La Palestine pouvait nourrir plusieurs millions d'individus. Son territoire repré- 
sente le vingtième de l'étendue de notre pays. 
8 II Rois, xxn, 3 ; II Ghron., xxxiv, 30-32. 
3 Jbid. } xxx, 23. 



DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2' TEMPLE 39 

de Josias (622) et celle de Sédécias (595 environ), il fut déjà ques- 
tion de l'établissement ou plutôt de la mise en vigueur de la 
Schemita. En effet, la libération des esclaves après six ans de 
servage prescrite par l'Exode et le Deutéronome », est une loi 
tout à fait analogue à celle de la Schemita, évidemment plus 
importante au point de vue moral et social, mais d'une applica- 
tion infiniment moins générale. Pour peu qu'on y réfléchisse, il 
paraît certain qu'on ne dut y songer qu'après avoir décrété l'obser- 
vance obligatoire de la loi sabbatique des terres. Cette dernière 
loi dut être nécessairement comprise dans le pacte contracté sous 
Josias, aux termes duquel pacte, le peuple s'engageait sans ré- 
serves, « à marcher dans les voies de Dieu, à observer ses com- 
mandements, ses témoignages, ses ordonnances de tout son cœur 
et de toute son âme, à accomplir toutes les choses de l'Alliance ins- 
crites dans le livre » . 

Or, la Schemita est une loi de l'Alliance 2 , prescrite à la fois 
dans l'Exode 3 , dans le Lévitique*> et dans le Deutéronome*. Dans 
l'Exode, la loi de la Schemita fait partie des commandements 
réunis dans le Se fer Habberit 6 , immédiatement avant la Loi du 
Sabbat 7 , et il est plus que probable qu'en prêchant avec tant de 
véhémence l'observation rigoureuse du jour du Sabbat, Jérémie 8 
n'a pas dû négliger dans ses recommandations de rappeler l'obli- 
gation de l'année du Sabbat que la Loi qualifie \vra® nmii 9 . 

Une des prédictions de Jérémie porte, d'ailleurs, une date qui ne 
saurait avoir de signification que par rapport à la Schemita : « Cette 
même année, au commencement du règne de Sédécias, roi de 
Juda, la quatrième année 10 , » Il s'agit évidemment de la qua- 
trième année de la Schemita, sinon, ce chiffre ne répond à rien, 

1 Exode, xxi, 1-6 ; Deutér., xv, 12-18. D'après le Lévit., xxv, 39-44, l'esclave est 
libéré également l'année du Jubilé. 

1 La loi de la Schemita est promulgée dans le Lévitique avec une incomparable so- 
lennité, l'origine sinaïque de cette loi est inscrite à la fois dans le préambule (xxv, 1) 
WO ina m»"0 , TV1 et dans la conclusion IM m*VHl!m d^DlBElm Û^pH^ ïlbN 
^0 "lî-D (xxvi, 46), son observance encouragée par la promesse de bénédictions 
nationales, xxvi, 3-13 ; sa violation accompagnée de la plus terrible sanction. 

* Exode, xxiii, 10-11. 

4 Lév., xxv. 

8 Deut., xv, 1-11; xxxi, 7-13. 

6 Exode, xxi-xxiv, 4. 

7 llid., xxiii, 10-11, 12. 

8 Jérémie, xxxiv, 17. 
s Lév., v, 4. 

,0 Jérémie, xxvin, 1. La date marquée au commencement du livre d'Ezéchiel se 
rapporterait-elle à ce mode de supputation ? Ainsi l'ont pensé Joseph et David 
Kimhi, ainsi qu'Abarbanel. D'après ces commentateurs, l'an 30, date de la première 
révélation du prophète, serait la trentième année du Jubilé. On sait, d'ailleurs, qu'il 
est question du Jubilé dans un autre passage d'Ezéchiel (xlvi, 17). D'après le Tal- 



/jO REVUE DES ETUDES JUIVES 

le règne de Sédécias ayant en tout duré onze ans, la quatrième 
année ne pouvant pas être considérée comme le commencement 
d'un règnede onze ans. C'est ainsi que Kimhi, d'ailleurs, explique 
ce mot. 

Quoi qu'il en soit et en dépit de tous ces engagements solennels 
et de toutes ces alliances, la Schemita n'a pas été observée durant 
le premier Temple, l'exil de soixante-dix ans annoncé par 
Jérémie dut être, au témoignage de l'auteur des Chroniques, l'ex- 
piation nécessaire de la violation constante de cette loi : « Il exila 
à Babylone ce qui avait échappé au glaive..., pour accomplir 
la parole de Dieu dans la bouche de Jérémie jusqu'à ce que la 
terre eût accompli ses Sabbats, pendant toute la désolation elle 
chôma jusqu'au terme de soixante-dix ans *. » 

Dans une grande assemblée, semblable à celles qu'avaient 
convoquées Ezéchias, Josias, Sédécias, puis Ezra et Néhémie, 
deux cents ans environ après le retour de l'exil de Babylone, 
la loi de Schemita fut adoptée comme une loi générale imposée à 
tous les habitants du pays 2 . 

Cette assemblée dut décréter, en même temps, les conditions 
dans lesquelles cette loi devenait strictement obligatoire, les sanc- 
tions destinées à faire de cette obligation une vérité, les mesures 
à prendre pour que l'abandon des fruits du sol ne devînt pas une 
occasion de désordre, un encouragement au vagabondage , pour 
que les fruits des vignes, palmiers, oliviers, baumiers etc.. et les 
produits spontanés des champs, si abondants en ce riche terroir, 
ne fussent pas pillés, mais répartis d'une façon équitable entre 
les habitants. Pour établir ainsi un ordre régulier, on décréta 
qu'il y aurait des agents, Schelonhé Bel Din, chargés de la sur- 
veillance des champs, des plantations, de la récolte et des maga- 
sins publics, analogues à ceux que Néhémie avait fait disposer 
aux alentours du Temple pour recevoir les dîmes et les répartir 
ensuite entre les lévites et les prêtres 3 . 

De ces magasins destinés à servir de dépôts publics pour les 
fruits de la Schemita il est longuement question dans une 

mud [Arakhin, 14) et tous les anciens commentateurs juifs, ce fut l'année qu'Ezéchiel 
eut la vision du Temple futur (xl, 1). 

1 II Chron., xxxvi, 20-21 ; cf. Lév., xxvi, 43. 

» Il y eut, à l'époque de Néhémie, une grande assemblée InblTS îl^ïlp convo- 
quée par Néhémie, dans le but de réprimer l'usure, qui était la plaie de la colonie 
nouvelle. Le compte rendu de cette assemblée se trouve dans les Mémoires de Né- 
hémie (Néhémie, vin, 7). Nous sommes bien loin, à celte époque, du rétablissement 
de la loi ordonnant l'abolition (ou la suspension, des dettes) l'année de la Schemita 
(Deut., xv, 2-3, 9-10, et Néhémie, x, 32). 

1 Néhémie, xn, 44, 47 ; xm, 12. 



DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2 e TEMPLE 41 

baraïta, probablement très ancienne, car aucun des deux Talmuds 
ne l'a reproduite, sans doute parce qu'à l'époque dont ils ont 
recueilli les souvenirs, cette institution avait depuis longtemps 
disparu : 

« Autrefois les agents du Bet Din faisaient la ronde aux portes 
» des villes, et, si quelqu'un était porteur de fruits (de la 7 e année), 
» les agents les saisissaient, lui en laissant de quoi faire trois 
» repas et déposaient le reste dans le magasin municipal. Quand 
» arrivait l'époque de la récolte des figues, les agents du Bet Din 
» engageaient des ouvriers chargés de faire la cueillette, de faire 
» sécher les fruits et les mettre en gâteaux, puis en tonneaux, et de 
» les déposer ensuite dans le magasin municipal. A la saison des 
» vendanges, les agents du Bet Din louaient du monde pour 
» cueillir le raisin, le fouler, mettre le vin en pièce et le déposer 
» au magasin municipal. Quand venait le moment des olives etc.. 
» Tous les vendredis, on distribuait à chaque père de famille, pour 
» la semaine entière, quantité proportionnelle aux gens qu'il de- 
» vait nourrir. Quand il n'y avait plus rien aux champs (littéra- 
» lement quand venait l'époque du ws *), on distribuait ce qui 
» restait aux pauvres 2 . » 

Il est fait mention de cette institution des magasins des fruits 
de la 7 e année dans le 1 er livre des Macchabées, vi, 53. Ces maga- 
sins sont appelés -kol^sciç : « Ceux des gentils qui étaient restés en 
Judée consommèrent ce qui était resté du dépôt, xb 67r6X£t^a t^ç 

Trapocôéo-sojç 3 . » 

Il eût été vraiment impossible, on peut l'affirmer sans aucune 
hésitation, à une époque antérieure, c'est-à-dire avant que fût 
achevé le repeuplement de la Palestine et que ce pays, ainsi qu'il 
a été dit, fût redevenu une terre complètement juive, il eût été 
impossible, disons-nous, de décréter la série des mesures législa- 
tives ou administratives strictement indispensables au fonction- 
nement de la loi de la Schemita et qui exigeaient l'adhésion sincère, 
le concours efficace de tous, du moins de la majorité ; il eût été 
môme illégal de le faire, quoi qu'on puisse penser en lisant le 
Talmud. D'après le Sifra*, le commentaire rabbinique du Lévi- 

1 Quand il n'y avait plus rien aux champs pour les étrangers, pour les bêtes sau- 
vages (Lév., xxv, 6-7), il était interdit de conserver la provision amassée dans la 
maison (ordonnance rabbinique en vue d'empêcher l'accaparement des fruits de la 
septième année). C'est là ce qu'on appelait ""H^D. 

1 To&efla Schebiity vin, 1. 

3 Les fruits de la septième année avaient un caractère sacré, c'est là ce qui explique 
la plainte de l'écrivain. 11 était interdit de tirer parti du produit delà vente de ces 

fruits, tnttn nODin nvatt). 
* Sifra Behar, 2 : imb npbn Nbi mnsuîttb ipbn ipbn Nb b3wX iian^ 



42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tique, la loi de Schemita n'est exécutoire qu'une fois la conquête 
de la Palestine achevée et le territoire réparti complètement entre 
les tribus et les familles. C'est ainsi, dit le Sifra, que les choses 
durent se passer lors de la première prise de possession de la 
Palestine, prise de possession qui évidemment ne se fit pas aussi 
vite que le dit la suite du commentaire rabbinique *. 

D'après un texte du Talmud de Jérusalem 2 , la loi mosaïque de 
Schebiit avait été légalement abrogée par le fait même de l'exil. 
Cette opinion est rappelée dans maints passages du Babli 3 , les 
rabbins les plus autorisés n'hésitent pas à se l'approprier 4 . Pour 
être de nouveau exécutoire, cette loi dut être promulguée, pour la 
seconde fois, au retour de l'exil. Logiquement elle aurait dû être 
soumise alors aux même conditions que la première fois, c'est-à- 
dire à la condition, d'après le Talmud de Jérusalem : 1° que la Judée 
fût affranchie du joug de l'étranger; 2° que le pays fût entièrement 
soumis aux Juifs; 3° que les Juifs en eussent la propriété directe et 
complète. R. Yosé benHanina prétend toutefois que la loi devenait 
exécutoire sans condition et immédiatement; mais R. Eléazar n'est 
pas d'accord avec R. Yosé, même sur le principe et le caractère 
cette loi. Pour lui, la Schemita, une fois abrogée, perdait pour tou- 
jours son caractère d'obligation mosaïque. C'est du plein gré des 
contractants, par un acte entièrement spontané et à titre d'ordon- 
nance rabbinique, que la Schemita fut de nouveau remise en vi- 
gueur 5 . Ceux qui, dans la pleine indépendance de leur volonté, 
établirent cette loi, durent choisir évidemment le moment le plus 
propice et éviter de compromettre, par un zèle prématuré, les in- 
térêts sacrés du pays, le succès même de leur pieuse entreprise. 

L'opinion de R. Eléazar étant exprimée en dernier lieu, c'est 
elle qui est implicitement admise par le Talmud de Jérusalem. 

La Schemita devait devenir nécessairement la base de la suppu- 
tation des années conformément à la loi du Lévitique 6 . La pre- 
mière année où l'on commença à compter devint ainsi, sans qu'au 

b"n rja^tëa d^^n w Sirr> ipbn tdm "ii-ini ^riN bs *pNi r-iint* 
"mai ina bs rsrriD " ^pir: u inro td» inai irux br> ksto " "pu: „ 

» Ibid., 3. 

» Scheiut, vi, 1 (36 *). 

3 !-!n?ttb ïlttHp nmtt&n TOlIp Haguiga, 3 ; Mcguilla, 10 ; Arakhin, 32 ; 
Temoura, 21 ; Zebahim, 60, 107 ; Maccot, 19 ; Sckebouot, 16. 

f ' R. Simon b. Eliakoum, R. Eléazar b. Pedath, R. Eléazar h. Schamoua, R. Is- 
raaël b. R. Yosé, R. Yosé, R. Ismaël, R. Eliézer, auquel R. Yohanan b. Zaccaï 
Pavait enseignée comme/ "OioiO TOfab iTDbn (.Maccot, 19). 

5 ibnp lî-nbNtt. 

6 Lév., xxv. 



DATES IMPORTANTES DE LA CHRONOLOGIE DU 2° TEMPLE 43 

commencement l'on s'en doutât peut-être, l'ère vraiment nationale 
de la Palestine. Cette ère, Josèphe ne la mentionne pas, écrivant 
pour des étrangers pour qui elle n'aurait eu aucune signification. 

Le pacte où il est question de la Scheraita se trouvant, ainsi que 
nous l'avons dit, dans le livre de Néhémie, on ne remarqua pas que 
ce livre avait été écrit environ un siècle après ce personnage et l'on 
crut que ce pacte avait été, non seulement conclu, mais mis à exé- 
cution dès le temps de Néhémie. On fut amené ainsi à croire qu'il 
ne s'était passé pas plus de quatre cent vingt ans entre Néhémie et 
la ruine du Temple, puisqu'à l'époque de cette catastrophe il ne 
s'était écoulé que quatre cent vingt ans depuis la publication de 
la loi de la Schemita. D'autre part, le livre d'Ezra commençant 
par le récit du retour de l'exil, on crut qu'Ezra contemporain de 
Néhémie et historien de Zorobabel et de Josué, avait été également 
contemporain de ces deux personnages, confusion doutant plus 
naturelle et explicable que l'on trouve dans les deux parties des 
livres d'Ezra et de Néhémie les mêmes noms Darius, Artaxercès 
pour désigner les rois perses. Tous les rois perses a peu d'excep- 
tions près, s'appellent Darius ou Artaxercès. 

Ces confusions absolument inévitables, surtout pour des gens 
peu exercés aux procédés de la critique historique et dont cette 
critique était d'ailleurs le moindre souci, expliquent de la façon la 
plus simple l'erreur du Talmud. 

Arrivés au terme de cette longue étude, nous devons en faire 
connaître succinctement les résultats. 

Il est exact, comme le dit le Talmud dans Aboda Zara , 
qu'avant la destruction du Temple : 

1. Rome entretient avec la Judée, des rapports d'amitié ou de 
protection pendant deux cent six ans, de 140 à 66 ; 

2. La dynastie Asmonéenne est reconnue officiellement par 
Rome en 140 et dépossédée par Sosius, général romain, en 37, 
c'est-à-dire, dure, à ce point de vue, cent trois ans ; 

3. La dynastie hérodienne, intronisée par Sosius en cette même 
année, conserve son autorité, sous certaines modifications, et sauf 
deux interruptions (6 à 19 et 44 à 59) jusqu'en 66, c'est-à-dire 
pendant cent trois ans ; 

4. L'an 180, c'est-à-dire l'an 110 avant l'ère chrétienne, la mo- 
narchie Asmonéenne, après avoir soumis les Iduméens, battu les 
Syriens conquis Samarie, étend son pouvoir sur tout le pays, mo- 
ment le plus brillant de l'histoire juive durant le second Temple. 

Aussitôt commence une décadence rapide, les guerres civiles 
épuisent la Judée; Rome intervient; grâce à elle, les Gentils 



44 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

• 

deviennent maîtres des villes de la côte et de villes situées au 
milieu des terres * ; pour eux le roi juif Hérode construit la ville de 
Césarée, ville grecque, païenne, où il prétend attirer l'aristocratie 
juive administrative et sacerdotale. Pour défendre le Judaïsme 
contre l'intrusion de l'hellénisme du paganisme et en arrêter les 
développements, 

5. Les rabbins décrètent l'impureté de la terre des Gentils et 
des vases fabriqués à Césarée. 

6. Bientôt, sous Pilate, les Juifs sont de moins en moins les 
maîtres de leur pays, de la cité sainte elle-même, le désordre 
grandit, l'anarchie est encouragée par le procurateur lui-même. 
Sentant leur impuissance et ne voulant pas administrer la justice 
sous un pouvoir incapable de garantir la sécurité publique, en 
l'an 30 (40 avant la ruine du Temple), le Sanhédrin s'exile du 
Temple et cesse de prononcer des sentences capitales. 

7. C'est dans les trente-quatre dernières années de la période 
persane que l'on commence à observer la Schemita et consé- 
quemment à supputer les années, ainsi que l'ordonne la loi du 
Lévitique, xxv, 8. 

Cette observance continue pendant les cent quatre-vingts 
années de la domination grecque, les cent trois années de la 
dynastie Asmonéenne et les cent trois années de la dynastie 
hérodienne, et il n'en pouvait être autrement, la loi de la Schemita 
étant une des lois fondamentales du pays. 

Ainsi dégagées d'erreurs, de confusions tout à fait explicables, 
quelques-unes inévitables, se trouvent justifiées dans leur ensemble 
et presque dans tous leurs détails, les diverses allégations du pas- 
sage ù'Aboda Zara, qui devient ainsi un document des plus pré- 
cieux fourni par le Talmud pour l'histoire de la période du second 
Temple. 

Joseph Lehmann. 

* Antiq., XIV, iv, 4, 5; v, 3. 



LE 



TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉCH ÉRËÇ » 



(suite et fin ') 



VII 



LA. BARA1TA DES « BIENHEUREUX »• 



La baraïta de D. E. Z., i, vers la fin, traite de la béatitude des 
justes d'autrefois. Cette baraïta est citée partout comme étant de 
D. E. Elle en faisait donc partie primitivement. Il faut aussi 
qu'elle soit ancienne, puisqu'elle a trouvé place dans le morceau 
ancien intitulé pTi. Cette baraïta se divise en trois parties, dont 
chacune commence par un nombre et énumère les détails en les 
faisant précéder de ces mots : p ib^i ■. 

1° i-insn me apam pn^ tmaa "p "frai m-n vir© maa njaui 
ito ori3DT « Avec sept patriarches Dieu a conclu une alliance : ce 
sont Abraham, Isaac et Jacob, Moïse et Aron, Pinhas et David. » 
On cite ensuite , pour chacune de ces sept personnes, le verset 
de l'Écriture où se trouve l'expression rma, « alliance ». Ce sont, 
d'après l'ordre de succession des noms, Genèse, xv, 18; ibid. y 
xvn, 21 ; Lé vit., xxvi, 42; Exode, xxxiv, 27; Nombres, xvm, 
19; ibid.y xxv, 13; Psaumes, lxxxix, 4. Au moyen de la conjonc- 
tion sont formés les trois groupes suivants : 1° Abraham, Isaac 
et Jacob; 2° Moïse et Aron ; 3° Pinhas et David. Il va sans dire 

* Voir Revue, t. XXXVI, p. 27 et 205. 

* L'édition "Wilna-Romm a *\T\ 15N ; dans quelques manuscrits (chez Tawrogi) 
1^ ibfcO manque. Dans Mahtor Vitry, p. 721, la baraïta n'est qu'indiquée par les 
mots [mi3] in*TD ma» ÏÏ^atiî. Dans D. E. Z., éd. Wilna, 1872, il y a n^aiE 

in rma tii-d ma«. 



46 REVUE DES ETUDES JUIVES 

que ces sept patriarches n'ont pas été choisis parce qu'ils auraient 
été les plus pieux des temps anciens, mais parce que l'expression 
m*ia se trouve dans des passages où il est parlé d'eux. Tout le 
morceau ressemble à une note de la Masora ; cependant je ne puis 
en indiquer la source dans la Masora. La dénomination viy-d 
mia a dû être une expression usuelle ; je ne puis pourtant en in- 
diquer la présence que dans un piyyout publié récemment par 
M. Neubauer 1 : n*^a wo Wsïï rroï y*TOliri (lire vrro; cepen- 
dant les Halachot Guedolot ont aussi irma) ; de fait, les sept pa- 
triarches sont nommés dans ce poème. 

2° La seconde partie de notre baraïta est citée dans Baba 
Batra, 17 a, avec la mention fann isn, mais ici elle est formulée 
ainsi : ïuVim rtor\ orra iiabra abi ûVi* bv "maaa - naara mas n*aÈ. 
On y nomme Abraham, Isaac et Jacob ; Moïse et Aron, Amram 3 
et Benjamin 4 ; d'après quelques-uns, on y compte aussi David, 
conformément à Psaumes, xvi, 9. Dans cette citation, il y a les 
mots naab yow "nraa C|N « Même ma chair reposera en sécu- 
rité » 5 , et l'expression piu est sans doute la seule raison pour 
laquelle on soutient que David n'est pas mort comme les autres 
hommes. Cette citation prouve, en même temps, que pour les 
autres noms il y a aussi lieu de citer une expression biblique, et 
c'est seulement par ce point que cette partie de la baraïta res- 
semblerait à la précédente. Il est regrettable que ces versets bi- 
bliques, sans doute par suite de la manie des copistes de chercher 
à abréger, aient été omis 6 . En nous appuyant sur les indications 
fournies par un commentateur, essayons de restituer ces versets ; 
toutefois nous prévenons que c'est seulement pour aai», et non 
pour pttj, que nous trouverons des citations. L'opinion de la va- 
riante est, en effet, celle-ci : pi» employé pour David a la même 
valeur que aana employé pour les autres patriarches. A pro- 
pos de Jacob il est dit : vnaa û* viaattn (Genèse, xlvii, 30) et les 
mots : avec mes ancêtres signifient qu'Abraham et Isaac sont 
morts de la même façon. Au sujet de Moïse, il est dit également 

1 Kohut, Semitic Studies, p. 390. 

" Dans beaucoup d'éditions, "|5att5 (v. Tawrogi, p. 7, noie 3). Isaac Elia Landau, 
dans son commentaire sur ce passage, explique l'expression T3DU5 d'une manière 
étrange en disant qu'elle vient de Ù) et de tiaa; cependant il conseille aussi de 
songer à aattJ. 

1 Quelques éditions ont D^ltt, au lieu de Û1535>, comme Yalkout sur Genèse, 
§ 78. Dans Kalla Rabbati, nilîft "ON Û'IlQ *• 

4 Quelques éditions et Elia Wilna ont : Benjamin b. Jacob. Benjamin devrait, 
en tout cas, précéder Amram. 

5 Donc 13!5ia vaudrait 'mieux que 13312). 

6 Dans Baba Batra, on cite, il est vrai, des versets bibliques; cependant la baraïta 
paraît avoir été conçue autrement à l'origine. 



LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 47 

Tmaâ û* aaœ ^pn (Deut., xxxi, 16), et comme il est dit formelle- 
ment qu'il mourra comme son frère Aaron, l'expression aau) existe 
aussi pour Aaron. En raison de l'analogie avec Moïse et Aaron, il 
vaut mieux lire Miriam qu'Amram. L'Écriture sainte ne dit rien 
de la mort de Benjamin ; l'introduction de Benjamin dans la caté- 
gorie des sept saints repose certainement sur quelque Agada qui 
est perdue pour nous *. Quant à ce qu'on a voulu dire par les mots 
ûbu bra vnaaa ixwy, qui manquent dans Baba Balra, cela n'est 
pas tout à fait clair. Comme ûbv bu> tovi signifie la hauteur la plus 
élevée, ûVi* bu5 maa pourrait signifier l'honneur le plus grand 2 . 
Les sept patriarches, ainsi parle notre baraïta, moururent en 
possession des plus grands honneurs, et sur eux les vers et les in- 
sectes ne purent avoir de prise 3 . 

3° \xs *pb ùiT«rD 105^3 wian, et dans Yalhout sur Genèse , 
§ 76 : trn^ro yw pa rapa î-tfizjn * « Neuf sont entrés vivants au Pa- 
radis. Ce sont : Enoch, fils de Yéred 5 ; — Elie, d'après II Roi^, 
ii, 11 ; — le Messie 6 ; — Eliézer, le serviteur d'Abraham 7 ; — Hi- 
ram de Tyr, tiite û^m, d'après le texte de Tawrogi. Les éditions 

* Son mérite consiste peut-être en ce fait que, n'étant pas encore né, il ne fut pas 
obligé de s'incliner devant Esaû ; voir Targoum Schèni sur Esther, ni, 3, p. 244, 
éd. Lagarde. D'après Baba Batra, le temple est situé dans son territoire. 

* Tawrogi traduit : « Sept patriarches entrèrent dans le bonheur éternel ». Peut- 
être entend-il par ces mots le degré supérieur du Paradis. Les mots na^lfà "I^NT 
ûbl^b îinailîa, dans Kiddouschin, 70 a, sont conçus dans D. E. R., i, en ces 
termes : ûbl2 btf5 "inaïUa, et ici la phrase signifie certainement « l'honneur de nos 
semblables » (v. Raschi). 

* Dans Yalhout sur Genèse, § 78, et Psaumes, § 668, le mot ï"S3>bim manque ; de 
même dans Halach. Gruedol., mais il se trouve aussi dans Baba Batra, 17 a. Les mots 
îl^b^m !"Wn se trouvent ailleurs aussi fréquemment ensemble; cf. aussi R., ni. 

4 Talkout sur Ezéch., § 367, cite ce passage d'après Abot di R. Nathan ; cependant 
je crois que la note marginale est transposée et appartient au passage précédent. 

* Dans Talkout, T"p "J3 est omis. Tawrogi dit à ce sujet (p. 8) : cf. Genèse, v, 
24, et Raschi, in l. ; il faut mentionner que la piété d'Enoch célébrée dans Yalk. 
Genèse, § 42, et L€v, Rabba, ch. xxv, est mise en doute ailleurs, comme dans Yalk. 
Chron., § 1072, et Gen. Rabba, ch. xxv. Je remarque que tout cela est exprimé d'une 
façon bien plus nette dans Tosafot Yebamot, 16 £, s. e. piOD '> 1T mpbiri XVnSN 

yî hy. 

6 Dans Yalk. sur Genèse, § 42 et 76, le Messie est nommé avant Elie. Tawrogi 
renvoie à Sanhédrin, 98 b, mais ce passage n'a aucun rapport avec notre sujet. Dire 
que le Messie entrera vivant au Paradis, signifie qu'il va disparaître subitement, 
comme ce fut le cas d'Enoch et d'Elie. Ceci nous donne le sens exact de la sen- 
tence : elle veut dire que le terme npb (Gen., v, 24), étant employé pour Enoch et 
celui de ^nNtt Hpb (II Rois, n, 10) pour Elie, tout passage biblique où se trouve 
cette expression npb doit être rapporté au Messie, qu'on a voulu mettre au même 
niveau que ces deux derniers sous ce rapport. Peut-être a-t-on pensé à npb de 
Isaïe, lui, 8. 

7 Dans Yalkout, les mots ÛÏTiaN *T2$ manquent. Cf. sur Eliézer, Baba Batra, 
58 a, où Raschi cite notre passage de D. E. Mais Raschi parle de D'^'ISS fl^attJ, 
sept justes, et non neuf. Cf. aussi Talkout Ezéchiel, § 367, où, comme on l'a déjà 
dit, il est question de treize justes. 



48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

portent tx ^btt ûTm, de même Yalkout Ezéch., § 367. Dans le 
Siddour Rab Arrivant, p. 30, il y a cependant Tût ftbtt] trpm; mais 
il est visible qu'ici ^bft a été ajouté par l'éditeur. L'addition de 
*]btt ainsi que le fait que ce passage a été inséré dans Yalkout 
surEzéchiel xxviii, laisse soupçonner que par Hiram on enten- 
dait désigner le roi de Tyr mentionné dans Ezéchiel et qu'on a 
songé à ces mots î-jmti triiba "p ywa. Dans Yalkout surEzéchiel, 
immédiatement avant ce passage, il y a un autre Midrasch (wm 
TO» en marge) où ti ^btt d^n est compté parmi les treize per- 
sonnes « qui n'ont pas connu le goût de la mort ». La leçon ^btt 
Tût est certainement fausse, car depuis Ezéchiel jusqu'au Talmud 
Baba Batra, 75 a, et Gen. Rabba, ch., xcvi, 5, le roi de Tyr est 
toujours blâmé et injurié. Tawrogi a donc raison de lire ûTH 
Ttitta et de rapporter l'expression à l'artiste qui a bâti le temple 
de Jérusalem (I Rois, vu, 13). Cette théorie a déjà été émise 
par Straschun dans TXtin , IX, 1865, f° 333, qui lui-même 
ajoute que cette thèse est déjà mentionnée dans msn Tinsa, 
ch. xi (p. 46a, éd. Edelmann), au nom d'un Gaon. Straschun 
renvoie, en outre, au travail déjà cité par nous plus haut, de 
Luzzatto (iton d^D) qui rapporte d'après un ms. la Guemara 
suivante : tos pima nuî3>\a taiia» î-dt "w» tan»» 112 ^jbtt ta^n 
ïWft M?» ; évidemment on veut parler ici de Hiram l'artiste, et 
le mot *]btt naturellement est à rayer. Ces mots se trouvent aussi 
dans Kalla. , éd. Cor., 9b; — "ncon ^btt w. Voir Jérémie , 
xxxvin, 7-13. Tawrogi renvoie avec raison à Plrkè diR. Eliézer, 
ch. lut, pour prouver qu'Ebed-Mélech est identique à Baruch, fils 
de Néria. — arasn min" 1 ,m \ bu: nsa yajn. Yalkout Ezéchiel a p 
lia ! ; dans Siddour Rab Amram : ,m o 'i buî 153 (lai) yasvn, ce qui 
est évidemment une corruption pour (la). Ce passage signifierait 
que R. Juda avait un fils du nom de Yaabeç qui n'est mentionné 
nulle part ailleurs, et c'est précisément ce qui fait la difficulté de 
ce passage. Krochmal (Hechaluz, II, 89) pense à un fils de Rabbi, 
qui n'est pas nommé et que celui-ci voulait marier à une fille 
de Hiyya [Ketoubot, 62 b) 2 . On serait plus fondé à penser à un 

1 De même aussi Halachot Guedolot, p. 64^. Entre Kalla, éd. Coronel, p. 9 £, et 
Kalla Mabbati, éd. Romm de Wilna, il y a une grande divergence quant à la baraïta 
des bienheureux ; j'en ignore l'origine. En tout cas, avec Ûiub ^pia*! VTî^ 
Û^Ettî dans l'édit. Coronel, il faut commencer un nouveau chapitre, comme cela a 
lieu dans Kalla Rabbati. Dans la phrase sur Moïse Ï13>VJï N^Hl Ti"ap!l *|?3N 
bNIU^b , il paraît manquer quelque chose; peut-être faut-il lire Tl'^'pTl "173N 
bN-HDib fl^lUi" 1 N^m îtplll nrMJsn bWÏT, mais même sous cette l'orme, on 
ne comprend pas que la phrase suivante procède par apostrophe directe (^3 vit! 

* Non pas un fils déjà mort, comme Tawrogi le dit, p. 8, en note. Weiss (III, 
64, note 2) pense à un V33^ ^a^, nommé dans le Talmud de Jérusalem. 



LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 49 

fils de Rabbi mort jeune, dont il est question dans Semahot, x. 
Les fils de Rabbi sont vantés dans Abot, vi, 9 : "rappris &b"io 
voaai mia. Dans ces derniers temps, L. Brill (Monatsschrift, 
XLI, 1896, 112) a émis l'hypothèse qu'il faut lire ainsi : yar» 
&rtt»tt tmv Ninia ; il s'agirait de Yaabeç de I Chron., îv, 9, qui, 
d'après Temoitra, 16 a, s'appelait aussi Juda. C'est une solution 
très ingénieuse de celte question si difficile. Cependant, à mon 
avis, cette solution ne serait admissible que si nous considérions 
n v £5ïi ïTîVp comme une glose qui s'est glissée dans le texte et si 
dans le texte môme nous nous bornions à lire Yaabéc. Ce Yaabéc, 
connu par le livre des Chroniques, est un héros de l'Agada ; dans 
Aboi di R. Nathan, version I, ch. xxxv, p. 53, il est dit à son 
sujet : min TObb yar« bsa -iobin pm 1 ; — Sérah, fille d'Ascher, 
voir *wt -ioo, ch. xlv ; — hans na ïrna, Bitia, fille de Pharaon. 
Le nom vient de I Chr., rv, 18. Son mérite est d'avoir sauvé et 
élevé Moïse 2 . — La fin de la. baratta est la variante : bpiti 
■nb la j^irp f i vnfin 03031 toTH « D'aucuns suppriment Hiram et 
ajoutent Josué b. Lévi. » Dansy"a^nn» muart, édit. Romm, on y 
ajoute encore un cas d'après Baba Meçia, 114&. Il semble que 
dans le plan du compilateur il n'entrait pas d'accueillir des récits 
talmudiques, et R. Josué b. Lévi n'est cité également qu' « au 
nom de quelques-uns ». On ne voit guère le but de toute cette 
énumération ; si on n'a tenu compte que du caractère édifiant 
de la légende , il y en avait encore beaucoup d'autres qui au- 
raient été édifiantes pour le lecteur. Peut-être a-t-on voulu éta- 
blir que, contrairement aux noms précédents, non seulement des 
patriarches (maa), mais aussi des païens et des personnes ordi- 
naires peuvent entrer vivants au paradis, comme Enoch, Eliézer, 
le serviteur d'Abraham, Hiram le roi de Tyr, Ebed Mélech l'Ethio- 
pien et Bitia, fille de Pharaon. Cette légende est peut-être même 
dirigée contre les Chrétiens : monter vivant au ciel n'est pas la 

1 Cf. la note de M. Schechter, in L, dont les citations doivent encore être complétées 
par miyaou Rabba, ch. v : -]£ia NbttîT n^^a abtë CPTlb yai" Ï10T fitt ">3D70 

a^a-ia min Tttbtt i:dïï Nan ab"i?a; cf. mi., ch. m. 

» Le ms. cité dans Kfrem Hémed, VII, 215, a : îrnai mO .,,10253 fttaiD 
ÛimnK liy Wb8 WO/n *jb» ^DS* mS 1^12 ÛTTt. Chez Méir Ibn Gabbaï, 
©TTOÏ1 miay (Lember<r, 1857), ch. xix, p. 49 £, on trouve, dans min t"îU5J>73 
'Oipn "l^anb, le passage suivant : Itt^Z: fcôï p* *pb ÛÏT^fia 10303 Wtt5n 

na ?rna -kdk ma mo m p axbo apy p ip) •pOTaa ïotb D?a 
i3a ynyn -imb&o mn)»i "won *]biz w taî-naa na* nt^bN runs 

■nb p riBlïT 'l t|N D"n731N ICI ÊTlDSrï rmïT '"1 bttJ. — H faut re- 
marquer que, d'après le texte de iTa//o, éd. Coronel, 9 b, le petit-fils de H. Juda et 
Yaabeç sont deux personnes différentes : fcn?:H Wffln îmVp '"1 bu: 133 pT 
"jb N373 ya^T *ntt3 ^3 "nb p jnairp 'm- Cf. aussi l'abréviation V'*p -e 
yaj»"' p JfnïT 1 dans Frensdorff, Massora Magna, I, 17. 

T. XXXVII, n° 73. * 



30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

prérogative exclusive du Messie, mais une faveur qui a été aussi 
obtenue par d'autres hommes. 



VIII 



LANGUE ET TEXTE. 



Une lecture même superficielle du traité D. E. donne tout à fait 
l'impression que l'auteur de ce petit traité s'est efforcé d'arriver à 
une diction hébraïque pure. Sous ce rapport, le traité D. E. est de 
beaucoup supérieur aux ouvrages écrits en hébreu assez pur, tels 
que la Mischna, la Tosefta et les Midraschim des Tannaïm. On 
ne peut, en effet, méconnaître que le texte hébraïque du traité 
D. E. a une plus grande originalité et une plus grande richesse de 
langue purement hébraïque que tout autre ouvrage de ce genre. 
Notre traité a, d'ailleurs, cette particularité en commun avec les 
proverbes et les sentences du Talmud, et l'on a déjà remarqué 
que, grâce à eux, la langue hébraïque ancienne peut être nota- 
blement enrichie. Mais, même comparé aux. autres sentences du 
Talmud, le style de D. E. mérite d'être mis hors de pair, et sa 
supériorité sur la Mischna d'Aboi est incontestable. Dans les pages 
qui suivent, je voudrais expliquer quelques termes et phrases 
particulièrement caractéristiques. Remarquons dès à présent que 
les expressions originales se rencontrent plutôt dans Z. que dans 
R., et surtout dans le morceau intitulé pn 1 . 

Dès le début de ce dernier morceau, apparaissent les mots mT 
NVittttl. La « Guemara » (éd. Coronel, 6&) remarque à ce sujet : 
« D'après quelques-uns nbtttt, d'après d'autres abiïtt, c'est-à-dire 

1 Levysohn écrit, dans J101NÏ1 rP2, p. 67 : ■ Ce qui nous manque dans la langue 
biblique peut être complété par les ouvrages talmudiqucs, qui renferment beaucoup 
de proverbes, remarquables par la finesse de la langue et leur élan poétique. Les 
auteurs des dictionnaires des racines feraient bien de rassembler tous ces proverbes 
et de placer le mot- le plus important de chaque comparaison (btfîfà) à la racine cor- 
respondante. . . » (cité par S. Cj. Stern, Liber Eesponsionum, Introduction, p. 38, 
note 1.) Par contre, i) est regrettable que les auteurs modernes de collections ne se 
soient occupés que des proverbes et non des sentences; tels sont les ouvrages bien 
connus de Dukes, Rabbinische Blumenlese et Zur rabbinische n Spruchkunde (voir la 
nomenclature de ce genre de littérature chez Schuhl, Sentences et Proverbes dît Tal- 
mud et du Midrasch) Paris, 1878). Ces recueils contiennent des proverbes pour la plu- 
part araméens. A. cette occasion, j'appellerai l'attention sur deux recueils de sentences 
talmudiques parus en Hongrie et peu connus à l'étranger : *j33"n ^bl2ÎT3 "1DO de 
Salomon Kohn (1870), et Bluthen von den Gefilden Judcfs, de Leopold Freund (1882) ; 
les sentences y sont données dans la langue originale avec la traduction allemande. 



LE TRAITÉ TALMUD1QUE « DÉRÉCII ERÉÇ » 51 

celui qui est capable d'occuper la place de ses aïeux (ûipiï mb'iïn 
■mina). Quant à fib^to, ce mot vient de wj nbitttt (Exode, xxx, 
35) ; le docteur de la loi doit vouloir être agréable à tous les 
hommes et ne pas ressembler à un mets sans sel. » Les deux in- 
terprétations n'ont rien de philologique. Étbifcfc ne me paraît être 
qu'une variante de fiVïtttt, les sons gutturaux étant habituellement 
très négligés. Du reste, la leçon nVifctt se défend mieux que^VM; 
voir le texte de Tawrogi. Celui-ci traduit exactement « sagace », 
par comparaison avec le latin salem hoibere. Ce mot se trouve 
aussi accouplé à rit dans Kiddoaschin, 29 b, dans une baraïta : as" 
nVitttti mT lia, également avec la variante aVittfc. Il est à remar- 
quer que le mot nVîtttt manque dans le passage parallèle de la To- 
sefta Bechorol, vr, 10. La signification de la racine nbtt, prise dans 
un sens différent de celui qu'elle a dans la Bible, est, en tout cas, 
digne d'attention. 

Au sujet des diverses manières inconvenantes de boire, il est 
dit, entre autres, dans Z., vi : ïpw aVi 'pp'û *6 dis ÏTÏT «Vi. Ici 
■pp"i3 (de Tp, ïTips) signifie l'action de boire jusqu'à la dernière 
goutte 1 , le mot }pfcv, qui se trouve ensuite, s'explique ainsi 
de lui-même (de pttr) : boire de la profondeur, c'est-à-dire du 
fond de la coupe. Cette explication suffit aussi pour les va- 
riantes : "ppia, au lieu de l^ipis (de npi, nettoyer) vider « net », 
et au lieu de ïpEV , Iftpi* (de dp3> = npj>) « boire jusqu'au 
fond * ». La leçon *jttp"i3>, confirmée par les Halachot Guedolot, 
parait authentique, en raison même de son originalité. Aussi 
voudrais-je expliquer "papi* tout autrement; le mot vient de ûp2 
« courber, tordre », et le passage signifie : « pour vider le verre 
jusqu'au fond, il ne faut pas le pencher 3 ». De cette manière, les 
trois expressions *pp"û, l'Epi? et \iiro> désignent la même chose : 
la manière gloutonne de boire jusqu'à la dernière goutte; cf. 
■pana dans R., vu, d'après Bàça, 25 b ; de même "p:wi irwn dans 
R., vi. 

Immédiatement après, il est dit : inlbpbp bi> nnllttl. Quoique le 
passage ait un excellent parallèle dans les paroles de R. Ne^ 
hounia b. Hakana, Meguilla, 28 a, l'expression imbpbp ou ïnbpbp 
n'est pourtant pas bien claire 4 . Dans l'éd. Landau il y a nnbbp, 

1 Mais non la manière lente de boire, comme Tawrogi le croit. Dans ma ver- 
sion hongroise du traité Déréch Eréç (Budapest, 1896; voir Revue, XXXV, 156), j'ai 
traduit dans le sens de Tawrogi; je rectilie maintenant mon erreur. 

* Dans les Halachot G uedolot, p. 645, liildesheimer donne, dans une note, plusieurs 
hypothèses qui ne sont pas justes. 

3 Cf. Njfcp*l2, variante N:p72"|^, chez Levy, Targum. Worlerbuch, II, 237. 

'* Au lieu de *"irm73, il y a dans Halach. (iuedol. miriTO, ce qui est certainement 
faux, quoique M. liildesheimer ne fasse pas de remarque à ce sujet. 



52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

leçon appuyée par l'expression "n^an nbbp de Kiddouschin. Tou- 
tefois, comme il serait incompréhensible qu'un mot aussi simple 
que nbbp pût être corrompu, il convient de considérer nbpn 
comme la véritable leçon ; ce mot se trouve dans le passage cité 
du Talmud : "n^ntt nbpna imam abi. La négation de la phrase pré- 
cédente : "ppis ab triN i-prn Nbn, ne peut se rapporter également à 
imbpbp b? irmEi, et il faut en tout cas ajouter ici le mot aïrn. 

Le mot p^ia n'a pas encore été expliqué suffisamment. Déjà 
dans la phrase ï-bo Iplbl ipï, le Talmud {Taanit, 10 a) n'en con- 
naît plus le sens : an ûia vba» tx& abuî ""aài 112$ ï-ï«5 ipna ^nn 
WTïVo 1 . D'après Abbaï, ïiaa npia signifierait : « belle jeunesse ». 
La phrase de Z., 1, sn ^p^ai ^mpD air ba " 2 exige absolument une 
autre explication. Dans Kalla, éd. Goronel, 8a, le mot est ex- 
pliqué dans le texte par nmm w et en araméen par Nnjrbna», 
mais cette interprétation n'est pas satisfaisante. Dans le second 
chapitre de Z., il est dit ttnaan w ana pnai ïidi 'paian ; ces mots sont 
peut-être encore plus obscurs, quoiqu'ils aient aussi été expliqués 
dans la Guemara de Kalla, éd. Goronel, 10 a. Je me vois forcé de 
m'éloigner ici de l'explication traditionnelle 3 . Dans Kiddouschin, 
31 &, et d'autres passages, «pn^D signifie : sujet d'enseignement, à 
peu près dans le sens de Tittbn = étude. Les ip^KpepexÏTat sont 
connus par la Novellede Justinien, 146, 1. La phrase n«3 "ipnsi *jpT 
signifie donc : un vieillard qui a un beau savoir (= ïidi mtobn). 
L'expression "paian se rapporterait à la vie pratique, dans le sens de 
yw 'pi. Je traduis: « Où il y a une belle conduite et une science 
profonde, il y a la confiance et la vérité » (iû** ai:: p^iDi fis*» *patt:n 
n^N umï-jrrjain), et dans le premier passage : « Ne te contente pas 
d'avoir une belle conduite et un savoir médiocre, car ce ne serait 
pas un honneur pour l'enseignement, mais excelle dans les deux, 
car c'est là l'honneur de l'enseignement » (je lis la phrase ainsi : 
avj iir î^ba rmn bu? nnaia "paio :n ^pnsi [avj] '■p'npB w Sa 
hTin bia iinaia pt» ûrraaa). Da cette manière, ce n'est pas seule- 
ment "pTlpâ qui se trouve expliqué, mais toute la phrase gagne en 
symétrie 4 . L'idée exprimée est la même que celle de la sentence 
bien connue : "pa "pi&a» irvin rabn iia* (Abot, 11, 2). 

1 Cf. la prière de l'officiant 1253>?û73 **WT\ ^Mîl pour le jour du Nouvel-An et des 
Expiations : !HN3 ")p-|D1 bmi "jpî nbwO. 

a *73npD manque dans Halack. Gucdol. et Mahzor Vitry, et est aussi supprimé 
parElia Wilna, sûrement à tort. 

* Tawrogi lui aussi donne une interprétation différente et traduit par * conduite ». 
Dans le second passage, il lit "pjHD, qui ne se trouve dans aucune édition et dans 
aucun manuscrit; tout au plus trouve-t-on la variante 3HD, qui est une corruption 
de p^D. / 

, * J'ai ajouté le mot ma, par analogie avec TlD"* *pattjn ; t3ï"P3tt)3 est légitime par 
le fait que sans cela aïO *rp fc*bN serait trop bref. 



LE TRAITÉ TALMUD1QUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 53 

J'explique de la même manière la phrase [mb^a] na asma v^ 
n*ïW»nn ^Kbtttt battno TO û^sn (Z., ix) : « Aime la charité afin que 
tu sois délivré par l'envoyé du gouvernement. » Bien que le 
Mahzor Vitry et l'édition Riva di Trento aient nws ^Nbto, la 
leçon rmruiîn est cependant plus sûre ; mais alors ^Kbtt ne peut 
plus signifier « ange », mais « messager, député, mission- 
naire ». Dans Kalla, éd. Goronel , 10 a, la sentence bp ftp 
rmmînb mn tD&nb (Abot, m, 12) est commentée ainsi : i»anb bp ïtp 
!r»*û38 W mnfwenb mai n-Dbttïi îiî, c'est-à-dire le mot îaan si- 
gnifie le gouvernement, et mnrnDn le service des prestations 
(àyyaps^a) >. Raschi emploie presque les mêmes mots dans son 
commentaire sur Aboi (éd. Romm) sans indiquer la source, tou- 
tefois seulement comme seconde explication. Le commentaire de 
R. Yona traduit le mot rmman par le mot espagnol « senoria » 
TWTYHpNWD. D'après tout cela, la signification « prestation » me 
semble certaine pour rmrrtûn, et il faut éviter de confondre le 
mot avec rmrnûn « jeunesse ». Cf. Berach., 56 a, ■rçb'TO ^b ■nmû» : 
« Les Perses t'obligeront à des corvées de prestation. » Dans mon 
hypothèse, le- mot ^abfc ne peut avoir que le sens de « mes- 
sager, député ». Le fait que ^jNbfc a ici son sens biblique est 
une preuve de l'authenticité du style biblico-hébraïque du traité. 
D. E. 2 . Naturellement les passages parallèles doivent aussi être 
traduits en ce sens, par exemple rmmonb 'pffiîn (R., n) « qui se 
soumettent au gouvernement ». Cette phrase se retrouve aussi 
dans Z., n, nTiniiinb mn latrib bp vjïi. La signification de « domi- 
nation » ressort aussi à'Eliyahou Rabba, ch. i : ^bïitt TWn nna d*D 

rmnuin ds) hrttn ^jnsa. A mon avis, la sentence qui nous a 

servi de point de départ signifie que par la charité on se libère de 
l'impôt dû à la puissance terrestre, tout à fait dans le sens de ce 
que nous lisons dans Abot, ni, 5 : « Celui qui accepte le joug de la 
doctrine religieuse sera délivré du joug du pouvoir et de celui de 
la vie pratique. » 

De même qu'ici le mot ^«btt doit être pris en son sens primitif, de 

1 Je ne comprends pas bien les mots suivants ÙID'irî *p IT^bN 'l1~- Au sujet 
de la fortune d'Eléazar b. Harsom, le Talmud et le Midrasch nous ont conservé beau- 
coup de renseignements ; voir Graetz dans Monatsschrift, 1877, p. 248, note 2; N. 
Brull Jahrbtic'ier, 1, 47, note 108, et A. Kobut, Jeioish Quarterlj Review, III, 540. 
Il semble d'après cela quece « Crésus » — c'est ainsi que Kobut comprend le mot — 
sut se mettre en si bons termes avec le gouvernement que la chose passa eu 
proverbe. 

* Tawrogi se rend la tâche plus aisée en acceptant la leçon ï— nfan ^Nrfa (p. 40). 
Or on sait que la leçon la plus facile est la plus récente et que la plus diflicile est la 
lrçon originale. M. Schuhl (Sentences, p. 490) traduit rmniSn par « jeunesse ». — Le 
fait qu'on faisait rentrer les àyyapîa au moyen de messagers et d'exempts est connu 
(cf. mon travail sur R. Eléazar b. R. Simon, Monatsschr., 1833,XXXV1II, p. 151). 



54 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

même npy, dans D. E. R., vu (rbs ^lap* rûîi), a un sens qui ne con- 
vient plus au mot dans l'hébreu rabbinique. Malheureusement, 
le passage manque dans Mahzor Vitry et dans Halachot Gnedolot. 
Mais il semble prouvé par Tour Orah Hayyim, § 170, que les 
mots vhy ^ap* rtiïi signifient : laisse des traces dessus. Le mot ypy. 
a donc ici le même sens que dans l'hébreu biblique. Ce n'est qu'au 
figuré que le mot ap* signifie, dans la phrase en question, l'équi- 
valent delà main. 

Nous renvoyons également au Tour Orah Hayyim pour ce 
passage de R., vin : ïfibtû absttb 'widdn n» foVa ï*i d^mai, 
le seul de tout le traité qui contienne deux mots grecs difficiles ne 
se retrouvant nulle part ailleurs dans les écrits rabbiniques. En 
marge de l'édition talmudique on a mis la variante : J'Wfri Trt 
Nboab troosa, mais le commentaire apjn hbna remarque fort judi- 
cieusement que « ni le texte ni la variante n'ont aucun sens ». 
Tour Orah Hayyim, § 170, cite la phrase ainsi : Vn trbiDiTai 
ywfri, ce que Joseph Karo corrige en ces termes : TTi û^btDYvn 
1"Wtt)3b triDSN fWti. Il en résulte avec évidence que les Juifs 
espagnols avaient notre traité avec un texte différent. De même, 
dans Mahzor Vitry, p. 731 : [fcW03fc](«fto&K) ù^dsiïi vu û^biûYrm 
ûïibtii. Les commentateurs du Tour s'mposent une peine inutile 
pour rendre cette phrase intelligible. Joseph Karo donne une 
double explication; il dit premièrement que la phrase signifie qu'à 
Jérusalem on répondait aux invitations reçues (ijevfa) par une in- 
vitation à un repas de noce, et que, quoique la dette morale con- 
tractée se trouvât ainsi payée largement, il n'y avait pas lieu d'ap- 
pliquer ici la loi contre l'usure. D'après la seconde interprétation, 
les Jérusalémites ne rendaient pas les invitations par des invitations 
semblables, de crainte qu'il n'y eût là un soupçon de profit, mais ils 
dédommageaient leurs hôtes en les invitant à un banquet de noce. 
Dans les deux explications, on ne rend pas compte de l'expression 
d^siïi. Il ne faut pas perdre de vue non plus que des termes 
comme TfiDSK et abstt n'auraient pas été introduits inutilement 
dans le texte, s'ils ne s'y étaient pas trouvés dès le début. En com- 
binant donc le mot irnnosK avec la variante n^dsn, j'obtiens le 
mot &TIDD5DN, que je crois identique à cxsuàstpa, qui signifie « cou- 
verture, rideau », mot qui se trouve aussi dans les traductions 
grecques de la Bible. Au lieu de abDtt, je lis absN = epulœ. La 
phrase signifierait donc : « A Jérusalem on relevait le rideau (de 
la salle à manger) pendant les repas, afin que chacun pût entrer 
librement. » Dans Matnot Kehounni sur Echa Rabbali, iv, 2, 
la phrase est ainsi libellée : NbDtob 'nrosa ywfri Vn trbuJTvm 
lïibiû. La leçon fWfrt, au lieu de l^bnn, dans la première version 



LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉCH EREÇ » 55 

est donc assurée. Pour la môme raison, 'nnoôN et «batt paraissent 
aussi confirmés. Peut-être faut-il lire "pnDSN = owiâBev, et NbDtt se- 
rait mappula ; à Jérusalem on rabattait la mappula, ou rideau, en 
arrière. Dans les deux interprétations le sens est le môme. Dans 
j. Demaï, 24a, nous avons la même phrase : ym ïrrti irburmn 
swwb Nb&tm stsV* ; au lieu de ît^d, il y dans j. Aboda Zara, 
39 e, ïrtw; Matnot Kehoanna, L c, cite d'après un vieux ms. 
tihtt = fibala , agrafe. La phrase voudrait dire alors : A Jérusa- 
lem on tournait à droite le côté gauche de l'agrafe, c'est-à-dire 
le rideau qui était assujetti au moyen d'une agrafe était rabattu en 
arrière. Il est fait allusion à cette coutume des Jérusalémites 
dans les paroles de R. Siméon b. Gamliel, Echa Rabbati, iv, 
2 : « Il existait autrefois à Jérusalem une excellente coutume ; 
on étendait un rideau devant la porte et, tant que le rideau était 
déployé, les convives pouvaient entrer. » ma b? f-inoatt ywiD 
pûSM "prmNi ™ns nnsatt^ l»T bs runsï-r. De même dans Baba 
Batra, 93 b : fincïi ^35 bj> ravis i-istt dmwn : à Jérusalem on 
étendait un rideau devant la porte. Cette ï-iï*ï2=z mappa corres- 
pond à fcôstt— mappula dans D. E. R. Dans Echa Rabbati, L c, 
il est encore dit : Les habitants de Sion manifestaient la distinc- 
tion de leurs sentiments de cette façon : aucun d'eux ne se rendait 
à un repas de noce sans avoir retourné la manche de sa robe (abia 
ibu) mp3"ia T ^sirr 5"tf« Inwob ^biîrj "jïte inx ïvrt). Et pour quel motif? 
Pour qu'on ne pût lui faire aucun reproche (d'être venu au ban- 
quet sans invitation). Les invités avaient donc un signe extérieur 
qui les faisait reconnaître comme convives. La règle dont il est 
parlé dans le Talmud de Jérusalem, à savoir qu'on retournait 
l'agrafe, a peut-être quelque rapport avec ce qui est dit dans 
Echa Rabbati 1 . Il est digne de remarque que la coutume du rideau 
devant la porte était encore en vigueur à Gracovie auxvir 3 siècle 2 . 
Dans Eliyahou Rabba, ch. xxix, il est dit également : « Les gens de 
Jérusalem. . . n'entrent pas dans la salle du festin avant de savoir 
quels sont les autres invités 3 . » Cf. ibid., ch. xn, au commence- 
ment : a On ne doit pas manger à la même table que des gens gros- 

* Cette théorie est conforme sur beaucoup de points à la démonstration de Kohut 
dans Aruch Complctnm, I, 225, mais en diflere aussi sensiblement. 

1 Abraham Lévi de Cracovie, dans son commentaire sur Mcguillat Taanit (Ams- 
terdam, 1658), ch. vi : fiT >7til2 t33 ...Hn£>n b* HDttn DVJSb *|}!-!312J ÏTJ3 

KpKlpa nwi. 

3 Cf. l'anecdote de Kiftp 131 N£»p, daus Guittin, 56 a ; cf. Abot, i, 5 : *>rp 
ÏTtTHb mns '"IP'O, ainsi que D. E. Z., ix, avec celte addition : TlOrp N?12) *12 
Tm^lTEi qui est suivie de cette phrase : Vfp r^Ott 1 'frPa Tlb^a TrîT MÏ1 

r-nbi*3 . 



56 REVUE DES ETUDES JUIVES 

siers (y^n W). » C'est pourquoi il est dit dans D. E. R., v : &bi*b 
ao^tt Kin ^ bïN :nv 13*7» KiT. « Il faut toujours savoir à côté de 
qui on s'assied à table. » Nous avons donc ici une règle générale 
prescrite pour les savants, qui n'était primitivement qu'une cou- 
tume locale de Jérusalem. 

Disons encore un mot du texte du D. E. tel qu'on l'avait dans 
les cercles espagnols. A propos de Siméon b. Antipatros (R., vi) 
dont nous avons parlé plus haut, les textes ordinaires ont : vm 
1-hina ynrffi; « Eux, les savants invités, firent un vœu valable selon 
la loi », le vœu de ne pas manger ni boire. Plus loin il est dit : im 
^law îTiina ^trft « mais eux firent un vœu valable selon la Tora 
et le violèrent ». C'est ainsi qu'il faut entendre le mot 'piau. Or 
cela présente une difficulté, car c'est seulement après ce passage 
qu'il est question de violation de vœu niai^i ïTTina 'ïiTO ^ b5. On 
voit donc que 'p'inv ne peut être exact. Dans Kalla, éd. Coronel, 
p. 17 a, il est dit, en effet : thn û^Dtti ïTïtna û^ms dm et ensuite 
iTttttn miiïi bd. Tour Orah Hayyim, § 170, a "patti X**tro\ de 
même Yonhasin, éd. de Londres, p. 21 <2, d^atti •pTii-i, ensuite 
■patti et une fois îrmi (au lieu de laui des éditions) l . Or tria est 
particulièrement remarquable ; ce mot ne se trouve que deux fois 
dans l'Ecriture sainte, I Rois, xir, 33, et Néliémie, vu, 8; dans les 
écrits rabbiniques ce mot se rencontre aussi rarement 2 . Nous ne 
sommes donc pas du tout surpris qu'il ait été supprimé presque 
complètement dans le texte du D. E. Dans Z., m, ce verbe ne put 
être maintenu que parce que la phrase en question îTiann Nttta 
tnarn se rencontre aussi dans Berachol^a. La phrase suivante 
'idi nn» m^tta mai &«, pour laquelle d'autres textes ont rwrntt, 
est désignée dans Kalla, éd. Coronel, 11 &, comme étant conçue 
en langue biblique : îmistma t-psnnn avûld t-PBinfi un. 

Pour ne pas trop insister, je citerai ici encore très brièvement 
quelques expressions hébraïques fort énergiques : ^iwi hto WJt iim 
la^n "«D bj> 3 , où le mot yi, pris dans le sens de y-ia yi y indique 
que la vie pratique est très propre au développement du sentiment 
de l'égoïsme ; dans la phrase matfca ^utài piton (Z., n)*, prçn est 

1 Autres variantes : après Va^l, le mot Ù^dn manque ; au lieu de ^rWatïî Tai 
d^fàdn ^Dfa, il y a rH1d73 ">bl. C'est pourquoi j'émettrai l'hypothèse qu'il y a eu 
deux versions de D. E. comme des Abot di R. Nathan ; toutefois il faut provisoire- 
ment s'en tenir à l'hypothèse, car il n'y a pas moyen d'arriver à ce sujet à une 
certitude. 

2 Au sujet de N*ja qu'on trouve dans quelques passages caractéristiques, voir 
mon article dans la Fcstschrift zum 80. Geburtstage M. Steinschneiders, p. 152. 

8 Pour les passages parallèles, voir Schuhl, Sentences, p. 170. 
'* Kalla, éd. Coronel, 10a au bas : mstBa ^TESSy ptOtt- Tawrogi, p. 15, traduit : 
« Trouve du plaisir à accomplir les préceptes », ce qui est faux. 



LE TRAITÉ TALMUD1QUE « DÉRÉCH ERÉÇ » 57 

formé de prân « arme ». Une phrase non moins expressive est 
celle qui vient immédiatement après rpnnsa'p'Ti fauj ■ ; enfin, il faut 
remarquer le mot •pfcvatt r-nsiD (R., ix), « des coupes entamées ». 

Je voudrais montrer par quelques exemples comment on a tra- 
qué et essayé de détruire partout les expressions originales, dif- 
ficiles et énergiques. Au lieu de tnâ ^nanb dan (R., n), il y a la 
variante ananb ; au lieu de tn»n fr-pa (Z. ix), ainb r:3i3 2 . Ce mot 
û n -ïïn « image du soleil » est tellement original qu'il fait certai- 
nement partie du texte authentique; cf. Z. ni, FTiawia r-)bfin 
irsfcnb nns, dans le texte de D. E. de Landau, tandis que dans 
Halachot Guedolot, il y a t"jr, et dans éd. Tawrogi et dans les édi- 
tions ordinaires du Talmud ù"i3J\ Nous avons déjà noté en passant 
certaines modifications faites aux dépens de l'originalité du texte. 

Tl est naturel que le texte d'un ouvrage aussi lu que le D. E. 3 
ait été remanié par des mains plus ou moins expertes. Il dut y 
avoir certainement des lecteurs qui voulaient y trouver les sen- 
tences et les maximes de sagesse qui leur plaisaient le mieux et qui, 
par conséquent, y insérèrent encore certaines sentences emprun- 
tées à la littérature talmudique. C'est pourquoi, le texte du D. E. 
est si défiguré en beaucoup d'endroits. C'est ainsi, par exemple, 
que la sentence (dans R., vi) : "pfi ûiptta î-iattln t-is ùia Dinb^ abi 
triDpln ùiptta fibtf est devenue tout à fait incompréhensible ; il faut 
lire ïior© ùia or©'» ab. La sentence de Z., iv : litotta *\w in*" 1 ^ 
J^pn "HK) Jnvpffl» lïiia ^bï) vpxim est également incompréhen- 
sible sous cette forme ; il faut lire un ûa* nb^sa ynaa ï-r&p'W }rtâ 
yyi "^©a, comme il y a dans Eliyahou Zouia, ch. xvi, au com- 
mencement 4 . Il y a aussi quelques variantes d'un autre genre qui 

1 Au lieu de î"Prir)33 (comme dans Halach. Guedol.), diverses éditions et Elia 
Wilua ont TU133. l3"13 serait-il le mot porta = rîH3, et pour cette raison l'aurait- 
on transcrit sans modification ? Au sujet de ritûTID — porta, voir Grieehische und 
lateinischc Lehnioôrter im Talmud, Midrasch und Targum, I, 187. 

' Chez Tawrogi, p. 51, ce passage est conçu d'une façon très étrange : blTà 
npibtTOÏl fl» N3Ï31 dlbtt)H ; ce n'est pas de l'hébreu ; npibn» 3">tt3n nttJO 
ÏÏV11 mDDï) *py2 offre aussi de la rudesse : il faut lire hlS^îï) 1313 
û^û"!, comme dans la phrase suivante : 131D PplbrW 13 tB^ÏÎ r"10j3r; rP3 
D^j^n ma riVïlb, et immédiatement après rn»b }310 3"irpb 1310. Il est à 
remarquer que dans le texte de Landau, les Û^Dn ne sont pas nommés ; dans les 
éditions ordinaires, il y a, au lieu de Û^jfan rP3, les mots Ifànfîb 1313, qui sont 
tout à l'ait impropres. Parmi les diverses versions, le texte du Mahzor Vitry me 
semble ici le plus correct : *rb N3D o310 W3 fipibn» D^ttDn T1ÏÏN1 

3 Dans Siddour R. Amram, p. 30, il est recommandé comme lecture sabbatique, 
et c'est sans doute à ce fait que nous devons son admission dans le Mahzor Vitry. 

'* Cela a déjà été rectifié par Tawrogi, p. 26. — Dans Z., iv, la phrase : fc*b'»2J '"PS 
û^lin ">bya b3 lînî"P TÔJ* 3HÏ1 *J1©b *1S"*D, est corrompue irrémédiablement* 



58 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

semblent provenir de plaisanteries faites par les lecteurs; ainsi 
pour în&wittft tnpto (R., m), la variante insignifiante nsisatt, ou pour 
Tû3 ini3(Z., vm) le mot dnpto. Le texte môme renferme quelques 
gloses maladroites et n'en faisant pas partie, par exemple après 
les mots s-nzj*"» rrëah b&2 vb? titjpu) ïitt bD « tout ce qu'ordonne 
le maître de la maison, l'hôte est tenu de le faire » (R., vi), il y a 
cette glose : iTTOîD la^i tfïïriD « seulement quand la chose est lé- 
gitime », ou bien les mots tu i -dt:i craïib *pban (R. n, vers la fin) 
qui ne sont pas à leur place. Il faudrait soumettre le texte de D. E. 
à un véritable travail d'épuration pour arriver au fonds primitif. 
Le grand Gaon R. Elia Wilna, dans ses notes marginales sur le 
Talmud, a fait une œuvre utile en annotant notre petit traité, et une 
édition moderne comme celle qui a été tentée par Tawrogi pour 
D. E. Zouta serait nécessaire. 



IX 



ORIGINE ET COMPOSITION. 



On peut affirmer péremptoirement que notre traité D. E. ne 
mérite pas le nom de compilation. L'auteur n'aurait pu emprunter 
les éléments de sa compilation qu'au Talmud et au Midrasch; or, il 
résulte des citations talmudiques qu'il y avait un traité de D. E. 
même avant la clôture du Talmud et du Midrasch. Nous croyons 
aussi avoir prouvé suffisamment que le morceau intitulé pvi 
contient des matériaux presque entièrement nouveaux et ne 
se trouvant pas dans le Talmud et le Midrasch. En raison du fait 
que ces sentences et ces maximes si expressives ont été réunies 
et, comme nous l'avons vu, sont anonymes, notre petit traité mé- 
rite d'occuper dans la littérature rabbinique une place à part. Ce 
traité forme une partie de la littérature talmudique, de même 
qu'il représente un produit tardif de l'ancienne littérature gno- 
mique des Hébreux (rrtosn ^bd). Je crois devoir insister sur ce 
caractère spécial du traité considéré comme un débris de la litté- 
rature gnomique, qui a été en grande partie perdue pour nous ; on 
n'a guère l'habitude d'envisager ce côté de la question à propos 
de cet ouvrage. 

La littérature gnomique de l'hébraïsme primitif, comme nous la 
possédons dans les livres des Proverbes, de Job et de l'Ecclésiaste, 
a eu une admirable floraison nouvelle dans le livre de Jésus, fils 



LE TRAITÉ TALMUDIQUE « DÉRÉCH ERËÇ » S9 

de Sirach, et dans la « Sapience de Salomon ». Aucune branche 
de la littérature hébraïque ancienne n'a eu pareille rénovation ; 
l'histoire garde un long silence ; la prophétie est muette. Les 
hymnes qui ont été composées encore indiquent bien qu'on ne 
sait plus écrire de vrais psaumes. Seule la littérature gnomique 
ne meurt pas encore, et, à côté de Sirach et de la Sapience, on 
peut encore citer les sentences du pseudo-Phocylide *. 

Les d^btûtt ^biûi» ou « auteurs de sentences » sont encore men- 
tionnés dans Misclina Soi a, ix, 15, et il y a beaucoup de Tan- 
naïtes et d'Amoraïm dont on dit élogieusement qu'ils étaient des 
hommes de sagesse (intoan) et qu'ils avaient composé des sentences 
et des proverbes 2 . Nous possédons une collection de maximes de 
ce genre dans le traité de Abot, mais le nombre de celles qui ont 
été perdues ne peut être estimé même par approximation. Les pro- 
verbes palestiniens forment une catégorie à part et sont souvent 
mentionnés dans le Talmud 3 , où on cite encore diverses autres 
catégories 4 . On peut facilement supposer qu'il existait aussi des 
recueils de ces maximes de sagesse, mais qui se sont perdus. 
Quelques Tannaïtes sont cités spécialement comme auteurs de 
sentences, par exemple Bar Kappara 5 . Du reste, nous avons déjà 
cité ce nom plus haut, dans le chapitre sur les Tannaïtes et les 
Amoraïm. Nous avons pu démontrer également la participation à 
la littérature gnomique de Ben Azzaï et surtout d'Eléazar hspït. 
Qu'il nous soit permis maintenant d'étudier de plus près ce der- 
nier Tanna. 

Le surnom de iDpïi donné à Kléazar n'a pas encore été expliqué 
jusqu'à présent . Comme ^VtJDîi pnr 'n a été ainsi dénommé à 
cause de son métier de faiseur de sandales et comme '-iVjiDïi vient 
du grec (dxvBaXov), •nsptt pourrait aussi être un nom de profession, 

1 Bernays, Ueber das Phokylideische Gedicht, dans Gesammelte Abhandlungen, I, 
192-261. ' 

* Zunz, Gottesdienstliche Vortrâr/e, 2 e édition, p. 105. 

3 Pesahim, 114 a, N3"l2723 'pbnîQ >ibr\1Q ; Abot di R. Nathan, version I, 
cb. xvn, p. }"b, a nettement Û'ÔlB'ÏVa ttbntt "pbntt 'pïD. Cf. Keloubot, Ma, 
où R. Dimaï dit : * Voici ce qu'on chante devant une fiancée en Palestine >, pas- 
sage se rattachant à une sentence que nous lisons aussi dans D. E. H., vi ; cf. en- 
core j. Pesahim, VII, 35 b, K5T173 É pbn?3 b 7 ; cette sentence est rapportée dans 
b. Pesahim, 3o b au bas, au nom de Rah, au nom de R. Hiyya. Voir aussi plu- 
sieurs exemples de phrases avec Nbnfà dans l'article de M. Blau , Revue, 
XXXV, 22. 

* par exemple : ai&oba mbtûttE .a^bsntû mbtttta .troaia mblûtttt. 

3 Zudz, ibid., p. 106, note a. 

G Est-ce le nom d'un endroit? voir mollir» "HO, s. v. M. Bâcher dit : • Co sur- 
nom est de sens incertain, voir Levy, IV, 357. > Kohut, Aruch completum, VII, 168, 
croit que HDpîl est le nom de la patrie d'Eléazar, il répondrait à Ku7rptoç, Cypriote, 



60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et le mot même pourrait venir du grec. Je fais dériver ce mot de 
ttoxoco'.ov, qui se retrouve dans le langage rabbinique dans le terme 
de pTp'w. Ilcxàptov signifie un petit tas de laine nouvellement ton- 
due. On dit dans Tose/la Sabbat, v, 2 (p. 116, éd. Zuckermandel) 
•p-ipiDn ^wtV « on peut sortir le sabbat en portant un petit tas de 
laine ». Il est sans doute question de celui qui fait métier de ton- 
deur de laine ; cf. Toscfla Sabbat, i, 8 (p. 110), et j. Sabbat, I, 2 
(3 b) : nsïisati) araiam *n£in ,„N£i ab « le teinturier ne doit pas sor- 
tir avec un échantillon (de sa marchandise) derrière l'oreille » 
(d'après Raschi, dans b. Sabbat, 11 b, mmi signifie un peu de 
laine); dans b. Sabbat, 11 a, on parle aussi de laine KTaw ^*na nVi 
13TN3U5, « le tisserand avec la laine derrière l'oreille »; de même, 
dans Abot di R. Nathan, version II, ch. 21, p. îû, où on dit la 
même chose du teinturier. "pTpis et ktn signifient donc la même 
chose : le coton (par opposition à -itt£) ou aussi la laine. Dans la 
Tosefta Killaïm, v, 23 (p. 80) nous trouvons un dérivé sémitique 
de Troxapiov dans le mot m-ipsïr. Le nomen agentis ^psir, devenu 
par métathèse ^pïi, a pu être formé du même mot. Le mot 
■p^ipiD, dans b. Nidda, 17 a, par suite du changement de la lettre 
1, devient ■pbplD *, et par là on s'explique le plus facilement le sur- 
nom de ^bïpcïi 1"i^u: 2 dans Berachot, 28b, et Meguilta, \lb. De 
•pbpiD dans le Targoum Yerouschalmi sur Exode, ix, 31, Levy 3 
rapproche le syriaque Nbmp, ce qui nous donnerait la même mé- 
tathèse que ^iDpïi au lieu de npcn. Peut-être a-t-on modifié le mot 
intentionnellement pour éviter de penser à 'Tpa (mener une vie 
dissolue). En tout cas, comme "ispn n'a pas encore pu être expli- 
qué, il n'est pas inutile de faire au sujet de ce mot de nouvelles 
recherches. Nous y gagnerions de mieux connaître la personnalité 
mystérieuse de i$v9 la wba 4 . A l'exemple de M. Bâcher, je crois 
que ce docteur, mentionné par Saadia comme l'auteur d'un livre 
de Sapience, se trouve parmi les agadistes, et je l'identifie avec 
le Tannaïte Eléazar nspn. Le mot WJ, de nt* = 6TTO = laine 5 , 
signifie, à mon avis, la même chose que "isp^î, c'est-à-dire tondeur 
de laine. Dans ■wp* p wba 'n (le mot 'n se trouve dans le com- 
mentaire sur Yecira de Juda b. Barzillaï, p. 270), "p est probable- 
ment une erreur, et il faut lire w* TOba 'n, comme "ïepïi wba 'n. 
En raison de la part que R. Eléazar iDpn a prise à la littérature 

1 Raschi traduit ici par le mot français « coton ». 

2 Cependant la terminaison du mot l'ait croire qu'il s'agit d'un nom indiquant un 
lieu d'origine. 

3 Targum. \Vorlerbuch, II, 284. 

4 Voir Bâcher, Agada der pal. Amorâer, II, 11, note 5, et Blau dans la Revue, 
XXXV, 24. 

5 Le mot s'écrit aussi par un y ; voir les Dictionnaires. 



LE TRAITÉ TALMUD1QUE « DÉRÉCII ERÉÇ » 61 

gnomique, et spécialement à D. E , on s'explique fort bien, comme 
le dit Saadia, qu'Eléazar Irai ait composé un livre dans le genre 
de Sirach. L'auteur de ce livre de Sapience serait, dans ce cas, un 
Palestinien et môme un Tannaïte assez marquant. Il est possible 
aussi que l'auteur de ce livre ne soit pas Eléazar lui-même, mais 
son fils, qui s'appelait aussi Eléazar l et qui est, d'ailleurs, connu 
comme auteur de proverbes sous le nom de snDp in 2 , nspr» }a wba 
serait donc identique à ^âT* p TOba. Ceci expliquerait aussi ce 
mystérieux mot de Wtf. Notre D. E. a certainement sauvé beau- 
coup de choses de l'œuvre perdue de Ben Irai'. Les sentences qui 
sont conçues en style presque biblique pourraient provenir de cet 
ouvrage. La pureté du langage que nous trouvons dans Sirach ne 
peut être attendue de la part de Ben Irai, qui est bien postérieur, 
mais il n'y a pas à méconnaître que celui-ci s'est efforcé d'écrire 
l'hébreu aussi purement que possible. 

De même que l'auteur du livre de Sirach a utilisé le livre bi- 
blique des Proverbes, de même Eléazar ben Iraï a dû utiliser, de 
son côté, le livre de Sirach. On s'explique ainsi que Saadia cite 
des phrases de Ben Iraï qui se trouvent aussi dans Sirach. Cette 
ressemblance du contenu ainsi que la circonstance que le nom de 
iTPD la était depuis longtemps dans la bouche de tous lorsque Ben 
Irai écrivit son livre, furent cause qu'on attribue certaines sen- 
tences de Ben Iraï à Sirach, son prédécesseur. On comprend alors 
pourquoi certaines maximes citées dans le ïalmud au nom de Si- 
rach ne se trouvent pas dans l'ouvrage authentique de Sirach, 
tandis qu'on les trouve dans D. E., qui contient des fragments de 
Ben Iraï. La sentence imoa ina ">sa nrtri dis ^a tprbm tjh, que 
quelques auteurs attribuent à Sirach (Zunz.iôid, p. 110), se trouve 
dans D. E. Z., x, vers la fin 3 , et provient probablement, non de 
Sirach, mais de Ben Iraï. La sentence citée d'après Sirach dans 
Baba Batra, 98 &, ne se trouve pas dans le vrai Sirach 4 , mais il y 

1 Je ne sais pourquoi M. Bâcher l'appelle toujours Eliézer ; peut-être veut-il aussi 
le distinguer de son père. M. Bâcher cite, d'ailleurs, lui-même blI3 133 ""iT^bjK '"1 
IDpîl "IT^bx 'H [Agada der Tannaiten, II, 500) et concède qu'il s'appelait égale- 
ment Eléazar ; il n'apporte aucune preuve en laveur du nom d'Eliézer. 

* On ne voit pas pourquoi il a été nommé ainsi d'après le surnom du père, et non 
d'après son véritable nom ; peut-être pour éviter la répétition du nom *"|T3>Dfc*. H n'est 
pas nécessaire de prouver qu'on trouve fréquemment ""|Dpï1, au lieu de NTDp. Dans 
IDpïl, pour NIDp ""D, il y aurait à constater le même procédé d'héèraïsation que 
dans t *9TNH=-'WP9 t au lieu de nspïT 

3 Tout le reste de ce chapitre a un caractère tout différent et n'a pas dû faire par- 
tie deD. E. Z. — La suite... ÏTÏiri llHi se trouve aussi dans le chapitre v de 
Zouta. Cette sentence est donc un des doublets dont il va être parlé ci-dessous. 

h Neubauer-Cowley, n° LXlV,p. xxvn, 



62 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

a quelque chose de semblable dans D. E. Z., vin, comme Zunz l'a 
déjà remarqué. 

Nous prétendons, non que Eléazar b. Iraï ou Eléazar nspn 
soit l'auteur de notre D. E. , mais que beaucoup de maximes 
de ce traité proviennent de l'ouvrage de Ben Irai. Notre D. E. 
se donne comme un recueil de sentences, et le compilateur a 
sans doute puisé aussi dans Iraï. Les y-ia ym V© cités dans le 
Talmud sont sans doute d'autres sources ayant servi au compila- 
teur. Notre D. E. a été probablement composé à l'aide de ces ou- 
vrages perdus et avec des sentences et règles concernant les doc- 
teurs qui étaient connues dans les écoles par tradition. On ne peut 
guère constater de plan bien suivi dans la disposition de l'ou- 
vrage ; cependant certaines parties qui dérangent l'ensemble, 
comme on l'a déjà remarqué, pourraient être des intercalations 
postérieures. 

Le fait qu'il y a eu plusieurs recueils de D. E. a déjà été établi 
dans le cours de notre analyse du traité. Même dans sa forme 
actuelle, le traité ne peut être l'œuvre d'un auteur unique, car in- 
dépendamment de la différence essentielle entre Rabba et Zouta, 
chacune de ces deux parties renferme des éléments hétérogènes, 
de telle sorte qu'il est impossible de les considérer comme une 
œuvre unique. Ce qui frappe surtout, c'est le grand nombre de 
doublets, et ici nous ne tenons pas compte des répétitions qui se 
trouvent dans R. et Z., mais de celles qu'on rencontre dans un 
seul et même traité. Nous avons déjà relevé plusieurs de ces répé- 
titions, et il ne nous en reste que quelques-unes à ajouter. Elles 
sont si frappantes, que dans la Guemara sur Kalla, éd. Goronel, 
on fait plusieurs fois la question: Pourquoi a-t-on répété cela? 
Ainsi, par exemple, au sujet de mu pis dont nous avons parlé 
plus haut : p"D2 rpb aon l ; réponse *w«p airi *T»lk ûnn (p. 10 a). 
Ibid.j p. 11 a, il y a deux fois ^p^s ^Teo KW»; sur la même 
page, rrt '•an; de même, p. 11 b. Il y a une autre formule ainsi 
conçue : a:m£ ap, kd^©Q (p. 11 b) ; l'abréviation y"« qui se trouve 
un peu avant signifie fccnst rtna 2 . La vérité ne peut être que 
celle-ci : les passages en question proviennent de deux recueils dif- 
férents, ou, pour parler le langage talmudique, lî ÏT5U3 «b "IT FTOŒ ■%. 

1 p"o, abréviation pour N?ap p*)S, n'a de sens que d'après notre division du 
traité, où le passage en question ne se trouve en ell'et que daus Z., i. et non dans 
Z., il ; si le tout n'est qu'un traité Kalla, celte désignation n'a pas de seus. C'est 
pourquoi je ne puis dissimuler le soupçoa que ia « Guemara » sur Kalla n'est pas 
bien authentique. A remarquer aussi les mots NpIC Diob, t3D"ï ttn. 18 b. 

2 Ceci a été mal compris par l'éditeur, qui remarque : "in* 1 NITJ'J b"j. Daus l'éd. 
Romm, il y a y$ entre parenthèse. Les mots b"73p ïfSIÎÛ ï"l£? indiquent claire- 
ment que c'est une question. 



LE TRAITÉ TALMUD1QUE « DÉRÉCH ÉRÉÇ » 63 

Un trait caractéristique de notre recueil, c'est que telle sentence 
connue ne s'y trouve que comme mot à effet, tandis que l'explica- 
tion manque, par exemple n^ara tt3sn naia )v dans Z., ni. Des sen- 
tences d'allure toute différente sont enchevêtrées Tune dans l'autre, 
par exemple, la phrase via ï-tfn û&n (Z., ix), à la troisième per- 
sonne, tandis que les autres parties de la phrase sont à la deuxième 
personne. Il en est ainsi de la phrase : 'pyfîi dan Tiaab nin aa 
roam d^a "ib. Le compilateur n'a donc pas bien fondu les éléments 
de son ouvrage. Nous avons aussi un exemple de ce procédé dans 
Z. f ii : ib nansn D"0"Mi vt»*» b^araa ittan b«, où dans le commen- 
taire apy nbni nous avons déjà la correction "Wtt. Les morceaux 
de prières qu'on y trouve intercalés sont aussi un élément hété- 
rogène ; la Guemara dans Kalla, éd. Coronel, p. 18 &, dit à ce sujet : 
■onp ab manai isnp y-ia ^th ^Ttt, réponse : an ^n an ^am nr». 
Quand l'auteur a puisé dans le Talmud et le Midrasch, il se permet 
beaucoup d'abréviations, comme on peut s'en convaincre par une 
comparaison de ces passages avec les passages parallèles. Dans Z., 
vin, à la fin, il n'y a qu'une fois la phrase ymob Dua^n, tandis que 
dans Halachot Guedolot elle est deux fois *. Si le compilateur avait 
repris tous les éléments similaires se trouvant dans le Talmud, le 
traité serait devenu bien plus volumineux. A voir, par exemple, la 
belle sentence de j. Yoma, 41 b : ^jma 'rnip l^m "jb "ram ^bu^tt 
"jb pifca ww ûin i^i d*ip»n ^sb nnau: "pai ^ma ■pa-w» -jnatim 
« On te donnera du tien, on t'appelle par ton nom et on te 
place selon ton mérite '-, car rien n'est oublié devant Dieu 
et nul n'atteindra ce qui t'est destiné. » Cette sentence pro- 
vient probablement de Ben Azzaï (voir Schechter sur Abot 
di R. Nathan, version II, ch. 32, p. 68) ; elle eût été bien à sa 
place dans D. E. 

Gomme patrie de D. E., il faut sans doute penser à la Palestine, 
et non à la Babylonie 3 . Cette hypothèse se recommande par di- 
vers motifs, premièrement par le fait que, comme nous l'avons vu, 
la littérature gnomique a toujours été cultivée en Palestine, et 
ensuite parce qu'il y est question de la pureté lévitique et même 
une fois d'une coutume des Jérusalémites. Du reste, Rabba 
comme Zouta (Pérék ix) finissent par la mention de Jéru- 
salem. Babylone n'y est pas mentionnée une seule fois, et les 
Tannaïtes ainsi que les Amoraïm cités sont exclusivement des 
Palestiniens. 

1 D'après Mahzor Vitry, ce morceau fait partie de la ""H. 

1 Lisez 'pa'WE "jrDtfJai; Abot di R. Nathan, "païUÎV tjttipai. 

1 II est souvent cité parmi les nVttblDTV miJMp rVDO». 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le traité de D. E., tel que nous le possédons, n'a pu être com- 
posé avant le iv e siècle, car on y mentionne encore un petit-fils de 
R. Josué b. Lévi (Rabba, i, vers la fin). Sauf R. Josué b. Lévi, tous 
les auteurs sont, d'ailleurs, des Tannaïtes. La partie fondamen- 
tale de D. E. date donc, en tout cas, de l'époque des Tannaïtes. On 
ne peut guère reculer beaucoup l'époque de la composition, car le 
traité est déjà signalé dans les Scfwèltot, dans les Halachot Gue- 
dolot et le Siddour R. Amram comme bien connu. La compo- 
sition de D. E. pourrait donc remonter à la même époque que 
l'achèvement du Talmud de Babylone. 

Samuel Krauss. 



WOTES LEXICOGRAPHIQUES 



Dans les différents lexiques parus récemment et contenant l'ex- 
plication de mots disséminés dans le Talmud, les Midraschim et les 
Targoumim, il se trouve, comme on peut bien le supposer, plus 
d'une interprétation qui appelle des objections ou renferme des 
inexactitudes. Nous essaierons, dans l'étude suivante, de rectifier 
ces inexactitudes ou de compléter les explications, et d'apporter 
ainsi, de notre côté, une contribution à la science lexicogra- 
phique. 

"pbnp Kna. D'après M. Krauss, ce mot serait une corruption de 
AeuxaXuov. Il me paraît bien peu vraisemblable que ce mot 
grec soit devenu "pVip N3K. 

DD^aa, mieux ^aûD^a». Ce mot ne signifie pas seulement « d'il- 
lustre naissance, très noble », comme l'expliquent MM. Levy, 
Kohut et Jastrow, mais est particulièrement employé, dans le 
Midrasch, pour désigner, comme svywtlaxonoi, ces princes impé- 
riaux auxquels le souverain avait attribué le titre de nobilis- 
simus (en grec e^evécrraToç) . C'est ainsi qu'on lit dans Eslher 
rabbdt à propos de tntt&o *m : ïY'npln Va ! in^a^N ^wa toi 
« et, en outre, je suis à l'égard de Dieu comme un prince du 
sang, puisque de tous les chefs de tribu mon aïeul (Benjamin) 
est le seul qui soit né dans la Terre Sainte ». 

1T3K 13. Ce mot n'a été expliqué exactement que par M. Jastrow : 
« Place of ruin, cacophemism for meeting place, gathering 
for idolatrous purposes and performances connected with 
idolatrous feasts, which the Jews under Hadrian were forced 
to attend.— Transferred : meeting place of early Christians 
wh'ere religious controversies were to be held. » L'exactitude 

1 Lire jTaûOWI»' 

T. XXXVII, n° 73. » 



66 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de la dernière partie de cette explication est confirmée par 
Sabbat, 116 a : mab osai iwrh y-) taron mnb tpn dis i^bn» 
■îba biîi firnab Diaa pai a"* « S'il est poursuivi par un homme 
qui veut le tuer ou un serpent qui veut le mordre, il peut 
entrer dans la un temple païen, mais non dans la demeure 
de ces gens-là. » 

MTOK. Traduit inexactement par M. Jastrow : « cleft, fissure ». Il 
a tort de traduire *wr 'a par « chute d'eau ». C'est plutôt un 
« aqueduc ». 

-naD^TO . Dans Genèse rabba : Witttt spn "ib "pro» tanptti aipiï bn "ps 
ibia rr«a b* rwwatt wroa oiaû^» ibra ma b*, M. Jastrow 
veut corriger oiûO'WK en TiaD^K (I, 11 b), mot qu'on ne trouve 
nulle part, et qu'il traduit par « questeur ». De môme, I, 
158 b, il explique ibu: ST«a b* i-ftitttt par « an officer appointed 
over its high-ways ». Il voit donc dans ï-p^a le mot via. Voici 
ce que signifie ce passage : « Il n'existe pas de localité où il 
n'y ait pas un fonctionnaire chargé de subvenir aux be- 
soins de la vie (pfoç). Dans la province, c'est le syndic qui doit 
s'en occuper, dans l'empire l'Auguste. Mais qui s'occupe de 
nourrir l'univers ? » Levy et Kohut expliquent aussi de cette 
façon. 

o-rcrMa dans Sifrè sur Deut., et onaas» dans j. Sanhédrin, 19&, 
ainsi que ouwïfîidans Genèse rabba, § 4, et oip^naaip dans Be- 
hhorot, 5 a, sont, d'après M. Jastrow, une altération de Quin- 
iiis ou Quietus. Dans son étude sur la Fête de Hanoucca 
(Revue, XXX, 40 et s.), M. Krauss prétend aussi que 
O'ip'nusnp, avec retranchement de p*n, est Quintus, et il y voit 
Lusius Quietus. Mais est-il possible que ce Quietus, que 
M. Krauss dépeint comme un homme cruel, se soit occupé de 
questions religieuses et ait entretenu des relations amicales 
avec R. Gamliel et R. Yohanan b. Zakkaï ? Aussi croyons- 
nous que ce Dip"nanp est identique avec yvnyn opinas», comme 
cela ressort de j. Sanhédrin, 19 c, comparé avec Behhorot, ha, 
et ce 7|Y£[i.o)v AvtwvTvoç est le proconsul d'Asie Arrius Antonin, 
grand-père maternel de l'empereur Antonin. DmnttJK est de- 
venu oip'ncttp, par suite du changement de «en p (cf. Targoura 
sur Nombres, xxxin, 8, pd3i«, au lieu de ï"D3Tp), v\ en *), et 3 
en p. 

*»pWN, dans Houllin, 60 b, où ce mot est indiqué comme l'explica- 
tion de "rçio dans Josué, xiii,3, doit être lu, avec Raschi, ad. L, 
TP'WK, éOvàp/oi, ethnarques. C'est exact dans Jastrow, mais 



NOTES LEX1COGRAPHIQUES 67 

ce n'est ni IvStxot, juges, ni aùOsvnx-q, puissance, comme le 
croient M. Krauss, I, 107, et Levy, Wôrtertucfi, 13 a. 

Dîna, dans Targoumjer. sur Exode, xvm, 1, et orna, z'fr., n, 16, 
n'est ni euvouç, esprit généreux (Levy), ni adorateur du feu 
(Kohut), ni tyran, chef, djn (Jastrow), mais eùyEvrjç, prince; 
le a est tombé. Cf. Sachs, I, 163. 

■o*isa est êwojrf, otage. Dans Echa r., à propos de ^n-pbaa sraî-î, 
(1. iraiB'w) ma^a *^a (I. ït^wn) û*1W« ^a,ce dernier 
mot est une glose explicative : o^pi'a. M. Jastrow traduit 
inexactement par « destruction, ruine ». 

"pitf, dans Schir r., 31 &, est auyï), aurore : « Le feu était pour 
eux (Hanania , Mischael et Azaria) comme l'aurore ». à/pi; 
oo>yy|ç, dans Actes des Apôtres, xx, 11, est traduit en syriaque 
par anas pban ixnw. M. Jastrow a tort de vouloir changer 
^pia en oi^pia. Dans Levy et Kohut, « éclat », mot qui ne 
convient pas ici. 

ÉWnpwa, dans j. Déniai, 24 c?, me paraît devoir être corrigé 
en tn^p^maa , marchand de vins en gros, comme le propose 
M. Perlés, plutôt qu'en a^apina, oivoxdwceXoç (Jastrow); le 
sens est le même. 

oia^N , dans j. Demaï, 26 &, est corrigé par R. Simson en 
ûWûn. Levy y voit otfXoç, Jastrow àrovoç, languissant, faible. 
Je me range à l'avis de M. Kohut, qui y voit, d'après Sachs, 
àôufxoç, affaibli, abattu. 

îiD^Dib^. J'y vois avec Levy un nom propre, EùeX7ciç, et non pas, 
comme M. Jastrow, Ultyr^, verrier. 

dy»Vw 7]Xioç, soleil. Dans Exode r., 15 : ()v jmabiaa i-wna i-na) 

lfiiTOi 'SE H*)p3 TDS ttJtttûSTl Ï-I52125 ïmn [OV^N] DT^VlK ON DISONS 

rma ynb tdjû. M. Levy traduit ainsi : « Le tribunal devant 
Hélios [«yuvéSpiov stç 7}Xtov] porte (en Grèce) te nom de Ftttft, 
c'est-à-dire fjXtata, nom qu désignait à Athènes la résidence 
du tribunal suprême et, par suite, le tribunal lui-même. » 
D'après M. Jastrow, les mots depuis OT^nao jusqu'à ma sont 
une glose, tandis que les trois premiers mots sont une traduc- 
tion de nttna Iffl. Cette glose serait conçue en ces termes : 

STipS TOU tt373ttJ!Yl IfctD ÎTrt IN^N DV» Dm5D[bba] « 'AXeÇocvSpo; 

Oioç 'HXiou (Alexandre, fils d'Hélios) était son nom, et le soleil 
est appelé un héros. » C'est là une transformation complète et 
inutile du texte. Kohut seul a bien expliqué ce passage : « <rôs* 



68 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vapôç wç rJXioç, fort comme le soleil; -îjXto; signifie (en grec) 
soleil. Le soleil est, en effet, qualifié de puissant dans Ps,, 
xix, 6. » 

dwn est dérivé inexactement, par M. Jastrow, de DNfc, défigurer, 
dans Schir rab\), s. v. îibj>8, 31 c, vb* rp-pia na\x iraiwi, où il 
traduit : « Il fut défiguré par des brûlures. » Par contre, dans 
Tanhouma, Çav, éd. Buber, il traduit ce même passage ainsi : 
« Et la frayeur d'une figure brûlée tomba sur lui. » Enfin, il dit 
à propos de Midrach Tehillim, Ps., xxn, « ottsen, lire 
owisfctf, e^Ttupo;, atteint par le feu ». Ce dernier mot, comme 
le disent Moussafia, De Lara, Kohut et M. Levy, est, en réalité 
y j |j.'';y i gc/ç, « à moitié desséché, à moitié brûlé », et tpTo ïi^tf 
comme OYTnfca sont des altérations de ovnoawN. 

■pams, dans Exode r. , 47, 'paEW rmn rabi wn. D'après 
M. Jastrow, ce mot est un masc. plur. (='J3rm, faisant allu- 
sion àîiBtt et Nrqtttf) et désigne « ceux qui se couchent à l'ar- 
rivée des ténèbres » ; ce mot a été créé par opposition à 'p^urro, 
racine ^ffia. Le passage signifie donc : « Suivez l'enseignement 
de ceux qui ont bien repose* la nuit, parce qu'ils sont mieux 
disposés à enseigner. » Kohut dit : TTttbnb ^ittiN iTfi b"a$)*i 
Ipnb b"a nb^ba V"ip-n rmrnaa '»iba /pTpniiH rmn "nabi -i&na 
i«na ■PTnbnb nm« ï-pîi i"-n (oxdxiov, gxotoç v'ba an m) tJW'i 
û:nn nm n"mo Hbà ïbe» pi ïiobja '"•s TUTown fmn Y7ttbi 
F»tt ■n rrn» pnt ban ba« ,ï"i ,Y'a muttna btt ïitaba^ îna^DDîi 
ïrbiba ïib^ îmn bttî fin. M. Levy dit : « •paB'w, obscurité, et, par 
conséquent, nuit. R. Simon b. Lakisch disait à ses disciples : 
étudiez la Tora le matin et aussi à la lumière (cf. "plp), la 
nuit. R. Yohanan dit à ses disciples : étudiez la Tora la 
n,uit ('pûttW). Pourtant, R. Simon b. Lakisch admet aussi que 
le chant de la Tora (c'est-à-dire l'étude de la Mischna) doit 
surtout avoir lieu la nuit. » Ici AI. Levy change arbitraire- 
ment, à la fin de ce passage, R. Yohanan en R. S. b. La- 
kisch, mais il dit avec raison que î-m désigne l'étude de la 
Mischna ou de la loi orale. Cependant, il n'est pas allé jus- 
qu'au bout de son explication. R. Yohanan et R. Simon b. 
Lakisch discutent sur les moments où il faut étudier la 
loi orale et la loi écrite. Le dernier recommande à ses disciples 
d'étudier la loi écrite (rmn) le matin, la loi orale (Mischna) 
doit donc être étudiée la nuit; il faut, par conséquent, que 
iib^b s'oit précédé d'un mot signifiant loi écrite ou Mischna ; 
ce mot est ■paiWi = ocutsgojcjiv, Mischna, devenu par cor- 
ruption l^pT. H. Yohanan, tout en considérant la nuit, con- 



NOTES LEXICOGRAPHIQUES 69 

formément à l'avis de R. Simon b. Lakisch, comme le mo- 
ment le plus approprié à l'étude de la Mischna, i"-i rri-î tiTiTa 
rtb^ba abtf îTnn biû îi3i fWD, recommanda quand même à ses 
élèves de ne pas étudier exclusivemenl la Tora le matin et la 
Mischna le soir, mais de changer parfois, 'pafc'W (SiajteïTrrov). 
La correction que nous proposons de f'ypl en •pD'nnD'H est 
justifiée par la traduction de Symmachos, qui rend î-rttfitoa 
(II Rois, xxii, 14, et II Chroniques, xxxiv, 22) par èv oeure- 
ooS(7£i, de même que le Targoum traduit par N^bia rna et la 
Peschito NSsbiNa. C'est ainsi que dans Lament., n, 19 : ifcip 
rrmMa ïiana ïiM» m, le Targoum dit : anti^a wp 
«nDiBtt) ■nTun amma ^jurcai tf^ba nsizs^a ^p-io^ ; M .bsm»n. 
Le mot "p^to^ doit donc être rayé des dictionnaires. 

a^wa, dans Echa r., s. v. vi'-nbaa, f° G5a. M. Jastrow traduit 
inexactement ce mot par « rébellion w, et Kohut et M. Levy 
exactement par « otage », comme le prouve Esther r., s. v. 

va, 100 d : s>m pi lî-rmaa b\a menton v™ a^Ti^a ^m 
ïtrmaa bu: ïmma'rô vnu; mm^nn ^a s-iai n^\s. 

Nj^toN. Traduit inexactement par M. Jastrow (rébellion] et par 
M. Levy (otage). Ce mot signifie « brebis », comme le dit avec 
raison Kohut. 

•pj^tti'W. M. Jastrow voit, à tort, dans ce mot le grec IXatov jxup- 
pivov et traduit : « onguent parfumé avec du myrte d'Arabie ». 
Kohut et M. Levy traduisent exactement « vin avec de la 
myrrhe ». M. Krauss dit aussi que c'est un vin aromatisé fa- 
briqué avec de la myrrhe et d'autres ingrédients infusés dans 
du moût ou du vin doux. Cf. Pline, H. N., xiv, 16; Marquardt, 
Privatleben der Rômer, II, 444. 

l-nbasD'W, a^iasD^. Inexactement dans Kohut, spalium, espace de 
de temps. Il voit dans ïr^ttbs le mot wXijôoç, espace de temps, 
ou alors il lit ïT s E&BpK, icrçàXiaiç, certitude. M. Levy dit bien : 
« l'hospitalité reçue par les étrangers dans un pays, hospi- 
tium ». Il faut rectifier dans ce sens les passages de Genèse 
r., 44; Schirr., ms^tt) 1»; Pesihtar.,11 a, et Yalkout, ^b ^b : 
•jirte Èrba^DûNa "0^:n irmny dnb Nb y^a rrm « ils seront 
étrangers dans un pays qui ne leur appartient pas ; ils trou- 
veront la servitude et l'oppression dans la contrée où ils ont 
été reçus comme hôtes ». Les 400 ans se rapportent donc 
seulement à 'pnî Tl^ *\ï "O. M. Jastrow change le mot en 
K^ûbBDK, l<nroXiTe(a, (les droits civils accordés aux étrangers ). 
M. Krauss, dans son WB., approuve pleinement M. Jas- 



70 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

trow et lit aussi î<ro7coXiTeia. Cette explication est fausse, car 
les Israélites n'ont jamais joui en Egypte des mêmes droits que 
les indigènes ; ils furent toujours considérés comme étrangers. 

•ji^ID^d^, 'tf D*wp , dans Lévit. r., 5. MM. Levy et Krauss tra- 
duisentexactement : « chefs des gardes du corps », 'pa'naDD» 'p. 
Kohut dit inexactement « gouverneur , administrateur ». 
M. Jastrow lit •Kr-noBia 'p (ô<Wptou), cornes annonce; c'est 
faux. 

■p^&p&o'W, dans Esther r., s. v. anprti. D'après Levy, às7ra<7Tix6ç, 
celui qui souhaite la bienvenue aux hôtes ; d'après Kohut, 
■pop^ûBû^, OTctTixta, bienveillant, ou adspectatus, excellent ; 
d'après Krauss, speclactissimus, le plus éminent ; d'après 
Jastrow, il faut lire d^b'ids'in, o^apTUT^ç, celui qui prépare 
les aliments, explication que j'ai adoptée dans mon Glossaire, 
67 a, mais qui me paraît aujourd'hui sujette à caution. Aucune 
de toutes ces explications n'est satisfaisante. 

'''WipD-'tf. D'après M. Krauss, yôvopoç, tesserœ, fiches pour le jeu ; 
d'après M. Jastrow, à^xàvS^ç, « porteurs de dépêches, nom 
d'un jeu, comme les échecs ». M. Levy traduit exactement 
« des petits cailloux », en néo-grec ^ovBpdfloXa. 

^B'npD'W. MM. Levy et Krauss y voient à tort le mot scriptores. 
C'est plutôt TexpYjxàp'.ot, comme le dit M. Jastrow. 

î"W"ipo^. D'après M. Levy, la^apeuiv, petit foyer. MM. Kohut et 
Jastrow disent avec raison que c'est « courrier ». 

l'Wttb'W, cmyàpiov, tunique, d'après MM. Levy, Krauss et Kohut; 
M. Jastrow dit à tort : « a girdle of strips of cloth ». 

'pDMiao'W , <x<7tuvô[aoç , administrateur de la police, édile = àyopa- 
vojxoç, dans j. Maaser schèni , v, 1° 56 b. C'est l'avis de 
MM. Levy et Kohut. M. Jastrow y voit à tort <riTa>v)r|ç. 

pTpïiûWK, dans Pesihta r. , § 26 : ynpn&mk d^oaïi t-TO rtKd 
■Dira iwiï ytofrb. M. Levy corrige en fwti 'a et lit sTrixa^ex- 
tov ovetostov , a de mauvais caractère et d'une façon inju- 
rieuse ». M. Krauss dit : 0™ àvaxxdptov xoitwv « [vu] de l'ap- 
partement royal », trois mots qui ne sont pas liés entre eux 
grammaticalement. Cette explication n'est pas satisfaisante. 
M. Jastrow lit ainsi : Jitrpl ipbpTB ftatatt, « le palais, (avec) 
le triclinium et la chambre à coucher, où je réside ». Voici, 
en réalité le sens : « Elle est belle, la prison où tu es au-des- 



NOTES LEXICOGRAPHIQUES 71 

sous des magnifiques salles , ùxb twv xptxXtvtwv ("pa n^a 
jwbp^û), où je demeure ». Au lieu de isinn, il faut lire 
•pim. 

»ww, dans Houllin, 51 &, Eroabin, 100 a, et Kiddouschin, 81 a. 
D'après M. Jastrow, ce mot signifie bouche, orifice et aussi 
lucarne. MM. Levy et Kohut indiquent le même sens. Mais 
ce mot ne dérive pas de dis» ; c'est le grec e^wjxa, fenêtre. 
Voir Krauss, p. 61. 

NOTttns'W. M. Jastrow lit éte^dk, t<£ euiTijjua, la peine prononcée, 
la sentence. Il ne faut pas corriger ce mot ; c'est uTro^vT^a, 
traduction grecque de comment arias, le procès-verbal authen- 
tique des actes administratifs de l'empereur. Les plaintes 
adressées à l'empereur étaient également consignées dans ces 
procès verbaux. De là commentarius dans le sens d'acte 
d'accusation. L'abréviation DYnttnp a aussi parfois ce dernier 
sens, par exemple dans Sifrè, Nombres, § 134 : diw biiîtt 
ffl-tn "ptttt irrii ib^sa mab» bra "pD^ttSTpa Cprrtui b"x) ïrw 
np^b "iujdk ■»»; Deutér. r., § 2 : (anpi b"tt) ^ipa nbra 'a *ntt 
« déjà on lit son acte d'accusation. » Cf. Kohut, Levy et 
Krauss. 

oib ,, k i que M. Jastrow traduit par fourrage, nourriture (= Dia»), 
doit être effacé des lexiques, car là où il se trouve (Midrasch 
Tehillim, Ps., lxxviii, 52 : Iïtsispn 'pprto Ta ou ywabô'w), 
il doit être corrigé, d'après Exode r., § 24, en ■ppiû'te», Voir 
Buber sur Schoher Toi), Ps., lxxviii, note 130. 

J. Furst. 
(A suivre.) 



LA VERSION ARABE 



ET 



LE COMMENTAIRE DES PROVERBES 



DU GAON SAADIA 



On sait que M. Joseph Derenbourg, qui, dès sa jeunesse, en 
1834, avait déjà étudié les écrits de Saadia, a consacré les der- 
nières années de sa vie à la publication des œuvres complètes du 
Gaon. Il n'a pas vécu assez longtemps pour achever sa tâche , 
mais il a eu le bonheur de voir paraître de son vivant une assez 
grande partie des œuvres de Saadia. Parmi ces œuvres, celle qui 
nous intéresse ici est le volume des Proverbes ! . 

1 Qu'il me soit permis de dresser ici, pour ce volume, uue liste de corrections, 
qui ne prétend pourtant pas être complète. P. 38, avant-dernière ligne, au lieu de 
tÛlS, lire ©i«. — P. 50, 1.10, lïbTlbK, l. tlHlbN. — P. 56, 1. 2, 'a ï"d mp^ 

y\ i. Y'u 'a V'd inp-n. -P. 69, 1.1, n«a*:o, 1. n*û*as. - P- 70, 1. 14, 
•piênbN, i. "piNibN. — P. 73, i. 12, rinsn, i. nnsn onb. - - P. 74, î. 2, yiain 

a""»-»"% 1. a w i-fifi '■> Wltt- - P. 74, note 4, 15, l. 11. - P. 75, 1. 18, ?PW 
'D 'b, l. 'i 'b rTW*. — P. 77, 1. 3 du bas, a'V'a jrjp-n, 1. }'"> 'D fcnpn. — 

p. 93, i. 8, rifiwnttbtt, i. EKàanba. — p. 98, i. 8, n"D k"m rrw», \- îtw 

N"a N"72. -P.' 125, note 2, 11?:, I. fVïtt. - P. 144, 1. 17 tt*-n"l,l. rtrm. - 
P. 146, 1. 15, SÏTÛnSttbN, 1. ïÏHttînîttbN. — P. 1S8, 1. 3, 4, les indications des 
versets sont inexactes. — P. 188, l. 4 du bas, Q^y, 1. ûây. — P. 189, l. 1, 

■pnbâ, i. ïTiba. — p. 196, î. 9, wwrt, 1. li^m. — p. 201, 1. 23, vyo» 

Î1»3n N^3, '• fïESn N£tt Ù^JK 'niûN. Les versets bibliques de la dernière page 
(203) sont indiqués inexactement (a w b 12" "* N^lp" 1 "). au lieu de 3"b û"^ N"lp"n) ; vers 
la fin, il n'y a, plus aucune indication. 

Dans le texte français, p. 13, note 1, au lieu de du al et mezimmâh, il faut lire 
ormâh et da'at. 

Outre les fautes d'impression, il faut signaler quelques autres inexactitudes. 
Ainsi, p. 52, 1. 18, "pbn&ÙnfàbN ne signifie pas • sots », mais • sceptiques fei- 



LA VERSION ARABE ET LE COMMENTAIRE DES PROVERBES 73 

Le commentaire des Proverbes avait déjà attiré l'attention 
quand il était encore manuscrit ; M. Bâcher en a analysé dès 1876 
l'introduction et le premier chapitre 1 . M. Jonas Bondi 2 a donné des 
extraits des neuf premiers chapitres ; il a aussi examiné la ques- 
tion de savoir si Saadia est effectivement l'auteur de cette œuvre. 
11 va sans dire que les études publiées sur Saadia depuis l'édition 
des Proverbes ont largement utilisé cette édition. Nous signale- 
rons surtout deux de ces travaux : celui de M. Engelkemper 3 sur 
les principes et le caractère de l'exégèse de Saadia, instructif sur- 
tout dans les parties qui s'occupent du nombre des œuvres du 
Gaon et de leur liste dans le Fihrist ; puis le travail de M. S. Ho- 
rovitz 4 . 



L'INTRODUCTION DES PROVERBES. 

Dans une de ses nombreuses digressions, Saadia (à propos de 
xxv, 11) examine quels sont les devoirs des auteurs, et il déclare 
que dans leurs introductions ils doivent indiquer leur tendance, 
leurs intentions littéraires, etc. Fidèle à ses principes, il fait pré- 
céder ses œuvres exégéliques d'introductions, dont trois sont pu- 
bliées jusqu'à présent : celle des Psaumes en allemand, par 
J. Cohn-Kattowitz 5 , celles du Pentateuque et des Proverbes, dans 
l'édition millénaire. Or, quoique l'introduction des Psaumes soit 
plus large, c'est dans les Proverbes que Saadia montre surtout une 
science exégétique très développée. Et cela est naturel, car par les 
œuvres mêmes qu'il cite on voit qu'il n'a traduit et commenté les 

gnant l'ignorance et éver'.lant des doutes » (Horovilz, Pie Psychologie Saadias, 
p. 49, note 92). — P. 133, la note 3 manque de fond, puisque le passage cité par 
Saadia : P1DOD Û*ob?arn N17Î "D'O Nim, se trouve mot pour mot 1 Rois, xï, 
12. — P. 139, note 4, rîTD^btf V3>3 est rendu par jpfaîin, au lieu de DSfcp 
t"l72nri« — P. 145, noie 3, les éditeurs disent qu'ils ne comprennent pas l'emploi 
du duel dans les mss. B G, qui. traduisent "P33tf-by -Dl 131, par DNbD5K 

Tï-îi ^by &1Û3ttbK. M. Bâcher (Die Bibelexegese Maimûnis, Budapest, 1896, p. 8, 
9, note 6) renvoie à une explication semblable de Maïmonide, qui dit que ce verset 
l'ait l'éloge des sentences qui s'interprètent dans deux sens, un sens intérieur CJÏ3ND) 

et un sens extérieur ("ÎÎTNÛ). Horovitz corrige aussi l'explication de xvnr, 14 
(p. 35, note 64). 

1 Abraham lbn Ezras Einleitung zu seinem Peniateuch-Commentar, Vienne, 1876, 
p. 24-29. Je dirai, a cette occasion, que M. Bâcher, mon maître toujours obligeant, 
a corrigé mainte erreur dans ce travail. 

s Bas Spruchbuch nach Saadia, Halle, 1888. 

* De Sciadie gaonis vit a, bibliorum versione, hermeneutica, Leipzig, 1897. 

* Die Psychologie bei den jildischen lîeligions-Philosophen des Mittelaltcrs von 
Saadia bis Maintuni. Hei't 1. Die Psychologie Saadias. Breslau, 1898. 

5 Magazin fiir die Wissenschaft des Judenlhums, VIII, 1881, p. 1-19 ; G1-75. 



74 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Proverbes que lorsqu'il avait déjà produit d'autres travaux exé- 
gétiques. Ainsi, dans ix, 1-9, il renvoie à son tafsir du Penta- 
teuque ; x, 3, au tafsir de trsa ^pa 'ft (Nombres, xivj 18) ; xxi, 17, 
à la discussion du précepte du ïttwi tïid )i (Deutér., xxi, 18-21); 
pour l'explication du "lOTn bp il renvoie à son commentaire du 
Lévitique (xxx, 5). Il mentionne aussi son tafsir d'Isaïe (xvin, 10 ; 
xxx, 24-28), celui des Psaumes (xxxi, 4), une introduction à Job 
(m, 11, 12), et enfin le commentaire de Job (xvin, 14; xxx, 3). 
MM. Derenbourg et Lambert supposent même que xxi, 1, renferme 
une allusion à un commentaire de l'Ecclésiaste 1 . 

L'introduction a un point de départ philosophique : la lutte 
entre les instincts et l'intelligence. Nos penchants nous poussent 
à accomplir des actes dont les conséquences effraient notre rai- 
son ; celle-ci, au contraire, approuve parfois des actes qui nous 
fatiguent et nous ennuient, parce qu'elle sait qu'ils nous sont fa- 
vorables. Les Proverbes nous présentent les deux côtés de cette 
lutte, en disant une fois : Souvent une route semble droite devant 
l'homme, et elle aboutit au chemin de la mort (xiv, 12), et une 
autre fois : Il y a pour toi un avenir, etc. (xxm, 18). Il y a parti- 
culièrement deux vices qui sont très nuisibles à l'homme : la cu- 
pidité et la paresse. L'homme, tout en étant paresseux, aspire 
quand même à la prospérité et au plaisir. Trouvant long le chemin 
droit qui y mène, il prend la route du crime. C'est pourquoi, Dieu 
a fait écrire à Salomon le livre de la Recherche de la sagesse 
(c'est ainsi qu'il surnomme les Proverbes, p. 11 de l'introduction), 
afin qu'il présentât la véritable valeur et les conséquences de nos 
actions. Salomon a adopté la forme du maschal (comparaison), 
pour être mieux compris de la foule ; il établit des comparaisons 
entre les choses morales et les choses matérielles, entre ce qui 
frappe les sens et ce qui frappe l'intelligence. 

Souvent, ce qui survient aux autres nous instruit, c'est pour- 
quoi l'Ecriture nous raconte la vie des justes et des impies pour 
que nous imitions les uns et évitions de faire comme les autres. 
Les faits que Dieu juge trop peu importants pour être rap- 
portés par lui, il les fait mentionner par Salomon. Dans l'intro- 
duction du Pentateuque, S. développe la même pensée. Il dit 
qu'on s'instruit de trois façons : par le commandement et la dé- 

1 Deux passages de notre commentaire font peut-être allusion également à un autre 
commentaire qu'il aurait fait. En parlant de la femme de Tekoa, Saadia dit : Nft3 
Nïinttp *% tmU3» 1Ï"J, et, à propos de I Samuel, xxx (xx, 19), in Ntt "5* 
mnU3?a- Cela peut équivaloir à fcWmtf) NtolD, «comme nous l'avons expliqué •. 
Cependant, faute d'autres preuves en laveur de l'existence d'un commentaire de Sa- 
muel, il est plus simple de comprendre ainsi : • Comme la Bible raconte les événe- 
ments de la femme de Tekoa et du jeune Amalécite ». 



LA VERSION ARABE ET LE COMMENTAIRE DES PROVERBES 75 

fense, par les conséquences de l'obéissance et de la désobéissance, 
et surtout par l'exemple. Notre introduction ne fait que mention- 
ner l'action exercée par l'exemple, mais le commentaire (xxiv, 
30-34) en parle avec un peu de détail. Pour appuyer son opinion 
sur l'influence de l'exemple, S. mentionne le vn e chapitre, qui 
essaie d'éloigner de l'impudicité ; le ch. xxiv, 30-31, où nous 
voyons les suites de la paresse, et le ch. ix, 14, 15, de l'Ecclé- 
siaste, où la sagesse du pauvre sauve la ville assiégée du grand 
roi. Ainsi S. cite l'Ecclésiaste comme imitant le procédé des Pro- 
verbes. Peut-être, quand il dit : « C'est pourquoi Salomon a com- 
posé ce livre et d'autres semblables » pense-t-il à l'Ecclésiaste, 
quoiqu'il puisse aussi faire allusion aux trois mille maschal et aux 
cent cinq schîrde Salomon (I Rois, v, 12). 

Après avoir exposé brièvement une théorie de la connaissance, 
S. examine les douze manières ou « portes » dont la sagesse se 
manifeste dans ce livre. Ce nombre douze est arbitraire, car il est 
difficile de retrouver dans les Proverbes les douze procédés men- 
tionnés. Ce sont surtout les 4 e , 5°, 7° et 11 e principes qui nous 
présentent les traits les plus caractéristiques de l'exégèse du 
Gaon. 

D'après ie 4° principe, les Proverbes contiennent une série de 
sentences qui rapportent uniquement des faits de l'expérience. La 
tendance de S. est claire. Maint verset dépeint un état de choses 
bien regrettable, par exemple l'injustice. Or, S. ne veut pas qu'on 
puisse croire qu'un livre de l'Ecriture approuve de tels faits. 
C'est pourquoi, il fait précéder les versets de ce genre des mots : 
« Tu trouves », nân (xi, 16; xm, 2; xv, 12; xvm, 2; xix, 15; 
xx, 6; xxix, 10, 11; xxx, n, etc.), « tu vois » ^n (xm, 19 ; xiv, 
18; xv, 2*7 b ; xvm, 23, etc.). Quelquefois aussi, ces mots précè- 
dent des phrases qui ne parlent d^ucun fait anormal. La formule 
« tu dois savoir », ûb*£*, est placée en tête des propositions plus 
solennelles (xix, 21). 

Le 5 e principe établit que beaucoup d'affirmations n'ont qu'une 
valeur restreinte. S. les fait précéder des mots « maint homme » 
ou <i souvent » ()ft d3 ix, 7 ; xm, 3 ; xiv, 23 b ; xvi, 30 ; xvm, 24 ; 
xiv, 17 b ; xxiv, 8 ; sfc:n, vi, 30 ; xxix, 25). 

D'après le 7 e principe, certaines phrases qui paraissent simple- 
ment énonciatives renferment un précepte ou formulent un vœu. 
Dans ces cas, c'est déjà le texte arabe qui marque l'intention du 
Gaon par l'addition des mots « il faudrait », « il serait à désirer », 
ou « il serait juste » (•ttaï», ai\ pnno*, xi, 10, 29 ; xm, 2 ; xiv, 19; 
xvi, 10-13, 17; xvm, 4; xx, 8, 28; xxi, 1, 29; xxn, 2, 7; xxvn, 
21 ; xxvin. 4, 8, 19 ; xxix, 13). Quelquefois ce changement passe 



76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de la version dans le commentaire (xxm, 15, 22 ; xix, 1 ; xxv, 3). 
Au fond, c'est là une divergence d'opinion entre les Proverbes et 
Saadia, ou bien une critique des Proverbes. 

Mais c'est en développant le onzième principe que S. dé- 
ploie le plus d'originalité, sans tenir peut-être assez compte de 
l'exégèse. Il établit souvent des rapports entre des versets où 
nous ne voyons qu'un simple voisinage; parfois il est amené ainsi 
à des interprétations arbitraires ou à des altérations de sens. 
Pour les Psaumes, S. s'efforce même d'expliquer la suite des cha- 
pitres (voir surtout Magazin, VIII, p. 87, 88;. Ici, il cherche à 
trouver des rapports entre les chapitres vu et vm, offrant, en 
effet, un contraste entre la séduction de la courtisane et l'invita- 
tion de la Sagesse. Mais une remarque placée après la version 
arabe du ix e chapitre reconnaît que, dès le ch. x, c'est d'ordinaire 
une succession de sentences détachées. Néanmoins, il ne tient pas 
toujours compte de cette remarque, car avec beaucoup d'esprit il 
essaie de montrer qu'il y a un lien, dans xxiv, entre 23-24 et 
25-26. C'est surtout dans le ch. xxx que Saadia déploie toute sa 
sagacité pour montrer les rapports existant entre les différents 
versets. Ainsi, dans les versets 10-17, il voit une chaîne non inter- 
rompue de réflexions. Agour nous apprend que le néant (îipïb*) 
peut avoir lieu de deux façons : ou les choses n'ont jamais existé 
(ûm "i^), ou les choses créées ont péri (blfitt)). Pour le monde vé- 
gétal, il y a un troisième néant : lorsque la terre ne produit rien 
(û" 1 ^ ï13>3U5"Kb yiN), e ^ m ême un quatrième : quand les plantes 
sont consumées par le feu. Les quatre sortes de néant existent tou- 
jours : les hommes ne cessent de mourir, les femmes stériles ne 
donnent aucun fruit, la terre inféconde dévore la semence, la 
flamme cherche toujours de nouveaux aliments. Mais, avant 
d^numérer ces différents néants, Salomon nous apprend quels 
sont ceux qui méritent d'être punis. Sont victimes d'Alouka (néant) 
ceux qui rejettent la vraie tradition, parce qu'ils semblent ainsi 
maudire leurs pères, qui leur ont légué cette tradition (vas *m 
bbp\\ qu'ils abandonnent des opinions justes pour s'attacher à des 
doctrines impures, qu'ils n'ont confiance qu'en leurs propres con- 
naissances, et rejettent tout ce qui ne concorde pas avec leurs 
idées. Auparavant Agour avait prescrit ce qu'il fallait faire : « Ne 
calomnie pas le serviteur auprès de son maître. » ^a? a ici le sens 
d'homme soumis à Dieu, les prophètes et ceux qui les suivent 
(cf. Josué, i, 2; Isaïe, xlix, 3; II Rois, xvn, 13; I Sam., xu, 19; 
II Rois, il, 16). 

Souvent , pour trouver des rapports entre certains versets , 
S. en intervertit l'ordre. Il dispose les ^versets de i, 16-19 ainsi : 



LA VERSION ARABE ET LE COMMENTAIRE DES PROVERBES 77 

16, 18, 17, 19 *. Au ix e chapitre, la version met immédiatement 
après l'invitation de la sagesse (1-9) celle de la sottise (13-18) • 
les versets 11, 12 et 13 sont traités plus tard et à part. Mais plus 
remarquable encore est la liberté avec laquelle il semble rattacher 
xxv, 27, aux versets 16 et 17 du même chapitre : « Tu ne dois pas 
accepter tout ce que la générosité de tes amis t'accorde, car, 
leurs ressources épuisées, ils s'attendent à la réciprocité. » 

Plusieurs autres principes ne sont pas exposés dans l'introduc- 
tion, mais sont formulés à l'occasion. Ainsi, à propos de i, 8, S. 
remarque que les membres parallèles se complètent alternative- 
ment : -fttN rmn «an-ban -"pas idiw ^n *M équivaut à nûTO *aa 212® 
ûiûan bai ûrmm -f^cn "pa , de même x, 1 ; xv, 20 ; version de vi, 
20 (A) et de xxx, 17. Plus loin, à propos de xxvm, 17, 19, 26, 
il démontre que souvent l'antithèse n'est pas immédiate, mais 
est complétée plus tard. Ce qui peut surprendre plus, c'est que 
l'introduction ne parle pas de la composition, ou au moins de la 
division des Proverbes. Certains passages du commentaire mon- 
trent que S. y voit trois parties : 1° i-ix ; 2° x-xxiv ; 3° xxv-xxxi. 
Avec le x e chap. commencent les proverbes détachés ; le xxv et 
les suivants se présentent comme une série de sentences de Salo- 
mon transmises et notées par les gens de Hiskiyya. Le xxx e est 
attribué à Agour, qui l'a reçu en tradition de son maître Itiêl, et 
le xxxi 6 , 1-9, qui s'adresse surtout aux jeunes gens destinés à 
régner, émane de Lemouêl. 

L'introduction se termine par l'énoncé des conditions que S. fixe 
pour celui qui recherche la sagesse. Chacune de ces conditions 
est appuyée sur deux versets. Voici ces cinq conditions : 1° la dis- 
position individuelle ; 2° l'amour de la sagesse ; 3° une personne 
qui se charge de nous instruire; 4° les ressources matérielles; 
5° le temps nécessaire. Celui qui dispose de tous ces moyens ac- 
querra mûrement la sagesse; il sera l'homme heureux qui a trouvé 
la sagesse et à qui la raison a été accordée (ni, 13). 



LA VERSION ARABE. 

La version et le commentaire sont étroitement liés; pourtant, 
il faut examiner à part quelques singularités de la version. S. ne 

1 II en trouve l'analogie dans Ps., xxxiv, 16, 18, où 273'»!) 'm 1p?!£ (18) ne peut 
se rapporter aux y~\ ■*■*!*■ 2 de la phrase précédente, mais aux Q"ip*H*£ du ver- 
set 16. Le Gaon cite aussi cet exemple à la fin du iv e chapitre des Amûnât. Une 
explication plausihle et ingénieuse se trouve chez Weiss, ■ptfJH'm "1*1*7 11*7, I, 
p. 63, note 4. 



78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rend compte ni de sa méthode ni du but de sa traduction. Mais 
nous pouvons les cdnnaître par son introduction au Pentateuque, 
où il dit qu'il veut que le texte arabe soit une œuvre littéraire in- 
telligible, claire et complète par elle-même, qui éclaircisse chaque 
doute et chaque obscurité. A cette tendance principale se subor- 
donnent la fidélité et le désir d'offrir une série d'exemples pour 
montrer la parenté de l'hébreu avec l'arabe. 

La version ne se propose nullement de suivre l'original à la 
lettre ; elle ne rend compte ni des licences syntactiques, ni des 
anomalies 1 , ni des inversions de l'hébreu 2 . Elle ne conserve pas 
non plus les particularités phraséologiques et les hébraïsmes 3 . Ce 
n'est que rarement que l'arabe les reflète, comme, par exemple, 
û^s "dtt , traduit par irmbN riNana (xxiv, 23) et par mNrvw 
îrmbtf*. Là où le texte, selon un procédé cher à l'hébreu, remplace 
l'adjectif qualificatif par un nom abstrait, S. se conforme le plus 
souvent aux habitudes de l'arabe 5 . Même remarque pour la cons- 
truction avec le participe et l'infinitif construit. Ainsi, il traduit 
T05D3 ottn »Nam (vin, 36) par nDD5 ûbâ ipD ->5N::5tf "jai, et mtea 
(v, 11) par ^3D nin. Ce que l'expression gagne ainsi en clarté 
elle le perd en vigueur 6 . Là où la poésie naïve répète le même 
nom au lieu de le remplacer par le pronom, Saadia le supprime 7 . 
Il se garde des répétitions même quand elles paraissent être un 
ornement, comme ssiub qvp pan wn mznan ù33>ïï rnsto uvn (vi, 
10). De même, xxiv, 34; xxx, 21-23; xxxi, 4. Souvent aussi la 
version ajoute, arrondit, complète, jusqu'à toucher quelquefois à 
la platitude. La concision de l'original disparait, tellement le 
traducteur a peur de l'équivoque et de l'obscurité. Des conjonc- 
tions explicatives sont fréquemment ajoutées 8 . Lorsque la com- 
paraison, dans l'original, ne paraît pas suffisamment intelligible à 

1 cf. m, 18, «toikm ironm. 

2 cf. xviii, 1, -nca ujpm î-nanbjm, i9,yiN iû 1 » rttsm 'n; xiv, 32, 
p^at im»a nom. 

» vin, 1, nbnp jnn ; xvi, 2, vwi ^î ; xvm, 5, jw^d nroû ; xx, 10, pa 
!-isp&n ïid^n inNi; xxx, il, v^3>a mïiù- 

* Voir aussi, J-p5fî riT^îl (vu, 13), N1!l "lUJD^a "O (vu, 23), ÛiBfcrnfcp (xiv, 
17), D'OC 3^^ (xv, 13), D^N "pa (xvi, 32). 

5 Cf. in mb (i, 9) : frttnft 1» N"lb ; iv, 9 ; v, 19 ; xii, 4 ; xxxi, 10 ; xvn, 8, etc. 

6 Voir aussi pour le participe, xvn, 19 ; xix, 8, 16 ; xxm, 27 ; xxix, 12 ; et pour 
l'infinitif, n, 2, 12, 16 ; v, 2 ; vu, !S ; vm, 34. 

7 il, 14; vi, 2, 3 ; xvm, 15, etc. 

8 La condition et le temps se marquent par si, quand (K*7N, v, 6; vi, 31 ; xi, 2; 
xxvi, 12; xxix, 12; *JN, m, 24; ix, 12; *xxi, 16; "ib xxiv, 26; N)ûb, xxxr, 18), du- 
rant (8)3313, Vil, 6). La phrase principale s'introduit par c'est-à-dire [ift, îv. 2), 
surtout (N53"»o, m, 29, 30), à plus forte raison, fN "nHND (xx, 18), alors (On 
vin, 3, '©, x, 19) donc (jabN,, xxxi, 31). 



LA VERSION ARABE ET LE COMMENTAIRE DES PROVERRES 79 

Saadia, il s'efforce de la rendre plus claire dans l'arabe l . Le ver- 
set hébreu n'a-t-il qu'un verbe, S. y ajoute quelquefois des verbes 
synonymes 2 . Il applique le même procédé aux phrases elliptiques, 
ce qui leur ôte leur force épigrammatique, par exemple msna 
jr»TO ttirfr (x, 6) traduit par rfcaœba D&na n^rnba bnn 3 . Nous 
pourrions encore signaler une foule d'autres différences voulues 
entre la traduction et l'original. Ainsi, ^biûtt (x, 1), « ban»» ya 9 une 
part des proverbes » ; ïW (xm, 12), nb«» nrùi « multiplie son 
bien », etc. 

Quant aux autres changements, ils s'expliquent surtout par la 
peur que S. a de ce qui est hardi et équivoque. Si l'original fait 
pourrir le nom des impies (x, 7), S. V anéantit \ si, en hébreu, la 
femme de bien rit du lendemain (xxxi , 25) , chez S. elle ne 
fait que se réjouir des jours à venir. Les nombres tout à fait 
précis sont remplacés par un mot plus vague. Au lieu de sept, S. 
met beaucoup* ; de même, au lieu de cent (xvn, 10). Il remplace 
même la totalité par la plupart (xix, 6 ; xxiv, 31). Il s'applique 
surtout à atténuer la hardiesse des paradoxes. Si l'Ecriture fait 
tuer le paresseux par le désir, S. ajoute : « presque » (xxi, 25). 
S'il est dit que pour l'affamé la chose amère est douce (xxvn, 7), 
S. ajoute que cela ne paraît ainsi qu'à lui. Bien souvent il ajoute 
aussi « pour ainsi dire » *. Le messager fidèle remet pour ainsi 
dire l'âme de son maître (xxv, 13); les dents de la génération hau- 
taine sont semblables à des épées, et ses canines sont semblables 
à des couteaux; le paresseux est incapable de ramener la main à 
sa bouche, même s'il l'a plongée pour ainsi dire dans le plat 
(xxvi, 15); la tombe et le néant ne sont pour ainsi dire jamais 
rassasiés (xxvn, 20) ; la sottise ne quitte pas le sot, même quand 
tu le pilerais pour ainsi dire dans un mortier (xxvn, 22); le 
néant dit pour ainsi dire : donnez, donnez (xxx, 15) ; les corbeaux 
crèveront pour ainsi dire l'œil de l'ingrat (xxx, 17). 

Dans les parties dramatiques, S. nomme les interlocuteurs et 
place un mot d'introduction devant la phrase 6 . 

Quant au choix des mots, la version ne suit pas une méthode 
rigoureusement philologique. Le même mot hébreu se traduit bien 

1 II ajoute "pi — N7û3 [xv, 30; xix, 5, 13, 25 ; xxv, 3, 4, 5, 16, 17, etc.), ou un 
'5 simple (xxi, 8), ou ^«"b — 'D (xxv, 18, 19, 20, 26). 
* vu, 6 ; xm, 1 ;xix, 10; xxi, 14 ; xxvi, 14; xxix, 6. 
a x, 14 ; xi, 26; xm, 18 ; xiv, 22 ; xv, 6. 
4 vi, 31 ; ix, 1 ; xxiv, 16 ; xxvi, 17, 25. 

6 vin, 4 ; ix, 4, 16; xxx, 2, 15 ; STnTB'n et ftbbîn (xxxi, 28) ne lui suffisent pas, 
il ajoute « ils disent ». 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

différemment. Même les termes essentiels des Proverbes ne sont 
pas rendus d'une façon identique. Les types du smn, b^DiD, i:na 
reviennent sous plusieurs noms arabes. D'autre part, le même 
terme arabe désigne plusieurs nuances ou synonymes de l'hébreu * . 

S. donne toujours la préférence à la clarté et à l'élégance du lan- 
gage sur la fidélité littérale. Aussi la version est-elle presque le 
double de l'original. Dans certains cas, d'ailleurs rares, c'est pres- 
qu'une paraphrase. Voici l'exemple le plus caractéristique. L'hé- 
breu dit : « Je suis plus ignorant qu'un autre et je n'ai pas l'intel- 
ligence d'un homme; je n'ai pas appris la sagesse, je ne connais 
pas l'intelligence des saints » (xxx, 2, 3). S. traduit ainsi : « Il me 
l'a enseigné, dit Agour, après que j'avais été ignorant en compa- 
raison d'hommes (distingués), et que je n'avais même pas eu l'in- 
telligence des gens (ordinaires) ; et même une fois qu'il m'eut ins- 
truit, je ne possédais pas toute la sagesse, et je ne connaissais pas 
la science de Dieu. » Quelquefois la version est tout à fait indé- 
pendante des mots du texte et n'en reproduit que le sens. Quand 
les Proverbes disent : « Avant l'honneur la modestie », notre ver- 
sion traduit : « La suite de la modestie, c'est l'honneur. » (Cf, xvi, 
18; xvin, 12). 

Il est évident que la version de S. tendait à être une œuvre po- 
pulaire, pouvant être lue même par ceux à qui l'original n'était 
pas accessible. 



LA FIDELITE ETYMOLOGIQUE. 

Tout en cherchant à faire une œuvre littéraire et tout à fait 
arabe, S. veut pourtant que sa version soit le plus fidèle pos- 
sible à l'original. Quelquefois il conserve même les construc- 
tions hébraïques. Quand il s'écarte, dans sa traduction, de l'hé- 
breu, il lui arrive de s'en justifier. Ainsi, dans îtite ûsmis 
minîi (i, 17), où il rend mtîa par BiDntt, il remarque que l'arabe 
fr-nn « dispersion » ne se dit pas du filet. En effet, ailleurs ïfît 
est traduit par -n 1 ! (xv, 7; xx, 8, 26). Autre exemple : S. rend 
yvzb « ton nombril » (m, 8) par ^baotiab « tes membres », et il dit 
qu'on a mis en hébreu le nombril, au lieu des membres qui en 

i ni3 se rend par rP3 (vu, 17), bffiO (vu, 6,8, 11), bntf (xv, 27), *\&py (xix. 
14) ; les différentes formes du verbe ^brl se traduisent par bfrC'n (l, 11 ; vu, 18 , 
ym (i, 1B), KpbtttB .(vif, 22), "îEbïlV- 5), -PKDE («h, 20) ; JttH est rendu 
d'ordinaire par ûb^Û, mais aussi par pCND (xi, 7 ; xvin, 3] ; b" 1 ^^ est b~NJ, mais 
aussi p^fiN (xziii, 9) ; ^513 est nfiOJl et ns&O [kv, 19); d'autre part, l'arabe bïlfiW 
rend b^CD, b^lN (vu, 22 ; xiv, 9, etc.) et encore *p>a (zii, 1 ; xxx, 2). 



LA VERSION ARABE ET LE COMMENTAIRE DES PROVERBES 81 

tirent leur nourriture avant la naissance; c'est pourquoi en arabe 
le mot rnn ne conviendrait pas. Dans Gant., vu, 3, ^j-nio est tra- 
duit par rno. On peut donc en conclure que chaque fois que le 
Gaon ne se sert pas d'un radical arabe qui correspond à l'hébreu, 
il y doit avoir toujours une raison spéciale. Une autre preuve que 
le Gaon veut rester fidèle au texte, c'est que la version offre parfois 
le même radical et le commentaire un autre synonyme. Ainsi, *did 
parfois est traduit par -ûDtt (xx, 1 ; xxxi, 4), mais le commentaire 
(p. 108 et 198) a tou ; de même, spnfc est rendu rpibN "»s, et est expli- 
qué par «nu:. Enfin, les ressemblances entre le radical arabe et le 
radical hébreu sont si fréquentes que nous voyons bien que c'est 
voulu. Parfois la version arabe décalque presque l'original. Ex. : 
■obtr trsb» ia (vin, 15), 'pbttba ^bttn ia ; imn iwa-ffiBa (xi, 25), 
Drain ro-nttbN osabtf; ndiuî nsr< mcim (xxvi, 24), *D3m ïrhDiu:: 
■^NiobN; fittrian -mu T2r<b(xxx, 30), û^mb» \u nNaà rpbb». D'autres 
fois, il y a simple parenté entre les radicaux : p->Di (nr, 13), psm 
(cf. vin, 35; xvin, 22); trprnD (ni, 20; vin, 28), pnaitDba ; nrm 
(vi, 3) i-Qrnan ; nb^ (vu, 23) , s>b&, voott (ix, 5), vùt». 

Souvent aussi c'est la ressemblance des sons qui fait choisir le 
mot : ynm (ni, 18 ; vin , 19 ; xvi, 16), rur&npbN ; *]-i (iv, 3) nitd-i ; 
:nn (vu, 27), n&ùn; idyid (xvn, 12), ^a^nb; bnra (xxvi, 13), bara; 
Dian(xxvn, *7), draan; r-nttttu: (xxx , 28), rranaoban , rappelant 
rrcroo « l'hirondelle » de l'hébreu post-biblique. 

Il y a pourtant des cas où S., nous ne savons pour quelle rai- 
son, omet d'employer un radical semblable. Ainsi o 1 ^ (i, 14) est 
traduit par aop, et Tm (vu, 20) par le o*o arabe ; pour ^bo (xxxi, 
19) la version a btttt, et non ïïsbo, auquel nous devons l'explication 
étymologique de cet aua$ elpejxevov. Comme nous l'avons déjà 
montré, S. ne se sert pas toujours pour un même mot hébreu de 
la même expression arabe, il met une fois un radical semblable à 
celui de l'original, une autre fois un autre. Surtout si c'est dans la 
même phrase qu'un mot revient, la version se garde de répéter le 
terme arabe. 



ÉLÉMENTS GRAMMATICAUX ET LEXICOGRAPHIQUES. 

Le commentaire des Proverbes n'offre que peu d'indications 
sur la science grammaticale du Gaon. Pour la phonétique, il nous 
donne un exemple juste d'un changement de consonne. Dans fnïil 
rpiT* tTJim (x, 3), il dit, en effet, avec raison que mn est mis pour 
ma. Il est moins heureux quand il identifie ptta (vin, 30) avec 
TttSi; mais ici même,fittK de Jérémie, lu, 15, le justifie, puisque le 

T. XXXVII, n° 73. 6 



82 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

passage parallèle de II Rois, xxv, 11, a vraiment yw#itt '. De même, 
il explique tp» (xvi, 26) par ^sn, supposant une métathèse. 

Nous rencontrons mainte juste remarque lexicographique et 
étymologique. S. constate que DD^nn (vi, 3) revient dans Ps., 
lxviii, 31; am(vi, 3) lui rappelle iram(Ps., xl, 5), et ûarm(xc, 
10); ûw (vi, 21) lui rappelle lawK (Job, xxxi, 36) ; à propos de 
pa» (xxv, 18), il cite ystt (Jérémie, li, 20) et ittDtt (Ezéch., ix, 2) 
quoique le radical de ceux-ci soit y-as et celui du premier yno. 

S. cite une série d'étymologies justes. A propos de û^n (n, 18), 
il mentionne Isaïe, xxvi, 14; Prov., n, 18 et xxi, 16, et dit que le 
radical a le sens de « se relâcher, s'énerver ». Il reconnaît aussi 
querwi (x, 1) équivaut à )w et qu'il y a parenté étymologique 
entre my (x, 31) et îiaiin, entre rwna W (xn, 19) et-wn ; il traduit 
ûma (xi, 7) comme lia ■»» (Der.-Lamb.). 

Quelquefois, il établit l'étymologie par l'araméen, d'ordinaire 
avec succès. Il suppose que ïnbiD (i, 23) a une parenté étymolo- 
gique avec ibiiî (Dan., m, 29). A côté d'une autre explication, il 
traduit 3>T an (xi, 15) par y-p y-, « sera écrasé », alléguant abnsai 
wi»^l (Dan., n, 40). Il traduit *pba (xxm, 2) « dans ton gosier », 
d'après le langage du Targoum. ^m-tvwn (xxv, 20) est celui qui 
ôte le vêtement comme "pabfc îtoîto (Dan., n, 21). Dans t-naia 
a^pm (xxix, 2) et D-tftm fmana (xxix, 16), il explique ma-ia 
d'après l'araméen : quand les justes ou les coupables arrivent au 
pouvoir, tt^ntt wvr(xxx, 31) est traduit par la racine HT, qui se- 
lon MM. Der.-Lamb., est araméenne. S. reconnaît avec raison 
une influence araméenne dans le chap. xxx ; il l'exagère même, 
puisque ce n'est pas seulement "na, *n et fnrnab qu'il explique de 
ce point de vue, mais il traduit 'pabfc par « passion », parce que le 
Targoum rend rm? par "pabïï ; il invoque aussi ^ab ^bfc'n (Néh., 
v, 6). C'est au nom de la grammaire que S. repousse l'explication 
de . . .ptt)ï ûvistb (xxiv, 26) : « celui qui donne une juste réponse 
est digne qu'on l'embrasse » ; il dit qu'il faudrait prar et non pia\ 

S. signale surtout, dans sa version, les faits syntactiques. A son 
avis, dans ïiiïan jm 'n (n, 6), \fp a le sens de « permettre, cau- 
ser » comme -nzn bab ûnb ina (Ps., cxxxvi, 25), et comme *wn 
Tbi» tfbn -paies (Isaïe, lxvi, 9). A propos de pb"< (ni, 34), il déve- 
loppe la théorie que les verbes facultatifs ont quelquefois le sens 
déclaratif, indiquant qu'on met quelqu'un dans un certain rang ; 
■pV* veut dire : déclarer que celui-ci est moqueur, comme WttPtm. 
np^wn (Deutér., xxv, 1) « mettre dans la catégorie du piTO 
ou du *im » ; puis nmn watti *-i« imnfi 'n "ok (Ez., xiv, 9), Dieu 

1 Bondi, Das SprucHuch nach Saadia, p. 32, note 2. 



LA VERSION AHABE ET LE COMMENTAIRE DES PROVERBES 83 

démontre que c'est un prophète trompé ; et ^"OTitt 'n wnn ïittb 
(Is., lxiii, 17), pourquoi nous mets-tu parmi les égarés? S. traite 
deux fois du pluriel emphatique, à propos de û"Wp (x, 10 et xxx, 3), 
qu'il explique comme « Dieu saint» ; il y en a plusieurs exemples 
dans notre langue : trîiba, tma, û^&d (Lév., xxm, 2*7). trab» (Ex., 
xxix, 22). S. prend aian (ix, 12) dans le sens de y& 8tf)n, et il a 
déjà pour ce phénomène syntactique le terme ftifcis rrabD. Il 
reconnaît justement que ï-jt (xxm, 22) s'emploie comme pronom 
relatif et il cite avec raison Ps., xciv, 2, et civ, 8. Une autre obser- 
vation juste, c'est que la langue hébraïque emploie les nombres 
cardinaux comme ordinaux. La version suit ce principe plusieurs 
fois (entre autres, xxx, 18, 21, 29). 

Ce sont là des preuves que le Gaon portait son attention sur 
l'étude de la grammaire. Mais beaucoup de détails nous rappellent 
que nous sommes encore près du berceau de cette science. S. tra- 
duit "piton (iv, 9) comme si le radical était "pa, ou bien i) fait déri- 
ver le substantif ■p» du verbe "ptt ■ . îTitta et nittfcO (ix, 4, 16), 3 e pers. 
fém. du parfait, lui paraît être la l re pers. de l'imparfait. Il prend 
le participe *mv (x, 17) pour l'impératif "ntttf); inw (ix, 21) a 
pour lui le même sens que ûvw; n:n fiDd (xxn, 23) signifie, selon 
lui, celui qui a pris sa part de la science, et il cite à l'appui nDdtoa 
mtz)B5(Ez., xii, 4). Nous sommes moins surpris s'il identifie nn/j 
(xn, 26) avec nn\ Il ne distingue pas les trois radicaux bba (xvi, 
3), ?ba (xvin, 1) et ttb:* (xvin, 2) 2 . Il confond le radical bto (xxiv, 
11; xxv, 26) avec mari. Après d'autres explications de tP5ia, il 
finit par le faire dériver de dnsï^i (Deutér., vi, 7). Il traduit trpT 
(xxvi, 18) comme s'il dérivait de pï3. — Il voit dans les noms mis 
à la tête du xxx e chapitre ceux de savants ; mais en même temps 
il cherche à justifier la tradition qui dit qu'il s'agit de Salomon, 
qui est twn, puisqu'il fait des recueils, np" 1 p, le fils de David qui 
réunit le peuple, car rrp-> est bnp->, où le 'b est tombé comme le 'p 
dans bicnr bnn (I Rois, xxi, 23), au lieu de pbm. Salomon est 
aussi Itiel et Oukhal, barma étant semblable à •mb'w (Ps., xxn, 20), 
comme bas à nb^ (Nombres, xiv, 16); enfin, b&ottb est le maître 
du mot juste, car b&Ottb =blttb, l'aleph étant paragogique comme 
dans in^Tarn (Is., xix, 6). 

C'est encore d'une syntaxe défectueuse d'attribuer à bbïirn (xx, 
14) un sens transitif et à "prann da un sens impératif. 

* 

1 iv, 9, et, xu, 23, critiqué par Dounâsch et réfuté aussi par Ibn Ezra, "in^ nD'iU, 
n"36, 51. 

2 On peut supposer aussi l'influence de Nazir, 23 b, et Horayot, 10 b, !"PU5in >D3 

rnsma Tiam nvosa ^naa i2"ibp ïibaniiu ybanv 



84 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En somme, S. marque le commencement de la grammaire hé- 
braïque, mais ca n'est que le commencement. 



LA MASSORA. 

S. présente la Massora comme un titre des plus glorieux du 
rabbanisme. Elle étudie l'Ecriture, en établit le nombre des cha- 
pitres, des versets, des notes, indique les divisions de la Bible et 
va même jusqu'à constater combien de fois reviennent certains 
mots. Pourtant S. s'écarte parfois de la Massora, surtout pour 
les accents. Ainsi, Q-nMT aDia?:i p^iir bsuîn -idto rinpb (i, 3) est 
ainsi disposé par le commentaire noitt nnpb, et ce ^Dltt a quatre 
espèces : 1° b^m ; 2° p-is ; 3° bbibe ; 4° û-nrai. Cependant la ver- 
sion s'accommode aux accents. La traduction de irosiû nttsn ">3N 
N272N m»T73 rum iwn* (vin, 12) fait supposer que S. a négligé les 
accents. Pour ib-«b n*n by *u*n» nn? 3bn ^ua p^Tnïï, il est évi- 
dent que malgré Vatnah, S. joint "O* à nba. Il néglige de môme 
Yainah de ^u) rtb i-jnuî* ma-itt. 

Quelquefois S. semble suivre \ehetib. Ainsi, xv, 14, l'arabe nsp 
s'explique mieux avec i3D qu'avec ^d du queri. A xix, 7, S. traduit 
le Nb du lietib. Pour le dicton curieux «an (ketib ab) ib ûsn nbbp, 
la traduction respecte le lietib, tandis que le commentaire donne 
les deux versions. Il est à remarquer que vnr, 16, où les mss. ont 
d'une part'pN, d'autre pnit, les manuscrits de notre traduction 
offrent la môme divergence (A : yna, B, G : VwbiO. 



POESIE ET RHETORIQUE DE LA BIBLE. 

Saadia, quoique auteur d'une poétique, comprend peu les formes 
de la poésie et de la rhétorique bibliques. Les images un peu har- 
dies, il les efface, même si elles ne se rapportent pas à la divi- 
nité. Il atténue la pointe de tous les paradoxes. Il est presque in- 
sensible au rythme qui se manifeste dans le « parallélisme des 
membres ». Il se montre partout raisonneur. Ainsi, les Proverbes 
ont cette comparaison pittoresque : comme une dent qui branle 
et une jambe qui glisse, tel est l'appui de l'infidèle au jour du mal- 
heur (xxv, 19). S. raisonne ainsi : la dent qui branle se perdra 
certainement, mais il se peut qu'elle repousse. Tel est le châti- 
ment terrestre : il frappe, mais en cas de pénitence, on peut espé- 
pérer d'en être délivré. Par contre, il est impossible d'éviter la 



LA VERSION ARABE ET LE COMMENTAIRE DES PROVERBES 85 

peine d'outre-tombe ; celle-ci est comme le pied qui se détache et 
ne revient plus. Le prince méchant est comparé au lion rugissant 
et à Tours brûlant de soif (xxvm, 15). Pour S., le lion est le roi, et 
Tours le ministre. Cette explication est encore plus surprenante 
quand il dit que ceux qui boivent du vin sont les rois, ceux qui se 
contenteraient des liqueurs les ministres (xxxi, 4). Un procédé 
aussi étroit gâte souvent les plus belles comparaisons. On lit, 
entre autres, dans les Proverbes que, comme le vinaigre pour les 
dents et la fumée pour les yeux, tel est le paresseux pour ceux 
qui lui donnent une tâche (x, 26). S. explique ainsi : c'est parce 
que le messager a surtout besoin de sa bouche et de ses yeux que 
les Proverbes choisissent le vinaigre et la fumée pour exemples. 
« Les justes poussent comme la feuille » (xi, 28); les justes, dans 
leur modestie, pensent qu'ils ne sont pas des racines, mais des 
feuilles. 

Si S. n'a aucun goût pour la poésie, il n'en a non plus pour 
l'esprit. L'Ecriture suit le principe formulé plus tard par la tra- 
dition : ït-it ima* b\n nm^a yin ïttion mD^b br> « Toute mo- 
querie est interdite, excepté contre l'idolâtrie » (Megiàlla, 2ti). Les 
prophètes n'useiit de l'ironie que contre les idoles, surtout l'auteur 
caustique du 2 e livre d'Isaïe. L'histoire de Samson seule offre 
quelques anecdotes qui provoquent un léger sourire. Les Pro- 
verbes se permettent plusieurs fois des traits d'esprit. Or, le Gaon, 
en philosophe rigide, reste inaccessible au trait le plus innocent. 
Plusieurs de ses explications deviennent par cela même assez amu- 
santes. Le texte dit, par exemple, qu'il vaut mieux rencontrer une 
ourse qui a perdu ses petits qu'un sot avec la sottise (xvn, 12). S. en 
donne gravement la raison : on peut tuer Tourse sans qu'elle nous 
implique dans des procès ou qu'elle nous maudisse. Quand xx, 30, 
recommande les coups comme un excellent onguent pour guérir le 
mauvais, S. n'y voit nullement une plaisanterie. « C'est prendre 
aux oreilles un chien qui passe que de s'emporter pour la que- 
relle d'autrui. » S. en donne les raisons détaillées : celui qui saisit 
les oreilles d'un chien n'a aucun avantage; il se salit la main; 
mordu, il a des douleurs ; il est troublé par les aboiements. « Le 
sot pilé dans un mortier » (xxvn, 22) fait faire des réflexions sur 
les diverses espèces de coups. 

En somme, le sens de la beauté de la forme et de Tesprit est 
encore peu développé chez le Gaon. 

Bernard Heller. 
(A suivre.) 



UN FRAGMENT DU COMMENTAIRE 



DE JOSEPH KIMHI SUR JOB 



(CH. I ET XXXIV, 17, A XLIl) 



Par une malchance dont ont souffert, en général, les écrits de 
Joseph Kimhi, nous ne possédons qu'imparfaitement son com- 
mentaire sur le livre de Job. Nous n'en connaissions jusqu'à pré- 
sent qu'un fragment, publié, d'après un manuscrit de la biblio- 
thèque Bodléienne d'Oxford, par Schwarz, dans son ouvrage sur 
Job, uns» mpn (Berlin, 1868, p. 151-166), et qui contient le com- 
mentaire sur les chap. i-xxxvi , 30. Heureusement à la Biblio- 
thèque Royale de Munich se trouve , dans le ms. hébraïque 
n° 260 ', un fragment qui contient le commentaire sur le chap. i 
et chap. xxxiv, 17, jusqu'à la fin; nous pouvons donc ainsi rem- 
plir la lacune 2 . 

L'authenticité de ce commentaire est suffisamment attestée par 
certains passages des autres écrits de notre auteur; je les ai si- 
gnalés dans les notes. Cependant il est très remarquable que les 
textes des mss. d'Oxford et de Munich offrent, dans quelques pas- 
sages, de grandes différences. Ainsi, dans chap. i du texte publié 
par M. Schwarz, pour prouver que Job a été contemporain de 
Moïse, il est fait mention de 'l'opinion du Talmud, j. Sota, 20 c, et 
de Bereschit Rabba, 57, ce qui ne se trouve pas dans le ms. de 
Munich. Inversement, dans celui-ci, Joseph Kimhi explique les 
paroles de Bar Kappara, tandis que l'autre texte n'a rien de sem- 

1 Voir lq Catalogue des manuscrits hébreux de la Bibliothèque royale de Munich, 
par M. Sleinschneider. 

* J'adresse ici mes remerciements à la direction de la Bibliothèque royale, qui m'a 
envoyé le ms., et à M. le D r Preuss, directeur du gymnase royal de Culm, qui a 
bien voulu me permettre d'utiliser le ms. de la bibliothèque de son institut, 



UN FRAGMENT DU COMMENTAIRE DE JOSEPH KIMH1 SUR JOB 87 

blable. L'explication de Saadia Gaon sur le verset 6 du chap. i 
n'est indiquée, dans le ras. d'Oxford, que par les mots fût iTVû 'ni 
'Tfi »TB î"D"ûb. Le commentaire de notre auteur tel qu'il est 
donné par le ms. de Munich est plus long que le texte publié par 
Schwarz; en outre, dans celui-ci, quelques preuves tirées de l'Ecri- 
ture sainte sont éliminées. Il faut aussi remarquer que dans le 
texte de Schwarz, le mot *7à (chap. xxxvi, 27) est expliqué par 
KbnD, nom d'origine romaine, tandis que, d'après le ms. de Munich, 
il est expliqué par l'arabe ; or cette dernière interprétation est 
celle que reprend David Kimhi au nom de son père ». On peut 
donc dire que le texte connu jusqu'ici n'est peut-être qu'une corn- 
pilalion faite par un écrivain postérieur d'après le texte que je 
vais publier ici*. 

Voici ce commentaire ; je n'y ai corrigé que les fautes manifestes 
du copiste. Dans les notes j'ai signalé l'accord des explications de 
notre auteur avec celles des commentateurs antérieurs et pos- 
térieurs. 

Simon Eppenstein. 



COMMENTAIRE 



■naiB'wa ïhd-ûe!! TW3p rpv /h -i ûsrib avN uîyvô 

*"3 trou 

Tiîirivi KiBîm fcrovjb ta^p-ns mai» fca»inm ^nnn 1 ^ [i54«] 
s&o-i rrw 'i~i aïw tjn na û^nrt nfcwa 1533 ûnbsnnb CPTonn nû^E 
îannina n»B wn ïama nnn hv b^iDEt-n ,(Prov., m, 21) nstn^ p n&* 
i-j3îi« viw yto^pbn ^ib YniiF S2 i^-no"» ^ ^aiarm jyp t^iti 
•ran ^n ,Y»wittn v:riNb î-ïBpa imo^i ^nava wm TninNb 
v*n nvw ïhn îanwntt p b* imïiN mo^ tanyï "pa trsïoib^n 
^Nn aonM nana inioi 15 îsrri 8 ^ab j>iti /j-nn ns ip^wn 

1 Voir aussi ma note dans Monatsschri/'t, XL, p. 175, note 1, où j'ai indiqué une 
autre différence entre le texte publié par Schwarz et la citation de David Kimhi, rat- 
tachant le mot "|Tn à xxiv, 1 (Schwarz, p. 160). 

2 Remarquez aussi que, d'après le ms. de Munich, la distribution du livre de Job 
est différente de la nôtre ; voir Bluth, dans Magazin, XVII, p. 199, note 1. 

3 Ms. "»5sb. 



88 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bTiaïibi fcapia: abna» ^3ab y^iiibi abso *-n&nïrb *tt v&m ba» t-f 
«aïoni voyw ann nrroTa ^ieno n?aa Nart abia»b aiao s-it ba» 

.(Ps., lxxi, 2i) canari 
na^as cs'ma» bo pt nnaô ^a * rrrr /pa> y-iaa îtpïi e\s .Ch. i. 
/ttttia in rm i-r"a* n:^i ïtoe anpi /ra« -nns ^373 3 yi* ^a ïtïi 
ai\x -iDDi min ^ain iTOTan ana no» 4 nb3prt7a i3i7abo "naa 
ions n^n boa «b« tn33 Nbi rr*n &tb 3i\x 5 la^aiTanp "naso iiTai 
[i55a]^33b boab tsba nna "iaib n\i «b 6 -i3^73am na^aïaa i3^3"i73ip 
,n^y t-ns» ba anp ,tav*nbN &m f *naa rrn ia-in wn dd .aria» 
nb^nna nar ,û s aa na»ao -ib ■nb'm .r;C3>n sb r— n^73 ,ytifl ">dt 
taynaai maa-iTa ^ba ^3*73 , n3i rtnisi /inapfc p nn*n "pba» a^ann 
, nTaana , anp "33 baTa bina ,t**nï-in r,3p73b "ynatri *&b r-nrp-ipi 
"jTna 'pa -»a vn rimas .ûrpnrr.» nobob .noan no" 1 a^ipïi *a 
*3*i .nrvw la Jfcaoïp'n ."jn^oa» **ôa rmppb a^oa nabb noiTan 
avn wi .aasbù a^nbN lanai n»NO 173a , 8 mbia> nba>73 ï—r^n paon 
ta^anp ,0 rn tais ^33 13 "psa ï-niJa an wiTsa 9 ^n\xn , "i*03-n 
then !l annars n73NO 1733 taa*nb« ^331 ,ta^Dia"ib">3:-, ^-na r-nTaana 

I Ms. 3"lOm, erreur de copiste produite par le verset précédent du psaume. 

* Cf. j. So.'a, 20 b y vers la lin, et Ber. Babba, 57. Celte opinion est aussi celle de 
Saadia dans son commentaire, qui va être publié par M. Bâcher. Saadia appuie cotte 
explication sur ce l'ait qu'Elihou est dit descendant de Y13, fils du frère d'Abraham 
(Gen., xx, 21), et que Bildad est appelé descendant de niï), fils d'Abraham et de 
Ketoura (ibid., xxv, 2). Ce sont les mêmes preuves invoquées par Nahmanide 
dans son commentaire. Pour montrer qu'Elihou descend d'Abraham, le Talmud de 
Jérusalem (/. c, 20 c?) invoque ces paroles : D*l nn£0?a73, Job, xxxn, 2, et l'identifie 
•vec Isaac ; cf. Haschi, ad.l. 

* Voir Gen., xxn, 21. 

4 Voir Baba Batra, 1 4 b, 
' Voir ibid., 15 a. 

6 D'après une explication qui s'est conservée au nom de liai Gaon, telle est la le- 
çon de la Guemara, l. c.; voyez la remarque de Buber dans son édition du commen- 
taire sur Job de Samuel ibn Masnûth, intitulé fc^a *p3*73 (Berlin, 1889), p. 2, 
note 17. Rahbinowitz, Dikiuke Soferim, Baba Batra, 15 a, mentionne celte leçon, 
d'après le ms. de Hambourg. 

7 II semble que, d'après J. K., 00*1^1 a ici le sens de • purifier » ; cf. la ver- 
sion de Saadia (Das Buch Hiob ûbersetzt und erklàrt vont Gaon Saadia, éd. John 
Cohn, Altona, 1889, p. 18) drnïTO'H» 

8 J. K., à mou avis, fait ici allusion à Vayikra Rabba, 7, qui se rapporte à notre 
verset : nn« ->5Ctt ,3b mïTlîl ba> t^btf !"IN3 Tl^yil ]«& teb^b 
'131 173b. 

9 Selon les mots de la conclusion : lINaM "^ai Ï13Ï1 13*, J. K. voudrait donner 
ici un extrait du commentaire de Saauia ; cependant c'est peu probable. Ainsi, nous 
ne trouvons ni dans le commentaire de Saadia, ni dans l'extrait de Bahia ben 
Ascher, Kad Hxkkémah^ article ï"jnaT2Jn> la citation de Ps., lxxxii, 6. L'explication 
de I^SD ba* V mauque aussi. 

10 Cela ressort de ce que Saadia donne au mol T32£^rm le sens de T33SD3N1, à 
cause de la constructiou de b3*> comme Exode xxi, 14 (cf. Bahia, Le.) 

II C'est ainsi que Saadia le traduit, dans sa version des Psaumes (ms. arabe, 
n° 263 de la biblioth. royale de Munich, fol. 60 b), NDNHOK N313P "JN « que vous 
êtes des nobles >. 



UN FRAGMENT DU COMMENTAIRE DE JOSEPH KIMHI SUR JOB 89 

ni3i kwm piarr, ,(Ps., lxxxh, 6) tasbia )^hy 1331 tsn^ û^iiba 
busa 3^13073 rn din ^a npiz. tamaiT vn na^ai , tant* ■rça b* 
nbap'nD i-Tapn 330 ion i* ^pv-i- bN nsi? pian s— it mm ,avK 
vwn *ib i73t*i ,»>nan i^N7a ib 173^1 ipnt3 ib i-ïbtti ,îit "H"> b:s> ipiaî 
a«P« ^iaj> b* *pb nttion ib it3N ,wa ^an ©wn npn» ,yiN3 
ta'Oia f ri73ti5 ,wa nao ttna t**bn .d^l-ibN ava n-p asm i73Ni 
naa .ip^înb abi ïi^nb ia nysb ûin fcaiia bav s>*bia 3^33 tarirai 
.Tiiaaa *yi ia ^m nbu> nnsn •*fc-n»tt ban a^iarr bx ta^iai^ia 
araN tox aa^3 by 1733 ,?viai8 "piab ^na lh pB S? ^puîiq 
mn ,^na ,*^s S* pn pi73^i Eisa pi -jtoa^na [i55£](Job, vi, 28) 
■^na (Nombres, ni, 4) torraN fiinN ^33 S^ 8 pi ,(Gen., xi, 28) -pas 
^pn aem "M 1733 .•jnawa ,«^a ib miaj< ba : .ï-nn "*3i .amaN 
ai\x NUn r<b riNT baa (Josué, ix, 25) ^3 I33ii pi (H Sam., xiv, 19) 
,111533a n^3b ni* 8 ib pp p *p m73ian 117313 -i^d3 kn«3 ^n '^si 
■nrn .nttian "173a (Josué, vi, 18) taainîi 173 1-173115 3pn pi 9 im,733i 
12a ' — na^ ib m73Ni ,iP73iP3 pnn73 lanna^ ,t-v»aiB d^33 î-pîitt ,toi^n 
,^3 i31tî .wita vbv pi iia&na aiN manb iarr miajo , 10 n3> 
, 1l yi "pniaa 31^ rn« *pi .imsimd msa 11333 ria *ja , "pswa 
msn ,yn r-ib73b aup 12 *sin *a ,*pniûa ai*»» n« nan tasian 
^«b>73 piami ï-nii nbj>73 bia sna^a ia U5i373îi b* miapnb w 
in73NO i73a u diiniaa 13 b^ tïvt« mmbtt riiaria v 3y ^^ sn^nu5?3 
(Jér., xxxvii, 13) baia rrPN d^iiaan bws I '' i i73a bsm ,dnppi t^aia bspi 
,^3N pi r-rab73Ni .ii^r: ->-i3T J-i^n "i^ ,San pn n^nia» ri^n ^a 
n^arj î-jt br n-ivi ^"nnNïi 173a r-nn np^73 nsaoa ^a 16 n73b73 

1 Voir le comment. d'Ibn Ezra. 

I L'auteur veut réunir ici les passages semblables du second chapitre. 

* Saadia [l. G. % p. 19), *p ISd^B bapPO^ db *|N « s'il ne se tournera pas contre 
toi et s'il ne te désavouera pas ». 

* Voir Saadia, ad. loc. (éd. J. Derenbourg, Paris, 1893, p. 18), tYliStld. 

* De même Saadia (/. c, p. 193), ïlliro. 

6 Saadia (éd. Cohn, l. <?.), "71^173 ^D « dans ta volonté ». Dans le ms. de la Bod- 
léienne du commentaire de Saadia, on lit ici "p^ ig) (voir Cohn, p. 106). 

7 C'est le même exemple que cite Saadia ; et c'est ainsi qu'explique Ibn Ganah 
(voir Kxtab al-Oussoul, 274, 30, et la traduction hébraïque d'Ibn Tibbon, éd. Bâ- 
cher, p. 188). 

8 Dans le texte publié par Schwarz (p. 149): 1DU3 3nïlb 131 ^b 173NP Nblt5. 

9 Voir aussi Saadia sur u, 6. 

10 Voir Maya* Gannim y p. 8; I. E. cite une explication presque semblable. 

II Voir aussi le commentaire de Saadia (/. c, p. 21) : InbbN "«bfc* 310573 brsbtt 

HMlob npNÙ3 ^b î^. « Ce verbe se rapporte à Dieu, parce qu'aucun autre ne peut 
faire cela. » 

11 Voir aussi Bahia, /. c, p. 9. 

11 Peut-être faut-il lire ici : i^p b^, ce qui donnerait un sens plus acceptable. 

14 C'est-à-dire, le Satan lui même aurait tout anéanti. Dans le texte de Schwarz 
(p. 1K0), la chose est dite plus clairement : ÛP1N Îlb373 ÏTÏ1 "(NbTSÏI ^d. 

18 D'après D. K., lb33, en cet endroit, a le sens de 13Ï1PÎ1 ; Ibn Gan. l'explique 
par QÎ13 VAS, comme 1531, Josué, xi, 7. 

16 Cf. Vayikra Rabba, 17 : ttpbl731 1312573 Nlft t|». 



90 REVUE DES ETUDES JUIVES 

173 yn fcsN ,^lab *38 pi î-rjb73Ni ^73^1 , vnuai Yrn S^ bD3U5 
*<bi , icabtts tot 13a ^a .Tinb t^n ab^5 t^b imn k-nsn 

13> 3>33 5 — TT ,'13173 1ï 13> TI1B1D1 .12303 Itttfb UN ^3 il ab 73 NI 173iO 
ri73£ 31UJN 3113*1 .V13a nN 3>ip ttb riT K31D 13» ,"0105 b313 IN ,1DS3Ï1 

non "JN3 .13pb 
173"^ fcÔ taalN ""33 lb^SN ,ttl3n"> BSOT 6**3!1B .XXXIV, 1 f. [156 a] 

i-inNi ,û3du)73 c^43TC5 Nina tabuta iiamia aia 'oaim bpTtt tamb* 
■pm an nï)3 "]b?jb ,b3"ba "jbjab 117381 .û'niaa b^ 1^33 p^ix yvôm 
ab Tas .ban ^n^b . p^ ba ,3^12 b^ snoi in by*ba îb îitteota 

.bll *>3Sb î-ïbl3>73m K\l313?3i11 3>lttn T»»b -133 t-^bi d^ÏÏ -»3S B*4©3 

ava nayn a^ hdjijp 131x1 *-i3>a ,u^n ">3â ba an ma ,ww sni 
,Y»a «b , tais "oaata to-pTnm fn^aa ,m73 raNb?a rwn inb-'ba in 
Nb pm !-tt ,, 3D*i573r{ bN 113» tsw »■»» b^ t^b 13 .ûhin irrpottn 
■pib t^a^ta 13» taaia^ abtt ,23512733 1733* ^pbnb ©•*« br abi3»b tsw* 
taib yai ,t3^33 s>ii 13121 n?3 13 351 5-173 b3> aib 173^1 31733* 
ï-ib"<b ■jbïti >i«3im î&oii .i73i3ina t=n^\zj^73 ,taïr«i33 , 73 *»ipïi 
(Job, iv, 20) mai*- aiyb ipa?3 173ND 173a ,nbiba in ûva inwn ,avb 
,taa->ini aip733 ,131 ,tàpao a-tfçn tnnn .(Ps., xlix, 13) ï*-bi b3 ip--a 
itoa^ &bib îanma 173 ba ,bi fc-ip*3z T-bs» K-aïib ,din ba "wb 
taiN br pi 113 b* snuw ">73i ca^pra*- Nim j-nia ■oab'ab tonal 
aïs 1733? ba? k rb*û*n33 3 t\:u ai» "p^fc .vno'n Ywa yp ï-wni ,in^ 
viWDa 1173N1 ba bws "-a ,tsjn tommaiyni ta y ■»*45ip , 073 "]i733 t]:n 
jttîn r]ji t^in ï-t?33 ,^1^73:13 [156 ô] a^insb il^b» 173^ ,bi3ni< Nb 
taaa ,ta^pibi ^113 l-Tnni Di< .vb* t^3b yna^i ibm ai^3 ^a 
,inv t^-jiwS «b ,biariN «b .^iio^a ïiaii Tibaoi ^nNtoa b^b 173» 
ta» ij^mi ï-ipn i-nruN ,, i3>b3 ,b«b ^1731» m ia ,in- | 273 i-r^n tni 

^niN 13"»73 ï-l^l 3N , ï— ia73blD"« b, ]733>73l ^n^Nb ib ÏT'I .iin ^nb^s 

^a inaN73 "«a ,^7373 to^aibiBri npib ï-i^n Nb nbNîa a v ^p ta3*>nDi3 
i^lt?3 -Sw^ r>«bi h -ni3b ^bf ïr^nffl i?3 i^no^a r-iOwX73 ,inan rtn» 

yyrT' h ]733>73l 4 N"^ ,131 n3 k 1^ i — T731 , k -1" , 3T73 3wS "O ^1733 C33n 31^b 

maigri hi nzi 13» ai*»» ina^ ^a« ,^n «bi yn3^ *\^y N^anb nati'TO 
133b 113^ 5 ini73 toita .nxa 13* 3i^ k N ina^ ta^3 , sa3 , »a ^ai< ,11» ia3Na 
J-rpb 3i\s 1173 jô isi^aî ,^i« i©3N3 hiattr vît r<bi oi^a^i abiy 
,3»«5s insan ba> ^oi"» ^a ,i3ïi3« ir:i33 , D ^n û^nb» 131^ ïnnm 

©*• 173^31 n^3l3 /piSD^ 13^3 .3»\2ÎÇ r)31"« 1^U5S b3> min*' MbttJ 

1 Dans le texte de Schwarz (p. 149] : U533Î1 13» 13^33 1T 131730. 

2 Le sens serait, d'après cela : « Dieu ne donne pas à l'homme l'occasion de dis- 
puter avec lui. • Cela me semble aussi ressortir de la version de Saadia (éd. Cohn, 
p. 75). 

J Voir aussi le commentaire d'Ibn Ezra. 

4 Voir le, commentaire de Raschi. 

& C'est-a-dire que la peccabilité de Job soit conuue exactement par tout le monde, 
comme par une enquête pénible. Ce sens est exprimé plus clairement dans le texte 
d'Oxford (Schwarz, p. 165) : I3*tt)1 HbiTl« 

6 D'après cela, J. K. explique le mot plDO" 1 dans le sens de « battre », comme au 



UN FRAGMENT DU COMMENTAIRE DE JOSEPH KIMHI SUR JOR 9! 

• bab m^N ina-p iujn^ pwn i-D^ iwa ,Hbtn maraa iab 
ps*» i-ra n»Nn "O .ban pi^tt nnv ,b»tt ' "«p^at ">mtt« .Chnp. xxxv 
nb^D ab nN"jn un onNian î-mnwu b"W fitt ^aba aitiîrtn s-ina ,^b 
Vw *pEd ttî^sb *]pnit» ib nbann ira npiir d^n ."paiwb ^d nan ib 
ta^uî-irs ^d .ip'W Srpitt* dintt ^Jttn p-m ^mpix Sd [157 a] 
i w »bn moan ,,«£&» .tb'W-in ipwno .tapant dm tamà ta^p^i* 
■ja^sibKE ,(Prov., xv, 28) rpbî*n "jtt Nim i-nonan t]"b^n "-nasa 
ns wjTi Ha»a srnoreu) n*a ^mh tp imonai ,(Ps., cxwv, 14) 
Iniffiai i^agn irttt (Ez., xwm, 10) ïpaaj irtttiii (Jér., ix, 2 ta.vob 
D^hV» fc»* 1 «bi a^an ii&w ^asE bab npjp tau) .K"n *naa>a n'^an 
■Wi ba sw* f<b t^sTO "jn ^mx i-raa" npttn r^itta pa>trriû J-rr-Ni 
ïmarî "îiro* ï-nb&t s-p« -ien xbn ,a>tt5ntt ba> im ,ina*iw «b 
ittNn ^a t|M !-pba> «m©*» a»d^3 s*<bi .ïib^ba hitst ib fca^ttiBïi «as 
ï-nytt pa>în -ûN-in ab ^a -ittNn /fm» no^fi imab imuîn t^b 
W dm ib bmai ,ib bbinm vasb Statua c^in "pi vasb pi .^nn» 
ips irsny arx rtiJi-na aa>73 ba* isn npd "pN ^d iinan ,bin brp fcq'rçniB 
in» tmo *pb tmp rn^ïri J/noT'tB *îroa aw na"»«i -nba» idk b«n 
•ns'^è 5 t5iann "prab îasi ^anûsE b^piiio /tire aia i$k csa ,nïh 

«■nai iTûb •udi 
anpi (Ps., lv, 10) fcaaTOb abs bpraa "mit ^an ""b ^nna .ciiap. xxxvi 
a» 1 ? VK13 duîn ,pnm7ab ^ah non ,(Ez., xxxvii, 37) in.s ba "ina dms 
r- r^r^ nmd (Jér., x, 3) innd ^-i^m y^ ">d y r-i^^ iiiobtt y^ bp\da 
•non Sas-o [157 j] im^on lrrb»a ^n^n ^.« /P^D'a na^i ,(^^., vi, 6) 
b^s ,tin^ yisn n^Tia (Job, xi, 9) ïtj» ynxft ï-idinN i^d .inapiri 
tanw -PS" 1 ^d vfy] /mbo (Ps., lxxvi, 3) idd ^nas (Prov., vii,8)ïmb 

verset 26. Lévi b. Gerson, dans son commentaire, dit : d3>*"irP1 VDd pldd" 1 - C'est 
ainsi qu'il est expliqué par Moïse Kirahi (voir Schwarz, 11J15N mpD, p. Ho) et 
Zerachia b. Scbealtiel (voir Schwarz, l c, p. 272), tandis que, selon les autres com- 
mentateurs, il a le sens de « satisfaire », c'est-à-dire il l'ait assez de paroles. J. K. 
dirait : « 11 nous bat, parce que nous sommes nous-mêmes honteux de ce qu'il parle 
beaucoup contre Dieu. > Dans le texte d'Oxford (Schwarz, p. 165) on lit : l^t lb 
Pttîia. David Kimhi réunit les deux explications en disant FW'PI "P"ia*7 p^Dd^ 
*\jJ2'û Id^arP NbtO ID^j^a dmN- R me semble qu'outre la différence d'explication 
du mot pISO" 1 , J. K. a suivi ici l'exégèse de Vayikra Rabba, 4, citée aussi par 
Raschi. 

1 Le ms. a bNb. 

' Voir aussi le comment. d'I. E. et le comment. d'Isaïe de Trani II (Schwarz, 
ï. C, p. 60). 

1 Peut-être faut-il lire ï"îbl^, transposition de ÏTlb^. 

4 A mon avis, la leçon du texte d'Oxford (Schwarz, p. 165) 3^tt) l 1î"tf2J est plus cor- 
recte, parce qu'elle est d'accord avec le mot suivant. Si nous lisons ^Id'P'IÎ, il faut 
admettre qu'il s'y est mêlé aussi la version et l'explication de Saadia, qui le prend 
en ce sens : Job ne sait pas que sa récompense sera grande dans le monde futur 
(voir éd. Cobn, p. 77, et lecomm., ibid.) 

5 Voyez le Targoum d'Onkelos, Gen., ï, 22. 

6 Comparez ce que J. K. dit dans sa grammaire, intitulée Se fer Hazzikkaron (éd. 
Bâcher, Berlin, 1888, p. 27, lignes 1-9), et voyez aussi le texte que Bâcher a publié 
dans la note 2, d'après les mss, de Berliu et de Munich par rapport à Jér., vi, 6. 



92 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

te in vn i-™ i»a *ianb bar ■nab ^wa^a &«in û^irasi naain 
Sar "»a n"*h /js in p ftaç pi ï-ina fis n^ p r»ap ,hny r\y 173a 
pi tawirsïi Sbai /Tannas '•mat bms i&a a^-ira- baa aar;a -lanb 
i"b*»« # iina> ï-ra^3 vuh rnbi ,ana na*P »b d^s t^bn ^n ,ûbnaa 
*i73iN ,pnas in» ^ban&bn •"mat© ynafitna ïtïto ta^ja^ïi n b3> ina* ->a 
hvi trfcn .npia Nbi ata ^73"in Nb i-TTan ,!-tpn t**bi p^nas Kirs ^a 
tN .nai i-i73ana ,ab na -paa Dfctta' 1 «b ,Kirs ntoN *o ,t-iTri wa 'p* 
■pNtt "pa-mina na^ab û:tn S^i N a*i3> ^bana i-nab"» in a^ta rarma» 
awa^a Dmjïïi aiaa taïrai iba^ 'in na* twt wïf dn ,ûïtt 
/Tiaptto "nfiN (Gcn., xviii, 12) Tnba nnN 173a "ibrr ïViSbi /nm ûwyaai 
imaan nbioa "1273^ «b û«t ,aw D^aai [Jér., xxxvm, 12) mana ■"ibai 
nan^ Nbi oa>ai ï|n Tte*»©*» "p^a tpwnn ^n ,ïim»T ïwnii t^nma 
ybm .&na>a nana imw ,aiaa3 nana» nran p ba» ,a-ia&oa H?»b 
•»wa /jmN t-iwi 'pa # |h jrpbïi t|&n ,nai7aa aara ynba ba*n raya ^a> 
t^îb ,hv)fin p^i^a s^b ama ï-ib^nna n^m *yfyy Miaïr nacr; ann» -12 
t-iab» a»un ■p nnan ,[158 a] "j^n Kbfc "pnbia .rp^p^a pansa mn 
^du:72t pi ia »■»« ■*» ba ^Jtan ba> rrav 'pTi aaraa ttr« a>ian pia 
^m» mars S|ni n»»tt 173a /jmcn p î— i?an ^a ,nm« û^aann tan piasi 
la psoi ,Sap» nnws r-npbTai pas •arua i-T7an 'jrw "ja '-ietdïi 
Sn nra am .(Nombres, xxiv, 10) i->Da n« paa^i ,(Job, xxxiv, 26) apaa 
.tanai ïiU5bttî ib ^aTïib ^^ni: 4 pii:72ai *m73a Kinio ^73 ba fp* 
ir>aN apj-« *j7ût an©biai ^î-itonbab i-\iw insi n^n?^ p ^nnsi fiben 
n^ yn">T rtîanbîa /û^rwîB aa">T^ ^n-^ ^b^xn ^nsop nbsn /imx nya 
^naa a-i ^-vnav b^ jy]>9 ïmnria -it mw anwb -it^wN rrr b^T .a^r; 
YTi* ï^^ "in /^^^ t*<b ^yiu) Tiny^n ."jb^attti ^ms ï — raa^a rrr-ï Kb 
Sa ^niwX a^b"»^7a vn n« .n^a !-rnn «bo ^nbsm ^nyjto ib b^iTan 
y^Di ^11^72 (0sec, ix, 16) t=wua ->'77:n7a Sp^aa au: ^7:^73 /na ^atn»» 
^^ ,ïnwrt ana ^m« tz^b^at» t»îi »b ï-nabra î-rb» imn ,(Ps.,cxl, ( j) 

1 Ce terme n'est pas clair pour moi ; peut-être a-t-il le sens de suffixe du pluriel, 
parce qu'en un endroit J. K. exprime, en effet, le pluriel par le terme bba ; voir 
Zikkaron, 13, 6, et ma remarque dans la Monats chrift, XLI, p. 116, et ibid., 
note 1. 

* En cela J. K. diffère de tous les autres commentateurs; cependant cela se trouve 
aussi chez Obadia Sforno, dans son p1}£ t3DÏJ73, imprimé à côté du commentaire 
de Simon b'. Cémah Duran, à Venise, 159^, p. MO a. C'est ainsi qu'il est expliqué 
par Zerachia ben Scbealtiel (Schwarz, p. 274), qui combat les opinions des autres 
exégètes ; mais il prend les mots naS ^DTD en ce sens : ^D73 nbapUJ '"[rnaai 

nas a™. 

> Voir aussi I. E., mam ^p"^ p. 

4 Cette agada, dont l'origine est dans le Midrasch Tanhouma, éd. Buber, Vayisch- 
lah, § 6, est citée aussi par J. K. dans le Hé fer Hagyalouy, éd. Mathews, Berlin, 
1887, p. 43, art. ÛTHna, et dans son commentaire sur le livre des Proverbes, inti- 
tulé npM 'D (éd. Breslau, 1868, p. 32) sur Prov., xxiv, 10. Simon ben Cémah Du- 
rân dans son commentaire (ibid., p. 171a) cite aussi cette explication au nom du 
commentaire de J. K. sur le Pentateuque. 

8 Voir aussi l'explication grammaticale de ^aJ73N73 dans le Sé'fer Hapgalouy, l. e. 



UN FRAGMENT DU COMMENTAIRE DE JOSEPH KIMHI SUR JOB 93 

nanana *]Tvo • 1733 a>v3 vronD'i ^maia 3^33 n"»">ïi nnn n^rs un î-ina» 
.•jini jwi (Job, iv, 16) î-pd r-r^Dp î-rnbia>a î-ina t*Wtt i-ibna» Vis Viii 
rmawD ana d*»33»ïi -^73 rrrn Inb^ba t|NV3 s — r^rr ," nb->brî t|«*n ba 
i-iamaa ûnnn latfn ,3373^7373 ûnnn ,fc3W*ri a^Taa* 3 r-nba>b iïtï 
^no^ 4h pîDab r-nna ï-ttin /»a*tî r-nna ï-it ba> 13, (Josué, v, 8) 
ï-naanb rœ-piaa nnaa nba^ai -irisa a"w Sx p [issft] 13 j» ^nn-n 
rmn 1» rrvrai ►"pbtttti îm»i b->DU573 inîaa ^m ûin imbynbi 
ï-rabiona na ^-dt Nbi ,!-i-an2 ri3 srrn 5 (Job, xxx, 19) ^-painb 
7 -i73N-o 1733 na i-cnï ïtrraaïn rm^m bp "naia 13 maya ^irn-pai 

Mm*»?! rrbpi r-nap tin» snbTM ïwnaa fc-nbyniib 
maa nmb*nb ,ï-TnTT nbpa ton mb-na pa 1733 

•pa>b rrtt "nu^a ib^D b^wm r*W3n r-ina ,iba>a aman -o -dt 
^73 ^oaa an:o ^a nan tnaattn w* pir™ rj^ nm tna ba 
p-i«rj 172 rtun p5a»n Nim ,m« maya tsraaa* tas^a ipiT-» nn 
ITT tnt ta^a^a a>aD-n ,^«33 a^ia» 8l jri:ba s«np3i ann "maya 
t|« ta^Ta *r73 ibp rt^-pn nosab ïiby*i»3 ïmph ï«*b bvn d^ttiaarr 
,w» vrbv y-iwsn 173 rtbynas tkïi im« ,a* iisns» ^a^ taa ra 
T»ba» '312 in ,nann taa^oan n-p tn p*n a? iaaa s-rban dn ^n 
■p-p 333 "«3 /inaia 8*»nm 1373 n -0373 tarn Mûnia y^dni ,11073 .m» 
• rrnan .Sn; npn"« /-paiaTab baia iit» aa>a73^ -nz)N3 ,ûi73TZ»a .ta^aar 
ûtiî "passai /"npTa -naaîab nnn ,-îi«na rrna* s-nn '-îa'Ha r-imma 
/Osée, xin, 3) aa^3'373 bb3i ;(Job, xi, 3) t3rba73 "pan l0 a*bm ï733 nan 
— iï3?3rî r-îoai trD3 y"irt ^a^ ,"nN nos û^ds Sa» pdio-id iuîn3 
*]Nb7a i-p Sr y^3D73a p^n ba^ / !-pba» iaf»l [iS9a] it t^bT aa>a 
Sa>i -173» pi ,137a ïnn s«b« ïr^ba> ï-nafc t3a^73\aan snb» liv 
h ;wNb73 *v ba> !-n mr ^aa*) /isaïc, v, 7) -1^373173 î-riarN a^aa^rr 
*].sb73 im« Sa» ,vba> T>a->T ^br ï-n^->ia ^ao^Da imws lt 'nvno 

1 Voir Se fer Haggaloiiy, l. c, et p. 85, art. a!f. 

I Ici J. K. n'est d'accord avec aucun des exégètes, mais sou explication est la 
meilleure. 

• Dans le ms. on lit 173a>, qui ne donne pas de sens. 

v Voir l'explication de ce passage dans le Midrasch Tanhouma (ancienne éditioû), 
Mischpatim, § 11, et dans Schcmot Rabba, 31. 

5 11 faut lire naTl- 

6 Je propose de corriger ici eu îlbp, ce qui s'adapte mieux au sens de la suite. 

7 L'origine de ces vers ne m'est pas connue. Le mètre est ^ v kj 

8 Voir la préface. 

9 Pareillement I. E. 

10 II est remarquable qu'en cet endroit J. K. dit (Sohwarz, p. 155) : Û" 1 b3?3 *pNT 

^niN. 

II Ici J. K. suit l'exégèse du Turgoum et de R. Assi, dans le Talinud Taanit, 1b. 
Cette explication est aussi adoptée par Saadia dans sa version (Colin, p. 79). Dans 
sou commentaire (ibid.), il dit que D' 1 D3 est une ellipse pour D ,, D3 Ï-Ttf33>73, comme 

1Y1»d liarip (Joël, h, g . 

n II faut lire "inN73. 



<jA revue des études juives 

Sna uauia aa'-nn p ian ,ï-rma!-i natt naptt ian tjp imbia 
nnan *a vba> w (Gen., xiv, 19) arciû t"iap V 3 «'""Japtt /( Ps -i »• 9 ) 
Sr tjp ,lnbn3> by sja tamwa an bai ,ab-i3>rs m^r iiarab 
Sia^ ip»« M» /ja i?aa 3^n b^ marra ynati p i-ib^n ^Nbwn 
vbN nnnn t^b ^n 133373 yimm mbia -ni by Nbs r-marb aii ^riaa ^b?a 
Sa? t]N pi ,s-ibia> ba> p "paai 137373 mm ba> i-nar -rcara h p arn «mi 

.^nv- lansab ïibw 
•para î^iin-'bN 173^1 ,"i73ip7D73 nn^i ^ab *nm riNTb qs Chap. zxxvn. 
,ûana /ibip tana ,taai33U5aïï rw*»D»a fit aanri :aara iTaa taawa taara 
vmia nns^p ibp\U73 /im«* ûiattrt ba tnnm /pnan ,Kar VD73 i-ttm 
■JÎTHD"» ,[Jcr., xv, H) ^b avjb ^nn'û ,(Dan., v, 12) pTjp 8TO» p Snhffl 
pnan nn» ,bip mwji i-nriN .iJaiBa ,y-iNn rnôaa Sa> imso /-a-pl-rca 
, (Gen., xxv, 26) aiaa> apa»a »p /îbip a>73ia^ ia aapan t^bi aanrj rsai 
-itti n33&^ abrab ^a .a^pna!-: man nnN a'wnn annao t<b "O p in 
[159 «] tawanttiD «ainrn ta™ ba va .Tipïr ■»»•« ban tmofcâïi ba> 
^ma^ai ab ^îaaN Sa n!roana "^aa ba rianb / ta —nprr ^D7a fcawn 
taïai Sa^a ■paa» D^nna /rnp lar-watti an» pa rm san iTipïi 
ton aanîTsm ,"iïtit tann .(Lcv., xxvi, 33) a^iaa i-nTN »p a^b^DTa 

T V ' 

tzv2 ami .rnptt wa aa^a^rr a^DTan ta a aiaaa»n tp-itan mnnn 
.aa^bnan a^n vram mpa ^a ,(Ps., cxix, M3) piacTai ^na: p patina 
,(Ez., xxvn, 32; na^p dît» ^b* trouai i7:a ,ï"pna /a* rmïa^ na E|n 
tana 5 — ra r<bi p ^a arin 'hniûi ,ûibjfiîi ia^a taçn »«)nttiû n^anu: 
Nim ,(Ps., xxm, 5) i-T'-in ^oid iiiob ^n*i ,ïia^p iiuîb [iàid., v, n) 
^aanwX ^2n bus aabrcb ,n^mw5na /taba^sb rmbianna ^anntt mao» 
6 ^.aa nonb cn latnsb aai< ùawb taN .'paa^b ^arb 5 inao ^annTa 
marjrn ,ri7:pa "nio^i nan« ^-iio^ taappbn 'a i^no" 1 ^a naTaipri 
nnvj ©1 / picsn nra 'im am ta^pbn niobttî lab ©■» ï-tci^ Sn-o 
©^1 ,taaTDb ûwN ?<iri rtTi ^na^nb vbmb nr:c nxoia' , 8 na>n rp^mio 

1 Peut-être est-ce cette explication que vise Simon b. Cémah Duràu en disant 

(p. 174 3) : Nnn pta 'iba (Gen., 27, 36) ■rçapj'n p ûpT Nbi aapy «bi tfy\ 

■jiaa la^NT tap^T» la 1 '» bma invïi û9 ayin ^a !-;7anya. Saadia traduit 

in^ Nbl en citant )$£n ^ap^a [Cantiques, i, 8). 

2 Voir aussi I. E. 

3 I. E. cite aussi l'opinion qui le dérive de la racine fHTj rnais il se réfère à 

Prov., i, n,- mznn miTTa. 

'* C'est ainsi qu'Ibn Ganali l'explique (éd. Neubauer, 669, 2 S et suiv., traduction 
bébr., éd. Bâcher, p. 472) en citant le même exemple, tandis que, d'après I. E., il a 
le sens de Tna "TIN « air clair », ce qui est semblable à la version de S.iadia 
(l. c., p. 80). L'opinion de J. K. est adoptée par Zerahia b. Schealiiel (Schwarz, 
p. 28(j), et elle est aussi citée, avec toutes les preuves, par Simon b. Cém. Duràn 
(p. 175*). 

5 Peut-être faut-il lire p^;j. 

6 Voir ce que dit J. K. au commencement du chap. i. 

7 Voir aussi le commentaire de I. Ë. avec lequel J. K., est entièrement d'ac- 
cord ici. 

8 Allusion à l'Ecclésiaste, v, 12. 



UN FRAGMENT DU COMMENTAIRE DE JOSEPH KIMIII SUR JOB 05 

ir-iN yn^n 13 ,ian«b t^n n«n /irrpxb na ï-iaiT a^a î-iana 
/jaian ïia d^i^u) y-iN taN ^a y-iat t<npn t^b ^a ia? m-maïai 
©•n ,nnbie»aa fcabvïitp i"a*a ,ia ims la^m*© ma ima pn 
ibï« »anm ca^a-nb Tan aana:? ïttdi* tenyim arra ^bjk i-iaita 
(Proverbes, xxvm, 3) t]nio maa laa caaiïîb ,iibtf S-iiabiii b^ maari p 
[160 a] -îanan ura irisai nonb aa.x ûip' , H2t carra isnàb la» 
yi« maai apan ^an /tai-na y-ia apam Mbran ï-ibaa 
,taipmab iaa> anpnn .ï-njaan ia^aa>iû ,(Ps., lxxvi, 19) napai i-rarp 
■w-ia ,Ti\ a? ï-ît îarpai dm d^pîn dma larpna iaa> yp-\i \-mrj 
tra-ionb^Dï! ^aan mais pi ^asrj in taibanaaa wn pttna ,psna 
lod^vd nj>a "jb naiN d« ,Mî d? m tarpm to^bata "nbaa a^anp-ima 
■^aa 1511873 m-ia>b bai: t^b ^a nn«i .ma "a^mn ,d"Wn fcama 
tta ,3>bai ^a a\s maa d« ,ib nai« !na ib naa^ taaa .ca^n ^an 
i&n ab ï-inan ,-ib ma&na mna: ' — ^iaib n^ s^b yw ino'n 3>ba^a 
eraayfi moi ,tannam rria* mm aa-a^n "asa ta™ m aaan 
/d^D^b aa-narva mi nnfip yaaa nnin iaa ,fpaisat nn t^a^ttîa 
/(Jér., li, 7) 'ï-j ma baa 3 am aia ,y«n pi ,aï-»T t^np" 1 ^p: mai ba 
Mb mp-rs am aaaa .(zach., iv, 12) amn cambra aipma:-* 5 pam 
ma« .aam ï-ihn na^a ,nm« ma^ *ô i-rpian aaaa ©■»« ,maan 
*»*m mua niïi ^« /inb*Bi iïtétp ,cm»K -imam pb ,aTN naaa 
abi 6 i-iirra ma nam «b ,.msm ab ,bp yaaa nmaeiD ^su: ,i^nt 

.nn^ttï^ d- 7 aba ^n mr n^^na irm^" 1 
ainart ma^a laa .nn^an "ja ai\s ns 'n p^i .Chap., xxxvm 
(Ps., xcvn,2) i^a^aa [160&] bai^i 15»ti»ni (Nah., 1, 3) iam rnraai naioa 
acmn i-iï "a na^ t^imb« ia:a ybaa nw miana «mt ^a 
nstp "jb napa ^wN ^îaœb m^nn d« ,nnai mNbsî snn^ ca^biama 8 
s^d\s ^n^n isj^in ^"in taa ^bNusNi -aa^an yn^Na niawa ■«mmat"" 
r-inbina db-i^n n^r nbnna rmma ib ran ^ynN "'lo^a rmîi 
■»3N1 .b^aa nab pn^i mwa n^b p "in.Ni aana naa m^n ^an« 
na^ "jai mnm d"»nab N^as 10 m;n i-rnbinn nan ^nvna ym"> ^n^n 
aabii'a r\y rr^n'aa [isaïe, xlviii, 16] ^n aa*a rtm^n n;'?: u »m^u:"> 

1 C'est l'opinion d'Ibn Ganah, s. v., tandis quel. E. la combat expressément. 

s Voir aussi le commentaire de I. E. 

1 Ce mot manque dans le ms. 

I Voir le commentaire de David Kimhi, où notre verset est cité aussi. 

5 Voir le commentaire de David Kimhi. 

6 Voir le commentaire de I. E. 

7 A mon avis, il faut lire &OTÏ- 

8 C'est-à-dire qu'il connaît parfaitement. 

9 II semble que J. K. prend ce mot dans le seus littéral; voir cependant ce que 
Simon b. Cémah Duràn dit dans son comm. p. 178) : fcon m^H ND^ y33H 

m-a nmNa bba rvttraM m^n wsba ^a 'iba .ïiabsm «ntiab. 

10 J. K. t'ait ici allusion à Jérémie, i, 5 ; voir aussi le Mort Neboukhim de Maïmo- 
uide, II, 32. 

II Voir aussi ce que David Kimhi cite dans son commentaire sur ce verset au nom 
de son père. 



96 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

irma tribun S^d?û nab -^îoinn inrian n-nbinn naa faia Tp">n 
dia-iiû© ,(Ps.,cxvi, 4) -»3iNirw biwa -n^n bpuia ,rp k 77373 tata n?3 .aasi-ib 

!-Tn3D pN mi 1» IN ,1^3îl ip ,ip irb? nt33 ^73 IN /-HSt ,Y773 

■oaa im "pa .î-inas rrbin^ fa» im« "plaida rïjab iwmuî 173a 
•pnb ibnm tirait vmat iva tararan vianai ab-i^rr vianaioa ,-ip"ia 
■u^i-i -o-n i-j^n taa ^riaïaa "rmiui i**iïi ta^aNbwn pi ^^b rrn 
■pa "nm^sn d^n tzp^rrn û^aaianu: '^i /rvn'viai vrvna -ib-oram 
nbj> -o ■rçnbta ^«Nts 173a nman t-nb*a npa *naab û'OKbtttt im 
^©■n /Job, i,io) -ma nao "pizjb t=p û^nbna ^o^n .(Gen., xxxu, 27) nnujrj 
■»bnb T.ttKTaa -mi nai073 tnb nio* .lauriD ■ "-itfiaa [M., m, 23) mba 
■»a [161a] cab^n rroa^i tam73 r**am S-nn ,r>baa f irnaa S-n 
/Ps., cvii, 23) t-iTa&a &n **r\v ^ien -iicni ,' i-rcbvro imaa ta^n 
/Jonas, i, 3) i-ra it>i nïï^nn jrwa rraN N^n^i "i73a insn mn 
"-ftp» pm in ,TT^û ,(isaïe, x, 17) ttoibi imii) Spiaa ta© im 
sttow (Prov., vm, 29) npn fcrb lE-naa 173a "Tki toipaa Y'vm 
Sia-n eaiy«aa ^3ia an ^n /(Juges, xx, 33) "i73ip73a rpa?a anntttri irasa 
n?2iNi (Job, xxxui, 23) mn N"na N"nn ï-norci /irrana irraa n73ib 
i-ia "îenprc T^riio ,*î-T£ -iN-ip taTi naia ,t|0in t^*bn Nian î-tb *7* 
r-i' s an maya irra "pa* pm ï^b 13 *pba "pcoa Esnb'n »n^ kdi 
WttttTa TW *3*n t^b , 6 i73ip73 nno îrnjT '-ipa mit 'pa^att »*p«aa 
/w ûTb Tnj>b tapartv 7h 73> # Q"»p"»Tisrn d^unb nn&t 'paya abi3> ■w ba 
mN- r?T ,d-na d^tmE ya^ ,137373 d^«5-i wr tnt ynxrr ^csaa Tirisb 
173a .ï-ianb 172a dnb ri^n^ yiw bab t^sin nn« l^î^a rtn* t^nnia 
(ï'ô^.) -nîna m^ia n73Ni ,lMal.. m, 19) r<an taw ins ^nbi n73NU5 
■»5:ttî in-t^ taab ïinnTi -i73N'>a 173a n^oa-i ta^p-'i^b ïrm ia73u:n imsi 
/tamn n73nn 173a n^n ^fsnnn tni [ibid., 20) rr'Dsaa ^2-173-1 np-iit ^73W 
nnj>73 n- 1 ^ nu:«ai MTrn Sj>t n73nn br [mira] 8 npn73 t^ tomnrrcî 

1 Cette opinion est adoptée aussi par Maïmonide dans le More, II, 5, et elle est citée 
par Moïse Kimhi (Schwarz, p. 120) ; voir aussi ce que dit Zer. b. Schealtiel à ce su- 
jet {ibJ. y p. 283). 

1 Voir le comra. de J. K. sur i, 10. 

' Cette explication est citée aussi par David Kimhi dans son commentaire sur Jonas 
et sur les Psaumes, au nom de son père; voir aussi le comm. de I. E. 

4 La leçon de notre ms. est évidemment tronquée. Il faut lire, d après la citation de 
Dav. Kimhi dans son dictionnaire, 5. v. «s, au nom de son père : [b"T N"N arDl] 

ndt n73Ni J— td d^n ristûb Nnp Nan bnaan ï-iî *w d-6 ^-ibmb nnws 

5 II semble que J. K. prend ici rW au sens de inU) mtt) dlsaïe, xxn, 7. Il 
est remarquable que notre verset soit expliqué ainsi par l'exégète Saloraon Astruc 
de Barcelone [vers la fin du xiv» siècle], dont je vais publier le commentaire sur le 
Pentateuque. Cet auteur l'explique aussi par t combattre » en citant le verset d'Isaie, 
xxn, 1, et/ c'est ainsi qu'il traduit ^n v *a, Exode, x, 1. 

6 Voir, au sujet de la liaison des versets suivants, le commentaire de Nahmanide 
et celui de Simon b. Cémah Durân, p. 180a. 

7 Ms. dipwa. 

8 Ce mot semble s'être introduit dans le texte par une erreur du copiste. Voir, sur 



UN FRAGMENT DU COMMENTAIRE DE JOSEPH KIMIII SUR JOB 97 

,mbNatû m 18 mra" 1 m ib '■jai-in itaao ttiiab laa -n^m ,;ipna irir 
carrb mm mn tab*iya 13 ^^ïïim ta^iitïi by Sroa ^mr m 
ca^p^n pi ,nyb nya fcanb [I6iô] "pnn fca^yimb yiwi rtnatû 
Ta ynai taraœ ûtan r>na ntasa ia t**'m .ïirmab r-rmaa inx^ 
fera lirm imn a^aian t*na niaisai .d^iûïti ta^auîii Nair t>na 
aman pi ,tabiya un nat -naaa tapbna inaiDi tma^a "tin ^.ayi 
imn tpron *aaa twi y-ian rmEDaa mai mit ««©rroa nny *iy 
orr # tan"iN taryœ-ia ysa^i "ia« !~jî bsn ,a*na s^bi i-rnba nnbttaa "6 
nbia-< tanb ■pwa ,na«n ftan ca-wi y-nn naa ûrr^bi ,tanw 
yaaa myaaa ^'um ^-nari nbapa r^ma ynN!-s Sy na^o ,tav>a 
i273Ta msn rainb laa yna bs> patwi ,nmm nms bapaia mamn 
r-non man ,man ^ n ç>!"i taa rs i^» ^uînma i'o*» 1 nsaïa ^îcm 
Ï"i3ï-n naa iionti n^n ^aa: .ûiï-jnm a*n ->p^y^ tznnn npnai iamnn 
ny'm .•n-iaK niUNa fc-osinn an rmabs "nyiûn ma ^w .b^si "ja 
Sn naan .aman "-pai maaa ^a yin im ,ynm "jaïb /ibin tn ^a 
♦stjai 51^ manbab s -i2 nyb ma;an -udn abra r-rnsfw ,ab« ^piixi» 
Ejaiûb vabe la fa "pianyia irbyntt 172a ,!-îbyn ta^a tjaiab abD ^a 
î-rni wntpi 3 pnan by t^ir; rm .yn^n mpianb mnaa ttbyn ca^an 
4 pi ,na itn ta™ baia maya rm Nnpsn ,mn iia-naia ;pan bptoa 
Mb [1G2 a] td wan TiîNa ,«•»« t^b yisn by maanb .î-ib^ab ^n^na 
mara maan o^anm ta:^a pxa i-mnn ûws ^a na ta^iwN ^a n^m 
naan na^a /ma^a mwa mapnn ,p^a au: r^anni a^aa im n»»a 
•^■^aa mattia ,(6en., xxx, 42] r<^maa ai^nn ,fca"muîp "ji^ab tmman 
,smbîa 6 iaa ,nnyà mnîa M^atinïi .miin^a tmmain biaan ^^n 
■j-iîb V'nrj fc-moaii ,mibîan maria tam mmaaiN 173a ■pn'nabK 
«ttwm ta^aa^arî mina .t^aabx S^tnsb ai:' \veb nihi .mbna 
mabn inttîba iara 7 i"ia'j: iaa ,y.Na ntsTDa ta^urn as ,nmm 
rmmaa ta^a^arï mpn yiî<a ama n^n maiN ^n» na^ai ma^a 
î-raana navvai r-,Nnn\a 8 miaya ,abn ^a^b yma naaim .rm^ban 

l'explication de la parabole du sceau, ce qui est dit chez Samuel ibn Masnûth, yya 
Û 1 »», éd. Buber, p. 123-124. 

1 Cf. ce que J. K. dit à ce sujet dans le Séf. Zikkaron, p. 20, et surtout ligne 8, et 
la citation de Dav. Kirahi dans le commentaire sur Isaïe, xlv, 7, au nom de son père. 

* Cf. le comm. de Raschi. 

3 Cf. Séf. Haggalouy, p. 96, et ma note, Monatsschrift, XL, p. 471, note 5. 

4 Voir Job, xxvm, 20. Cependant dans le texte publié par Schwarz le mot n'est 
pas expliqué. 

* Voyez les mots de l'agada qui est citée à ce propos par Ibn Masnûth (*pya. 
p. 125) et par Simon Duràn. 

6 Cette explication et la comparaison avec l'arabe sont empruntées à Ibn Ganah 
(éd. Neubauer, 369-370, traduction hébraïque, éd. Bâcher, p. 295). Cf. ma note, 
Monatsschr.) XLI, p. 125, note 3. 

7 Cette opinion est citée par Simon Durân (p. 183 3) : înmto 'iba lanaa a""H 
b"î^ "na*T73 "laia 1"liab72. C'est ainsi que Saadia traduit ce mot na&OnN (éd. 
Cohn, p. 83). 

8 Cf. le comm. de I. E., qui cite 33b nTOlBa (Ps., LXXUI, 7). 

T. XXXVII, n° 73. 7 



98 HE VUE DES ETUDES JUIVES 

imwtD -rçs ta^n^aa ! 'piab ftanpmzi naa"> ■»» .t^maa nasa bwm 
nban 'j'mb tît p bv ,ana banonb dix ^a mana d^a rnbna^ 
Sasi taimn "173a biaan i-prm ,a^auj ^aun 2 a^3Ui-> ^a a^aia ibaai 
■paria "naT p -nnN ,nua miaa ,*aa 3 3naa iaa ,Siaa btt -itanu) 
,fn:n3>na "irw .tanmas "i3>a a^raam t^ab nan imaub aanu 
**ma3>a am*n "-nan 'ni San arrb yamtS n:> fcamna w s^b 
ta^ana Dirb» "para b«ï-n d^n tsawn ï-nb^nna aaab vmnsN *o 

.taïra&b d^wim 
pn-o n?a td 5 na-iN ,hib^ bbim ^bo nbji *nan Chap. xxxix. 
^ijO izsna tanb ■par [1620] S«m ira» ni tamarin ->a nsœa tan 
larnrra .r-isairn rmbim nna rrnbm taipan a^mai narna 
fc-n^n 6 pi .r-m^aa ,naa wn iNan"H wbrr p "nn&n ,ta"mau) 
dinh nw»a aiam oiab inaviiB ^ab r^nari nan ,j)an., iv, 12) t^-ia 
(jér., h, 2/1) h n?ûb nid ûisnn .lair:? r^nan t^nn Tnan ^ffian Nism 
.(Dan.., vi, 21) fnn» b^tti* dsn bardai ,s*na*7aa minai t^Tin^a 
ma mnb 173 d\a ,tapn"itt mm ,aian iaa >73©i ab mm» mKi»n 
niïi» ûn nan ^ip* biai Yma naoïa "ivrn (Nombres, xm, 16) ynan 
ran»h -paiaN bs> "pb" 1 dws ,^»cn Kim Yiaj»a m»m m»b nan 
■pbya oiaa nan»"» t^b a^inasn npaaai ,feman»ïi ams^ar: 7 117:33 
,(Osée, x, 4)vjiû i^bn *ja ima* abna (Prov.»xiv, 4) na aiaa ilsaïc, 1, 3) 
•ps* nar ,tMn rpa ,ïiba*a rwa»a*» iaa »nnb tabna w&yp rpn 
nan r^bi s-rnon na^a ma» dN ,ïH2M3i rmran tinaa tas nnx 
mnaisn !rar*a ynab a*iî*n ,mnaï rnb y« n\s ,iib Sin^ nai bna 
13 .(Juges, vi, 38) mT^n pn nri ia nmTn .aaniwN monm rnvnn 
ba n«npb >«F ">a nawNi mmaro ana nar p ^nni< ,naan mb« rt©M 
inam 8 pn i"Ta aipaa N"nn ,nstt:N nsnn rbr nna t^ba nanba 
9 ï-in-j^ ^nN't^ar ,J-i3n^ "ja ^an^ )rubh ^nay irab man naaa 
ncittîa ,0 *iaa nar»a 11a ,b^a ^ni yn»n r-rmo ib&o inn^na aina 

« Cf. I. e. 

1 Voir sur celle élymolopie ma note, Monatsschv., XL, p. 416, note 3. 
3 Voir ibid., XLI, p. 157, note 3. 

* Voir Midrasch Tanhouma, E/ceb ^ancienne édition, $ 2; éd. Buber, § 3). 
8 Voir Baba Batra s 16 £, et le coram. de Raschi. 

6 C'est ainsi que Saadia le traduit, nabN ^D ; voir aussi I. E. et Lévi b. Gerson. 

7 Les termes de J. K. pour les suffixes verbaux et pour le status constructus sont 
remarquables. 

8 Celte explication est empruntée à Isaac ibn Barùn , dont l'ouvrage, intitulé 
Kitab-al-Mouioâzana, est cité ici sous le nom de 'y2T\ rP73T7 nao ; voir Mouwû' 
zana, éd. de KokowzofT, 1893, p. 92, et ma note dans la Àlonatsschr., XLI, p. 275. 

9 J. K. suit ici Ibn Ganah, voir Oussoul, 138, 4-7 (trad. hébr., p. 94-95); I. G. 
l'explique ainsi par une analogie de l'arabe; voir Simon Durân (p. 188a). 

10 C'est l'opinion de Ibn Ganab, 5. v. ; cf. le commentaire de Tanhoum Jerusch., sur 
Habakouk, éd. Munk, Paris, 1843, p. 35-36, et ibid., p. 99-101. C'est ainsi que 
Saadia (éd. Cohn, p. 85) traduit bip"' piabfc* ^biST, et cetle opinion est aussi 
adoptée par Zer. b. Schealtiel (l. c, p. 288) et Simon Durân (p. 188 a). 



UN FRAGMENT DU COMMENTAIRE DE JOSEPH KIMHI SUR JOB 99 

[163a] i-imns ranima **b9& (Job, xvn, 16) Siwa "^a » i?:a Epia ili 
ubi nniai 1^ di i^ban ^"nri ^ini bai» nsn yarn niaan ^nati 
,* Y'"nn mariai b^dit amp Tttbn ia nbaa ,n*b ■wto (Obadia, i, ie) 

»"p*b* t-n*bat ùmna t^'^i 
■ma nanTo yreb /hib d^ a*nn nw&o h pam don spoiii Ghap. xl. 
jiiss Tra *naa bpiaa ta« mcn , (Juges, xi, 25) Sema** a? an ann 
main swn» miarb aiN t^a^ as ?noi« t>w ^nra dy anb 4 nttiN 
p"*»tti ntt3N» Ywan ba> î-mr» ;»mbp }fi a-n^ f*^ .maa^ t^bi îmaa^ 
tiNïi ^lûfib ann ai* ^baroa na» ,avN na 'n fy-n ."pTO naaa iiasa 
mar »>6 ^a ,ieabn mm mn ïni ,ttaun "pau r^a n^ asia» nsn 
t-iÈm (Ps., xcii, i) rcab mw ^b» 'n 'aia "nba bab aa ^a "pau îznabb 
fnab t^ir: 5ta pn vû-iiû ,tna>;ïn ^nm ,bain tN .ûJ^am ï-iau ba 
.rtnntDm nD"ntt r-n»ip»a "nasa r-i"bi i^a wya i"-»nm ^nn ^anr 
ina inannia ïronia nir^a ,1-rana nna* mona naT .masrw t^a rrai 
,tdï"P 6 i^a naaT yam ,(Ez., xvi, 4] ^nœ ma yn laaa -nmaa ,ipan 

iava 7ta iâD .mns ,n« n»a bna. teinta *'r>yn iaaT a>a:>ab nsifci '"«si 
.nc-ina pnn ,î-rcnna ^aa* ,(Gen., xl, 11) taenia 'pïïîb /i-w niîii 
[163 ô] tpa ^aa 8 t*] b^aaa nia a bna Va^a .™x* aimn t^in -pma 
(Néli., m. 30) ï-raiabi ï-iaoa 9 itta /i"aa ta"7a mbna ,(Sophon., 1, uj 
jrnDana tqi noiera ,bs wr r-ptaan i>rn ,d^a "pa? t^in sa^aai 
ib w tynn Sia ^a .isma ta a* ^a li-mm t^b ,nann ia:n raia>n 
10 ri3>ao n^n" 1 d^a ^a nttiai ^rrànttb d^ao^n bna nb iwSO-«i in^a^ D^nMn 

1 Dans le texte publié par Schwarz ces mots ne se trouvent pas. Cependant il est 
très remarquable que Simon Durân, dans son comment, sur ce verset (p. 104 b), dit : 

i-ibïï &nrr *v\ pna i?aa ^no (Hab, n, 13) pn^i ^a i7ûa biNio ^a ?a"-»i 
©n?2iab n'^am naaia. 

2 C'est une erreur de notre auteur, car la racine eu est 3>lb. 

8 Voir le comm. d'Ibn Ezra. 

* C'est ainsi que Saadia et I. E. l'expliquent ; mais, d'après eux, le sens de la se- 
conde moitié du verset est affirmatif. 

5 Cette comparaison avec l'arabe est empruntée à Ibn Barûn, Mouwâz., p. 24, 1. 1 ; 
cf. Monatsschr., XLI, p. 274. 

6 C'est l'opinion d'Ibn Ganah, 241, 23-24 (trad. hébr., p. 164); cf. Lévi b. Gerson. 

7 Ms. naa. Voir Monatsschr., I. c, p. 159, note 2, et p. 275. 

H C'est l'explication de Saadia (éd. Cohn, p. 87) : ïïaNTW de la racine ^H • être 
grave ». Chez Ibn Gau., 371, le mot n'est pas expliqué ; voir cependant la glose du 

ms. de Rouen, où l'on trouve fNTI et b^pD, qui ont tous les deux le même sens, 
d'après le mot targoumique biaft = NDXJ- Lévi b. Gerson et Zer. b. Schealtiel le 
prennent au sens de C]Oa niD^nn, ce qui est d'accord avec la première explication 

de la glose citée, a^ip ; Raschi l'explique aussi par *HN1157aa, 

9 Voir les commentaires. 

10 A mon avis, le mot ^3>3^ a ici le sens de « beaucoup » ou • trop ». Je crois 
que J. K. fait ici allusion à Vay. Babba, 22, D^nn t^N bj> HiTian DIIN ïlft-2 
'131; et peut-être est-ce le même passage que Raschi cite à propos du verset mttHa 
t|btt mîia, Ps., l, 10. Le mot Ipn^T n'est pas clair; faut-il lire 'ip'Ta'l et l'ex- 
pliquer par le mot talmudique pl72 « parfaire » ? Le sens serait • s'il a arraché toute 
l'herbe » ; voir Pirkè di R. ElUzer, 11, au commencement : d^H^a^a \T\ ^îb^bai 

ib 1NÎ251 a^n bTa ^a 'aia ina a>^a «b nbwsa jmbwa. 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

,tewïi ba pi ma tavb naar^ ip^iai ,tri*pa n^n^i tr-in 
,aaiB^ tardât nnn ,p"na i^a ^a ipnim taia latapni nmn m-m 
/ma (isaïc, xvni, 2) i^n îaa bsan r-nsa B|"bxn tpbna l arbbar naa 
— iai« /îbnab snn Mïran ■■jVwi "jNaa /dott (Ps., lvih, smdîw 
/imoab bai^œ aabi:>a bit *p N ? rnn« r-iana laa ta-ôbar nnn naa^ 
ibaa* fcpbawt inaa-< in amn lasa nnon bia^ sriasai nap nnaa ia 
,r-riD nna /rom t^bi nna piu:^ p ,brta w* maio* 1 in ,mana 
laa ianp*< •pava .ima b« r^am rrcn ïtpm ba ^a maa Nti 
•■pbjnai» !"nïi ab« ,Mmana ia\N 3 nna piiôy» |n ^a .i**rp»n?i p 
•nnx .ana ib ta^on oiab nuauttî laa ?wa iaarptta izhn lanp" 1 
i-rana iaatt7ûn ,*mîran ton i^b* naïia ï-ia hy p-nb S^ ntn p 
^ pp m-aa: ta 5 viaN /roata ia pnarnn nns :nb srrojntt laa 
vyaa oaa'n p^ib btt vaa Ma*n d^a aaa"> ,iann *ptt arn ^anaa 
ia ©w «bi s^lt-»-) arba^i a^rna in nn« i-np^ pa taœa M-atTn 
•mostn im« ïmaaia ans ^aa en nca^b [I6î«] bote in» jmb 
vmbianna ims ■nab-'ià 1* arna ib îspan aipab caip7:a iîtibwi 
*naN p n55> ,d^ain72 araia irvià •naa'n ta^aaan laaaa w»atn 
■nttpn va>aa c^arm nraKai an*nïi maarn ia prœaio laa ia pnionn 
am>bj> nna^i p ,ta-nan rb* ma^ ^vnnjab trnwpi fcFTO 6 v*aa 
latapn^ naia Mrronai /m an pwb d^nan (il Rois, vi, 23) nbns nna 
ta^ttJi^œ i7:a im« T»xb ,t«aim ï-m^o tonb-w^i tanx ^a vb^ 
'-i^in 7 u:-« ,tiv mstta t^bwnn .ca^nmo bw^aa .to^nni^ ta^nb 
ïn«b i-nswa ^aba q"b« tinbna [Ps., lviii, 8) -ibbwn^ pwb t^bann 
D^^Xi û^aoi ta^mna j^ib73n n7ûiN ^:nt (Nombres, xxxm, 25) tarama 
^inwN yy ><in batbati ,nna :i '^Di^ffl nwa mcja-«n iacab -^la im^ 
r>sb vbj> '■psa &■«©» rv«n ta» ^^Da vb* ta 1 »© .bîna min iffl»na 

•*pn ' 1 »■ , ba m^ ï-ianba naiT m^n 
ims matb ta^naïai ta^brwa vmfa .nara: mbmn p ciiap. xli. 
t-na^nn muîa^n b« ta^wn V 3 ^^" | " 1 »^o^ T'Kna bx d^n pn^ t^b 
■v»aa t^bi nîawX 1^« îmr ^a ma» r<b n^i< :ib i^ioiy© ma-'nn 
ib "^nattî ■'.nmaaa ^a .aarm ^rab ^iin ^a oa — jan^» tabva 
dnbnb ï-ratn^ffl ^a [164 ô] tabttî»i ^a^ipn ^: snz ûnba ia3> bnbam 
ta^asin ba nnn ?a ta^baa ^baa ib dbo« ^dni nbnn Min d^ip^ 

' Voir le comm. de I. E. 

» Cf. Simon Durân (p. 192 a) : nnn aaictt) av>annn 'iba \wb piaan a""n 
'iai bar. 

* Simon Durân prend aussi ce verset au sens inlerrogatif. 

* C'est la même explication qui est citée par Simon Durân. 
8 Je ne connais pas la source de ce passage. 

6 A mon avis, il faut lire 1 3 73 73 . 

7 Je ne sais pas ce que vise J. K. ici. Voir cependant le dictionnaire de Ibn Ga- 
r.ah, 374, 24 (irad. hébr., p. 261), qui explique KbaN (Job, xv, 32), comme bbtttt ; 
■cette opinion est adoptée par David Kimhi. 

8 11 faut lire rnb- 



IN FRAGMENT DU COMMENTAIRE DE JOSEPH KIMHI SUR JOB 101 

td* -iT5N »>*b aat«m ^asb Nhtt ■»» «n'^i viawi ^nbra»-i t^in ">b 
ia-nnN c^sb .aatTs^ ^acb t^in ra 17a arc iniN ib^sN la nanMb barns 
en in «"n iwN V?" 1 T?i 1 n *^a "^i* ym /irrnajn ma ,-p*ia 
Mn ^ ^ai 1» -îaon basa ,T»mu)piBp ^ttiab ^d ï— iba -va .tan trin» 
ip^N mw .tarnais /pas \nbi .ta» waanb -lao-i bsaa »ab Save 
.■nor insa *rni* pim "n^ ùmn tamisa a nia vmiapep pm ta-o^a 
o» "»ni»5 ':s nvra ,tiva rtoeaana ' tarn ,Y»b« /-n» brm ytiTO'W 
■pin /înxpca /Nasa ,(isaïe, xiv, 23) dpe i»aN i» ïTOifio roca Tn^arrôbi 
Min maa ,bus /nba? piir» ,nnsïï vaab k-jïi abvaw aiaafc ba 
e^btts pis^i t^in pa*7 .ins^ »>*bia pN i^a p-iir 1 t>on nab ,p-ai 
man mis» .wpTasa ntn s*<bi2 a^mn be i-pnnn nbD "itta ,wy* 
tov Nb abiratî ann** maiJpfci û"naiB» 3 a^pmba -niai ,Yme» ^b» 
ûbiyb iraroBn abia irnci tfbi aipn Nb aipn ^ba ann iïwdh i^ris?: 
,iann "nvin "pnnn ,bnan ararp "jana ^a -naj>a ,*rTï2r\bn ■'bai ann 
ymn iw (Job, ix, 7) mr Nbi onnb TaiNrt Va "P 3 ^ 3 'mT-T» rrrbJn» 
■finpnwa a^"> a^ xm b« iti» [165 a] a^a-p ca^m a'ma y-nn ,ÊPïa ^b* 
b^robn \n a^na téo Tnn» .a^naawi ï-mp-itt rnaa jeap -ma a^n ba 
ib-wa "jab ibiaa r^in ainnn s-ia-nab ainn aiw ra» nabrp ^on 
nanti b? baia 6 mterm ,157:7a naazrrt ï-m'N- "jtt m^a # ïwffl tsnïi 
prvn ,Y»b* Sevj 7 ibe?D *iD3> S? *pN ••"WŒ naattîn*» "jab la^n^e 
vn n«N ba ibsa t^in 9 nn n bab wsft .inmaaa ib inTâi^ Mein^a 
Niabnr» t**"na ne« Dip^a le^rr Kï'm ,iuy^v n^N t^b ^a ,0 tzpei* 
n« .iap iaa bpew by le^i (Ezra, x, 17) a-naa la^einr: XJosuc, x, 24) ma 
nmnnne vwû wmn SwN 12 iiïa ^b-> pne^ ^ï-in-i^ tiia^ Sa 
.yne ^a^ .ipnev n^bv ,(Ps., xxn,i8) i«n^ m^a^ n^rt , (Cantique, i, 10) 

mttbn iTûb NlïTi 13 i-nas -^aa 

I Celte explication de la liaison des versets 2-4 se trouve aussi chez Zer. b. Scheal- 
tiel (p. 290). 

s II faut lire Ï10NE3J; voir Ibn Gan.,518, 30; cf. Monatsschr., XLI, p. 126, 
note 4. 

8 Le sens de cette explication est que tous les autres coups ne valent rien en face 
de celui-là ; même explication chez Zer. b. Schealt. p. 291) qui s'exprime plus 
clairement. 

4 Raschi aussi l'explique par « soleil ». 

* Explication très forcée. 

6 Le mot baia a ici le sens de « il s'en rapporte à ce qu'il voit ». J. K. s'ins- 

pire ainsi, comme I. E., de la traduction de Saadia : y^2 Ï13&0 « comme s'il 
était blanc ». 

7 Cf. le commentaire de Raschi. 

8 Voir Saadia [/. c, p. 89), ïiaNiabo bntt « semblable à sa domination », jeu 
de mots où les deux significations sont réunies. 

» C'est-à-dire : « Tout ce que l'on veut lui taire ne peut le faire trembler », ex- 
plication citée par Simon Durân (p. 196 6). 

10 Le sens de ces mots est obscur. 

II Cette explication, avec la citation de Cantique, est rapportée aussi par Simon 
Durân; c'est aussi celle de d'isaïe di Trani II (Schwarz, p. 166). 

11 Cf. Raschi et I. E. ad. I. 

»» Voir Schabbat, 62 b : "pn yTK25 "naaN d^blOTT^ ^3». 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

r^"sn non bbi ;bsin Sa td tut "rt na avN i^-n chap. xm. 
mp npD pi ,t**itB; iia-uaia ,(Ps., lxxxix, 10) niba r^iuîn ' îbpiafci 
ï-:ï ^ ,^«73 23731 «b ,î-773ïtt ^7373 nisa"< î^bi .npb ï73 (Isaïe, lxi, 1) 
i-ï3?3>b:n iwr xbw imx ,t-i;aari fca^bjmr, t^in ^: ,ï-issj> &b*fc 
137373 nbatiiia mbwWn tnban ,*paN t^sbi •jn'ian ^ai .iMana t^b« 
c^3 273^ Y D ^ib "<3K bsnaraj ■ s jtn s^bn -»b ton nnnoai mabw 
/jnan ^v ï-rnjn ib L— H73N itbéO ^^nm ^bwes nmx -o^an 
^a in nabniû "p? [16 > £] *pa ^pam ain ^n .m*ba nn^a rma nan 
&» idn^ pT ,0073 i» &Nt:N *p bj> ,i>mafi m&nb iMnasa na ^a 
3 ^^nu: "173a /isai ^s^ b* \-ittrm .ios73i tarft i7aa (Ps., lvih, 8) 
Sa na 'in tpTn 'n nai nna wi .(Job, u, 8) nsan ^"ina arcr t^nm 
tsrian ^wS 4 rrbnn3 nb î-pïiiû ironn ba M3OT ,nrii/:b avab *ra>a 
ib "îsroia imam .mz)aa * nn« imrttp •tt'tottnrt ^nia rrn isim b^ 
ÏT©ba ■jrw nïh rap» 1 ' rï'^n îmbatii maa "p^a. ib rrn "nttBm 
^pan fnap mai m i-rr* /^ron pp Jtaisip ï-wstp /fwrçp *an2 
bam 9 ï-i30 û^anan !-ïN72 n«ï "nna arw tpi pai^a bina 8 t**inia 

tMtt nttan d^naro 
.Ti73p tp-n 'n aanb 3tn wvtd Dbioa p^o^ r-ttarn 'pna 

iV. i?. — Après avoir achevé la copie du ms. de Munich, j'ai reçu, grâce à la 
bonté de M. J. Gultmann, celle qui en avait été faite par Abr. Geiger et qui 
appartient maintenant à la bibliothèque de la Communauté de Breslau. — Au sujet 
de boni il faut remarquer que, d'après la leçon du ms. de Rouen du Dictionnaire 
d'Ibn Ganah, l'explication de celui-ci s'adapte mieux à co qui est cité par J. K. Au 

lieu de fcODaai, on lit dans ce ms. NIOaSITl « inversum esse » ; mais cependant 
tout cela n'est pas d'accord avec le sens de notre verset. 



1 Voir Séf. Haggalouy, p. 146, art. ftp, et la première opinion de I. E. 

8 C'est-à-dire : « que je puisse te dire ». 

3 C'est ainsi que l'expliquent Isaïe di Trani II [l. c ) et Simon Duiân (p. 197 b). 

*■ D'après J. K., le nombre de ses fils n'a pas été doublé. C'est contraire à l'opinion 
des rabbins, qui prennent H323\Ï3 dans le sens de * quatorze » à cause de l'inser- 
tion du '3. Voir le Targoum, Raschi et Ibn Masnûth. Cela ressort aussi des mots 
interrogatifs du Talmud Baba Batra, 16 J, a"PN blZ) "Pm3a iboas fcô Ï173 "OD73. 

5 C'est ainsi que I. E. et I. Ganah l'expliquent. I. G. préfère cette opinion 
(voir son dictionnaire, 651, 24} ; ils suivent Saadia qui traduit ce mot (Gen., xxxnr, 

19) par n^^!D (éd. Derenbourg, p. 53), tandis que dans sa version de Job il le rend 

par ïït^TDp ; le ms. de Berlin a la leçon : Tiybb (voir éd. Kohn, p. 112), « espèce 
de vêtement ». D'après les autres, il signifie « monnaie », suivant l'opinion du Tal- 
mud Rosch Haschana, 16 3, voir aussi Ber. Babba, à la fin du chap. lxxix. Le 
Pseudo-Jonathan, Genèse, xxxiii, 19, le traduit par *pibiH93 « perle ». 

6 Les lexiques de Freytag et de Dozy ne connaissent que !"!73£<7b"'' 

7 Voir Freytag, lex. arabe, d'après le Kâraûs et le Djonauhari, Radicus arotna- 
tica Indicœ et Arabica species. Cf. I. Ganah, 642, 22. Saadia, dans sa version des 
Psaumes, xlv„ 2, le traduit par ^D^, ce qui est, selon Freytag, ambarura (voir Th. 
Hofmann, Die Korachistischen Psalmen nach Saadia, Ehingen, 1891, p. 3 [arabe]). 

8 Ainsi Ibn Gan., 565, 27. Le mot arabe est bïlà. 

9 Voir Bereschit Rabba, 61. 



DOCUMENTS ET TRADITIONS 



SUI1 SABBATAI CEYI ET SA SECTE 



I*. 

RELATION TURQUE SUR SABBATAI CEVI. 

Voici ce que dit de Sabbataï Cevi l'Histoire (Tarih, Constan- 
tinople? 1282 de l'Hégire, t. I, p. 133) de Rachid-Effendi, Cazi- 
Asker d'Anatolie (1072-1133 de l'Hégire), fils de Malatiali Mustafa : 

« Assignation du célèbre juif devant le Sultan et sa conversion à 
lTslam. 

» Il y a quelque temps, apparut à Smyrne un certain juif, portant 
le nom de rabbin, qui gagna à sa croyance une classe de Juifs, qui, 
rassemblés autour de lui, montrèrent des signes d'émeute. Ayant été 
expulsé et relégué dans la forteresse des Dardanelles, il y continua à 
semer la sédition parmi les Israélites, à la suite de quoi il a été cité, 
le 16 du mois Rebi-ul-Ahir (1077 H.), au pied du trône impérial à 
Andrinople. Ce juif, appelé en présence du Sultan, assisté du Cheikh- 
Islam Effendi, de Vany Effendi et du Caïmakam Pacha, et interrogé 
sur ce qui avait eu lieu, démentit les sottises qui circulaient sur son 
compte et, sachant qu'on allait le condamner à mort, manifesta le 
désir de se convertir à l'Islam. » 



IL 

ANECDOTES ANTI-SABBATIENNES. 

Andrinople ayant été le théâtre d'une grande partie de l'agita- 
tion sabbatienne, il ne faut pas s'étonner que la tradition y ait 

» Voir, t. XXXV, p. 264 s, 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

conservé certains contes où le héros et son entourage jouent un 
rôle. 11 s'agira plus loin (VII) de son secrétaire. Notons maintenant 
deux récits venant du parti de l'opposition : 

Gevi Askenazi , ou Hakham Cevi , le célèbre adversaire de 
Sabbataï Cevi, se trouvant de passage à Andrinople, où l'on consi- 
dérait ce dernier comme un thaumaturge, lui attribuant même la 
faculté de s'envoler, s'élança, à travers la rue, de la fenêtre supé- 
rieure d'une maison à celle d'une maison voisine, voulant démontrer 
par ce tour de force que ce n'est pas un acte miraculeux que de 
savoir se maintenir en l'air. Encore aujourd'hui, on montre ces 
deux maisons en face du temple Bude. 

La femme du même Hakham, qui ne lui cédait pas en incrédu- 
lité, mit dans le pâté du vendredi soir un morceau de coton au lieu 
de viande. Son mari s'étonnant de cette plaisanterie, elle s'em- 
pressa de la lui expliquer : « Notre gâteau, dit-elle, est le symbole 
du charlatan d'aujourd'hui, qui ne trompe les naïfs que par les 
apparences. » 



III. 



SAMUEL PRIMO. 

Il n'eit pas besoin de retracer la physionomie de cet aller ego 
de Sabbataï Cevi. 

L'apostasie de son maître ne paraît pas l'avoir déconcerté, et 
c'est probablement lui qui, pour justifier cette abjuration scanda- 
leuse, inventa l'argument connu qui a fait fortune (Graetz, trad. 
fr., V, p. 246). De guerre lasse, il paraît s'être réfugié à Sofia, où 
nous le trouvons en 1673. 

Depuis lors, nous perdons pour longtemps sa trace. Qu'est-il 
devenu? Où est-il mort? A de rares intervalles, mais sans dates 
précises, on entend encore parler de lui. Vers 1702, il s'entretint 
sur des sujets cabbalistiques avec Néhémie Hayyoun, qui, rejetant 
sa théorie comme hérétique et dépourvue de toute base, veut 
affirmer contre lui une nouvelle Trinité. A cette époque eut aussi 
lieu sa conversation avec Hayyim Malakh. Avant 1706, on expulsa 
d'Andrinople A. M. Cardoso, avec l'autorisation d'un Samuel 
Primo, rabbin (rmn yo-ito) de cette ville. Ce dernier est-il iden- 
tique avec le nôtre? Graetz dit non, la tradition locale dit oui. 
Bien plus, cette dernière, jointe à d'autres informations inédites, 
comble la lacune qui existe entre le séjour de Samuel Primo à 



DOCUMENTS ET TRADITIONS SUR SABBATAI CEVI ET SA SECTE 105 

Sofia et sa mort. Gomme Graetz n'allègue aucune raison à l'appui 
de sa thèse négative, nous n'avons pas le droit de contester l'exac- 
titude de l'assertion traditionnelle que voici : 

A la suite du fiasco sabbatien, l'inspirateur et beau-frère (sic) 
de Sabbataï Cevi s'en retourne tout penaud de Sofia à Andrinople, 
où il aurait même importé certaines romances judéo-espagnoles en 
vogue en Palestine (telle que celle du n° xxxv de mon Recueil des 
Romances, p. 50). Revenu d'une grande partie de ses illusions, il 
fréquente tous les jours le Esgher ('■flOîi), local où dix hommes 
pieux, rémunérés par la Communauté, sont continuellement oc- 
cupés à la lecture et à la méditation de l'Ecriture sainte, et situé en 
face du temple Portugaie, et, tous les soirs, il va faire son sermon 
quotidien dans le temple Tolèdo, qui est dans le voisinage. 

L'ancien bon vivant n'est pas complètement mort en lui : dans 
ses moments de loisir, il ne dédaigne pas de jouer aux cartes avec 
sa fille, pour oublier ses chagrins, dit-on, ou calmer ses douleurs 
rhumatismales, qu'il a, sans doute, contractées dans ses longues 
pérégrinations. C'est dans sa maison, contiguë à l'église armé- 
nienne actuelle, que vint le trouver Juda Rosanès, déguisé en 
cavalier. Surpris du contraste entre le costume laïque de ce der- 
nier et son savoir rabbinique étendu, le maître du logis lui en 
exprime son étonnement par les mots piquants : ab étibo ^N 
nq^d, que M. S. J. Rosanès * attribue à un anonyme. 

Réhabilité dans l'opinion publique, il est enfin nommé rabbin du 
temple Pouille, où son nom est encore aujourd'hui rappelé, dans la 
commémoration annuelle de Kippour, avec le titre de VïWîl mïi 

Conservant sa renommée de cabbaliste émérite, il put faire 
amende honorable de son excès de zèle sabbatien et devenir chef 
de communauté. Cette rétractation même n'eut pas besoin d'être 
complète à Andrinople, où, jusqu'à ces derniers temps, se sont 
conservées des traces, légères il est vrai, de Sabbatianisme. Puis le 
cas d'un sabbatien maintenu comme rabbin n'est pas sans 
exemple, témoins Hayyim Benveniste à Smyrne, Hayyounà Uskup, 
Eibeschùlz à Prague. 

Nous suivons ainsi l'évolution graduelle de cet esprit pondéré. 
A force de circonspection, il sait insensiblement atténuer la mau- 
vaise impression que les égarements de sa jeunesse avait faite sur le 
public. Les autres sabbatiens invétérés, tels que Malakh, Hayyoun 
et Cardoso, le croyant encore attaché à ses anciennes erreurs, se 
donnent rendez-vous à Andrinople. Il sait doucement éconduire le 

* Généalogie de la famille Rosanès, Roustchouk, 1885, p. 29. 



106 REVUE DES ETUDES JUIVES 

premier, ne peut pas éviter un conflit avec le second, et, enfin, 
il se voit obligé de laisser bannir le trop remuant et effronté 
Gardoso. 

Voilà comment nous nous expliquons sa conduite, en apparence 
versatile. Revenu de sa frayeur, il peut s'adonner tranquillement 
à ses études rabbiniques. Les produits de cette activité littéraire, 
sont restés, sous les n 0s 1-20 et sous le titre de : *is© *n»8 (— iba 
Wis ban»© iTW '1 viurstt), à la fin des Consultations de son 
beau-fils, Moïse Cohen (dbi? rWD, Constantinople, 5,500 = 1740 l ), 
ainsi que dans le îittb© d'nd (Amarillo, de Salonique) sur nwi la», 
n° 15, et ï3BM ï©n, n° 70. 

L'admiration de ses contemporains ne connut pas de bornes, 
quand il s'éteignit à un âge bien avancé : témoin son épitaphe que 
voici et que j'ai copiée sur son tombeau dans le cimetière israélite 
d'Andrinople. 

isîûI ban© 1 * 'na : 'aa *i2p ba *p"n narr: ï-jypn ns Tih pp-n .1 

by ù^» ïrrvn "W ypy ^b va\!3 ïia^p : b^itt© 
■p» ban©* 1 bd yv\ ■wb'»* *a*7 ïivw ban»© -pu barne* fjbna ©an .2 

bwiwo ïa»3 ^ ria© n«i w 
P^dd î^b^i Nbp Sna DnwN iton» s-rsii ©nan ran» ©*wrt î-it .3 

ban»©*! ï-naNd 
wai ^id^a ïrma Knsbn 'in brAna naa^ û-isa b^-iba *di .4 

— ban» ©a 
S© wvrn t-pa» ^aat ï3an -n^an >ir\^byn ib^n ■rçfi San .5 

— mb o^a Mb n ba — batitt© 
î-ï©p torïi — ban»©i itid ■p'mnb Maa-toi *-n©ana s-j©*» .6 

•batia© nm !-p©s3 ns "d tonnata ©E©!n a*a tara ban©"<b 
— batia© nai ït3»î fcab©»*i Mwna — ïtyisïi n« n©» tsf tn .1 

yvt\ ^a i-ran as nan ^a» ndin ^^a "p* 
nby 'rrnar baniK bam» "na* — bantt© ba 'n finp^i anpan Jat .8 

,bantt©a vivra r^^ — f*ma ^n 
in»rpan sns^dtt m*^ saô©»b nm Mbsi ^a "patti rpdtt -9 
J-nan Mn»5 ira?» nabïi nai ï-rbp irrroi : S an a© bwi «M-iaa 

— banam ^12 ba — 

imsp ttba* 
ta* mt îb toti 
S-ian» a*a^ ^a iv îrmaa 
1 — ban»© Bp'n - m©t3?i 

barwa nbi-a© i^m naat» 

» Voir aussi tPbVttïl &© d'Azoulaï, n° 135, p. 177. 



DOCUMENTS ET TRADITIONS SUR SÀBBATAI CEVl KT SA SECTE 107 

•pisa ûttî^i rfnbï w-id bsi7:uï 
phh ^aron âôni '«5 Tnab *n 'a ava 

La date de son décès est donc nom = 5468 = 1708. Nous pour- 
rions même fixer approximativement celle de sa naissance. 

Il est intéressant de voir que certaines expressions de cette 
inscription lui étaient familières, par exemple : ima iuns ïtdîi 
bna, qu'il adresse à son tour à Abraham Rosanès (ûbvrWD, 1° 26, 
n° 20). 

Le Moïse mentionné ici (rrûft "rati ïs) doit être son gendre, 
Moïse Cohen. David (*m ■jiip'n) doit être son élève, David ben 
Sanche, éditeur des sermons *diz) *nttK. 



IV. 



ABRAHAM MAGRISSO. 



Parmi les rabbins vivant à cette époque à Andrinople (Abraham 
Brudo, Elie Obadia, Israël Adato, Jacob Danon, Joseph Sarfati, 
Pinhas Cohen), Abraham Magrisso semble avoir conservé son 
sang-froid, au milieu du vertige général, et résisté dès le commen- 
cement à la tentation sabbatienne. Cela semble résulter d'un 
passage (n»s ^aa wwfri ava) de son épitaphe, qu'il m'a paru in- 
téressant de transcrire ici : 

.•mpa l nn "no» I ba s^-n 1 ab im | nnï-i-» S— i^tb -i 

,nana | iiem nica I )vj t^b>: i ern w | wy* fttn -2 

,iap2 | ûmNsnb l ïrnam I t*MZ» "p? | nw psi .3 

•nawna | or hiîv | ana )ni l û-omaô 1 ntftt a->3tt .4 

.ia npn l td rta^ioa I air ritts I ^n im l ym ava .5 

nasa l linisn l s^in wnp | ir» baa | irrempi .6 

.nanna | bibiûi ma | yny bab 1 aibt) nws l i-wpï w .7 

rianp i b&nu^a | tj'i) STTim | a^n a?b | aauitt im .8 

-pfts ©ana 
a-n tppn : 6fâb"W •wn ranK t an ba^îia b^banan : "ptta nnsb 
k— lai» ïinbî wiaNE amas -nmwa ï"*i:st»n pin ab^n aanrr 

,psb 'n 'lû'p'a'M 

Il a donc devancé de plus de vingt ans dans la tombe Samuel 
Primo, sa mort ayant eu lieu en 1682 ou 1687. Ce doute chrono- 



108 REVUE DES ETUDES JUIVES 

logique de cinq ans provient de l'incertitude s'il faut ou non in- 
troduire dans le comput la lettre 'n qui suit le mot 'ta'p'a'tt, 

Il est à propos de rappeler ici que la conduite d'un jeune homme 
de la même famille, Samuel Magrisso (Galimidi), contraste avec 
celle de notre rabbin. Ce jeune homme naïf, fantasque et écervelé, 
entretint à ses frais à Constantinople (avant 1687) Cardoso et con- 
sorts, en s'endettant, à cet effet, lui-même et en ruinant son père. 

Je crois pouvoir rapporter du même personnage une déclaration 
sans date ni signature, tirée d'un ms. en ma possession. Il s'y agit 
d'un différend qui s'était élevé entre ce rabbin, fondé de pouvoir 
de son beau-père Isaac b. Joseph , et la Communauté israélite 
d'Andrinople, différend que les deux partis convinrent de sou- 
mettre à l'arbitrage du rabbinat de Constantinople. Voici cet acte : 

•n»3>s *\*nb arc na lo-n^tt tamaN '"ttraa ûbrar? aanma r-ivnb 
rnbba pâ bea» «nom tzmani *pT irma* bs> K"jn '■Haattipb nabb 
Var* tpv 'naa pror 'nna ftbvm np\n itw Vai t*??* wn ■*&»» 
■'uîsn mbbaE imain ï-wniri nspa ûinnn b* û^an »"n nanafio 
1» rpînîib 'Tan amaa hmaa tabttn aan:i in« t-obb »"^ wn 
-pjn ^aitam ^aia "nai ^onsn "^an n^tt "la^ba mo»n ria!-j?:i ■pTïi 
oaiN naT tara ■'ba -naam ttivon laaiana nao^Dnai îrstrma t^"y 
nanb rmJan j-unaia ia»» iriio "in^ San im naba nayattai bba 
ynm 'tan Via tabusn aann nanbi n»sa tavasian rwbn rfnpn 
UDia^b in*' 'Tan prnr 'nfi "pai wtt i©a« mbba V 2 - D ^ ^ T ^">sm 
ïrtnaoLnp Nnan ***mp ■'SifiW ^aa-i mp'i nin ïie* 1 i"a "çob anp^ 
nnpnsa i-ram ûmhwei t=!Tm?m:>n la^np" 1 tarraab dot m: 
pitt r-mia ^s by n»N pi V* 171 " 1 ^^^^ *n«b ifcrafn anra armai 
ma tapaann ■nwnD îie bai maian bna u^a nso ba> a-nann iprrni 
naana t— i^jn nvnbi aiboa t-o-< v2-\-pn ba> ww *£©ai i-noya 'T3ïi 

...ava rsT mm i-p&nb irm»ïï iaEnm 



V. 



SITUATION ECONOMIQUE DES ISRAELITES D ANDRINOPLE DU TEMPS 

DE SABBATAI CEVI. 



Nous savions par De la Croix (Graetz, p. 466) que, à la suite de 
la guerre entre la Porte et Venise, la vie commerciale s'était alors 
retirée de la Turquie d'Europe et transférée à Smyrne. Ce chômage 
des affaires est confirmé, du moins pour ce qui concerne Andri- 
nople, par une lettre tirée du même ms. et dans laquelle le rabbin 



DOCUMENTS ET TRADITIONS SUR SARRATAI GEVI ET SA SECTE 109 

susmentionné, Israël Adato, s'excuse auprès de Méïr Rofé, délégué 
de Hébron, de ne pouvoir pas lui remettre les pieuses contributions 
(d'Andrinople sans doute) à cause de la misère de cette Commu- 
nauté et surtout du fardeau des impôts qui pèse sur elle : 

vrtob 1*3 &« ts tabttîi aann ,twnp bo pa ^«ibiDïi ^an 
mamn yrmsnRa mnar nrïib» 'nb in ,113 nsii n"wa 'nntta 
1rs .fc*rpa inbTsfci prai s-nx b37a-i inn^aji rasb Toannnra t-nb^sm 
na> t^b ">3 iiTsnm yn7aa msrpa rnNT ^an3723 mi© ^nco^ pnt 
wpb -nina )ynh nanTa rnaa>7a Epoaô na imat* Nb p ba> ">a pmn 
SaraiDa rnan ^a n"ab nsab anm n3ï7a ba> nbi*n nnn p«n ,i7au: 
Talion ■'ana ^as \mbn nrn mpttn ba* viKa t^7û ^a '^mn-na nnoi "H* 
\t ban taanb i-iawa anain *r lÉWn ïianaïn it ba> t**"?"' p"prt "^"H 
ann m73 ûa» p oa. "Haï T«m pr^a'obi npnsb nn^ba» i-ftfi iia>n 
fcrafeinb s-maai na^a rrnuim rn^y 173^ 13 'la-inn 3b ba> na-p nai 'na 
■nai ©b© '^^d ïto* pT 'Tan rnsian bu: nnanœ-n nnp^ia: m«b 

&n72N3 D73N3 d^D KD1 Ê|TI3> Whx 1331 M3*7 t3an3 b? tZ3-72^ 

bons» ht 'nsa'i cpoiîib traa 'na© t^ba in^s nab "H t**b îa^ba 
t^non73 ■'mon nn* ms^tta \nan Pibbitt7an natîn ivn ^3 ian^a>3 
r^an3 ms Taan imnan împ3 maa "pai ï-ibaio van tanb ya* 
sabra m b^ a-nna* 3^33731 3^313 û^aa» 'nvn arn /i-T-p tobttn 
sdt» bxb 1^1 i^©d tanb hd n^an laiTaa'uu Ha ba» canb ^k ^3 
3-ip72 T*an na-'b»^ traiDi ûnansb ><a nb»ai ,tanbiTb a^nb 
nsaio isiaa n»ïn T^ïi nra* ivp:p iiwi Ham ©np taaa^anTa 
nnn ûno 'e< Sliains '"<38 nnb tai"> ba*b 1*<k pjosj tsvnïniK a*b73 
Dnp*ii:3 riTan ûnb 'n 3^n-i^ i^th ^©73^3 dnt / D^wsnN3n "ipr^ bpTa 
«bn .t^n^© ûnb 5^p-«m n^an 'nb inna n^xa miab»a nanan inb©-» 
lia-» nn^a imin rmrrp t^33T ^n^a p<b im t^3-> "^a^in ^n3i n3 
in3nî< iTaxa ©san nani rn?:3nn nasa ma b33 mnm t^ aina abia» 

.lîaxn» b^nw ocaNb rjya naiTa n^arn 



VI. 



ABRAHAM HA-YAKHINI. 



Sur ce mystificateur qui a mis entre les mains de Sabbataï Gevi 
la célèbre apocalypse, source de tant d'impostures, nous avons une 
lettre inédite qui lui fut adressée par Ezéchias Romano, poète 
mentionné par Pinsker (nvaiaip "^p^b, p. 137; Lit. des Or., 1847, 
p. 403), et de la môme famille que Yomtob Romano, l'antagoniste 
de Cardoso et des sectes sabbatiennes. 



HO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Cette missive, conçue dans un style alambiqué, hyperbolique 
et intraduisible, ne contient qu'une simple allusion à l'activité 
littéraire (ïia^ii û'nso mia*) de ce calligraphe et polygraphe. Ce 
qui fait sourire ici, c'est le titre ito^b aia tmYT que son corres- 
pondant lui donne, titre que Samuel Primo aussi s'adjuge lui-môme 
(dVi* nailrD, n os 3, 4, 5, 6 etc.). 

ir^ba maian» aiœnbi ,i?:3>b aia uî-m "n^s y*iv w aana i» 
nasibN .m&tan ' — »idn t* ■piaa '■pab ■ma Np">m ,e*mrw b^sai wnb 
t-n\»3> ^au) ^asa *ppbN ^^n^ ^wiy marc ■prp'tFpbfic rrona 
nairn ^a rrobta rm*o?3 nanyarcn naa^a 'pan np-> rt» ,ïia-iïi a-nao 
,rasa ba> anb n^a the a*va lapiam ^na "nm a"»atm t-îam ^b 
TW» mui"> a^nsio bu: ^bip ,i^o f-trmsi Tna t^a-ia '■piatt ta^a 
î-iaïi "ry ■'niai ^a wan ricana t^b "naja ^j&n pmsx s-ine nbna 
13333 ■'nw n a ,"bionp w>a "una» a-n B^aaoE uiain ï-pïw dn 
■«P'no ^pia ^pia ana^afi nïïn to^rraïn tarassatTan rîpib:? naaa 
"jnbwa ^b "nri abri Trim pnïi ■•awis laniSE /ppi ynp Sa b* 
tawam anb a"njaia*n anjafn ïraann maiM jiiab tp^asa masibi 
/jma "pynm a^bmb ana a^-ipn mn isaa \aan?^ a^pinw û'nn&wafi 
s-naï-ian s-n»» ^j* ,t*un «ba t^mabn n*&a îa>b riTaT orpTa "lia» 
r^£ "njaNn ('•; !-W)?3N ai an nana fcamiDfiri "ibaa *->.©« nbpbpfc 
■'s n« inna /»narroaE "«awann in tan ^a "nai /]b« r-na^aaaawwa 
(ï) xb Mb» nias b^ nb« b« -wia ,nnaa ynn» 'ïiaffin an ,naaza 
aman s-iwïi an ^ab ib r- i7ûrr a">anna anTam m>aann ,jw n-na 
init?^ ^a am?aa ana r<bn nbbrwa n ab arai na-naTa nr nn !-ttmna 
tpoiwn ba ' — i?an PTTnaian rnaOK vn»» tas» ,iana law *nap 
■jnn ca^aab ai* ,yix l-)N ^rnanb m a a bara ma: *-rba b«i .ma 
©ana ûwaMatt fcnn*tt mari ^^^ vm ,anDn no» n^ ^i-ijc baa 
ttaaa ^-isa^a anaa o^Tn Nir-im t^n-n^n ^*i ^no ^:72n }pra n« 
a^ari "jva UJN73 S^-i/3 liai ,^ïan ^:na J-naa -mai ^bin ta^N 

,-|"3r ,ta*««J' , «b b^baT 

Andriuople, décembre 1897. 

ÀBR. DANON. 



r r 



L'ELEGIE DE MOSE ZAGOUT 



SUR SAUL MORTEIRA 



Mosé Zacout, en quittant Amsterdam, n'avait pas rompu toutes 
relations avec Saùl Morteira, le vénéré maître de sa jeunesse. 
L'impression que produisirent sur lui, par la suite, les professeurs 
de Talmud de la Pologne ne put effacer le souvenir de son maître 
et modèle. Aussi saisissait-il toute occasion de correspondre avec 
lui. Lorsqu'en 1650, David Garcassoni entreprit son voyage à tra- 
vers l'Europe, à l'instigation de la. communauté de Gonstantinople, 
pour le rachat des Juifs enlevés par les Tartares et transportés 
par ceux-ci en Crimée, et qu'il voulut aussi se rendre à Amster- 
dam, Zacout lui donna une lettre de recommandation pour Mor- 
teira ' . 

De même, Morteira se servait de son disciple quand il avait une 
affaire à traiter à Venise, sa patrie. C'est ainsi que nous le voyons 
adresser à Zacout lettre sur lettre, lorsque l'installation des bains 
rituels occupa de nouveau les rabbins italiens, comme jadis la 
question du bain de Rovigo 2 , et que l'avis de Morteira fut éga- 
lement solicité. Peut-être des négociants italiens en relations 
d'affaires avec lesPinto 3 , les chefs de la grande maison de com- 
merce de Rotterdam, s'étaient-ils servis de l'intermédiaire de ces 
derniers pour obtenir un mémoire de Morteira. Il s'agissait d'uti- 
liser comme bains rituels des citernes. Le rabbin d'Amsterdam, 
en en défendant l'usage, avait combattu l'opinion des rabbins de 
Venise, R. Simha Luzzato et R. Samuel Aboab, qui l'avaient au- 
torisé. En vain Zacout essaya d'amener les docteurs de Venise à 
partager l'avis de son maître; en vain il leur fit remarquer que 
tous les rabbins de Pologne suivraient l'opinion de R. Meïr b. Gue- 

1 Kaufmann, Revue, XXV, 203 et suiv. 

1 cf. manb» mais», 'n m»nb» (Venise, 1601; et a^ «aba («**<*., 16O8). 

3 Revue, ibid. t 205, note 1. 



112 REVUE DES ETUDES JUIVES 

dalia de Lublin, que Morteira pouvait invoquer en sa faveur dans 
ce cas. 

Zacout a fixé le souvenir de ce débat en consignant dans son 
copie de lettres * les réponses qu'il a faites aux deux lettres de 
Morteira. Nous apprenons ainsi que Morteira avait à Venise, d'où 
il était lui-même originaire, un frère du nom de Néhémie, par 
l'intermédiaire de qui il faisait parvenir des lettres à son disciple. 

Mais aucun monument écrit ne fait mieux connaître la véné- 
ration inaltérable dont Morteira jouit auprès de Zacout que Té- 
légie qu'il consacra à son maître défunt. Dans un poème de sept 
strophes, où chaque strophe forme un sonnet de quatorze lignes et 
dont chaque ligne comprend dix syllabes, il a utilisé sept fois, 
avec un mode d'emploi différent, une partie de l'élégie de II Sam., 
i, 24, composée par David à la mort du roi Saùl. Une introduction 
en trois paragraphes dans le style des Makames décrit la cause 
du deuil. Un soleil s'est couché qui pouvait rivaliser avec celui 
du firmament, le soleil de la charité, le soleil de l'éloquence 
sacrée, le soleil de la poésie hébraïque, le soleil du rabbinat, le 
soleil de la jurisprudence, le soleil de la dialectique et aussi le 
soleil de la polémique 2 , qui donna au rabbinat d'Amsterdam un 
éclat rayonnant au loin. Ce n'est pas pour le maître défunt, 
enlevé vers les sphères supérieures, mais à cause de la brèche 
irréparable produite par le sentiment accablant de solitude 
et d'abandon éprouvé par son disciple, profondément ému, que 
ses plaintes s'élèvent et que ses larmes coulent, pour essayer de 
calmer sa cuisante douleur. En épanchant ses propres sentiments, 
il espérait trouver un adoucissement à son chagrin et y puiser du 
réconfort. 

Le poème revient sur tous les détails de la louange contenue 
dans l'introduction. Toutes les sciences sont convoquées à s'asso- 
cier à la complainte du poète au sujet du maître disparu, qui résu- 
mait en lui toutes les vertus et toute la science. Les lévites du 
sanctuaire éclatent en cris de douleur à cause de leur frère, le 
Lévite, avec lequel toute douceur, tout chant a cessé. Maintenant 
celui qui fut toujours une lumière reçoit sa récompense auprès du 
trône de la majesté divine ; les êtres célestes se taisent d'admira- 

1 Voir Appendice, I. 

1 Ici Zacout pense sûrement à l'ouvrage apologétique Providenciade Dios con Israël 
y nulidad'de las demas liges. Dans le manuscrit, exécuté en 1710 pour Samuel Teyxeira 
Tartaz, de cet ouvrage, que je possède, Sainson Cohen Modon, de Mantoue, atteste 
à la fin, avant le registre des chapitres : tfb 72 "TH T2D2n 1DDH nîP")p Tlfc^O 

biais rn^a; 'o bru NT^ama ©nn ûbiarj DDnnb m»ax 'n r-iwap 
'^b n"3>ra bibN uïrib '1 tevn. 



L'ÉLÉGIE DE MOSE ZACOUT SUR SAUL MORTEIRA 113 

tion à cause de la grandeur du mérite de celui qui fut un éduca- 
teur de la jeunesse, un défenseur de la foi, un champion vainqueur 
de l'hérésie. Le poète emprunte à toutes les sciences leurs termes 
pour louer dignement le prédicateur, l'orateur plein de feu, qui 
n'avait pas son pareil pour utiliser habilement les versets tirés de 
l'Ecriture dans ses homélies. 

La dignité avec laquelle il a rempli ses fonctions est également 
une des raisons qui rendent sa perte irréparable. Ce n'est pas seu- 
lement dans sa communauté, dont il était l'ornement, qu'on le 
pleure, mais partout en Israël. Amsterdam a vu s'éteindre préma- 
turément celui qui brillait à son horizon comme un radieux soleil. 
Seule la pensée de sa survivance éternelle, de sa gloire impéris- 
sable impose silence à nos plaintes, et le souvenir des magnifiques 
créations de son esprit est une source de consolation dans notre 
détresse. C'est pourquoi la prière et la pénitence sont les seules 
manifestations de douleur dignes de l'homme en qui Israël se voit 
enlever un sauveur et un libérateur. 

Nous ne pouvons donner ici qu'un aperçu de ce poème où Zacout 
déploie toutes les qualités de son style. Il est impossible de mettre 
dans leur vraie lumière, à moins d'écrire un commentaire dé- 
taillé, les nombreuses allusions jcrui, pour la plupart, sont appuyées 
sur la prononciation sephardique de l'hébreu, les réminiscences de 
la Bible et du Talmud, les emprunts faits à la terminologie scien- 
tifique, les jeux de mots forcés qui se rencontrent dans ce poème. 
L'indication de la source doit suffire pour servir de guide dans ce 
labyrinthe. Mais quelle que soit la part de redondance et d'affé- 
terie qui se montre dans cet éloge hyperbolique, cet éloge môme 
nous permet d'apprécier dignement l'homme que le souvenir de la 
sévérité qu'il a montrée contre Spinoza a présenté à la suspicion 
de la postérité. 

David Kaufmann. 



APPENDICE 
I 

F. 103 a. 

nam i-nnaa ^n -n» ■p-n ï-r^r» hs bapi ^aipa "^ab tap 
ïrb* tavin 173*7 vnKia vm^aaMt ^ta ûibï-p rn:i»n ban n*Yiati 

T. XXXVII, n° 73 8 



114 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ab binnttn i3na hy pi ^atab naars pïi !"pm p'n ba bra iritttt 

ÏITTS n*tp73 l'S m&rW irTOSl 3>"l72ia73 '•nbîlM Î1723 laiO" 1 ^bl aiET 

tanmi» pa iidk "PTai&w l=s3>nan vmn^ mnsa apyi Sip b-ipïi 
aisnttw ^a 17312* iiîm dîriv ism r-isnai ïiaiana maana mnti 
k*i abia ana»n r-roy*: iisua îtjt^i laatin r-nai»nn Tmaïama 
j-iîïi , nw«3 pi "nn pynp m fcaian "na^im in« taip7:a nanab 
mbab "•anaf tt byaai înaytta larwata iuîn 'n "pia iin[a](y) nrian 
laa r-wa înyb ia in*ii i-np&n pia ™^ ™ wmnb istn 
ta373Nïi ->ai2Dï-5 pasîi canai Y'ia ■Kaa&nb ain '3*73 nia« "i-pb anan 
ï-j:îi /wio ian inbnn» inpi^a may»n ns ^anab nisofin i-rpaa 
ïpn i»nan'iana r-mas T»n« nifcna 'n maa ib •jnattî ïiaiyai nya 
Tnanm iim tarraw yi&tti "^n "^ b^apnb inabm mnita iifci 
'«aiisaoïon iiïi aviynrs 15 pim ■pn* inbniaa aiiain n« amaab 
i3iiN fnttWi anb infini (î-ït amp wt t**btt n») npcwi 
tamiaib 'iski inaonn wi viaib rcinb inam maawi mrcmfc 
inizji ï-rnN i«i iid\n carta iaïi3 tannai tsinrhjan tzniai inb nn 
rwan iiaia nsnari anb p«Œ ïi"3 tsipjaa aa n»i 'arrosa ai^nnb 
s nmn vuaa nmnn m»*m rmpibnjan pi iani abi tanb '^y ia 
cayatt 'ibn ia tanb imam p by irrn bbnnja u:"tt 1^27331 ïib^bn 
pi byab taip73 toi 'mnnbîa r-naia» 'a >*nn ann ea^aio aip7373i 
nais 7 ûi»an *w n^-37j 'a ^a taai r<"irî la^^a xinn ^a pibnb 
j^-oibio ijinj bao "^biTN paa "paV b"T '«a^nn i-ia^a -i^htdo '-"sa 
*im sinon T»n» amb i-iani ta"mnib b-n^ b"T t^irj ^a ririN "lab"» 
•ns->3rj iin^: aip^-n yoy> n^T 8 in^b^ -idw ''abTo aN'a toïib ^ni7:N 
fcnnnta wiaî^a csn^a^nb ainab is^b^T: ot» n^u: i2->a^ na^tt 
m-nam ïrrwn *no ^b n7awN pi pim m»w n^ipwn rjDTrNin 
'^3N tanb h]lïi)ii!n iïîn riMmïiîi ^ by ba« iTbrt ynsa pw^an 
i*»©"* 13 j-jN^i n^3 pbwi ODtDttïi p «b N^nn ynsn yn iw\a ai-ipw 
tz)372Nn .bN73'»ai p73^ mo* Nbi moi tan^tt»a ban aaïaai bipb 
Tisyb iaN j^bi naib tz;3Tis ican s-^sb (ib m^na «b maiob) 
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•ûmntan van* inii i»« tariain nb« iaai»ii mop ^n 

i Allusion' à Deut., xxi, 15. — * Baba Kamma t 65, et Ber. r., 49. — 3 s Cilerne. 
— * Meguilla^ 5*. — 5 £ofa, 47 è. — 6 Venise, 1606. — 7 n'itt) R. Méïr Lubliu, éd. 
de Venise, 1618. — 8 Dan., iv, 24. — 9 Ps., lxxxix, 35. — 10 Guittin, 41 b. 



. L'ÉLÉGIE DE MUSÉ ZACOUT SUR SAUL M0RTE1RA 115 



II 

F. 95 a. 

/nwiba ><©n ,îTïbr ^bana ,m:n t^nn ta© tib^n Bip73a ii"a 
,*m3>n nia: n-paaa ,*îtoîi ïi3d ïtpt fisa ^a ,*s-rpa mnai srarç? 
/i'73J> "»53 nana ,173© bmi bb-on i^bai73r; ain # m»n "^ba ba -isin 
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«5 73123 : 29 ma> rman np^ Sai /«rroan "pan nsian "p* ib ■o , î7 ï-i73^d 
125731a : "isin -nMt in©^ ,!-n©»n ip Sa> nia» ^mn©"» a73V -n&6 
: n i3iiTa r— ipnar , m -iîd ta^a' i 3a73ï-5 ni© ai ,nnan -in« lom «npiaî 
Sin©o r;73nn mba-m fcaana ib , M m» Sm m©-nn t»t inaTa ia73ia 
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©73©: u i3a nx ©■>** t©^ -i©xa ,173a* ma ta i©.i' , a *°a->arnb nanni 
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M i3i« ■nst» n^ / f8 rs3y np© "i^ bai ^'naiîssb abri ïmi 46 p73i ©73© 
a© 173© ns ai©b ,taip ■ji^bs» ion tkt3 ; QN , riia©73« Tin73a n^ ©73© 
131^1 ina^ , 81 iNas n© ba ibi ^b?j ^awX ,1^1373 iy ©73© : 80 i3aab 



. r,i 



1 Nombre?, xiv, 1. — 2 Abat, m, 18. — 3 Ruth rabba. — % Deut., m, 11; Jérémie, 
xlix, 2. — B 11 Rois, ir, 12. — 6 Isaie, xiv, 29. — 7 Ib., 22. — 8 Deut., xxxu, 11. 

— 9 Job, xv, 33. — 10 Isaïe, xiv, 6. — " Ex., x:i, 9. — n Ibid., vin, 11. — 13 Job, 
xx, 20. — u Isaïe, xlii, 5. — » Jér., li, 48. — 16 Isaïe, xv, 14. — 17 Ibid., xxvm, 
19. — 18 Lév., xi, 15. — 19 Isaïe, xxvm, 24. — 20 Ex., xxvi, 1, et Ps., xxix, 7. 

— 21 Ex., xix, 18. — as Amos, vin, 9. — 23 Job, xxvi, 9. — * 4 Sanhédrin, 8 a.— 
i:i = Moïse.— 2 « Dan., xi, 20.— i7 Mosch Haschana, 23 £. — a8 Prov., xxi, 30. 

— 29 Job, xxvm, 10. — 30 Jér., xxxi, 35. — 31 Job, xviii^ 7. — 3i Mal., m, 20. 

— 33 Bcrachot, 63 a. — n Juges, v, 11. — 3i Job, xxxy, 20. — 3G Comp. Baba 
Batra, 163. — 37 Gen., xxxix, 21. — 38 Deut., xxvnr, 49. — 39 Ps., lxxii, 17. 

— 40 lbid., lxxviii, 38.— M Deut., vjii, 5. — M Ps., xix, 5. — * a Allusion à la 
prière "p^n pTT2£. — w Juges, v, 31. — *■ Edouy, i, 7. — * 6 Ps., lxxxiv, 12. — 
w Jér., v, 3. — * 8 Deut., xix, 18. — w Job, xvm, 7. - 30 Deut., xn, 5. — 51 Gen., 
xxi, 21.-- 5i Jér., XLvin, 29. 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

■-ivrëi ï"i* ^ : 2 i5i3>a ©■»« ,"iwi»nn ban wi*i /rnp m*n ©tt© 
fcsrtn na i-nran ,*inj r^sbn uwfri nx pb^5a ,inNianb ^nsam 

: "is^îb ym 
kw mn \*9 bsn u-nï bs> , 3 -aN "aa p^ir?: t^in ,*anpa mn t|« 
i-ra©ïi© /•ncea ^snisn «pb* t^bi , 8, »©m -p* aa 173 b Nïb ^s 
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a©^ /'to*» bis© lîrrD'n ,i?33> ^3> iTpbtt r<iïi : 10 ï3!nab n©ipb 
î 15 i.3^tt anrm , u t-**>aba ib s-uwb 13, ab *nrp nNTb jïi : 12 i3rvab û-pfi 
ab^p 173 : 18 i3"»wn i^br; w ,fp?r 17 135353 iïr©*fcb /'îrmnaa ^3 rs 
t=np"< iTan: "mMa S? iTOttnb /•inTwah Nii-r !T*m /ira© lia» 
i» : "istdn -^briN 3»c3*>n .wn» n-a d^ ib *-)©« "wrp to*ip73a 
n©N nN/'nm i«^ *->« tt*n /ni* b? tznb©a ©n "ow ■»»! bsv 
ta-pa , 28 !-in3©!-t N©i3i "piBttn n»n rçpîa , 26 ïiN3p Tjsb Tiwan 153 : 25 i3©-> 
ib* ^d^ M *îa& ^a©» ^nsybi ,*°*nn tzp»©a ï-tny pb : "watt 
ppi «n^nba t^ir; : ,»*ra« , i t^iri î-rpb-i , M *iaa ynab n;c©3 , M *ntt 
37 m©mb!-i vmbm nrban ^biN ,vrm«i 3G ©n rraiib m& ifvvfiipa 
n3ï-î : 38 wrb twpo ovina nai mm© nr^m ,-pm©^nb ynba 
•pria , a9 i3^ ra? naaa .iswa 0ûi3n»n ,wb»a pibnn .na^ab ira ,i3rj 
ï-rnna ib , 42 i3iD!s "pNoa "O fcaai: M i3pT ^y rvn wm : w i3i©ba 
:* 6 i3a-in w a^prt , w wa vibtt b? pi , w w« maa ibi , m ïto 

r-»nat» "rtrrw rib'nw m tok b* a-ion 

80 -iso a -neat tibûi M TUMfcb brin 

51 ba«b a™ masn mwb l-nrp 

02 r-inr!D mn© ri73n *»i ■ , n73T 

r-inpb 83ta |in ^in nin fn^M ^ns 

Snna n^o 11 w w nTfîi m^ ba 

86 ns©T mîi n© 55 nb rs i3>"in &> Irrh 

bam nn73 n^nta B7 wia ne© 

59 ^-i73yn bN 88 inb© maann b« 

1 Joël, it, 10. — 2 Jér., xxn, 30. — 3 IL Rois, n, 12. — * Zach., n,17. — 8 Ps., 
lx, 10. — «Job, xxx, 16. — "' Ketonbot, Sa. — 8 Peut-être allusion à Job, xvm, 10. 

— 9 Gen., v, 24. — 10 Ex., xxvm, 3. — " I Sam., xvm, 13. — 12 Ex., xiv, 49. — 
13 Job, xxxvn, 1. — u Is., v, 29. — 15 Hosée, xm, 15. — 16 Ps., lxxxix. 27.— 
17 Ex., xxvm, 8. — i*Sifra : mT«73 i"v — 19 Lév., xxvn, 10. — 20 Ezra, n, 68. — 
21 Ps., xxiv, 3. — 2 * Dan., xi, 45. — « Eccl., n, 25. — 2i Ex., ni, 1. — as Deut., 
xxix, 14. — 2 « Prov., xxvn, 4. — 27 Is., li, 13. — 28 I Sam., xvn, 7. — 20 Nahum, 
n, 4. — 30 Job, xvi, 19. - 31 Ps.,vn, 6. — 32 Dan., x, 8.— 33 Jér., n, 11. — "Ex., 
xn, 4. — 33 1 Sam., xxv, 3. — 36 Ex., xxi, 36. — 37 Pesahim, 75 b. — 38 Ex., xxvn, 
3. — 39 Jér., xxiii, 9. — M Prov., xvn, 20. — 41 I Sam., xxi, 14. — M Is., ix, 4. 

— 43 Deu^., xxxiv, 7. — ** Is., lix, 1. — 43 Jér.,XLVi, 25. — />6 Nombres, vi, 14. 

— M Prov., xxvi, 14. — 48 Nombres, xxvn, 1. — * 9 Deut., xvi, 9. — d0 Allusion à 
mDD"l "JSO "ISO du Sefer Yecira. — 31 Ps., cxliv, 4. — Bï Niida, il, 7. — 83 Me- 
f/uilla, 23 b : *r-\r\ "Tin ÏTT37 Tiiy> — 8f Nombres, xxxn, 41. — 88 II Sam., m, 38. 

— 56 Comp. Nombres, xxxm, 23. — 87 Allusion au titre du livre "P!ia 1DD. — 
88 Jér., ix, 16. — 89 Jos„ x, 19. 



L'ÉLÉGIE DE MOSÉ ZACOUT SUR SAUL MORTE1RA 117 

Vnsaa îiattbenn s-ttitbsnn 

ffiD& ri53M 12012 'hvi b« ^o 

hïjKttJ ni» msa 3 m33> bip |n 

•nsm ^na^in ta^sno nrp in3tt*o 

5 ïh303 biNUi b« binu>"< mâ^a 

7 im:n nbin fi rrmb -nb ->-nb 

voa to^o m:r> 8 n-i?wsn bip 

, »h , n b -n^ii:-« ïhmïi ab 9, ;^n 

im-n mo tpïi v»ài ,0 rpK 

11 imm t]iit bip tjiiSEï» qnir bo tp^ 

,3 iîTn n^n t^iïi -o ton 12 ton 

n*:>?.a H3 ab naaw nsits ri3î3 

■ttpa fma inv *d 3b "ïma 

■raab ntttt ta? bo tans to3>-p 

-mb n*"» in pn)3 1,h, i^y 

nron -nïoro u rïi»ï rraï Tifcn 

nsi-n 18 ii3'n ban 17 ban mou^ 

•• •• V V 

n3>3n ïpî 19 Ttû* maa dort 
ina'oa b-uso ba bNW maai 

fcaban -nna wi 20 ratrna ma 

np^a do by "n^Vi aà*i?3 &b"îia 

n^iab aia -j* aç nr »aja laûpw 

tobsra obio 23 -iao -ia nin -133 

2V ûbNO i*7A3 t=pb^ nr** ts^b» 

-lia m 13*^0 *" 1^ ^*T3 ïsn 

^npna Tïïb ifii ^3ob inm 

•nuîiOT p^ï-iî: v»*nîobn bN vie 

noa mr.3 niS ins^a Ç" ^03 

nptti 26 t^ïob tû -o Ts03> iir m» 

mnia nus n? non "pa bo *p3 

ï-1300 tiT no rnno ûiiina "rm* 

"np^a *vpuj M mr3 rta'mSatn io 

swsa biNtt bx baniBi w nra 

1 Ez., xxvii, 30. — 2 I Sam., m, 3. — 3 Ex., xxxn, 18. — 4 Baba Batra, 2) a. — 
8 II Sam., 1, 24. — ti Enumération des lévites, vfa = ■»K"|bï1. m"H3 — deuils. -*- 
7 Michée, iv, 10. — 8 Lév., xxm, 42. Comp. I Rois, v, 11.— 9 I Chr., vi, 18. — 
10 Ibid., vi, 24. — " Ibid., vi, 19 et 20. — " Ibid., vi, 6. — 13 Ps., xxxiii, 9. 

— u I Chr., vi, 29. — 1!î Jér., li, 58. — ,6 Genèse, xliii, 11, et Amos, v, 23. 

— 17 Ps., xgvi, 13. - 18 Lév., xviii, 23. — 19 Comp. Ncdanm, 38 a. — 20 Juges, 
v, 23. — 2l Gen., xxviii, 12. — M Job, xv, 10. — n Le saint dont Tintérieur est égal 
à son extérieur = "pQO 101D, Toma, 12b. — n Job, xxix, 9. — 2:i = j-^jn. — 

26 Is., ii, 10. Il a vaincu avee son énergie la religion d'Esau, l'a anéantie et réfutée. 

— 27 Communautés d'Israël. — 28 II Sam., i, 20. — 29 Ez., x, 2, 7, au milieu 
d'Israël. 



118 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

aansa bab ^s^i» b^w bara 

i!-ni5J>tt ba n^b a wi* bans 

3 TiN"i m ba ta-ift t^£"n bana 

bana/i aitt ba non abio bsna 

4 *^3nfcb D*nb Spiïl iaa bsna 

mon T70 us-n 5 ;dVjs nxihn 

irnjttb np"^ npn» ip^a 

-n*a -n* 6 niîia ib œn ibat» 

inrii ^a i-to!-7 7 rvin nwn 

irâJfc ba 8 -)Karh ^anoi 

i-irtnn p î-tn ir* tvà 
•im&nn upn M3N w»b baai 

T • 

rt»a bi«u5 ba b&n^ nins 

^a nai ib 10 tr*vi art ïid s n 

nraya *y«5i«a "ma nèn ït*« 

sm na "ib "nfen r<irt r^ia^N "rça 

ani *n yiria 13 pria p» 

"nabab npbî •jr-ian b« ta ^a 

16b psa ti tsnn 1B *«B nnn yrâa 

18 num na -ib t3M5 "onata tfttt 

p*b l9 néiN ^-iia^a t^ t» t^nn 

21 ^vn bibatt ib a© 20 nnarr ^brra 

y-iao "tid^e bir» "panb -n** *]$ 

r-wast rrpsn 23 a'îrin T>« maab 

2Vta pab p">aa nm ab ba Nan y a 

r-iraa b-iNia ba bat rnian iTn ya 

"taana raianb n *\bx ^jbîi &«n 

rrobStt 27 ^b pvrs nntatt mpa 

tar^i n« ba w ^e r^»art 

"ttBn crû ph M îw "»a *b -Qb 

3, tDDDb a-i*n M rrrtJ ï-î^ï-id irna 



1 Maïmonide, More, I, 68. — 2 Allusion aux catégories du verbe dans la gram- 
maire hébraïque. — 3 Pr., xxxi, 25. — * Néh., vm, 6 : parce qu'il fut élevé 
en haut. — . 5 Haguiga, n, 7. — 6 Is., xl, 26. — 7 Jér., x, 9. — 8 Allusion au 
Kaddisch. — 9 Zebahim, v, 5. — 10 Gen., xxxvn, 16. — n Ps., lxxvi, 11, TMDTî 
= soleil. — 12 Gen., xxvn, 33. — 13 Prov., xxiv, 27. — »* I Sam., v, 1. — 13 Ex., 
xxi, 25. — 16 Lév., xxv, 43. — 17 I Rois, vu, 3. — 18 Hos., v, 1. — 19 Ps., xli, 3. 
— 20 Esther, v, 3. — 21 Is., xxxv, 8. — 22 Ez„ xxx, 4. — 23 Is., xix, 18. — 2V Nah., 
ii, 11. — 25 Ps., cxxxix, 7. — 26 Ibid.^ lxiv, 7. — â7 Prov., xxv, 26. — 28 Ps., lv, 5. 
— 29 Is., lvii, 20. — 30 Miehée, n, 4. — 31 Prov., xm, 19. 



L'ÉLÉGIE DE MOSÉ ZACOUT SUR SAUL MORTEIRA 119 

ï-rttn*3 taa l &bn rrrn« î-ion» 

■ttfrçrnan nb-irnja fia m 

s ttmnb nmiB»b bN nna -m ^ 

inaan fitta '*tn^ mb^tt btttt 

w>»n M»* 7 t-nEN iNirfi *poNb 
fitt'n mt» ta-nm "pôst ni ^ 
ii^aa biNUï ba ban^ naan 

rrrhy rim *:n nsjjnn ba 

»15»ma fit 8 n3 mnbin fiba 

'napa m* 10 ^n "»aa nfifi t-na in 

î-in? ""n 3* " tffi ï-fârti ns> r^b 

ttM* v« fia "iriTo fiSfi 

n$ fc ïttb , n i-hêttî "nsia niai 
naiiia ,8 *iatti lib "inftnnsn -it 

to^sa û^d laïua fi^anfi 

ir i5i3>a tik *nab 16 -ipi£ w^ 

tojm ûtaa -ina 18 imz: "pa^a 

î-ti&np bab "rvmiûrvi r-nbwaa 

■ttbKia na VjK biwa n?ai 

s-tt^a VÎKfiJ b« Sa liai smra 

M D^tï d^a nbr^i ,d s n^iS d^a nViatfi 
M, vwfc by os'ia "YtoK nuîa -m 

"T3>£fi t<ifi 



1 Ex., xxxvi, 19. — 2 Cant., vu, 1. — " Is., xlv, 1. — * II Rois, xx, 11. -- 
a 5«fo £a/m, 39 5. — 6 Mal, m, 19. — 7 mères! — 8 Gen., vi, 9, et Ez., vit, 
\\, _9 Q en#j Vi 29. — 10 lbid., xlv, 3. — » Jér., u, 6, corap. Jfe. So/V»»*, xxi. 
— 12 Cant., m, 7. — 13 Job, xvi, 21. — n JJaMo/, Sf/W, Sifra, Yelamdènou, 
Tanhouma. — 13 Gen., xlii, 2. — 1G Is., xlv, 13. — n Ps., cxxxix, 11. — 
18 Hosée, vi, 3. — 19 Avec des prières et des œuvres de pénitence. Allusion au titre : 
n "TO. — *° Is., xviii, 2. — n Meguilla,\Qb. — » Baba Batra, \Gb. - 23 Gen., 

XLVIII, 14. 



1E ELEGIE DE DAVID B. ARON IBN HOUSSEIN 



SUR LES SOUFFRANCES DES JUIFS AU MAROC 



EN 1790 



Sous le règne si long et si paternel de Mouleï Sidi Mohammed, 
les Juifs du Maroc avaient joui de quarante ans de repos. La der- 
nière période de la vie du chérif fut troublée par des mouvements 
révolutionnaires provoqués par son propre fils, Mouleï Jezid. En 
poursuivant les révoltés, il trouva la mort devant les portes de 
Randa, dans son char même, frappé d'un coup d'apoplexie, sans 
que son entourage l'eût remarqué. La mort du souverain n'a pas 
pour le Maroc, comme Abraham ibn Sadoun l'expliquait alors à 
Samuel Romanelli de Mantoue 1 , à cette époque au service de la 
maison de commerce de Guedalia de Mogador, les mêmes consé- 
quences que dans tout autre royaume. Un changement de règne y 
provoque, en quelque sorte, le bouleversement de l'ordre poli- 
tique et social. Les lois et les droits se trouvent subitement abro- 
gés, et la lutte de tous contre tous commence. Les passions de la 
populace se tournent d'abord contre les plus faibles, contre ceux 
qui sont simplement tolérés dans le pays, à savoir les Juifs. Aussi 
le printemps de 1*790 fut-il pour les communautés Israélites du 
Maroc la fin de leur tranquillité et de leur sécurité, car la mort du 
sultan, arrivée le 31 mars 2 , ouvrit pour eux une ère de persécu- 
tions. Restés fidèles à leur souverain, ils avaient refusé leur obéis- 
sance et leur concours au rebelle. Celui-ci ne tarda pas à se 
venger. Parmi les dix fils de Sidi Mohammed 3 qui se disputaient 

! 

1 y~\yï y&ï2 , éd. Schiller-Szinessy, p. 61 et 63 ; Zedner, Aiwoakl historischcr 
Stilcke, p. 223. 

8 /*., 63, maraïi anb ^n ûts. 
3 /a.,61, o^n rma? ib nîrj ^m. 



UNE ELEGIE DE DAVID B. ARON IBN HOUSSEIN 121 

la succession au trône, c'était lui qui avait le parti le plus nom- 
breux, et il ne tarda pas à se rendre seul maître du pouvoir *. 

Jusqu'ici nous connaissions seulement par la relation de Samuel 
Romanelli les terribles cruautés exercées contre tous les Juifs du 
Maroc. Mais le souvenir des horreurs de cette époque s'est aussi 
conservé dans d'autres documents : dans ce genre de poésies qui 
rappellent les temps néfastes, le calendrier noir de l'histoire 
juive, dans ces élégies qui ont rattaché aux chants de deuil con- 
sacrés au 9 Ab, jour anniversaire de la destruction du Temple, la 
commémoration des malheurs de toutes les époques. A la fin d'une 
collection de Kinnot manuscrites composées par des poètes maro- 
cains sur le 9 Ab, qui se trouve en ma possession, s'en rencontrent 
deux à la fin qui sont consacrées aux événements de l'an 1790, 
qu'un chronostiche (pria) désigne comme une « plaie du corps » des 
communautés juives du Maroc. Jacob b. Joseph Almâlih, dont j'ai 
déjà publié l'élégie 2 , pleure sur les souffrances des communautés 
de Tétouan, Fez et Méquinez, d'une façon générale. La Kinna de 
David b. Aron ibn Housseïn, qui a mis son nom en entier au com- 
mencement de ses strophes, répétant certaines lettres jusqu'à deux 
fois, entre bien plus dans les détails. 

Notre poète commence sa description des souffrances des Juifs par 
Méquinez sa patrie, quoique ce fût Tétouan, où Mouleï Jezidse fit 
proclamer souverain d'abord, qui eut à supporter les premiers 
effets de sa colère. C'est à la fin d'avril 3 que la catastrophe 
atteignit la communauté. L'ordre de piller les maisons des Juifs 
avait été donné par les autorités. Aucune cachette ne fut à l'abri 
de la rapacité de la soldatesque. Les synagogues et les maisons 
particulières furent livrées simultanément à la cupidité des pil- 
lards. Le pillage continua jour et nuit, jusqu'à ce que les maisons 
fussent tout à fait vidées. Les malheureux étaient surtout affligés 
de voir les rouleaux de la Loi enlevés des synagogues, outragés et 
lacérés pour servir aux usages les plus vils. Les pillards n'épar- 
gnèrent même pas les trésors littéraires de la Mellah de Méquinez 
qui n'avaient guère de valeur pour eux. Des savants voient leurs 
travaux, fruits de leur labeur et gages de leur renommée, emportés 
et livrés sans merci à la destruction. Privée de moyens de subsis- 
tance, la communauté se trouva bientôt en proie à la famine, et 
ceux qui les avaient dépouillés eurent l'ironie de les expulser 
comme mendiants. Les chefs de la communauté furent frappés 

1 Zedner, l. cit., 226, note 9. 

» Z. D. M. (}., L, p. 238 et suiv. 

3 Le mercredi 14 Iyar, comme l'indique le poème. 



122 REVUE DES ETUDES JUIVES 

plus durement ; ils furent menacés dans leur vie, mis aux fers et 
jetés en prison. On les punissait ainsi pour avoir refusé de trahir 
le père du nouveau sultan et de prêter assistance au rebelle. Pour- 
tant, en dépit de ces cruelles souffrances, la communauté eut la 
consolation de n'avoir à déplorer ni mort ni viol. Quelques- 
uns des pillards paraissent même avoir été punis de leurs excès : 
on les pendit aux portes de Méquinez. C'étaient sans doute les 
meneurs de ces forcenés. 

Nous connaissons par Romanelli les noms des communautés 
qu'Ibn Housseïn et Almâlih ont omis de nommer : ce furent Maroc, 
Arzila 1 , Alkazar, Laragi, Rabad, Mogador; aucune ne fut épar- 
gnée 2 . La dévastation se répandit à travers tout le pays comme 
un incendie. Des prodiges de foi et de fidélité inébranlables se révé- 
lèrent partout, mais la lâcheté et le désespoir exercèrent aussi 
leur action. Tous ne restèrent pas fermes à l'heure du péril. A côté 
des héros et des martyrs, il y eut des renégats qui acceptèrent 
l'Islam pour sauver leur vie 3 . 

Nous sommes renseignés sur Tétouan, « la reine des cités », 
comme on l'appelait, par la lettre qu'un fils d'Abraham b. Juda 
Kouriyat avait écrite au charbon sur une feuille de papier et avait 
fait parvenir à Mogador 4 . L'intercession d'un Tâlib, membre du 
clergé, auprès de Mouleï Jezid avait détourné à temps la calamité 
de la communauté de Tétouan, déjà vouée à la destruction. 

Les renseignements que l'élégie d'Ibn Housseïn nous donne sur 
le sort de la communauté de Fez sont inédits. Ici la férocité des 
persécuteurs atteignit son comble. Si dans d'autres endroits ils 
furent poussés par la cupidité, qui, une fois satisfaite, s'apaisa, ici 
ce fut uniquement la haine religieuse qui sévit, ne reculant même 
pas devant la violation des tombes et la sainteté des temples. On 
visait surtout les synagogues juives. Pillées et saccagées, elles 
furent encore transformées en écuries. Ensuite, on livra assaut 
aux cimetières. Les monuments funéraires furent renversés, les 
tombes remuées et les cadavres arrachés des fosses. Gomme jadis 
le prophète Ezéchiel, le poète demande en présence des ossements 
dispersés: « Ces ossements revivront-ils? » Les terreurs annon- 
cées pour l'ère messianique avaient fondu sur les malheureux; ils 

1 C'est là la communauté au sujet de laquelle Don Isaac Abravanel correspondit 
avec Yehiel de Pise ; voir ^faMS "liÊItt, éd. Blumenfeld, II, 66, et Kaul'mann, Revue, 
XXVI, si. 

8 Cf. M. Jost, Geschichte der Israélien, VIII, p. 46 et suiv. d'après les indica- 
tions de Romanelli. 

3 Romanelli aussi rapporte au sujet de Mogador, ibid., p. 67 : 353 ft"DJl ÎWT'ÏI 

* /*., p. 64. 



UNE ÉLÉGIE DE DAVID B. ARON IBN HOUSSEIN 123 

avaient vu les signes précurseurs de l'arrivée du libérateur, mais 
le Messie n'était pas encore venu. Malgré tout, l'espérance éclate 
à la fin de cette élégie en un cri de joie qui annonce l'allégresse 
et les triomphes de la justice victorieuse, du lumineux avenir. 

D. Kaufmann. 



•pttN pin *pon p ir-ina p m wa» '-«o î-^p 

r-na^ia naa hy pïb )pr\ '\aa ^nisip y^aa 

n»a ïtï i» 'n ïwa t<*ttri nataa nbbraaia 

ï-roNaaa t* nin pma pp tansb pna na^a 

nxis m y-ia i-wibi»b pu; 'n op'n 

'ttoaaa n^b nuîba 

Wtta 



n&n ^a nwa y» ta *a 
2 ï-tuj^d s*b ntrt a>saa 

naû ïtpt vt unirn 

t-wibta s-n:n«aa 
*ï-navw ï-hb ib n?: 

i-nain latis a\na n^na 
naibuîb .noana ab aï-ia haï 

6 ibaN !id baa banta^ 
'Wïtta ma?a rmn 

mb">n a:n moapi 
8 ïionn mbn Tp^ 

■oirn ynN ^ba> r^a^a 
•nstia ùna *iai boa t^b 

u, »nta nna inta 

maaai ,2 i-rnata na iy 

m»^ai r-nip^ a^taa 
13 TOuri a^aan b* on 

1 Aboda Zara, 70 £. 

* Allusion à II Rois, xxiii, 22. 

* Nombres, ix, 6. 

4 Mcnahot, ix, 5. 

5 Jér., xlvi, 22. 

6 Isaïe, ix, 11. 

7 Deut., xxxiii, 4. 



i-r&npK *p b 7 naiy bk 
rtsan r-iNTn wiïi 

naa w* nb^ba ^pN 
nataa vai ara 

fc-rittn bnn?ab fma 
t-n^b lair-n issn 

'nifiWpa û^y ^acainà 
r-naib*n anb nbaa 

ibbtû mb^b a* aw 
ibbn a^-na iwsa 

mbam a-^îa w 
mbiba aria montai 

r^aan irrbs "naî 
firatt a^bN torpb* 

10 nm t^n nn niy\ 
sm» lama im 

mari:? i-rbtta i^ 

8 Houllin, 9 a. 

9 II Rois, x, 10. 

10 Deut., xxix, 23. 

11 Sanhédrin, 94 a. 

12 Nombres, xv, 27. 

13 Hos., x, 14. 



124 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d-nnib unis inns 
'i-rons nbttnxû 

Wia dnb ipbn 

*n^aa ii> mta "i3> 



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'mena i-imab nb n&n 

îNbtt riiafcin imp *nso 
s î^Ett ab» ïbav &6 w 

6 niaain «bi mt «b 

ûmoNn rrna nu)an 
7 ns^iab DM ïlTSb 

ta^bYW a? ■n'W hy 
9 t^oatt ihûtw nnba 

"fvittra aftï qoa 

"Nffin nbtN t^aan nna 

a^jann irnavi b* 
14 i"wn*ri rions *nsa 

ma^n b* nan» ba 
l5 rtD»tt3 ï-r?3an ïinnos 

i-rpcna i^bibie nia* 
"rriîbDnN ns^ai 

maata Nbi ï-nya 
17 i-n»* ha b* n^tn ynab 

t^unb bN-iur» nN ara 
rtpsqn na*rp ^ba i? 

min «b ,9 *»©Da ■'b* 
3ns bro n^it a-i 

1 Jer. Beça, v, au commencement. 
* Pesahim, m, fin. 

3 j5aia Balra, 75 a. 

4 Isaïe, xlvi, 7. 
s Ibid. 

6 Ib. t i, 6\ 

7 Ex., xxxii, 25. 

8 Mikvaot, v, 5. 

9 Sanhédrin, 97 a. 
*o Sanktdr., 111 a. 

" = ^snttT^, émeraude. 



tawiao i-mn ^-iddt 
nsbNio an^bN dnb 



nt^ba nm»b nb «n» 

4 iNtt^ aia&n c]na by 

nann n* iama ian 
ï-wuEn nan na>: 

twaa matti -wî 
tmiap m&6;abiaa 

8 q*>bmt bs> naT a^siaii) 
tarb-n d^i* y*i 

10 1^aan iwb* ban 
■MÏP^o iwb* toiso 

ta"»»"»n ba b-^a tuo 
awa dnb nsip v« 

■n*c ba ut-iot na* 
•miBNb py dan 

ïmnïi "nao mSw 
msn» d^po nw ">by 

r-raautt di d*a t^m: 
naa 'n tarnba b« 

18 t^:nia \aua t^-i7:n 
^na in^b^ t^7:-n 

mm Tnp ^bNi 
3>n n:m aia împ 

mpî Nb -1T53 1^T nT5 

1S Comp. Taanit, §b. 
13 Comp. 7W« faawtV, u. 
u Pesakim, 22 è, et allusion au livre 
connu sous ce litre. 

15 Jér., xlix, 7. 

16 Ibid., vi, 26. 

17 Deut., xxix, 23. 
»s Sabbat, 116 b. 

i9 Lament., m, 20. 
" Lév., xiv, 39. 



UNE ELEGIE DE DAVID B. ARON IBN HOUSSEIN 



125 



isiaao m an mnar 
*r<iMaa tsib innpa moa 

man mbOT ms^bn 
n« .«NODip "»bai ma ^ba 

a maia» nmasai 

i;»» [nn]« anna ab 
*!Wrp rna itwïi Ntb 

na>a id«d *jba n»n 

lannara ma"»*!» b* 
6 TOptta nanbttai 

anp?i tpra ran:: p^rrj 
7 niS53Uîb ûrrapb -psi 

tann na man 8 arna n* 
.««ai tan manp br 

nna nnia flmïr:: bj? 
•i-tjtnN ton "jbnm 

osa ïmrt rmaa bi 
mp?a ."narmn ama araurj *a 

irn-nasa tû b* 

rwwv ta^oio bia nsn 
û*na .wnntt ^bab nan« 

wninoitt pnsb tra-na 
malïo ."rrana apan m«a na 

finiras m«fc» nans& 
msnaa .toi* nw ïrnsaa t 

19 "in? in? nofl w 
20 ïiotn rab maiz> riDnn 

1 1 Sam., ix, 7, et Job, xxiv, 7. 
* Menahot, il a. 

3 Jér., xv, 18. 

4 Lament., v, H, et Gen., xxxvm, 21. 

5 Berachot, 8 a. 

6 Isaïe, i, 8. 

7 Exode, xxxn, 25. 

8 = Quelques-uns. 

9 Exode, ix, 23. 

10 Prov., xxv, 26, et Gen., xix, 17. 



i2N2£72 sn nat "nriN 
la^bafc bTK anb 

t-nairon maita ta^nanw 
manb inpb bar; n« 

lasœtt nia-n pli 
Nitanb IN» i3^nnn 

13b -non ban nvi 
133» t^b mbinan tnrca 

ns>3s bio tn»-* inna 
nruja û"«M53N nbn 

narans ana naioa 

ana^n "nra nrn 
anan "pan eamen 

tams Nir?3 pna&fci ni 
Ûn73U53 rio» tanxn 

nwpi n^aaa ttbb? 
maymo bwin ïia^tt 

onc !TP*n ^* mar» n?a 
rcona i"»a>73 nroa mp» 

mba> ta-mM tvt» 
"rrnnD nia» -ibaa 

rvnttb 13 tan ^n mai ni 

nvnaa û^açvn ûtq 

14 wd msaa inai 
18 i»?t» aw rpTOrta 

"hnïïp ->a amaaH 
nmii ta^nn marna 

18 insn bbiai pûin 
inapw riTaïn r^nafcinb 

11 Lament., i, 1. 
11 Isaïe, ni, 26. 
* 3 là., v, 30. 
** Ps., xvii, 10. 
»» lb., xvn, 12. 

16 Lameut., n, 2, et Ps., lxxxiii, 13. 

17 Gen., xlix, 7. 

18 Houllin, 72 a. 

19 Ps., gxxxvii, 7. 
30 lb., lxix, 21 



126 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

«rnaam Tiwa va v 
*is ♦rnapaa n«T b* 'ara 

, s !-map iT aiita rvb 
û*m:a .* N^a naira ûms a^a 



■maria mb» Y 18 ^"' 
6 r-nna *iaa teaiw 

naa Ton p*ro barb? 
naiN , 7 n©p it rrûWÉnft "ja 

. 8 t<bs i-ni35^ toTiab 
■j-itt*»»! natt* ba tais^ 

tamb* tr-pin "i^a 
r-nmn tma iwi 

.na^bN Niab y-i Nbn 
ï-iifcna ï-ip^iana 

10 ^a* bian bȔn 
s-nDYïpn rvnnan 

11 taaï-î^i rc-wa mnn nab 
13 waan tan bx rra&n 

îîaba bN bbannb 
14 îi»^ ta;i m r-ib^ 

16 wa"> ab ann "na b« "na 

imiaa nbia^ mna 
17 i-œsp !t»b ribv bai 



nzv>rr nat ansio "na-iâ 
I i^n^nna iibia^b iy 



rmrvi ï-ran"> a^am 
' maai "wra aa-uaa 

*m:n br i-ibiP!-; cn 
8 in» naaia a^na by 

*ia ^b *ja nanri maa "{ri 

nawa Nb nap ^in na^a 

ttb*m ^n baa *jixn 
nba mais? wnn 

anb ruina rtipa 

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iï*n rroa ^ban 
■OTp -nbN tavn ba 

^rvna ne* nan be* mai 
^n-nn *jyab ïii»j 

tama» *7b« timp 
"tans*' -rsaa *jba via 

■irb* nbaia ria-iri 
îab ït!t "laib^a 

15 'n nia? avn nf 
^av ierp tn^b» e*ap 

muaa benur îonp 
inauj"» û^ïïi ik-p 



tan 



1 Berachot, 8 a. 
s Ibid., 8 o. 

3 Sanhéd,, 46 a 

4 Allusion à Prov., xviu, 22. 
Eccl., iv, 2. 

6 Isaïe, xl, 2. 

7 #oto, fin. 

8 Ps., lxxxviii, 11. 

9 Ez., xxxvn, 3. 



10 Exode, v, 23. 

11 Jér., xiv, 6. 
" Prov., xx, 2. 
13 Isaïe, lvii, 15. 

u Jér., xxix, 7, et allusion à la derrière 

des maia 3>a\a. 

13 Ps., cxvm,24. 

16 Isaïe, ii, 4. 

17 Ps., cvn, 42. 



MANUSCRITS DU SUPPLÉMENT HÉBREU 



DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE 



Les mss. orientaux de la Bibliothèque nationale ont été décrits 
dans un nouveau catalogue, et le catalogue des mss. hébreux 
occupe le premier rang par ordre de date. Depuis que cette publi- 
cation a eu lieu (en 1865), le fonds hébreu s'est augmenté de 71 
volumes, par suite de dons ou acquisitions. Plusieurs d'entre ces 
mss. méritent une description, en raison de leur importance; 
pour le reste, une mention du titre suffira. 

N os 4314-5 : Bible, en 2 vol. in-4°, déjà décrite ici * ; 222 et 220 ff. — 
Il convient d'ajouter à notre description que la Bible similaire dite 
a de Soria », qui contient une curieuse généalogie reproduite dans 
notre ms., a été signalée pour la première fois, en 1868, par Éliézer 
Aschkenazi, de Tunis, dans le Libanon (V, 180) ; ce dernier avait pu- 
blié le texte de la soi-disant généalogie. 

IS T ° 4 316 : « 300 mots hébreux identifiés avec leur équivalent dans 
les langues modernes », par Philippe Sarchi (Paris, 1826, in-8°). — 
Donné par la Société asiatique. — In-4° de 18 h". 

N 09 1317-18 : L'Ancien Testament en syriaque, écrit en caractères 
hébreux, par Arnold Boot. Cette copie a été faite sur l'exemplaire de 
Jacques Usher, archevêque d'Armagh, en 1653. Boot a ajouté les va- 
riantes des autres versions. — In-fol. de 526 et 299 ff. 

N° 1319 : Trois tableaux contenant les principes de la grammaire 
hébraïque. Le 1 er est intitulé « Tabula prima qua) est de lectione he- 
braica » ; le 2° : « tabula secunda quse est de verbis hebraicis » ; 
le 3 e : « tabula 3 a quœ est de affixis hebraicis ». — Du dernier siècle, 
in-4°. 

N° 1320 : Deux phylactères (tefillin) sur parchemin (dans un écrin 
en soie blanche). 

N° 1321 : "i3io û*, « plume du scribe », formulaire d'actes divers, 

» Revue, XXXVI, 112. 



128 REVUE DES ETUDES JUIVES 

contrats de mariage, divorce, tutelle, achat ou vente, location, adju- 
dication, prestation de serment, renonciation, testament, etc., selon 
les formules établies par les rabbins de Fez et de la contrée (Maroc). 
Cette série de textes a été commencée à Méquinez, le premier jour de 
la néoménie de Schebat 488 (= 1728) et achevée le 19 Adar suivant, 
par un écrivain qui a apposé seulement ses initiales 'a'N. — Après la 
table détaillée de ces textes, en six colonnes, un passage du Talmud 
de Babylone {Sanhédrin, 88), avec les Tossafot, est longuement com- 
menté. Ce morceau est suivi de trente types, DS1B, de décisions rab- 
biniques, dont les dix premières manquent; les n° s 11 à 18 sont écrits 
en judéo-espagnol. — Au f. 49# se trouve une liste de localités afri- 
caines, reproduite et identifiée ici récemment 1 . — In-4° de 61 ff. 

N° 1322 : Penlateuque, suivi des Haftarot et des cinq Meghillot. 
Copie datée de Tan "h N!T ITiDT, soit 339 (= 1579), non 283 (= 1523), 
comme le dit par erreur une mention ms. — Donné par feu James- 
Ed. de Rothschild, en 1876 (classé dans la Réserve). — In-12 de 504 p. 

N° 1323 : Rouleau d'Esther, rouleau sur vélin, dans un étui en or 
— Don du même. (Réserve.) 

N° 1324 : Rouleau contenant la première partie des Haflarot; 
26 col. fol. — Ce ms. et les huit suivants proviennent du Yémen 
(d'après l'inventaire, ils ont été achetés à Gonstantinople et cédés à 
la B. N. par M. A. Goupil). 

N° 1325 : Le livre d'Isaïe. Chaque verset du texte hébreu, pourvu 
de la vocalisation babylonienne, "nviîK, est suivi de la paraphrase 
chaldéenne et de la version arabe. Cette version est celle de R. Saa- 
dia Gaon (nonobstant l'assertion contraire émise par l'inventaire de 
ces mss.); voir la description de ce ms., donnée par feu Joseph Deren- 
bourg, préface hébraïque du t. III des Œuvres de Saadia (\%9$). — 
In-fol. de 128 ff. 

N° 1326 : Pentateuque. — A la fin se trouve un feuillet contenant 
un fragment de la version arabe. — In-4° de 236 ff. 

N° 1327 : Idem. — En tête du volume, un traité de grammaire hé- 
braïque en langue arabe, écrit en caractères hébreux, dont le com- 
mencement manque. — In-4°, 276 ff. 

N°* 1328-9 : Pentateuque en deux volumes. En tète du premier vo- 
lume une grammaire hébraïque dont le commencement manque. Ce 
traité est suivi d'une dissertation sur l'ordre des livres qui compo- 
sent la Bible. A la fin du même volume, on lit les observations 
grammaticales de V'-nriB. — In-4° de 186 et 160 ff. 

N° 1330 : Livre de prières à l'usage des Juifs du Yémen. — Dans 
l'avant-propos à son « Manuel du lecteur' », Joseph Derenbourg 
donne une idée sommaire de ce Rituel très curieux. Tous les pré- 
ceptes relatifs aux prières et aux usages ordinaires de la vie juive 
sont rédigés en arabe. Les prières elles-mêmes sont ponctuées d'après 

1 Ibid., XXXV, 306. 

* Journal asiatique, 1870, II, 310. 



MANUSCRITS DU SUPPLÉMENT HEBREU 129 

le système babylonien, tandis que les chapitres de l'Ecriture sainte 
insérés dans le Rituel portent la ponctuation palestinienne (ordi- 
naire). — In-4°de218 ff. 

N° 1331 : Autre exemplaire du même Rituel, mais plus complet et 
plus correct, rapporté du Yémen par M. Joseph Halévy. — In-fol. de 
325 ff. 

N° 4332 : Idem,, un peu défectueux en tête et à la fin ; plusieurs 
feuillets sont mutilés. — In-fol. de 456 ff. 

N° 1333 : Haggada, avec miniatures, longuement décrite par nous 
dans le Journal asiatique (février 4892, p. 472-485). Ecriture rabbi- 
nique du xv e siècle. — In-4° de 40 ff. 

N° 4334 : Explication du commentaire de Raschi sur le Pentateuque 
par Juda b. Salomon, de Tlemcen. Voici le titre hébreu complet : 
rriB» "i&npi yba rwabi» "n ï-d-d tù tmtv 'n min nsoaia ^"tan'e-b tins 
tTTab». A la fin de la préface, on lit la mention de l'achat fait par 
•pan 'a înD rai». Le volume a été écrit par Juda yba 1 , l'an 200 
(= 4440) selon un chronogramme, et continué l'an 204 par Soliman, 
fils de R. Yifrah a"o ms" 1 , à Tlemcen, pour un jeune homme mm 
nommé a"c ïvto 'a rv*y&* '") T)33> 'a bbj\ — In-4° de 444 ff. 

N° 4 335: Plusieurs parties des Hagiographes, savoir : Psaumes, 
Proverbes, Cantique des Cantiques, Ecciésiaste, en hébreu, en chal- 
déen et en arabe. Maintes parties sont pourvues d'un commentaire 
en arabe; avec le Cantique, on lit un commentaire qui semble être 
l'original d'une version hébraïque attribuée à Saadia et imprimée à 
Francfort-sur-O. en 4777. L'Ecclésiaste est suivi d'une explication 
très étendue par un autre auteur. — In-fol. de 4 37 ff. 

N° 4336 : Extraits du DbibN ma « clarté de l'ombre », explication du 
Pentateuque en hébreu et en arabe, composée par Nathaniel b. R. 
Yeschoua en 4327. Ms. incomplet venant du Yémen. Voir mss. de la 
Bodléienne, n° 2346, et l'analyse faite par Alexandre Kohut dans ses 
Notes on, a commentary to the Pentateuch, p. 9, à la suite du Rapport 
du séminaire israélite de New- York, 1894. Cf. Jew. Quarterly Review, 
III, 604 ; IV, 464. — In-4° de 228 ff. 

N° 1337 : Trois traités du Talmud Babli» : 4° Baba Batra; 2° Aboda 
Zara ; 3° Horaïot. En marge du premier traité, on a commencé à 
transcrire des notes et des variantes, intitulées : les unes D'n'uan 'oin, 
les autres ^un nom. Le propriétaire du ms. se nommait : 'pj' 1 m^iEtt 
ttitttf) 138, sa signature, en grands caractères carrés, est au bas du 
f. 2 a, et l'on retrouve ce nom en cursive orientale presque illisible, 
à la fin du volume, f. 21 3 # 3 . — In-4° de 213 ff. 

N° 1338 : Paraphrase arabe, en caractères hébreux, de la Genèse, 
jusqu'au chap. xli inclus ; rimée par quatrains. Ce poème n'a pas dû 
aller plus loin, puisqu'au fol. 82 a il n'y a qu'un quatrain, tandis que 

1 Voir Revue, V, 47 et 314 pour ce mot. 

1 Non • livres de la Mischna » , comme un relieur, mal guidé, l'a mis à tort sur le 
dos du volume, en 1882. 
1 Revue, VI, 158. 

T. XXXVII, n° 73. 9 



130 REVUE DES ETUDES JUIVES 

le reste de la page et le f. 82 £ sont blancs. — Au dernier fol., le recto 
est blanc ; au verso, on lit, en caractères rabbiniques, les mots sui- 
vants : u"0 i-EM wi» 'a ï-rttn (?ïit8») . . .watti ia»; puis, au des- 
sous : a"o i"ttfcH W173 Ttfatïi ^n, probablement le fils du précédent, 
qui selon l'usage juif portait le nom de son grand-père. Finalement, 
on lit la protestation suivante, d'une orthographe et d'un style dou- 
teux : m*3stN OTm pi m?» "*ba nso dTipibu) m:n "vauN wan ^k 
t>*t si» b-Diï T^n n^stïi *nso b? ^aia viarûi *a» (sic) vo p by 

û"0 ïliNT "OT!» p S|on\ — In-8° de 93 ff. 

N° 1339 : "pann 'o Novelles sur Ketoubot , par Elie b. Hayyim. 
Édité avec les Consultations n"nuî, du même auteur, par Isaac de 
Domo Léon. Gonstantinople, sous le règne d'Ahmed (un peu avant 
4618). — In-4°de 4 58 ff. 

N° 4340 : osiba* wn « Réflexions sur l'âme », arabe en caractères 
hébreux, par Bahya ben Joseph ibn Paqouda (M. Is. Broydé en a pu- 
blié une version hébraïque à Paris, en 1896, in-8°). — In-4° de 81 ff. 

N° 1341 : Recueil de plusieurs traités de philosophie et de théolo- 
gie, savoir : f . 1 à 62#, mai»K 'o « Traité des croyances », de Saadia; 
f. 63 a à 66 a, nvno'O « des fondements » du monde, par Isaac Abra- 
vanel ; f. 66 #, ù"W2P3ûrt û^Uîiniïi « cours de physique », par Moïse Nar- 
boni ; f. 67 à, nhwn maoE» ma^Na « de l'Origine de l'existence du 
monde », par Ibn-Roschd (Averroès), et d'autres questions de philo- 
sophie aristotélicienne (1. VII et VIII); f. 98 a, mrrasïi '0 « des 
plantes », attribué à Aristote ; f. 103a, nnbLrnn "pn by m*n 'o, par 
Abou Naçr aKFarabi ; f. 126 a : petit traité « sur la préexistence des 
âmes aux corps », par Salomon (ibn Gebirol), ou « l'auteur du 
Keier Malkhout », dit une noie marginale, en caractères rabbiniques. 
Puis on lit, en cursive judéo-allemande : apan 'n Nin aanrna rtl 
apy» bip biptt isioa TWWa ''"Dl ibitttN « il me semble que ce savant 
doit être R. Jacob Anatoli; car le ms. à la fin du poème révèle le style 
de Jacob ». Cette note moderne est signée des initiales p"n. N'est-ce 
pas l'abrégé du nom de Raphaël Kirchheim? F. 127 a, pp ûbn? « le 
microcosme », traité composé par Moïse ibn-Tibbon. En marge, une 
note moderne émanant du même critique avertit « de ne pas con- 
fondre ce traité avec un livre homonyme, le microcosme, composé 
par R. Joseph b. Gadiq, traduit de l'arabe en hébreu. » — In-fol. de 
130 ff. 

N° 1342 : Rituel juif en langue italienne, écrit en caractères hé- 
breux avec points-voyelles. Ce ms., légèrement défectueux en tête, 
a des rubriques multicolores, ornées d'enjolivements qui permettent 
d'attribuer ce petit volume au xv° siècle. Un Siddour similaire, en 
langue italienne et caractères hébreux, a été décrit par M. Leonello 
Modona, dans le Vessillo isr., 1887, p. 76-80 et 440-414. — In-12 de 
85 ff. 

N° 1343 : D^n y y « arbre de vie », traité de théologie et de philo- 
sophie par Aaron b. Elie, auteur caraïte du xiv° siècle (publié à Leip- 
zig, en 1844). — In-4° de 4 93 ff. 



MANUSCRITS DU SUPPLÉMENT HÉBREU 131 

N° 1344 : bfcW "p? "nEWa mb « Sentences tirées du Talmud et 
des Midraschim, disposées par ordre alphabétique et compulsées par 
Eliézer fils d'Isaac Rieti. Ecrit à Modène, l'an 5496 de l'ère de la créa- 
tion » (= 1736). Au bas de ce titre, on lit : rra-ms b«B"i T^irn ^natt 
■HTOmO». Ce dernier nom doit probablement être lu : Sermide, mot 
que l'on trouve tout à la fin du volume, écrit en italien. Une courte 
préface indique l'objet de ce double Index, qui renvoie par paragra- 
phes (D^tt^O) au recueil bÊnu)" 1 "p*, et par chapitres avec fol. au ma 
bfiniï)\ A la fin, six versets des Psaumes donnent en acrostiche le 
nom Eliézer (celui de l'auteur). — Sur la dernière page, on lit : « Léon 
Dauid Canc r0 ». Puis : « Questo libro è mio io Gur Arie Padoua. » — 
In-8° de 65 ff. 

N° 1345 : apj>i npbn '0 « La part de Jacob », commentaire sur Bèça t 
par R. Jacob Hamburger, l'auteur moderne du 3p2"> bnp (xvm e siè- 
cle). — In-fol. de 30 ff. 

N° 1346 : Diverses notes et copies de Béer Goldberg, la plupart im- 
primées. — In-8° de 52 ff. 

N° 1347 : Recueil comprenant six articles 1 , savoir : 1° f° 1 a, nbïï '0 
VPJM, traité anonyme de logique, avec traduction espagnole, en 
14 sections ; 2° f° 17 a, les 32 règles d'interprétation talmudique de la 
Bible, par R. Ismaël ; 3° fM9#, des extraits d'un livre ûb*,* ma^bn 
tt"">b ; 4° f° 21 a, explication des termes et des langages usités dans les 
controverses talmudiques ; 5° f° 35 a, liste des auteurs de la Mischna, 
ou tannaïtes ; 6° f° XI a jusqu'à la fin, introduction de Maïmonide à 
la 5 e section de la Mischna Kodaschim. — In-4° de 41 ff. 

N° 1348 : rtm id», traité de Kabbale, par R. Menahem Azariah de 
Fano, en quatre parties. Il manque au commencement le § 1 et la 
moite du § 2; à la fin, depuis le § 3 du livre IV. Ecrit par R. Petahia 
b. Benjamin de Bomsela l'an 408 (= 1648). Imprimé àGoritz, en 1786. 
— A la fin, en quatre pages, un article intitulé anaEïTi NnpBïr, les 
avantages de savoir « lire et écrire », par le caraïte Joseph b. Moïse 
b. Juda Bagar Cohen. — In-4° de 98 ff. 

N° 1349 : Pentateuque, avec la paraphrase chaldéenne, et en marge 
le commentaire de Raschi. Tout le commencement manque, jusqu'au 
milieu de la Genèse, chapitre xxxviii. A la fin on lit : nsn ""ba *"iso tttl 
ftanN tTTJ nbn pbnb mm "nbb. Dans le dernier mot, les quatre 
lettres TiN et ï\ sont ponctuées, ce qui donne l'an (5)212 (= 1452), ou 
si l'on compte à part le il pour 5000, on a 5207 (= 1447). — In-4° de 
266 ff. 

N os 1350-51 : Une partie des bulletins qui ont servi à rédiger le Ca- 
talogue imprimé des mss. hébreux (transcription Zotenberg). — In-4° 
de 352 et 200 ff. 

N° 1352 : Fragment de I Chroniques, xxiv, à II, ch. vu. — In-8° de 
8 ff. à 2 col. 

1 Non trois articles, comme l'inventaire ras. le dit trop sommairement. 



132 REVUE DES ETUDES JUIVES 

N os 4353-4 : Rouleau d'Esther, deux exemplaires. 

N° 1355 : Fragment du Pentaleuque, provenant d'un rouleau litur- 
gique (roulé). 

N° 4 356 : Recueil hébraïco-persan, comprenant trois parties : 4° Re- 
lation en vers persans (caractères hébreux) des persécutions des Juifs 
sous le règne de Schah Abbas II ; le commencement de l'introduction 
manque, et il y a une lacune après le fol. 2; 2° Relation en vers per- 
sans de semblables persécutions sous le règue de Mahmoud Ashraf et 
de Thahmasp par Babai b. Ferhâd ; 3° Azharot (Ihtirâz Nameh) en 
persan, par Moïse b. Isaac, et Azharot pour le premier jour de la fête 
de Schebouot en hébreu et persan. La fin manque. — In-4° de 490 ff. 

N° 1357 : ■nafc'Dïl W* rmbin 'o, « Histoire de Jésus le Nazaréen », 
en judéo-allemand. Imprimé. — Iu-4° de 25 ff. 

N° 4 358 : D*JN!"î ms^T 'o « Traité des connaissances humaines», 
commentaire sur des sentences morales de la Bible et du Talmud, 
ainsi que sur le Zohar, composé en judéo-allemand. En tête de la 
première page, le titre est inscrit en caractères carrés, ainsi que les 
rubriques ; mais tout le texte courant est en écriture cursive. Le 
ms. est complet, avec un dernier feuillet blanc ; pourtant on ne voit 
nulle trace du nom de l'auteur ou du copiste, qui a dû être — d'après le 
langage — un rabbin de l'Alsace du dernier siècle. — In-fol. de 58 ff. 

N° 4359 : Pentaleuque hébreu, avec version arabe par Saadia Gaon. 
Commence au Lévitique. — In-fol. de 204 fl". 

N° 1360 : truniBn 'o « Livre des racines », lexique par R. David 
Qamhi. Imprimé. — Au deuxième feuillet préliminaire, on lit un acte 
de vente : "o^s» b"T *yna baroaia n"aa bmaan'to nta» rtp"n ^n ïto» 
vnsja (Novembre) '-"ma 't '« 'V ÛTTTCJ laa Ênarpsa ttn* rmn (Pieve) 
rnizj-D û^uni»» 'on ht ûnmatti 1» :>"t mon n'n'a'a » tx^r pr^nrta "ib 
"î Tna ^nbapi rwpi N-rma Ntf-ibn ïrv&n w«n *™ bvnen njaDorm 
baTa irnsobi îpbob ^ban nsaix vu ib ^moEi miw "W b"sn ar^ana 
Dbi3> iji nrn ûvn 172 nKTfi fTTOîan naoa ib Nia^ tjîn "i^n^T my'û 
ib ^n n a amis ni b"arr irnrn 'nb ïttu aman ...'an barap o^n pi 
ba?: npbobi d^th m^DTan na nb d^pb ï-matiD oip» baa wbjoi ^Dia 
1» nNïn ïTV»wan naoa ïtïtid to latn ib Na-> iidk ww na*a 

nuirai çrna (Voitera ?) rransaib» ban»*» ïrw n?:aa 'm ban«r mn 
(Norzi) ^m37a Wibt viatt l'Ta'D'a ar"P barmb aman ba a^pTai. 

Puis deux noms, sans doute les témoins : tt'b'T rpaia*' n'a'a liarb 
'tt*. (de Oriente) r^aa*"^» iTniT n'72'a'a ar«P -nanba*. 

Enfin, au fol. 4 a, le nom d'un propriétaire postérieur : oma» ^biz) 
tp-im n'73'a'a. — in-fol. de 299 ff. 

N° 4 364 : û'nznn tPîanpb « Nouveaux extraits », traité de Kabbale 
par Isaac Loria. — L'auteur est sans doute un disciple du maître 
cabbaliste, dont il a recueilli les leçons, puisqu'au f. 79 a le disciple, 

1 Abréviation fréquente de 'n D' 1 ^ ^HfiO aHT MfiClV 



MANUSCRITS DU SUPPLÉMENT HÉBREU 133 

oubliant son rôle de copiste modeste, dit : b"T 'Yn'n dtttt ». D'autre 
part, f. 83 a, on lit ces mots : b'it'T y'nîi ^anato ">napb d^Tinn ib« 
f? Pensiere) tt'rrb'T niSMa nn^r^3 ami). — In-8° de 86 ff. 

N° 1362 : tTM"i S]25, autre traité de Kabbale, provenant de la même 
école. La préface, f. 4 a, contient une phrase qui renseigne sur le 
nom de l'auteur et le lieu de rédaction : ûmaN W3£ïi "^N THanm... 
...•p-ian tta ^«biTN îY'ttbî Wi» n"nn ...«"«b *p fS. L'auteur ex- 
plique en passant maints détails du rituel. — In-8° de 115 ff. 

N° 1363 : Nm^^itl anao Commentaire sur le « livre du mystère », 
une des parties du Zohar, par Isaac Loria. En réalité, le titre général 
du volume est plus vague : TiSTpn *""iNb û'Wtttt '0 « interprétations 
[cabbalistiques] d'Isaac Loria, en abrégé ». Au-dessous du titre, on lit : 
îiftn ïfnbî i"nNtt naia nnito'a Nirtts ivnh d^^o Êttfcon 'oîi tpom 
Nm^ït^ 'ob ^mitt). « A la fin du livre, on trouvera les index des 
explications disséminées dans les enseignements de feu Isaac 
Loria, concernant le Sifra di-Çeniouta. » A la fin de l'œuvre com- 
plète, après un grand nombre de pages blanches, on retrouve, en 
effet, le titre de cet index; mais celui-ci est à peine ébauché et se 
compose d'une ligne. Ecriture orientale. — In-8° de 96 ff. 

N° 1364 : Recueil composé de quarante-sept opuscules cabbalis- 
tiques, en écriture rabbinique, savoir : f° 1 a, ïittTp &*in tairn ; f° 16 b % 

ne atann in» 'i; f° 18 a, na» «bn uwa 'n ; f° n a, mari n-n» ; f° 30 a, 
ma* ,m i ; f° 32 #, '^'a'N "i; f° 35 a, *"-ab mb^N •para ^id-idï-î ; f° 36 #, 
d'mraw non ; f ° 38a, 'papia "p^ YiD; f° 40 a, "psa» m*ï; (• 44 a, n"tt 
DW1T; f°45#, STOpl^l m*T; fo 46 0, matapl T»m»; f°50a, N"T nbWT; 
f° 51 a, rtp^m "pa* ; f« 52a, TO ma*; f° 53 a, N"H "prra ; f° 54 0, "7 
absn ; f° 55 b> lonn 'tt ; f° 56 a, mabaïi pfirna ; f'° 53 a, mas 'i ; 
f° 59 #, tt«b tp£-)E> ; f° 61 a, rsujim "ps* ; f° 61 b, !mn dtt ; f° 62a, m» 
'on 'a ; f° 63 a, bpuitn m?: ; f° 64 a, nsyiN "pi ; f0 65 a, *pî Jniï ; f° 66 #, 
n"N ... ; f° 88 a, ->"nNn nap. — In-8° de 93 ff. 

N° 4 365: Commentaire de Raschi sur le Peutateuque. Incomplet de 
la tête et de la fin : commence au chap. n de l'Exode, et s'arrête à 
Deutéronome, xxix. — In-4° de 159 ff. 

N° 1366 : Œuvres diverses d'Aristole, f ° 1 a à f° 60 a : Résumé (ou 
petit commentaire) de la physique d'Aristote par Averroës, traduit 
de l'arabe par Moïse b. Samuel b. Juda ibn Tibbon. Manquent les 
deux premiers livres et le commencement du troisième ; f° 60 # : du 
ciel et du monde, par le même ; f° 1 05 a : de l'existence et de la déper- 
dition ; f° 123 à f ° 179 ^ : météorologie; la fin manque. — In-4° de 
179 ff. 

N° 1367 : mbîin 'O, Commentaire sur les Psaumes, par Abraham 
b. Méir ibn Ezra. Ecriture rabbinique. Imprimé. — Sur la feuille de 
garde on lit: « Queslo codice ricevetti dal Pr r Luzzatto in cambio, il 
giorno 27 Maggio 1845. — J. Pardo. » — In-4° de 115 ff. 

N° 1368 : lins!! rmar « Cérémonial du rachat » [des premiers-nés], 

1 A ce moment, le disciple rédige pour son propre compte. 



134 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tel que l'ont prescrit les rabbins anciens et modernes. L'auteur ou 
copiste, dont on trouve le nom au-dessous d'un titre très détaillé, se 
nomme b'ro *p5fi 'ptt ; il dit avoir recueilli et transcrit ces règles au 
grand complet, « à l'usage de son cher gendre, le compagnon d'études 
R. Jacob b. Neftali Cohen ». Le titre est encadré par trois versets 
bibliques : 4° Ps., xlix, 8; 2° Ps., xxv, 22 ; 3° Ps., lv, 19 (tous com- 
mençant par le mot ïTïB, « racheler », par allusion à ladite cérémo- 
nie). Tout autour, en caractères microscopiques, il y a huit noms, 
avec leurs généalogies. Dans le dialogue qui s'échange entre le 
Cohen et les parents au moment du susdit cérémonial, les paroles 
du premier sont écrites en caractères carrés ; les réponses ou les ins- 
tructions sont en cursive; la réponse de la mère, en judéo-allemand: 
...D )M "p"^. — Les six dernières pages de ce petit volume (in-24) 
mentionnent que cette cérémonie a été accomplie pour treize enfants 
des localités de^n::^ (Nobersheim),^mn^i* , b(Lichtiburg), 'pimrnN 
(Oberbain), SpnfinmfcKs (Patzedorf) , "psiE (Mutzig) , Strasbourg, 
•jNsaNUJ (Chaux-de-Fonds), depuis le 42 Schebai 509 (=4749) jusqu'au 
26 Iyar 524 (= 4764). — In-24 de 12 ff. 

N° 1369 : Pentateuque hébreu, avec la version arabe de Saadia 
Gaon. Complet. — In-8° de 149 ff. 

N° 4370 : Itt^b mu ©W Commentaire sur le Talmud , par Mar- 
dochée. A la fin, il y a des fragments divers d'un midrasch sur la 
bénédiction de Jacob, Genèse, xlix. — In-4° de 234 ff. 

N° 1374 : d^np '0 « livre des rayons », commentaire sur la Mas- 
sora, par Ahron, de la ville de Cardina (en hébreu û^p). Imprimé, 
avec le commentaire de Simson Ostropol (à Zolkiew, 1709). — In-4° 
de 47 ff. 

N° 1372 : biabsn n^tt « Section de la transmigration » [des âmes], 
par Samuei Vital b. Hayyim. Dans la préface, l'auteur raconte avoir 
projeté un grand résumé de la littérature rabbinique en huit parties. 
Il donne pour le moment la dernière partie, qui a pour objet de mon- 
trer la transmigration des hommes remarquables. — F. Ida : Enu- 
mération des vertus de certaines plantes. — F. 79# : L'auteur raconte 
que de Misr (du Caire) Ilayyim Vital est arrivé à Safet le jour de la 
néoménie d'Adar 5334 (= 4571) pour rejoindre son fils, dans le seul 
but de l'édifier sur sa descendance spirituelle. — F. 4 43 a : Liste des 
compagnons d'étude (et sans doute d'initiation cabbalistique) de 
Hayyim Vital. — F. 419 # : tFp'fïfctt rrmap « tombes des justes », 
c'est-à-dire des hommes célèbres (8 pages). — F. 423 b à 1 24 ^ (fin) : 
Histoire de l'exorcisme d'une demoiselle Esther, fille de R. 'f ïm&o 
T»0*\ accompli au Caire par Samuel, le jeudi 26 Tamouz 5426 (= 1 666). 
— La copie du ms. n'a été achevée que le jeudi 25 Schebat 554 9 
(== 4759), à Jérusalem. Signé : (?) ybn nnon. — Le fils de l'auteur, 
Samuel Vital, a revu les diverses sections de l'œuvre, en vue d'une 
publication ultérieure, faite seulement de nos jours (Jérusalem, 
4864). — Au f. 2 a on trouve les noms de deux possesseurs succes- 
sifs, puisqu'on lit d'abord (en écriture italienne) : aiïitt îiantta ^b ïma 



MANUSCRITS DU SUPPLÉMENT HÉBREU 135 

Dnbtt V'na »"3N , OT; ensuite, d'une autre écriture (orientale) : "^fin 
wik ni riN» w fuirai -»b vra b"5!i d^u du)b îma W5p wsrt 
15 nviNs lif «msT rtuaa n"n?3n. — In- 4° de 124 ff. 

N° 1373 : rnpitt* ttbàsa '0 « Le révélateur des mystères », par 
Nathan Spira (le neveu). (Imprimé à Cracovie, 1627.) — In-4° de 
303 ff. 

N° 1374 : TiSTib niN « Lumière pour mon sentier », homélies sab- 
batiques faites à la Société des Kabronim à Strasbourg, commentaire 
sur les Haftarot, imitation de Moïse Mendelssohn (îwrûb niN im- 
primé à Berlin, 1783,in-1â), anonyme. — In-4°de 92 ff. 

N° 1375 : Novelles anonymes (pilpoul) sur de nombreux passages 
du Talmud, qui se suivent sans ordre. Heureusement, il y a à la fin 
un répertoire méthodique par ordre de succession des traités talmu- 
diques. Sur la dernière page se trouve une formule cabbalistique 
contre le mauvais œil. — Ecriture cursive judéo-allemande, du der- 
nier siècle. — In-4° de 121 if. 

N° 1376 : Recueil de plusieurs opuscules. — F. \a, Homilétique, 
résumé de sermons sur le Pentateuque, par Eliahou Spira, fils du 
Gaon Joseph Iaski. Achevé le lundi 1 er Iyar (5)594 (— 183i). — F. 92#, 
l^bïi 'joib U)m « du beau langage ». — (Nouvelle pagination), f. 1 a : 
Introduction au livre lï-pbfc* rW7tf, commentaire du même écrivain 
sur les treize articles de foi. — F. 19 a à 22 b : tibsnsi nsni) « traité de 
la prière ». — A la fin, il y a des notes additionnelles sur les œuvres 
précédentes. — In-4° de 27 ff. 

N° 1377 : Commentaire sur le *\1&n *pN, par Jacob Pardo, auteur du 
commencement de ce siècle, qui a publié une explication du pro- 
phète Michée. — In-fol. de 131 fï. 

N° 1378 : ttbl^ln min « Loi de l'holocauste », commentaire sur le 
Pentateuque, par Neftali Gevi Hirsch. — In-4° de 82 ff. 

N° 1379 : nsi^rt 'o Tito, commentaire sur les « Démonstrations » 
d'Aristote, par R. Lévi b. Gerson. — Aux armes du cardinal de Riche- 
lieu. — In-4°, 71 ff. 

N° 1380 : mttttJtt "Wilî « Racines (étymologies) des noms » [cabba- 
listiques], disposées par ordre alphabétique. Par suite de l'absence 
du feuillet du titre, le seul manquant, nous n'avons pas le nom d'au- 
teur inscrit sur ce ms. Mais on sait : 1° par Azoulaï ; 2° par le cata- 
logue d'Almanzi, que cette œuvre émane de Moïse Zacuto. Dans le 
présent volume, cette œuvre a été enrichie d'un grand nombre d'ad- 
ditions à la suite de chaque lettre alphabétique, par un disciple et 
copiste de Zacuto, qui se contente de donner les initiales de son 
nom : k"k. — Ecriture orientale. — In-4° de 160 ff. 

N° 1381 : Eléments de géométrie d'Euclide ; version arabe, en ca- 
ractères hébreux. Elle a l'avantage d'être complète, en XV livres 1 . — 
In-4°de175fï. 

1 On ne trouve l'équivalent que parmi les mss. du fonds arabe, n° 2484 ; le même 
ouvrage dans le fonds hébreu, n° 1099, offre l'abrégé des Eléments , en XII livres. 



136 REVUE DES ETUDES JUIVES 

N° 1382 : Ary Renan, Atlas de paléographie des langues sémi- 
tiques. Paris, 1870, in-i° de 26 ff. 

Le n° 1 383 ancien est devenu le n° 27 du fonds samaritain. 

N° 4 383 : Explication mystique du rituel journalier, et *» mo 
mTDO « ordre des dix nombres » (cabbalistiques), avec figures. — 
Ecriture moderne. — In-16 de*1 1 1 ff. 

N° 1384 : "M^ rrnbin « Vie de Jésus » ; deux rédactions, 1° fol. 1-20, 
2° fol. 21-30. La seconde rédaction n'est qu'uue copie de la même 
œuvre, imprimée dans les Tela ignea de Wagenseil. A la dernière 
page on lit : nid trisn i»tt Nnp5T im "roti 'n iwp ^ mro tins» 
■nsi mp tvrt V'dh mm rtnttïWi ■pya b"2î lattnn d* ronron nb-iND 
m*n tpn ib n^rr mm rnptt Nir •>» pa» -itnttrr ib -iïïn imtab 
•ttbi ">73 d^raa ntoidi. Le récit de cette anecdote est suivi de cette 
observation : « N. B. che nel testo dice tngn », signée : B. Firenzi. 

— La première rédaction, inédite, émane d'un écrivain italien, 
car -saint Paul et saint Pierre sont nommés iTJ^s 'on "ibiND 'D. Ce 
petit volume avait été offert à Renan par « un suo ammiratore, 
Sabato Orvieto 1 ». — In-4° de 30 ff. 

N° 1385 : Trois inscriptions tombales en hébreu carré, trouvées à 
Mantes*; estampage passé au noir, et commencement de transcrip- 
tion de l'inscription phénicienne d'Echmounazar, roi de Sidon. 

N° 1386 : Commentaire de Raschi sur le Pentateuque, traduit en 
judéo-allemand par Sussmann Tulchinsky. Genèse seule. — A la fin, 
liste et répertoire des mots étrangers employés par Raschi dans cette 
première partie. — Ecriture contemporaine. 355 p. in-fol. 

N° 1387 : tPTi nviifiN 'o « Traité des trésors de vie », œuvre cabba- 
listique par Hayyim Vital. Fait partie de la série signalée au n° 1372. 

— Ce ms.. d'écriture italienne, émanant d'un disciple de Vital, est 
daté du jeudi 15 Schebat 415 (= févr 1655). — Iq-4° de 276 ff. 

Enfin, il faut ajouter à cette liste deux mss., placés (par un ha- 
sard de reliure) parmi les volumes imprimé* de la Bibliothèque 
nationale. Ce sont: 1° une consultation inédite 3 , jointe à un vo- 
lume de casuistique juive; 2° une élégie sur Joseph Caro, jointe à 
l'édition princeps du Zohar 4 (4° A 683 ancien). 

Moïse Schwab. 



1 Ce dernier ms. provient de la bibliothèque d'Ernest Renan acquise en bloc par 
M me veuve Michel Lévy et donnée à la Bibliothèque nationale. 

* Elles ont été publiées ici, Revue % XV, 295. 
» Bévue, V, 108. 

* Ibid. t IX, 30 i. 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES SUR LES JUIFS D'ESPAGNE 

LES JUIFS DANS LE ROYAUME DE LÉON 



Le royaume de Léon, dont le nom est ordinairement associé à 
celui de Castille, contenait des Juifs, en nombre moins considé- 
rable, il est vrai, qu'en Castille et en Aragon, à une époque très 
reculée, et, d'après les documents, dès le xi e siècle ; il y en avait 
dans les villes ainsi que dans les petites localités 1 . Les sources 
relatives aux Juifs de cette province espagnole sont peu abon- 
dantes et nous en sommes d'autant plus reconnaissants au savant 
Père Fidel Fita, qui a déjà tant enrichi l'histoire des Juifs d'Es- 
pagne, pour les documents qu'il a exhumés dans le cours d'une 
étude qu'il a faite sur le couvent de S. Miguel de Escalana. 

Les communautés les plus importantes du royaume de Léon 
étaient, outre celle de la capitale, qui s'appelait également Léon, 
celles de Mansilla, Valencia de D.Juan, Sahagun, Almanza, Rueda, 
Gifuentes et Mayorga. 

Dans le premier tiers du xiv e siècle, on trouve à Léon D. 
Abraham Royuelo, qui, en société avec Sara, veuve de Samuel 
Gommineto, et Saùl, fils d'Usijahu, habitant tous deux à Mansilla, 
avance de grosses sommes d'argent au chevalier Pedro Alfonso de 
Boygas de Rueda. Lorsque la veuve du chevalier Pedro renonça 
à ses droits et prétentions sur les biens de son mari échus en par- 
tage au couvent de S. Miguel de Escalana, le prieur dudit couvent 
prit l'engagement de fournir aux Juifs susnommés du froment, 

1 Voir Revista de Asturias, IV, 333; Bévue des Etudes juives, II, 135 et s. 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de Tépeautre et de l'orge, en quantité déterminée, au mois de 
septembre de chaque année, livrables à Mansilla ou à Rueda *. 

Ce D. Abraham Royuelo avait affermé de D. Aymar, le pro- 
digue prieur du couvent, tous les droits et revenus des hameaux 
et possessions qui étaient la propriété du couvent, au prix de 
5,000 maravédis pour une durée de vingt-six ans. Après la mort 
d'Aymar, son successeur, le prieur D. Pedro représenta au roi 
Alphonse XI qu'Abraham Royuelo, dans un intervalle de cinq ans 
écoulé depuis la conclusion du contrat, avait déjà tiré plus de 
5,000 maravédis de ces possessions et le pria ^annuler le contrat; 
en même temps, il se plaignit au roi que quelques Juifs et chré- 
tiens de Léon et du ressort prenaient en fermage ou en gage des 
hameaux, maisons, jardins et campagnes, ce qui causait un grand 
dommage au couvent, déjà fort pauvre. Là-dessus, le roi donna 
ordre à son juge de Léon, à la date du 12 janvier 1336, « de citer 
devant lui le Juif Abraham et tous ceux, tant chrétiens que Juifs, 
que le prieur désignerait et qui auraient affermé des biens appar- 
tenant au couvent, et de rétablir le prieur dans ses droits, sans 
autre forme de procès 2 ». 

La haine du peuple, fanatisé par les prêtres, qui causa la mort 
de milliers de Juifs en 1391, ne connut pas de bornes. Contre les 
Juifs, les prêtres se croyaient tout permis. Quelques documents, 
fort précieux et encore inédits, découverts et publiés par le P. 
Fidel Fita et qu'il a publiés, en fournissent des preuves suffisantes. 
Ainsi, l'abbé de Sahagun fit incarcérer les Juifs de la ville et leur 
extorqua des sommes plus ou moins fortes, sous prétexte d'accu- 
sations secrètes, ou comme amendes. La communauté juive se 
plaignit au roi des procédés arbitraires de l'abbé, en invoquant les 
droits qui leur avaient été concédés, à la date du 25 avril 1255, 
ainsi qu'aux Juifs de Carrion, par Alphonse X le Sage, et qui 
étaient formulés en ces termes : seuls pourront juger et prononcer 
en ce qui concerne les Juifs de Sahagun les juges nommés par les 
rabbins de Burgos et ayant prêté serment à l'abbé déjuger selon 
leur science et conscience, sans cacher leur décision à l'abbé; il 
sera loisible à l'abbé d'en appeler aux rabbins de Burgos ; les 
litiges entre chrétien et Juif ou entre Juif et chrétien devront être 
réglés par les alcades de la ville avec droit d'appel, comme cela 
est fixé par les fueros de la cité de Sahagun ; dans les procès entre 
chrétiens et Juifs, pourront être admis comme témoins un chrétien 
et un Juif, mais dans les différends entre chrétiens, on ne pourra 

1 Document du 31 mars 1324, tiré des Arch. histor. national, Boletin de la real 
Academia de Historia, XXXII, 116 et s. 

■ Document daté de Valladolid, 12 janvier 1336, ibid., p. 132. 



NOTES ET MÉLANGES 139 

admettre de témoin juif, de même que dans les procès entre Juifs, 
on ne pourra recevoir de témoin chrétien. Dans ce statut parti- 
culier il est stipulé, en outre, « que les Juifs de Sahagun devront 
payer annuellement à l'abbé un cens de 18 dinaros, et pour « l'en- 
tretien de sa table » ainsi que pour chaque « Servicio » 100 mara- 
védis et pas plus »; enfin, que l'abbé aura le droit de préposer sur 
les Juifs de la ville un Juif qui devra être un habitant de la ville, 
comme président du tribunal ou « Abbidyn » (= "pn ma aa). 

Les Juifs, se référant à cet antique statut, prétendaient que 
l'abbé n'avait pas le droit d'infliger des amendes ou la prison aux 
Juifs et Juives de Sahagun, à moins que les juges juifs n'eussent 
ratifié la condamnation. Ils représentèrent au roi qu'à la suite de 
l'acte de violence commis par l'abbé, beaucoup d'entre eux avaient 
quitté la ville et que ceux qui étaient restés n'étaient pas en état 
de s'acquitter des taxes royales. Là-dessus, le roi Henri III, à la 
date du 15 août 1401, édicta un ordre sévère prescrivante l'abbé 
de s'en tenir désormais strictement au statut des Juifs et de ne 
pas leur infliger ou leur laisser infliger d'amende ou de prison, 
sous peine d'avoir à verser, en cas de désobéissance, 10,000 mara- 
védis au profit de la cassette royale. Quatre semaines plus tard, 
le 8 septembre, le roi envoya à l'abbé l'ordre de comparaître dans 
un délai de quinze jours devant la cour royale et d'exposer per- 
sonnellement les motifs de son refus d'obéir aux ordres donnés *. 

L'abbé brava le roi, d'ailleurs très faible, et persista dans ses 
procédés arbitraires et illégaux. Il fit incarcérer les Juifs de Saha- 
gun, R. Abraham Obadia, Dona Gracia, sa femme, l'instituteur 
Jucé (Joseph) et sa femme, et Samuel Aben Pex, sans qu'ils eus- 
sent été cités devant leurs juges légaux et sans avoir été con- 
damnés. Quand ils eurent recouvré leur liberté, les représentants 
de la communauté, D. Ç^g (Isaac) Maymon, D. Sento (Sentob) 
Timon, D. Moses Timon, marchand, D. Moses Aben Pex et Rabbi 
Abraham Maymon, en leur nom personnel et au nom de la com- 
munauté, s'adressèrent au gouverneur de l'Aljama, D. Juan 
Sanches de Gusman, le lundi 6 août 1403, et protestèrent contre 
les procédés arbitraires de l'abbé en produisant les deux décrets 
susmentionnés. Ils étaient accompagnés, en qualité de témoins, 
des cinq personnes qui avaient été emprisonnées, ainsi que de 
Moïse Gorion et D. Sento Gabay 2 . 

Une autre affaire concernant les Juifs de Sahagun fut réglée 
quelques semaines plus tard par une décision papale. 

1 Documents du 15 août et du 18 septembre 1401, Arch. hist. nacional, Boletin, 
XXXII, p. 232 et suiv. 
1 Arch. national, Boletin, p. 238 et suiv. 



140 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En l'an 1399, un prêtre du nom de Jean Martin de Balves se 
donna toutes les peines imaginables pour amener de force au bap- 
tême les Juifs de Sahagun. Poursuivi pour ce fait par les Juifs de 
cette ville, il se réfugia dans le couvent. Les Juifs invoquèrent 
l'assistance des autorités compétentes et obtinrent qu'il fût enjoint 
à l'abbé de livrer le prêtre ou d'exposer personnellement, dans un 
délai de quinze jours, les motifs de son refus. L'abbé continua à 
résister; il invoqua certains privilèges et prétendit qu'il ne pou- 
vait pas livrer ce zélateur de la foi. Néanmoins, le conseil royal 
décida que l'abbé et trois moines du couvent s'engageraient par 
serment à tenir le coupable prisonnier dans le couvent. Là-dessus 
il s'adressa à Pedro de Luna, ou Benoît XIII, qui, par l'intermé- 
diaire du cardinal Guidon, prit, le 30 août 1403, une décision en 
faveur de l'abbé '. 

L'arbitraire et la violence des membres du clergé grandissaient 
avec la haine toujours croissante de la population contre les Juifs. 

Les Juifs de Bembibre, ville du district de Ponferrada , et 
ceux des environs, qui appartenaient à la communauté de Bem- 
bibre, avaient construit, quelques années avant l'expulsion, une 
synagogue nouvelle, plus grande et plus belle que l'ancienne. A. 
peine celle-ci fut-elle livrée à sa destination que le curé de la ville 
y pénétra de force, enleva les rouleaux de la Loi, ainsi que les 
vases sacrés qui s'y trouvaient, érigea une croix et un autel et 
célébra la messe. Les Juifs, ainsi frustrés de leur sanctuaire, in- 
voquèrent le secours des autorités et obtinrent qu'on éloignât la 
croix et tous les autres symboles chrétiens et qu'on leur rendît la 
synagogue. Le curé persista à soutenir que l'édifice, ayant été 
consacré comme église, devait rester une église et soumit l'affaire 
à l'évêque de Gordoue, D. Inigo Manrique de Lara, auparavant 
évêque de Léon. L'évêque fit valoir que les Juifs auraient dû 
demander la permission de construire la synagogue nouvelle, 
« beaucoup plus riche et plus magnifique que l'ancienne » ; ayant 
négligé cette précaution, leur droit de propriété se trouvait, pour 
ainsi dire, périmé. Maintenant que l'édifice avait été consacré 
comme église, il ne pouvait être rendu aux Juifs comme syna- 
gogue, et les Juifs étaient tenus, en conséquence, d'enlever, dans 
un délai de vingt jours, les rouleaux de la Loi de l'édifice et de 
l'abandonner sans autre réplique au curé pour qu'il pût ériger un 
autel et l'utiliser comme église. Mais l'abbé, ayant agi illégalement, 
serait obligé de faire construire, dans un délai de six mois, sur un 
emplacement que désignerait le conseil de la cité, un bâtiment 

* Voir la lettre datée de Puente de Sorgues, 30 août 1403, iJirf., p. 241 et suiv. 



NOTES ET MÉLANGES 141 

neuf, haut de cinq « tapias * », long de trente-cinq pieds et large 
de vingt-cinq, en bois « bien et élégamment ouvré » et à le re- 
mettre, sans aucune peinture ou tableau, aux mains des Juifs. Ce 
jugement fut signifié le 19 mai 1490 au curé et au représentant de 
la communauté juive deBembibre, Rabbi Isaac Gonnueto 2 , par le 
notaire apostolique de Valladolid, en présence de deux témoins. 
L'un de ces témoins était Francisco de AJmuzura, le notaire de 
l'Inquisition, qui avait commencé son œuvre néfaste en cette ville 
par un auto-da-fé, le l rir juin 1489 3 . 

Le jugement de l'évêque de Cordoue, au fond, ne diffère guère 
de celui que prononça l'évêque d'Oviedo en 1379 au sujet de la 
synagogue nouvellement construite de Valencia de Don Juan. La 
synagogue construite par les Juifs de Bembibre existe encore con- 
vertie en église paroissiale. Le curé a-t-il obéi à l'ordre de l'évêque 
et a-t-il fait construire une nouvelle synagogue? Deux ans plus 
tard, les Juifs du royaume de Léon avec leurs coreligionnaires de 
toute l'Espagne durent abandonner le royaume. Les communautés 
naguère florissantes de Léon, Mayorga, Sahagun, Mansilla, etc., 
furent détruites 4 . Les biens mobiliers et immobiliers que les Juifs 
durent vendre en partant, à n'importe quel prix, procurèrent des 
bénéfices sérieux aux membres du clergé. Dans le testament de 
l'évêque D. Alonso de Valdiviesco, du 3 juillet 1497, il est ques- 



1 Tapia désigne la mesure d'un mur ; c'est ordinairement quarante pieds. 

% Dans le document espagnol il y a Raviça Gonnueto ; il faut lire Rabi Çag Con- 
nueto ; Connueto est un nom de famille comme Commineto (voir plus haut). 

* Voir Ramon Alvarez de la Brana, La Sinagoga de Bembibre, dans Boletin de la 
r. Academia de Historia, XXXII, 106 et suiv. 

4 M. Fidel Fita publie [Boletin, ibid., p. 274) le « Servicio » c'est-à-dire la liste 
des impôls que les communautés juives de Léon et d'autres provinces devaient payer 
en 1474 au roi et qui est conforme à celle qui a été publiée par J. Amador de los 
Rios, dans son Historia de los Judios, III, p. 590 et suiv., d'après un manuscrit de la 
Biblioteca nacional. D'après ce document, les communautés payaient les sommes sui- 
vantes : 

Carrion de los Condes 1,000 maravédis. 

Sahagun y monasterio de Béjar 2,500 — 

Mansilla de las Mulas 2,300 — 

Almanza 1,100 — 

Mayorga 5,000 — 

Valencia de Don Juan 2,300 — 

Léon 2,600 — 

Astorga 2,000 — 

Zamora y Castrotorafa 6,500 — 

Castrotorafe, ville sur la rive gauche de l'Esla, a cessé d'exister sous Philippe II. 
Le licencié P. Melchior Zatarain Fernandez a écrit l'histoire de cette ville d'après 
les documents existants et l'a publiée récemment (Zamora, 1897). Nous y revien- 
drons prochainement. 



142 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tion des vêtements « qu'il acheta des Juifs, quand ils quittè- 
rent Léon ». 

M. Kayserling. 



NOTES GRAMMATICALES ET LEXICOGRAPHIQUES 

I. Le verbe îtt 1 . 

Quelques verbes à racine n"c perdent leur vav au futur, comme 
nrôn : ypi; le plus grand nombre change le vav en yod, comme 
yy\ : yy^. Enfin, on en compte trois qui, d'après l'opinion de 
grammairiens modernes , conservent leur vav , à savoir : ban ; 
futur b^ïp (Gesenius-Kautzsch , § 69r), *jpn , futur rpv (Barth, 
Z.D.M.G., 1894, p. 14), ïjon, f. nçfi (voir Revue, t. XXXÏII, p. 154). 
Nous croyons qu'on peut ajouter à ces trois verbes un quatrième, 
qui est *nn (ïtp) « lancer ». En effet le passé est ïtv (Gen , xxxi, 
51 ; Ex., xv, 4 ; Jos., xvm, 6 ; I Sam., xx, 36, 37 ; Job, xxxvm, 
6). Une seule fois on trouve le hifil ^"vin (Job, xxx, 19). A l'infini- 
tif on ne rencontre que le qal (Ex., xix, 13; Ps.,xi, 2; lxiv, 5; 
II Chr., xxvi, 15) ; à l'impératif il existe un exemple du qal 
(II Rois, xin, 1*7). Au participe, on trouve le qal (Prov., xm, 18; 
I Chr., x, 3; II Chr., xxxv, 23) et le hifil (I Sam., xx, 36; xxxi, 
3 ; II Sam., xi, 24, et I Chr., x, 3). Ainsi, le qal est bien plus usité 
que le hifil. Or, au futur, si l'on met à part le mot très douteux 
tn-on (Nomb., xxi, 30), on emploie constamment la forme sryh 
(ISam., xx, 20 ; II Sam., xi, 20, 24; II Rois, xm, 17; xix, 32; 
Is., xxxin, 33; Osée, vi, 3; x, 12; Ps., lxiv, 5, 8; II Chr., xxxv, 
23). On peut en conclure, à notre avis, que le futur mi"» appartient 
au qal et a maintenu le vav. Le verset II Rois, xm, 17, où stjj 
répond à n^n, nous parait très significatif. Le hifil dans mnn et 
ù"nntt doit être formé, d'après une fausse analogie de fnt» de 
même que ^nsoin, ïpçin et spol» ont été amenés par le futur t]oi\ 
Le véritable hifil de ïtv aurait donc exclusivement le sens d'en- 
seigner. 

Notons, .à ce propos, que la prononciation de rn*i (Ex., xix, 13) 
est vraisemblablement altérée. Ce mot aurait dû être ponctué ïtj« 
pour îttp passif du qal, comme ûttfyn est pour trtMjn.II en est de 
même du verbe parallèle bpo^ qui a remplacé bfcDj. De la sorte, 
on comprend bien l'emploi des infinitifs qal ïrr et bpo . 



NOTES ET MÉLANGES 143 

IL mba et rrbia. 

T T 

Les dictionnaires donnent comme premier sens de roba « exil » 
et pour deuxième sens « exilés ». La première signification s'ap- 
puie sur II Rois, xxv, 27 = Jér., lu, 31 ; Ez., i, 2 ; xxxm, 11 ; lx, 
1; mais ces passages sont douteux, parce que mba y est précédé 
de la préposition b , et qu'il est alors possible et naturel de lire 
nibjb, comme nibâ iy dans Juges, xvm, 30, et Jér., i, 3. Il est à 
remarquer, d'ailleurs, que nnba ne se rencontre pas autre part 
dans les Rois ni dans Ezéchiel. Le mot rnba comme le montre 

T ? 

déjà la forme du nom, est emprunté à l'araméen. La vraie forme 
hébraïque est tibia. Il est curieux d'observer que fibia ne se ren- 
contre jamais à l'état construit. Dans II Rois, xxv, 15, 16, il est em- 
ployé adverbialement. Le mot mba, au contraire, ne se trouve à 
l'état absolu que dans Amos, i, 6 et 9. Il est à l'état construit dans 
Is., xx, 4; xlv, 13; Jér., xxiv, 5; xxvin, 4; xxix, 22; xl, 1; 
Obadia, 20. 

Mayer Lambert. 



UN LIVRE D'HISTOIRE INCONNU 

■ou) ma ûwïi vm 

Le dictionnaire hébreu-persan de Salomon ben Samuel, dont j'ai 
traité avec quelques détails dans la Zeitschrift f. d. altt. Wis- 
sensch. de Stade, année XVI, p. 242 et s., et que j'ai pu étudier 
dans quelques mss. de la collection Elkan N. Adler, de Londres, 
renvoie, dans plusieurs articles, à une source qui n'est mentionnée 
nulle part ailleurs, et qui est une Chronique du second temple. 
On indique même, dans l'article svil (ms. Saint-Pétersbourg, 70&), 
le chapitre de la Chronique où se trouve le mot en question ; ce 
passage est ainsi conçu : i?2r> ab:n biaw) j^iût* ?k& fma laiDawt ytzn 
-naoaba ïïsp T)tD ma 'wn i 'm mbir. « toi, en perse, ^^jUiL*. 
y^j l . On trouve dans le mot jrnûT employé dans le récit de Saùl 

1 Cette expression persane a ici le sens de « victorieux, heureux », qu'on ne trouve 
pas consigné dans Vullers. Dans l'article nbi£ (avec mention de Genèse, xxiv, 56), 
notre Dictionnaire donne le terme "pia TODHttâ (ou "pia ^31D^Ï1SJ) » qu'on ne trouve 



144 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(I Samuel, xiv, 4*7), en arabe <-Jjo, qui a le même sens que l'hébreu 
mbsr». De là f»i = iD»»n), ce mot dans la Chronique du second 
temple , dans l'histoire d'Alexandre. » L'explication donnée ici 
pour le mot yrçjT dans I Sam., xiv, ne se trouve que dans la Vul- 
gate (superabat). 

Dans l'article unio, après les exemples bibliques tendant à 
prouver que ce mot signifie « déraciner », comme ùton© dans 
Juges, v, 14, ^îzntz) dans Ps., lu, 7, nzmiai dans Job, xxxi, 8, 
le Dictionnaire cite encore l'exemple de ois •»•» na tznio&o, avec 
cette indication : *»2U5 ma '"Wi /h n. On peut supposer que les mots 
« je déracinerai le peuple perse » sont prononcés par Alexandre 
le Grand, le conquérant de la Perse, et que, par conséquent, cet 
exemple est également emprunté au chapitre relatif à Alexandre. 
Du reste, izniDK se trouve aussi dans notre Dictionnaire, comme 
article spécial, avec la traduction o:a "pa (p£ gu*) « j'arrache 
la racine » et l'indication : ^aia ma 'Eti 'ai. Enfin, cette dernière 
indication se trouve encore dans quatre articles de notre Dic- 
tionnaire. 

Dans l'article bo II, où ce mot est traduit par i*rx na, extermi- 
ner, après la citation des exemples bibliques "ibo"n (Job, xix, 12), 
mbo (Ps., cxix, 118) ïrbo (Lament., i, 15), le Dictionnaire ajoute : 
nbo ibo "«ai» ma '»•*! 'n rwarr. — De même, dans l'article :ns II, on 
trouve comme exemple jhb pi», avec la traduction }Noba im, et 
l'indication ">5Ui ma 'n^ 'i. Je ne sache pas que le mot aiD ait 
encore ailleurs ce sens. — Dans l'article on, on cite d'abord 
deux passages du Targoum, dont l'un est &ob*n «on ma (Targoum 
sur Genèse, xiv, 17, et Jérémie, xxxi, 39). Puis vient cette re- 
marque : ttfc« l«Ttt 'bi iàra ma '»ti /fc 7 Dn 'nr\ « on, dans la Chro- 
nique du second temple et dans le Talmud (b = THabn), dans le sens 
d'hippodrome ». Et l'auteur continue : m:nia b*»» tn kf "i«HX Nim 
•'TND ffln'JON !"rt3N p n a c'est le quart d'un b" 1 » , c'est-à-dire 
500 coudées, en arabe unnaON ». Le mot cité ici comme de l'arabe 
est manifestement une altération du syriaque ynaoa, dans le Tal- 
mud 'pnaDN = <rràoiov, stadium. Il est étonnant que la mesure iti- 
néraire appelée on soit évaluée à un quart de mille (= 500 cou- 
dées), puisque d'après la baraïta de Baba Mecia, 33 a, un b" 1 » = 
7 1/2 on, et que, conséquemment, dans Baba Kama 79 &, Raschi 
dit que trente on forment quatre V*». D'après notre Dictionnaire, 
1 y>tt=Uon. — A la fin de l'article tnp III, on lit : ym*ipi '»i 
"i Irma ia tp-p n-iïti wwa n»n tb rimpsie maai» \rhrû p 

pas du tout dans Vullers. En tout cas, le mol "TONit, donné pour anûl, n'est qu'une 
variante du mot par lequel est traduit flbil. 



NOTES ET MELANGES 145 

131Û rna 'e^ït. Le nom de 'ji^lpi est donc traduit, d'après la ra- 
cine tnp, par l'arabe nawtt, combattant, et notre Dictionnaire re- 
prend l'explication connue de Taanit, 20 tf, répétée dans Guiltin, 
56 a (avec la leçon ïiîo'TpiiD, et non pas mpsia ou ïmipsiû). D'ailleurs, 
Nicodème, fils de Gorion, est identifié avec Joseph, fils de Gorion, 
avec renvoi à la « Chronique du second temple ». Mais il ne ressort 
pas clairement de ce passage si l'identification de N. b. Gorion 
avec J. b. Gorion est empruntée à notre Chronique ou si cette 
source mentionne simplement J. b. Gorion. 

A ma. connaissance, on ne trouve cité nulle part ailleurs un 
ouvrage d'histoire intitulé *»ai8 ma dwtt "Haï. Il ne peut s'agir du 
^l'O rpaa htiHD'* "^btt "nm d'Abraham ibn Daud, car cet ouvrage ne 
contient pas l'histoire d'Alexandre le Grand. On serait tenté de 
voir dans ce titre un autre nom du Yosippon hébreu, mais je n'ai 
pas pu retrouver dans ce dernier livre les termes expliqués dans 
notre Dictionnaire. 

L'auteur du Dictionnaire, Salomon b. Samuel, qui a achevé son 
ouvrage en 1339, dans la Perse septentrionale, cite aussi, comme 
je l'ai montré ailleurs, des expressions rares du texte hébreu de 
Sirach ; il l'avait donc encore sous les yeux. Il est possible, par 
conséquent, qu'il y ait eu également une histoire du second temple, 
que nous ne possédons plus. 

Budapest. 

W. Bâcher. 



T. XXXVII, n° 73. M 



BIBLIOGRAPHIE 



Salfjîld (D r Siegm.). Das Mai lyi'ologiuni des Niirnberger Mt"in»r- 

bucîies... Quellen zur Geschichte dcr Juden in Deutschland. 3 e volume. Berlin, 
1898, in- 8» de xl + 520 p. 

Il y a dix ans, la « Commission historique pour l'histoire des Juifs 
en Allemagne » fit parailre, comme premier volume des Quellen ou 
documents originaux, le Judetschreinsbuch de la paroisse Saint-Lau- 
rent à Cologne. Tout en rendant justice au zèle des éditeurs, la cri- 
tique ne put s'empêcher de signaler dans leur travail des lacunes re- 
grettables, des erreurs dans la lecture, la traduction et l'interprétation 
des textes hébraïques, bref un certain nombre d'inexactitudes qu'on 
ne devrait pas rencontrer dans un recueil de documents devant servir 
à des recherches historiques. En 1892, parut un second volume des 
Quellen, contenant une série de relations hébraïques sur les persécu- 
tions des Juifs pendant les croisades. Cette fois encore, une critique 
impartiale dut montrer que celte publication offrait bien des parties 
faibles. L'édition des textes ainsi que la traduction présentent des 
erreurs et des inexactitudes des plus regrettables, et l'introduction 
a été écrite par un auteur qui ne connaissait ni l'original hébreu ni la 
littérature rabbinique et se guidait uniquement d'après une traduc- 
tion défectueuse. Heureusement, la « Commission historique» a con- 
fié la publication du 3 e volume des Quellen, qui vient de paraître et 
que nous désignerons par le signe Qu. m, à un savant plus compé- 
tent que les précédents. 

Le Memorbuch de Nuremberg est connu depuis plus de cinquante 
ans, sous le nom de Memorbuch de Mayeuce, comme une source 
sérieuse pour l'histoire des Juifs, mais n'avait été, jusqu'à présent, 
ni étudié d'une façon suffisamment crilique, ni utilisé complète- 
ment. Graetz, qui en eut uue copie à sa disposition, l'a consulté fré- 
quemment ; Carmoly, qui l'eut entre les mains jusqu'à sa mort, y a 
puisé des renseignements, avec son manque de conscience habituel, 
pour divers travaux; enfin, M. Neubauer a donné dans la Revue, IV, 
1 et suiv., une description du manuscrit. MM. Stem et Salfeld en ont 



BIBLIOGRAPHIE 147 

utilisé une partie pour la statistique de la population juive, dans 
leur ouvrage Die israelitische Bevôlkerung der deutschen Stâdte Nûrn- 
berg im Mittelaller. Mais c'est pour la première fois que ce Mentor- 
buch paraît dans une édition critique, complété et rectifié par les 
Mémoriaux d'autres communautés, expliqué et rendu plus clair par 
l'emploi des documents et travaux historiques juifs et non-juifs 
qui sont relatifs à ce sujet. Maintenant seulement on pourra exploiter 
complètement la mine si précieuse en renseignements que présente 
le Memorbuch, qui enrichira et, sur certains points, rectifiera l'his- 
toire des persécutions, du culte, des mœurs, des savants et des fa- 
milles juives, ainsi que la liste des noms des personnes et des lo- 
calités du moyen âge. 

Les espérances éveillées chez les savants par la forme extérieure 
de l'ouvrage sont pleinement réalisées par le fond. Abstraction 
faite de quelques erreurs de traduction assez singulières, l'éditeur 
s'est acquitté de sa lâche avec beaucoup de science. Déjà l'introduc- 
tion (p. ix-xxxix) se fait remarquer par l'abondance des renseigne- 
ments et la clarté de l'exposition, et l'édition du texte atteste de 
sérieuses connaissances philologiques, de la conscience, beaucoup de 
soin, et un sérieux examen critique des manuscrits. 

L'éditeur est resté fidèle aux principes qu'il a exposés dans son 
introduction (p. xxiv). Sauf les passages qui, d'après les décisions 
de la « Commission historique » qu'on trouve mentionnées au long 
dans le 2 e volume des Qttellen (p. xxvn), ne devaient pas être rendus 
mot à mot, la traduction allemande est aussi littérale que possible. 
Pour être plus clairs et plus faciles à utiliser, les chapitres isolés 
sont précédés d'excellents sommaires et accompagnés d'explications 
et de notes. Bien qu'on puisse regretter que les notes ajoutées à la 
traduction allemande des listes des martyrs omettent trop souvent 
de renvoyer aux noms identiques des martyrs cités dans Qu. n, nous 
pouvons déclarer que l'éditeur a donné, en général, toutes les indi- 
cations nécessaires. 

Les textes hébraïques contiennent d'abord un tableau général des 
persécutions de 1096 à 4 298, puis des listes spéciales des mar- 
tyrs de 1096 à 1349, dressées par localités, ensuite une ancienne liste 
de villes et de villages où des persécutions eurent lieu dans les 
années 1298-1349 (p. 3-70). Suivent alors, comme « documents com- 
plémentaires » (p. 71-94), sept textes : I. Les martyrs de Worms de 
1349; 1I-V. diverses listes de localités où il y eut des martyrs de 
1293 à 4349 ; VI. l'introduction de notre Memorbuch, et VII. un extrait 
du Nécrologe de Nuremberg. Vient enfin la traduction de tous ces 
textes (p. 97-256). 

La partie des Beilagen und Excurse (p. 311-439) contient : 1° onze 
élégies hébraïques historiques sur des persécutions, texte, traduc- 
tion et notes; 2° une liste alphabétique des rabbins et des savants 
mentionnés dans notre Memorbuch, avec des renseignements biogra- 
phiques et littéraires pour chaque nom ; 3° une liste alphabétique, 



148 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

avec explication, de tous les noms de personnes cités dans le Memor- 
buch auxquels on peut attribuer une origine romane ou germanique. 
Dans la pièce IV, l'auteur examine le nom de lieu frn^jbiN mentionné 
dans Qu. n (p. 20 et 24) qui avait élé identifié jusqu'à présent avec 
Altenahr, et qui, d'après des preuves convaincantes, désigne Eller, 
près de Neuss. En général, l'auteur ne se contente pas de deviner au 
hasard les nombreux noms de personne et de lieu contenus dans le 
Memorbuch, mais s'efforce de les identifier au moyen de la philologie. 
Dans la pièce V, il est questiou de Juifs français établis en Alle- 
magne au moyen âge, et dans la pièce VI, de l'ancien cimetière israé- 
lite de Mayence, de sa situation, des pierres tumulaires et des frag- 
ments de pierres du xn° et xiv e siècles qu'on y trouve. 

Gomme on voit, les matériaux contenus dans l'ouvrage sont abon- 
dants ; nous pouvons dire qu'ils ont été examinés et coordonnés 
avec la plus sérieuse attention et que le livre contient, à la fin 
(p. 443-520), des index établis avec soin. Il renferme pourtant quelques 
petites lacunes et inexactitudes que nous croyons utile de signaler. 
Nous désignerons par Qu. n le 2 e volume des Quelles, par Qu. ni le 
Memorbuch de Nuremberg ; le premier chiffre indique la page, le 
deuxième la ligne, les chiffres entre parenthèses indiquent la page de 
la traduction allemande ou du texte hébreu. 

P. xn, 5 d'en bas. Voir aussi msvDïrt 'D chez Ephraïm ben Jacob, 
année 4148, dans Qu. n. 66. — Ib., note 5 Wùlfer, dans Theriaca 
Jud., p. 128, cite le Memorialbuch ou Memorbuch des Juifs et en 
donne deux passages : ibaatu ma* rtb*>a nittTpmri 'n 3"n ù\-îbN '-dp 
yaybaipa oattï-j, correspondant au passage de Qu. ni, 86, 1. 3, et 
l'autre passage répondant presque mot pour mot à 86, 11s; seule- 
ment chez Wùlfer, après miw "ibam, il y a nvj»ia ibaai, et après 
D"nj Ttt rrmn -néo, il y a tria "Ptt D^oisn >KWïm. — xix, 11. L'as- 
sertion que sous la rubrique de « Wùrzburg , 1147 », dans Qu. 
ni, 12 (119), on a indiqué des martyrs de la première croisade 
(voir Qu . n 8, 9 s., 107), est inexacte, de même qu'il y a des inexac- 
titudes dans une partie des notes sur 107 et 109 et au sujet des 
deux Isaac b. Eliakim, p. 371. Voici ce qui en est en réalité. Nous 
avons trois listes de martyrs des persécutions de Wùrzbourg de 
1146-1147. La première (I) dans Qu. n, 60 s., est certainement authen- 
tique, parce qu'elle émane d'un contemporain, qui fut en partie un 
témoin oculaire; la deuxième (II), citée par erreur dans Qu. ni, 8, 
9 s., sous la rubrique de Worms, ne porte pas la suscription qui lui 
convient ; et enfin la troisième (III), dans Qu. ni, 42, désignée par la 
suscription comme une liste des martyrs de Wùrzbourg de 1147. 
Nous les réunissons ci-contre en marquant les noms des martyrs 
par des chiffres et en plaçant les mêmes chiffres devant les noms 
identiques. On reconnaîtra ainsi, ce qui a échappé à M. Salfeld, que 
la liste II contient aussi des martyrs de Wùrzbourg de 4 4 47, et non 
pas de Worms de 4 096. 



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150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La liste I, qui est certainement authentique, ne donne pas seu- 
lement les noms de dix victimes n 08 1-9 (les deux enfants nommés 
au début de la liste sont réunis sous le n° 4), mais indique aussi le 
total des martyrs, environ trente et un. Il en reste donc près de 
vingt et un dont il faut chercher les noms dans les listes II et III. 
On s'aperçoit bien vite que II est une liste de Wûrzbourg, car elle 
contient tous les noms mentionnés dans I, et, de plus, tous les 
autres noms qu'elle donne, à l'exception du n° 24, iiun m?:"!, qui 
n'est peut-être qu'une dittographie du n° 44, se retrouvent dans 
III. Le point d'interrogation (?) placé au n° 48 sert à signaler une 
erreur, car ce n'est pas iism banEtz), mais "ism bfioatf) qu'il faut 
lire, puisque ce nom est précédé, non seulement de celui de la 
mère, mais aussi de celui du père. Mais, comme, d'un autre côté, 
III désigne un Juda Haccohen (n° 25) comme père d'un Samuel, on 
peut supposer que le nom de Juda a disparu de II. On ne retrouve 
pas dans III les n 03 3 et 6 de I, mais des noms de II il n'y manque 
que le n° 24. Au lieu de ûifc^ibp in iTraosbtt 'n, je lis "n^osba 'n 
et DiE^lbp 112. Par contre, III nomme ouze nouveaux martyrs, ce 
qui fait un total d'au moins trente-cinq personnes, si nous voyons 
seulement deux personnes dans T331 des n° 8 32 et 33, et d'au moins 
trente-six, si le n° 24 n'est pas une dittographie; I parle d'environ 
trente et une personnes. Mais il faut enlever de III six numéros, les 
n os 28, 29, 34-34, qui n'ont rien à faire ici, parce que ce sont manifes- 
tement les noms des martyrs mentionnés au début de la liste de 
Xante, p. 47 (137). Il est vrai que les fils d'Eliakim cités dans III ne 
se trouvent pas sur la liste de Xante, mais ils sont mentionnés dans 
la liste de Cologne, p. 9, 1. 5 du bas, qui nomme aussi des martyrs de 
Xante. On a ainsi, d'après les trois listes de Wûrzbourg, un ensemble 
de vingt-neuf ou trente martyrs, chiffre qui concorde avec l'indication 
de I parlant d'environ trente et une victimes. 

Mais comment des noms de martyrs de Xante de 4 096 ont-ils pu 
se glisser dans une liste de Wûrzbourg? On semble avoir eu l'habi- 
tude d'ajouter à la liste locale des martyrs des noms de martyrs 
célèbres du dehors. C'est ainsi que la liste de Worms de 4 096 nomme 
à la fin, p. 8, 6, ïTHM 112 et sa famille, de Dortmund », que celle de 
Cologne, à la fin, p. 9, 5 (en commençant par "Ponm), ne nomme pas 
seulement des martyrs de Xante, où une partie des Juifs de Cologne 
avait cherché un refuge, mais aussi de Trêves et de Metz, et qu'enfin 
la liste de Mayence contient, à la fin, p. 4 2, 9 et 4 0, quelques noms 
de martyrs de Worms (cf. Qu. n, 38 et 50). Il est probable que lu 
mm -inmn TDrtn ïmWD, 4 2 et 43, placé maintenant sous la rubrique 
de Wûrzbourg, faisait partie à l'origine de la liste de Cologne, qui 

1 II n'y a aucun doule que ce Mar Scbemarya est identique avec le martyr de ce 
nom dont la mort est expressément relatée dans Qu. n, 128, et 164. Pour M. Sal- 
feld, p. 106, note 8, cette identité n'est que probable. 11 faut eiîacer, l. c, le nom de 
Cologne, vu que Scbeinarya n'est pas mentionné dans la liste de cette ville. L'index, 
s. v. Scbemarya, donne l'indication exacte. 



BIBLIOGRAPHIE 151 

précède, et qu'après ces mots seulement il y avait la suscription 
tansb t"pnn pTnsrrm. Les noms des martyrs de Xante placés aux 
pages 12, 19 et 20 sous la rubrique de Wùrzbourg paraissent égale- 
ment s'être trouves originellement à la fin de la liste précédente de 
Cologne et avoir été ajoutés ensuite, par erreur, à la fin de la liste de 
Wùrzbourg. L'erreur (p. S) consistant à désigner comme martyrs de 
Worms de 1096 des victimes des persécutions de Wùrzbourg de 
1146-1147 est déjà très ancienne et provient d'un rédacteur ou d'un 
copiste ; on la trouve dans tous les manuscrits de la liste des martyrs 
de Worms. 

xix, 23. Il ne semble pas qu'on puisse soutenir que la faute de 
copiste de D73iT3> pour 1ttSÊ3> prouve que tout ce passage est un em- 
prunt, car l'auteur de la relation de la première croisade, dans Qu. n, 
se rend également souvent coupable de ces petites inexactitudes 
grammaticales. Isaac de Meiningen, le copiste de notre Memorbuck, 
dit aussi, p. 15, 1. 14, ûmaiB au lieu de irDûiB, que M. Salfeld, inu- 
tilement, a cru devoir écrire correctement. — P. 13, 17. Au lieu de 
ûmïiab, qui est traduit « après leur purification » et expliqué d'une 
manière forcée dans la note 2, il faut lire, par analogie avec 13, 13, 
et 13, 20, DPâ'Hîib ou peut-être drv^iab « après leur supplice ». On 
trouve encore ÏTHO avec ce sens p. 127, 7, et 327, 2. — 86, 8 et 12. 
Faut-il lire réellement ntottJS 1735, bien que la leçon habituelle et 
exacte soit nttïîa dy ? 

La traduction contient quelques inexactitudes surprenantes. Le mot 
yauaïi, qu'on rencontre très souvent, est presque toujours traduit 
comme un passif « qui a été noyé », tandis que c'est presque toujours 
un réfléchi « qui s'est noyé » ou un intransitif, comme le prouve l'exa- 
men des passages parallèles dans Qu. n. Ce mot ne doit être pris au pas- 
sif que 14, 1 2 ; 19, 1 3 ; 88, 4, du bas, peut-être aussi 6, 4, mais partout 
ailleurs c'est un réfléchi, comme, par exemple, 8, 15 (107); 8, 3 du bas 
(109); 9, 2 et 3(109, 14s.); l'expression ?3ï33ïTi arnDSri, qui se rencontre 
quelquefois, signifie d'après Qu. ir, 118 et 161, « qui fut égorgé (dans 
l'eau) et se noya ensuite ». Le mot iraasi, p. 9, dernière ligne (112, 
3) est traduit exactement comme intrausitif, ainsi que mas de 18, 12 
(I39, 12). Mais le même mot, se rapportant au même martyr Isaac 
ha-Lévi, est traduit 8, 3 du bas (109, 7) comme un passif! Pour 
man uacaSU), 45, 10 du bas (195, dernière ligne), qui est traduit au 
passif, c'est douteux, mais il semble que ce soit un intransitif, « qui 
se sont noyés (dans leur fuite) ». De même is^tasi, 10, 22, ne doit 
pas être pris au passif, comme le fait M. S. (1 1 4, dernière ligne), mais 
est intransitif. — P. 110, note 1, M. S- parie à tort d'une « épée » sur 
laquelle se jette le bedeau de Cologne; il s'agit, en réalité, du couteau 
du sacrificateur, avec lequel il se tue à la fin lui-même. — 14, 3 du 
bas, le mot "poa (l. T^oa) est mal rendu dans la traduction (127, 5 
du bas). Ce n'est pas dans « un bloc », mais dans un « linceul » qu'on 
a placé les cadavres, c'est-à-dire que les cadavres ne furent pas atta- 
chés nus à la roue, mais enveloppés dans un drap, tandis que les 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

autres marlyrs de Kitzingen, comme le rapporte notre texte, furent 
attachés nus, ce qui froissa tout particulièrement les scrupules reli- 
gieux des Juifs. Cf., par exemple, Qu. n, 2 et 14, Qu. ni, 313, 7; 
329, 4 du bas; 348, 6 du bas ; 354, 44, où Ton déplore que les martyrs 
aient été complètement dévêtus ou enterrés tout nus. — La traduc- 
tion confond parfois l'exécution par la roue, et le fait d'attacher des 
cadavres à la roue. D'une part, on faisait mourir des vivants au 
moyen de la roue (en hébreu 1SN3, par exemple 20, 7, ou inrûD 
•JD1N3 nn^i, tTjDiN3 dm»»*, 13, 8 du bas; 45, 6), et, d'autre part, on 
attachait des cadavres à la roue pour les exposer en public (en hé- 
breu d'^siKn hy la^Uîirt, 14, avant-dernière ligne; tnadlfittl b* ûtbi», 
4 5, 4 ; }D"iNn bj> SttJ'wna 20, 7), et quelquefois même pour les rouer 
réellement (û^din3 inroa jnrpda nnNi, 45, 10). La traduction de 4 3, 
8 du bas, devrait être la même que 14, dernière ligne; 4 5, 6 ; 4 5, 40; 
et 22, 4, parce que dans tous ces passages il est question de l'action 
de briser les os par la roue (1&1N3 nroa ou 'n m^x* wnaa). Signa- 
lons encore ici les passages de 4 4, avant-dernière ligne; 45, 4, et 20, 7 
(1. atD^nai). La traduction n'est exacte que 44, dernière ligne; 45, 6; 
20, 7. Par contre, D^dins de 43, 8 du bas (424, 5), est mal traduit : il 
ne faut pas auf den Râdern (sur les roues), mais durch das Rad (par 
la roue) ; 4 4, avant-dernière ligne (l. ûi^usim), il ne faut pas uni sie 
dann râderte, 4 27, 5 du bas (et on les roua ensuite), mais uni sie dann 
auf s Rad flocht (et on les attacha à la roue); 4 5, 4, non pas legle man 
sie auf die Rader, 4 27, dernière ligne (on les plaça sur les roues), 
mais und aile wurden dann auf s Rid geflochten (et tous furent alors 
attachés à la roue) ; 45, 4 (128, 5), non pas wurden sie auf s Rad ge- 
flochten (ils furent attachés à la roue), mais wurden sie gerâdert (ils 
furent roués) ; 22, 4, même remarque. — 9, 2 (109, 4 4), lire Orgia, au 
lieu de Ogia, et faire également cette correction dans l'index, p. 502, 
s. v. Ogia et Orgia. 

49, 2 (444, 2). L'épithète VOm se rapporte probablement, non pas 
à *M5N 1», mais à 6|OT. — 449, note 3, au lieu de D^EnnE, il faut lire 
sans doute D"wnnE. — 22, n. 5 et 4 49, n. 5. Au lieu de Û^Oimn, il 
faut lire d*srrȕi. 

A propos de la transcription des noms de lieu hébraïques en noms 
allemands correspondants, nous ferons remarquer que p. 451, 25, 
l'identification du nom de lieu btDI, dans Qu. n, 25, avec Wesseli eu 
Bohème n'est nullement certaine, d'autant moins qu'il faudrait cor- 
riger d^ïinm en û^roa. De plus, la leçon bttîi est très probablement 
fausse, puisque dans Qu. n, 28, 1. 9 et 2 du bas, et 29, 2, cette localité 
est appelée Nbttî et que le récit de Qu. n fait supposer qu'elle était si- 
tuée près d'un cours d'eau et qu'en face d'elle, sur l'autre rive, se trou- 
vait une ville fortifiée ni3), ce qui n'est pas le cas pour Wesseli. 
Cf. Gross, Gallia judaica, s. v. "ÔIO. — P. 23, au lieu de »^D, 4. 
«■nos ou Nnoa, Nassau. — P. 28, Nbiï)E"nD est Preuzlau en Poméranie. 
— 66, 7 (232, 9). «p^acuï-pb n'est pas Lichlenberg, mais Lichteneck, 
vendu en 4 353 par le comte palatin Ruprecht I à l'empereur 



BIBLIOGRAPHIE 153 

Charles IV. — 68, 12 (241, 19). Au lieu de tomb, il faut peut-être lire 
iaD"»b = Linz, situé entre Passau (&oiod), qui précède, et St. Polteu 
(pblD), qui suit. — G8,13 (241, 26) "pa^nD est probablement Brzeho- 
witz [brzeh signifie en bohémien « rive »). — 83, 4 du bas. Au lieu de 
ynaWJYl; il faut peut-être lire ^mnb^in, Hammelburg. 

Les élégies contiennent un certain nombre de passages mal tra- 
duits. Ainsi, 312, 10, Tsyttn riNT» «cri ne signifie pas Die Furcht vor 
dem Tyrannen schwand (la crainte du tyran disparut), mais und er 
{M ose) stiess von sich den Gegenstand der Gottesverehrung des Tyrannen 
(il [Moïse] repoussa l'objet du respect du tyran, c'est-à-dire le cruci- 
fix). Ibid., limbpDil 1STirP73*n ne se rapporte pas à David, qui suit, 
mais à Moïse, qui précède. Devant "ni nx, si nous ne voulons pas 
lire TH nNi , il faut ajouter "ttttfcïa'n ou itfJDirn. — là., 17 s., lire 
"Nïîdij, au lieu de V ^£D. Il y est probablement question du portier de 
la synagogue. Nach dir [o Qott\ séante éicà der Thorhiiter meiner Tem- 
pelraume, seine Seele verlangte und schmachkte nach meinen [heili- 
gen] Vorhôfen und er warf sich [betend] nieder vor dem Heiligthume 
und sprach : O nimm aus meiner Hand die Schlilssel ! Und sie ztr- 
traten ihn dort. Dann fassten sie den Sabbatai (Le gardien de mon 
temple aspirait vers toi, ô Dieu; son âme languissait après tes 
saints parvis et il se jeta par terre, en priant, devant ton sanc- 
tuaire et dit : Prends les clefs de ma main [allusion à la légende 
talmudique relative au dernier grand-prètre du second temple] I 
Et ils le foulèrent là aux pieds. Ils saisirent alors Sabbataï). On 
n'indique pas le nom du portier, car les mots tquî na iNiWn de 
la fin de la strophe, que le traducteur rattache par erreur à ce 
qui précède, appartiennent à la strophe suivante, comme l'indique 
le sens et comme le prouvent d'autres strophes. De même, îiODrm 
nttîiïî dn, 1. 22, se rapporte à ce qui suit, et non pas à ce qui 
précède. — 313, 7 (316, 9), inbuia tr3D"n:n, nacht dahin gebreitel 
(étendus nus), serait traduit plus exactement par nacJU ansgezogen 
(déshabillés tout nus). -- Ib., 1. 25. Au lieu de ■tt'ttrwni '^IK by , je 
propose de lire lïTiTOm ^zms* hy, La première traduction qu'en donne 
M. S. est inacceptable, la deuxième est exacte. — 317, texte hébreu, 
1. 8, au lieu de npsttD pïTSW, lire ^ipsïïn ûrraD (cf. H Chroniques, 
xxxi, 13), beide nach Vorschrift (tous deux selon la loi). — lb., 1. 8 du 
bas, au lieu de ÏTBnn, lire np?an. — 318, 8 (320, 25), au lieu de ÏVlDttJa, 
qui n'a pas de sens ici, lire ■pnaraa, « par un effondrement ». — Ib., 
1. 10, nmD T.ESnn m*733 D^WD, « qui se réjouissent de la loi ordon- 
nant de séjourner à l'école » ne se rapporte pas aux « ennemis de ton 
héritage — die Hasser deines Erbes (320, 25) — mais à Israël. — Ib., 
1. 4 du bas, au lieu de bbtt»D, lire bbffioa. — 319, 1, au lieu de 
trmm, lire ïTTMBa. — 322, 9. û^bmn ne signifie pas Banden (bandes), 
mais a le sens talmudique de (p^T?ûi) bain Leute die Wunde schlagen 
(des gens qui blessent). Peut-être aussi ce mot désigne-t-il ici, comme 
dans la littérature rabbinique, les Cordeliers, les moines francis- 
cains. — lb., 1. 12, D^pittEi trbfcnN signifie « ciel et terre ». — lb., 



loi REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

14 s. (324, 7 s.), traduction inexacte. Ce passage signifie [Den zur Fol- 
terung Verurtheilten] den Arm zu zerbrechen befahl mit seinem Mutide 
der Frevler, dus Wagenrad mit sein er Schwere herbeizuschleppen (L'im- 
pie ordonna de sa bouche de casser le bras à ceux qui étaient con- 
damnés à la torture et d'approcher la roue avec son poids). — 323, 1, 
au lieu de ûiubn tfittiab d"wna r?:> i&p, qui est incompréhensible, je 
propose de lire dia-n-» »wp d^ims "6* vip (cf. Osée, ix, 6), qui 
donne un sens acceptable. ~ lb., 3. Au lieu de dEVi», lire SfclVttJ 
von ihrer Hôhe (de leur hauteur). — 326, 4. natûm *»OT Tn-np (cf. 
Isaïe, li, 19) doit être traduit ainsi : Was mich getroffen, ist Verderben 
vnd Sturz (ce qui m'a atteint, c'est la destruction et la ruine). Les 
mots Dttn p3>TN qui précèdent forment une proposition à part. Au 
lieu de rtbï* "«'i, il faut peut-être lire ï"jbi^ }a ou bn? ip, — Ib., 23. 
Jib Mjn' 1 , cf. ib r-s^-p Wtt (Isaïe. xv, 4) ; au lieu de ab YWl, lire 
!"Db "D^n undes liaben v&rzagt gemacht ihr Herz (et ils ont amolli son 
cœur); cf. ^ab Tjnïi btn (Isaïe, xxm, 16). Peut-être aussi faut-il lire 
î-n **n*v — 7£., 1. 5 du bas. •narai ne doit pas être lu na#». mais 
}13U3\ et "naiia ne peut pas signifier we/we Wunden (mes blessures), 
mais dié wicA zerschlagen (ceux qui me blessent). — 7#., 1. 3 du bas. 
Ou bien il faut ajouter ym après ymtt, ou lire ym au lieu de ym?:, 
autrement il n'y a pas de complément direct à TmbD3 K"*3Ï1. — 327, 
1. Au lieu de ïTHttt f lire STWi, ce qui répond aussi à la note 1. — 
L. 5 et 6 (328, 4 du bas). Le traducteur n'a pas remarqué que la rime 
exige d*v; donc dmntt et dna'ij ne sont pas possibles ; au lieu de 
DTiatt il faut ûmaon ou tn*g et traduire ainsi : Gieb sie preis (ou 
wirf sie nieder) am Tage des UngUklies uni zerbrich sie in zweifachem 
Zusammtnbruche (Livre-les [ou abats-les] le jour du malheur et 
brise-les par une double calamité). La strophe huit par cette impré- 
cation contre l'ennemi. — lb., 16, np"Pû (cf. Dan., vu, 7) pour désigner 
d*JN mdbq, voir Zunz, Synag. Poésie, 443. — lb. 17, au lieu de rms\ 
lire rm*. — 329, dern. 1., nmsi !"iD3a* se rapportent à 173N qui précède. 
— 330,6 (et 127, 7). Au lieu de finbron, lire mbnai.— lb., 9, au lieu de 
Û*»3>3tt33, lire D^aiIJD; donc 331, 8, il faut gegen 70 Personen (environ 
70 personnes), au lieu de 70 Personen. — 330,13. Au lieu de imNStt, 
lire m*Otîa ou Dl&ttfcîo. —lb., 14. y-ipin ne signifie pas sind sie hinaus- 
gestossen (ils sont expulsés), mais wurden sie lûngeoioriet (ils furent 
égorgés). — 332, 6, 1»ï (332, 5 du bas , et 332, 8 'jttîfi (333, 2) ne doit 
pas être traduit par Zeit ; temps), mais par S'chic/tsal (sort). Ce sont 
les poètes hébreux de l'école hispano-arabe qui ont donné ce dernier 
sens à pT. De même 3Y 1 ^b"% 332, 10 (cf. Proverbes xxvn, 1, ^ rw 
dV), ne signifie pas Kinder des Tages (enfants du jour), mais was der 
Tag geboren (ce que le jour a produit), dans le sens de « destin ». — 
332, 14. Au lieu de "^anb nKip, lire 'ab Kifc\ — lb., 15. nrtttt est une 
correction erronée du traducteur (333, 18). Le texte a l'expression 
correcte et exacte D^iattJ ^îïïu ob der zweifachen Wunde (à cause de la 
double blessure). — lb., 17, 'n, et '«b est b# et b$b ; de môme 1. 23, 



BIBLIOGRAPHIE 155 

le mètre exige que 'NT soit lu ban. — Ib., 20, au lieu de 3W, lire 
•^TP. Ib., 23. Au lieu de *nE3>73a, qui ne donne pas de sens exact, 
lire "»*Tayj35 nach meinem Thun (d'après ma façon d'agir). La traduc- 
tion ad l. est sûrement fausse. — Ib., 24. Au lieu de y3>"H, qui ne 
donne pas de sens et pour lequel la note 7 propose ")2" ,b, p, il faut lire 
simplement VJ'n. La traduction est naturellement inexacte (334, 3). 
Ib., 25, pour ûmon, le mètre exige Dmonn. — Ib., 26 (334, 7), ^xh 
ton ne signifie pas wider meinen Willen (contre ma volonté), mais 
mir gegenwàrtig (en ma présence). Ce n'est pas seulement le mètre, 
mais aussi la logique qui fait rattacher anïi à vpÂ. — 334, 15. Pour 
Ï1D15N, 1. ïi»5N (cf. Isaïe xix, 10). — 335, 21. La traduction (337, 7 du 
bas) n'a pas de sens. Voici la vraie signification : In Stilcke, dûnn wie 
Reif, zersprenge (1. n-T3 ) meinen Unferdr'dcker und ich werde mit Dan- 
kesstimme wiederum [vor Frendt] Mlpfen (ms^Ni, cf. Juges, vu, 3). — 
338, 15. TJ^? trviNE \m % est clair d'après Ps., cxl, 9, passage au- 
quel renvoie la note 1. La traduction (339, 17, et 339, note 1) n'est pas 
exacte. Il faut traduire ainsi : wird [von Goût] frelgegeben ihr bases 
Geliis/e gegen uns (Dieu laissa un libre cours à leurs mauvais senti- 
ments contre nous). — 338, 20. Lire, à cause de la rime, trttjaai 
[D^ttn]. — Ib., dern. 1., m* ne doit pas être lu ïiii^, comme le pro- 
pose M. S., note 8, mais est l'orthographe en usage au moyen âge 
pour "»M> et le verbe ïifep 339, 1, se rapporte à ijy ba qui précède; 
il faut rectifier en conséquence la traduction 340, 14 s. — 339, 6(340, 
4 du bas). Pour tTNab, je propose traabtt (cf. Ps., lvii, 5), parce qu'au- 
trement il faudrait D n Nan, si ce mot, d'après Isaïe, xxvii, 6, devait si- 
guifier « pour l'avenir ». — 342, 8. trpr^tt "»an ne signifie pas die an 
dieSûssigkeit [der Golteslehre] gewohnten Gaumen, 345, 2 (les palais habi- 
tués à la douceur de la loi divine), mais die von der Sïïssigheit [der Got- 
teslehre] uberfliessenden Gaumen (les palais qui sont imprégnés de la 
douceur de la Loi). — Ib., 11. rmn \njrjn n« rîtfïï^n mso ï^ab 
signifie d'après Raschi sur Deut., xix, 18 : damit die vorsàtzliche 
Siïnde [des Feindes] zu meiner unvorsâlz'Âch-.n kinzugetkan werde (afin 
que le péché, de propos délibéré, de l'ennemi s'ajoute à mon pé- 
ché non prémédité). La traduction de M. S. (345, 7) n'a pas de 
sens. — Ibid., 12, au lieu de a^bttîii, lire rcanbfc. En traduisant 
(345, 8) hat der Feind sdn Schiveit schalttn lassen (l'ennemi a laissé 
dominer son glaive), M. S. ne remarque pas que trbpfl iann n'est 
pas hébreu. — Ib., 3 du bas (345, 6 d. b.) nrpa uîn mottan ne si- 
gnifie pas das Feuer der Gtlehrsamkdt fachte er an (il attaqua 
le feu de l'érudition), mais wie jener Blaselalg (Jérémie, vi, 29) 
ward er vom Feuer verzehrt (il fut dévoré par le feu comme ce souf- 
flet de forge dont il est question dans Jérémie). — 343, 9. Pour 

tpnawart, lire trnNUian. — là., 11. Au lieu de prana, lire 'prvia 

die dich erzumen (ceux qui t'irritent). — Ib., 20. Au lieu de LPaittD, lire 
Dm?û3 (cf. Lévit., xxvi, 36). — 347,47. Au lieu de nYron, lire Timon. 
— 348, 16. Au lieu de nba rçwt, il faut, pour la rime, nba id\ni. — 
Ib. t avant-dernière ligne, nuîiw m* ">nn ba n'est pas traduit (351, 



156 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

avant-dernière ligne). — 351, note 5. Traduction inacceptable. — 
358, 48. ïTitt ^T\ttn est inexactement traduit : meine leuchtenden 
Fiïhrer haben sie geschlagen (ils ont frappé mes guides qui m'éclai- 
raient), il faut dire •. mein Licht haben sie verdunkelt (ils ont obscurci 
ma lumière) ^rprr venant de iirD. — 354, 5. Pour ^oobn T^WpB, M. S. 
lit nonobtt et traduit (357, 44) und wollten deine Gesdtze nicht verhan- 
deln (ils ne voulaient pas faire commerce avec tes lois), comme si 
"iD"iO pouvait avoir un complément direct. Il faut lire "isnb» ou 
nonbiï. —354, 7. irrrj ertranken (se noyèrent), «t non pas (357, 48) 
kamen um (périrent). — 1b , 4 4. îitf'vDD ausgezogen (déshabillé), et non 
pas MngestrecM (étendu). — Jb., 47. Au lieu de r\tiby, qui n'a pas de 
sens, il faut peut-être lire le nom de femme Nabn, Beleta (cf. p. 388) 
ou rroba, Belle-assez. — Jb., 25. fipb est probablement np">b, infi- 
nitif néo-hébreu « pour prendre » ; il doit être rattaché à n'npïib 
qui suit. 

Dans l'explication des noms de personne , on n'a pas considéré 
que quelques noms usités chez les Juifs du moyen âge ont une 
origine slave. C'est ainsi que N^iûfitp, placé, p. 394, à côté de Naona, 
est une forme slave de Catherine. NiB"np, p. 401, est probablement 
le slave Krasa = l'allemand awiïî ou Schône (Bella). Elka, placé 
p. 398, à côté de aob^n, est la forme slave d'Ella. Pour «rSISto, 
p. 408, M. S. a eu tort de rappeler le nom de famille Perzina, encore 
en usage aujourd'hui, car ce dernier nom est certainement d'ori- 
gine slave. fcttfc'H^D, p. 408, ainsi que NinbDi, p. 410 (tous les deux 
de Wùrzbourg, 4298), paraissent être des diminutifs avec la ter- 
minaison slave usa y le premier formé de fcniD et analogue au dimi- 
nutif allemand ï'b'TO, p. 410, et le second formé de Rachel. Nubï du 
S. Schemot, placé, p. 413, à côté de fcnb^T, est le slave Zlata, qui ré- 
pond au nom allemand de tnbia, Golda. P. 418, la comparaison de 
N*"3X avec fcw^s: de Beth Schemouel n'est pas exacte, car ce dernier 
nom est le slave Zena = femme. A mon avis, Epxra, p. 390, est Bon- 
juif, parce que les Juifs allemands prononçaient le ,;' de Juif comme 
cà, comme le prouve la transcriplion de « Juif » par EptTND, p. 446, 
la lettre ch était rendue souvent par £• bvipi ï»bD"ip est sans 
doute le diminutif de Karpe (carpe) comme "pb^i, "pb^D vient de 
Fisch (poisson). De même, Karpeles vient de Karpel, comme Fischels 
de Fischel. Peut-être WatUS, p. 408, vient-il, par un procédé iden- 
tique, du mot français « perche » (cf. Genèse, xlviii, 46, Wl , 
et Midrasch ad /.). a"n3S, p. 418, dérive peut-être de l'allemand 
<< zart ». 

P. 424, 4 3, dans la liste des Juifs français tombés comme martyrs, 
il manque le nom d'Elie le Français, tué en 1243 à Ortenberg et 
Isaac'le Français avec sa femme Joie, tués en 4 349, à Worms. Jb. t 
au lieu 4 244, lire 4 243. — P. 425. Il n'existe aucune contradiction 
entre le fait que les Juifs français venus en Allemagne au xin° et 
au xiv e siècles ont été désignés par l'épithète de tiid^ït, et l'asser- 
tion de M. Gûdemann alfirmant que les Juifs émigrés dans les pre- 



BIBLIOGRAPHIE 157 

miers siècles de France en Allemagne ont été les fondateurs des com- 
munautés rhénanes. 

On trouve peu de fautes d'impression. P. 94, 20, au lieu de 
umpïib, lire ttttpïib ; 313, 6 du bas, au lieu de "psrb, lire ns^b ; à la 
ligne suivante, au lieu de 825, lire tttfca; 323, 10, au lieu de "Mon, 
lire T3B3 ; 338, 7 du bas, au lieu de lab»"», lire INbttï. 

Malgré nos observations, nous sommes heureux de déclarer que 
ce troisième volume des Quel/en fait honneur aussi bien à l'éditeur 
qu'à la « Commission historique ». 

Porgès. 



Kautzsch (Emil). Abris** der Geseliichfe des alttestameiitliolien Scbrift- 
fnms, nebst Zeittafeln zur Gesebichte (1er Israeliten und amleren 
Beigaben zur Erklaprung des Allen Testaments. Fribourg-en-B. et 
Leipzig, 1897; in-8° de 220 p. 

On connaît la grande traduction allemande de la Bible publiée par 
M. Kautzsch et dont la seconde édition a paru en 1896. Cette traduc- 
tion est accompagnée de quelques appendices, dont les éditeurs 
viennent de faire un tirage à part et qui comprennent : 1° un abrégé 
de l'histoire de la formation de la Bible (p. 1-149); 2° un tableau sy- 
noptique de l'histoire politique et littéraire des Israélites depuis 
Moïse jusqu'à la fin du second siècle avant l'ère vulgaire (p. 150-188); 
3° une notice sur les poids et mesures, les monnaies et le calendrier 
de la Bible (p. 189-196); 4° une liste des noms propres hébreux avec 
une transcription exacte (197-203); 5° un aperçu sur la composition 
de divers livres de l'Ancien Testament d'après les sources à l'aide 
desquelles ils ont été formés (204-2 1 6). 

Le plus important de ces opuscules est naturellement le premier 
qui a pour but d'exposer brièvement les idées courantes de la cri- 
tique biblique sur la formation de l'Ecriture sainte. D'une part, l'exé- 
gèse moderne a montré que certains livres avaient été composés de 
morceaux d'ouvrages plus anciens, arrangés plus ou moins habile- 
ment, mais ayant conservé leur style primitif. Ainsi, le Peïitateuque 
est formé principalement des ouvrages de quatre écrivains : le Jého- 
viste, l'Elohiste, le Sacerdotal et le Deutëronomiste, qui ont chacun 
leurs idées propres et leurs expressions particulières. D'autre part, 
la critique a essayé de fixer la date à laquelle chaque écrit avait paru 
sous sa forme originale et celle à laquelle il avait été combiné avec 
d'autres écrits. Par exemple, le Deutéronome, écrit sous le règne de 
Josias, a été combiné avec les ouvrages plus anciens du Jéhoviste et 
de l'Elohiste, sous Joachim, et le nouveau livre a été réuni à son tour 
au Code sacerdotal vers l'an 400, et a formé avec les livres des Juges, 



158 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de Samuel et des Rois la grande histoire sainte qui va de la créatio r 
du monde à la destruction du premier temple. 

L'abrégé historique de M. Kautzsch a toutes les qualités qu'on doit 
attendre d'un ouvrage de ce genre. Il est à la fois concis et complet. 
Les tendances de chaque livre biblique y sont nettement caractérisées 
et les principaux problèmes critiques qu'il soulève sont soigneuse- 
ment examinés. 

M. Kautzsch, pour la solution de ces problèmes, adopte générale- 
ment les opinions en faveur auprès de la majorité des exégètes mo- 
dernes, mais il garde aussi à l'occasion son indépendance. C'est ainsi 
qu'il voit avec raison dans le Cantique des Cantiques une série de 
chants d'amour et probablement de chants nuptiaux d'après l'hypo- 
thèse de Wetzstein, et nullement un drame où il serait question de 
l'enlèvement d'une jeune fille par le roi Salomon. Par contre, je crois 
que M. Kautzsch aurait dû examiner de plus près l'opinion com- 
mune sur la date et les tendances du livre de Ruth. En fait d'ara- 
maïsmes, il n'y en a qu'un seul, le mot D^pb qui peut être une alté- 
ration de trpnb, et le verset iv, 7, où se rencontre ce mot ne peut être 
opposée Deut., xxv, 9, car, dans ce dernier texte, la cérémonie qui 
consiste à se déchausser le pied a une tout autre signification que 
dans Ruth. Comment, d'ailleurs, l'auteur aurait-il pu prendre pour un 
usage vieilli une loi qui parait avoir été toujours rigoureusement 
observée? Enfin il semble assez forcé de faire de celte idylle un pam- 
phlet destiné à combattre les tendances antipaïenues d'Esdras. 

L'ouvrage de M. Kautzsch a encore un grand mérite, c'est qu'il 
est écrit dans une langue très claire. Il arrive trop souvent en Alle- 
magne que des livres dont le fond n'a rien de transcendant sont ré- 
digés dans un style apocalyptique. Grâce à sa limpidité, l'abrégé de 
M. Kautzsch se lit facilement et avec intérêt. 

C'est peut-être dans des manuels de ce genre qu'on aperçoit le 
mieux le fort et le faible de la critique moderne. Il faut certainement 
être de parti pris pour nier les résultats obtenus dans la décomposi- 
tion des livres de la Bible. Cette partie négative de l'exégèse mo- 
derne est très sérieuse, parce qu'elle s'appuie sur des différences 
de style, corroborées par les différences d'idées. L'hypothèse de 
sources multiples peut seule résoudre de nombreuses difficultés 
que présente l'étude des Ecritures. Mais la partie positive de la 
critique, celle qui cherche à établir la date des différents écrits 
et leurs relations réciproques, prête encore aux doutes les plus accen- 
tués. Taudis que l'analyse des livres bibliques a suivi une marche mé- 
thodique et progressive, l'histoire de la formation de la Bible a passé 
par de nombreuses vicissitudes, et on a vu tel livre passer subite- 
ment des' dates les plus reculées aux dates les plus récentes et vice 
versa. 

Cette instabilité des théories sur la formation de la Bible tient à 
plusieurs causes. La principale est, peut-être, que les modernes ne 
peuvent se résoudre à avouer les grandes lacunes qui existent dans 



BIBLIOGRAPHIE 159 

l'histoire des Israélites depuis les temps des patriarches jusqu'à 
l'époque macédonienne. Ou devrait reconnaître que les auteurs bi- 
bliques ont eu pour but d'édifier leurs lecteurs et non pas de satis- 
faire leur curiosité historique; l'exactitude scientifique était le 
moindre de leurs soucis. Si, pour les événements politiques de la 
période assyro-babylonienne, on a encore le contrôle de quelques ins- 
criptions, pour l'histoire des idées on n'a d'autre ressource que la 
Bible elle-même. Or, les écrivains sacrés ont toujours voulu retrou- 
ver dans un lointain passé les idées les plus nouvelles. Il est donc 
très délicat de se servir des données de la Bible pour faire l'histoire 
de la Bible. 

Il est à remarquer ensuite que, étant donnée l'incertitude des ren- 
seignements historiques, les critiques devraient s'attacher surtout 
aux arguments tirés du style; or, ils n'en font pas toujours assez de 
cas lorsque ces arguments ne cadrent pas avec leur système. On nous 
dit, par exemple, qu'Ezéchiel doit être antérieur au code sacerdotal, 
parce que celui-ci présente une forme plus achevée de l'organisation 
du culte; mais pourquoi la décadence du style, insensible dans le Lé- 
vitique, est-elle si marquée chez Ezéchiel? Tant que ce fait n'est pas 
expliqué, les autres arguments ne pèsent pas bien lourd dans la ba- 
lance. Aulres exemples : les Chroniques auraient puisé une partie de 
leurs récits dans un Midrasch des Rois. Gomment se fait-il qu'elles 
aient conservé intact le style des passages tirés des livres des Rois, et 
qu'elles aient, au contraire, donné leur propre style aux extraits de 
ce Midrasch supposé? Dans les livres portant le nom d'Esdras et de 
Néhémie on distingue des mémoires authentiques de ces person- 
nages. D'où vient que la langue de ces mémoires est presque aussi 
moderne que celle des Chroniques et diffère tant de celle du 
Lévilique? 

L'étude des Prophètes fait naître également des problèmes qu'il ne 
faudrait pas négliger : comment doit- on s'expliquer le silence du 
livre des Rois sur Jérémie? Pourquoi Isaïe n'y figure-t-il qu'à propos 
de l'histoire d'Ezéchias? Pourquoi le roi Achaz apparaît-il sous un 
autre jour dans Isaïe que daus les Rois? Quels sont les moyens que 
l'on possède pour distinguer dans les écrits prophétiques les compo- 
sitions purement littéraires des discours réellement prononcés? 

La critique biblique nous semble aussi poser des conclusions hâ- 
tives, quand elle déclare qu'un livre est antérieur aux codes dont il 
ne s'inspire pas. Les textes législatifs ont très bien pu n'être suivis 
dans la pratique que longtemps après leur rédaction. Le code sacer- 
dotal a pu rester des années et des siècles la règle idéale des prêtres 
avant de devenir une loi d'Élat. Les modernes subissent inconsciem- 
ment l'influence de la tradition quand ils croient que les lois ont été 
promulguées et acceptées aussitôt après qu'elles avaient été écrites. 

Enfin, un point important à élucider pour l'histoire de la formation 
de la Bible, c'est le suivant : les livres sacrés existaient-ils en plu- 
sieurs exemplaires? Si oui, que sont devenus les exemplaires séparés 



100 REVUE DES ETUDES JUIVES 

du Jéhoviste et de l'Elohisle quand un compilateur a réuni ces deux 
ouvrages? Et quand le Deutéronome s'y est joint, a-t-il disparu en- 
tièrement comme œuvre spéciale? N'a-t-il pu continer à exister à part 
même après que le code sacerdotal avait été inséré dans la compila- 
tion antérieure? Dans ce cas, pourquoi les auteurs qui s'en inspirent 
seraient-ils forcément antérieurs à l'auteur sacerdotal? 

Sans doute, quand Ben Sira mentionne Néhémie et passe Esdras sous 
silence, on peut en déduire qu'il ne connaissait pas notre livre d'Esdras 
sous sa forme actuelle. Le roi Josias, selon lui, est un roi sans tache, 
contrairement aux assertions des Chroniques. Maison n'a pas le droit 
d'affirmer que les Chroniques n'existaient pas encore. On voit parla 
combien les problèmes de critique biblique sont compliqués. On les 
tirerait peut-être plus facilement au clair, si, comme l'a demandé 
M. Vernes, on allait du connu à l'inconnu, en partant de l'époque où 
l'existence des livres bibliques est attestée par des témoignages irré- 
cusables pour essayer de remonter ensuite aussi haut qu'il est pos- 
sible. Qui sait si l'on n'arriverait pas ainsi à des résultats assez dif- 
férents de ceux auxquels s'est arrêtée la majorité des critiques? On 
serait en tout cas sur un terrain plus solide. 

Ces réflexions s'appliquent évidemment bien moins à l'ouvrage de 
M. Kautzsch, qui ne vise pas à l'originalité, qu'aux travaux de l'école 
de Reuss, Kuenen et Wellhausen, dout les théories sont aujourd'hui 
très en faveur chez les exégètes allemands et ont été vulgarisées 
en France par Renan. M. Kautzsch a voulu donner un bon résumé 
des idées de cette école et il a parfaitement atteint le but qu'il s'était 
proposé. 

Les appendices qui suivent l'abrégé de l'histoire de la Bible seront 
très utiles même à ceux qui ne possèdent pas la traduction de M. 
Kautzsch. Les tableaux synoptiques de l'histoire d'Israël avec les 
synchronismes de l'histoire assyro-babylonienne et égyptienne sont 
fort commodes à consulter. On peut en dire autant du chapitre sur la 
composition des livres bibliques. Il semble seulement qu'une liste 
des extraits des Rois dans les Chroniques eût été ici à sa place. Ou 
aurait pu y mettre aussi une indication de tous les passages paral- 
lèles dans la Bible. M. Kautzsch a été bien inspiré en donnant une 
notice succincte sur les poids et mesures. 

En terminant, nous souhaitons au nouveau volume beaucoup de 
succès, et nous voulons espérer qu'il trouvera, même en France, un 
grand nombre de lecteurs. 

Mayer Lambert. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERF, RUE DUPLE8SIS, 59. 



NICOLAS ANTOINE 



La Revue a publié, dans son avant-dernier numéro 1 , un docu- 
ment envoyé par M. Balitzer et copié sur le registre de la Compagnie 
des Pasteurs de Genève, qui retrace toutes les péripéties du procès 
et de la mort d'Antoine, brûlé à Genève, le 20 avril 1632, pour 
crime de judaïsme En outre, la Revue annonçait, avec une étude 
sur le personnage, d'autres pièces sur le même sujet. Mais celles- 
ci, communiquées également par M. Balitzer, consistent unique- 
ment dans une copie du tome IX de Y Histoire manuscrite de 
Genève par Gautier. Elle contient le Procès ou Acte d'accusation 
lu par le Secrétaire d'Etat devant les syndics le jour de l'exécution 
d'Antoine, la sentence prononcée contre ce dernier et une longue 
relation intitulée « Particularités sur sa vie et sur l'instruction de 
son procès. » Nous donnons à l'appendice le Procès et la sentence, 
mais nous avons renoncé à publier la relation pour les raisons 
que voici : tous les faits qu'elle contient ne sont qu'une répétition, 
à quelques détails près, du document des Pasteurs, ou bien un ré- 
sumé (pour tout ce qui concerne les débats du procès) ; quant aux 
pièces qu'elle reproduit in extenso, à savoir les deux requêtes 
adressées par Antoine à ses juges 2 , l'une pour réclamer un papier 
renfermant la démonstration de ses douze articles de foi, démons- 
tration qu'il n'avait menée que jusqu'au huitième article, l'autre pour 
s'excuser d'avoir donné le change sur ses convictions véritables 
et attester la sincérité et la vérité de sa foi judaïque, plus loin les 
lettres de Ferry et de Mestrezat en faveur d'Antoinp, tout cela 
peut se lire dans les principaux articles consacrés déjà à Antoine, 
notamment dans la Bibliothèque anglaise de De la Roche 
(Amsterdam, 1717, t. II) et récemment dans Haag, France pro- 
testante, 2 e édition, s. v., Antoine, et dans YAllgemeine Zeitung 
des Judenthums, 1894, pp. 42 et 55 (article de M. Samter) 3 . Nous 

1 Tome XXXVI, p. 163 et suiv. 

1 Ibid., pp. 175 et 176. 

3 Nous devons ces renseignements à M. Israël Lévi. 

T. XXXVII, N° 74. 11 



162 RKVUE DES ETUDES JUIVES 

aurons plus loin l'occasion de citer quelques fragments de ces 
pièces, surtout de la lettre de Ferry, qui est un document capital 
pour l'étude du personnage. Au surplus, l'histoire manuscrite de 
Gautier est en cours de publication depuis 1896. Trois volumes 
ont déjà paru et conduisent jusqu'à la seconde moitié duxvi 6 siècle. 
Le volume qui renfermera l'histoire d'Antoine paraîtra donc 
prochainement. 

Tels sont les documents connus jusqu'ici touchant Nicolas An- 
toine. Il en existe vraisemblablement d'autres. D'abord, le procès- 
verbal des Pasteurs de Genève dit expressément 1 qu'on a conservé 
les papiers de la main d'Antoine « afin qu'on eût un mémorial de 
ce pourquoi il était condamné à mort et que ce n'était pas pour ce 
qu'il avait été papiste et élevé entre les Jésuites, mais pour des 
horribles blasphèmes... » En dehors des douze articles de foi et 
des requêtes qu'on sait, Antoine avait composé, avant et durant 
sa détention, d'autres écrits, qu'il signa le jour de son supplice. De la 
Roche, dans l'excellente notice qu'il consacre à Antoine , donne 
une description complète de ces écrits qu'il a eus sous les yeux. Ce 
sont : « I Quelques passages de l'Ancien Testament avec II une 
prière qu'il faisait le soir avant de se coucher et une autre prière 
qu'il faisait après ses sermons. Le style en est à peu près le même 
que celui des théologiens réformés, mais il n'y est fait aucune 
mention de Jésus-Christ. Ces prières sont remplies d'onction. 
III Une petite feuille contenant onze objections philosophiques 
contre la doctrine de la Trinité. IV Un long écrit dans lequel l'au- 
teur fait une confession de sa foi en douze articles accompagnée de 
ses preuves (Suit une transcription des douze articles). A la fin de 
ce long écrit, deux autres, pour prouver que les passages du Vieux 
Testament où il est parlé d'une nouvelle alliance ne se doivent 
entendre que d'une confirmation de l'ancienne alliance faite avec 
Abraham, Moïse et les Pères. Le second écrit est une explication 
du 53 me d'Isaïe. » Ainsi ces pièces existaient encore en 1717 ; elles 
n'ont pas dû disparaître. Nous regrettons de ne pas en avoir de 
copie entre les mains, surtout des dernières, car, bien que les 
actes des Pasteurs nous fassent connaître avec suffisamment de 
détails et de sincérité les opinions théologiques et exégétiques 
d'Antoine, tout n'est pas aussi net ni aussi complet qu'on le 
désirerait. Certaines explications de versets bibliques prêtées à 
Antoine' par ses adversaires sont assez peu intelligibles *. On 
pourrait aussi comparer avec plus de fruit l'exégèse d'Antoine 

1 Ibid., p. 193. 

* Voir plus loin, p. 175 et suiv. 



NICOLAS ANTOINE 163 

avec les interprétations rabbiniques si Ton avait les pensées ori- 
ginales du premier. 

Outre la lettre de Ferry et les deux lettres de Mestrezat à 
Chabrey, il y eut aussi un certain nombre de lettres de Pierre Du 
Moulin, célèbre pasteur de Sedan sous lequel Antoine étudia. Ce 
ministre écrivit au sujet de Villemand, jeune homme qu'Antoine 
avait « débauché » en lui enseignant une philosophie dangereuse, 
et il écrivit aussi ! pour intercéder en faveur d'Antoine. 

Quoi qu'il en soit, nous sommes assez renseignés par le rpgistre 
de la compagnie des Pasteurs, en ce qui concerne les événements 
du procès d'Antoine, pour nous faire une idée de l'état d'esprit de 
l'infortuné pasteur de Divonne, de la nature de son judaïsme et de 
l'étendue de ses connaissances bibliques, révélés si tragiquement 
dans la dernière année de sa vie. Mais pour comprendre l'étrange 
figure de cet homme que la nécessité de vivre induisit d'abord à 
de singuliers compromis et que la fermeté inébranlable de ses 
convictions finit par pousser à la folie et au martyre, il faut revenir 
un peu sur ses antécédents, sur la période qui a précédé son en- 
trée dans la carrière pastorale. 



Les renseignements que nous avons sur l'éducation et la 
jeunesse d'Antoine sont peu abondants et on aimerait à pouvoir 
suivre les évolutions de sa pensée depuis l'époque où ses 
études sur l'Ancien Testament firent naître le doute dans son 
esprit sur la vérité du christianisme jusqu'à la date du 6 juillet 
1632, où se produisit l'éclat dont les conséquences devaient décider 
de son sort. Le principal témoignage qu'on eût jusque maintenant 
relativement à la jeunesse d'Antoine est la belle lettre de Ferry 
du 30 mars 1632, sur laquelle nous reviendrons plus loin. L'illustre 
pasteur de Metz, en rappelant qu'il avait amené jadis Antoine à 
la foi calviniste, parle de la correspondance abondante qu'ils 
avaient échangée quand ce dernier quitta Metz pour aller étudier 
la théologie à Sedan, puis à Genève. C'est ainsi que nous avons 
été amené à rechercher ce qui pouvait subsister de ces lettres. 
Après la mort de Paul Ferry, quantité de lettres manuscrites de 
lui et de ses correspondants ont été recueillies. Conservées 
d'abord à Metz, elles ont enrichi ensuite des collections particu- 

1 Ibid., p. 1S2. 



164 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Hères. La plupart des correspondances de Ferry sont actuelle- 
ment à la bibliothèque de la Société de l'Histoire du protestan- 
tisme français 1 . En feuilletant la collection Lutteroth, que 
M. Weiss, secrétaire de la Société, nous a fait connaître et a mise 
très obligeamment à notre disposition, nous avons eu la bonne 
fortune de trouver deux lettres d'Antoine à Ferry, écrites à Sedan 
le 15 avril 1624, et une lettre de Jean Diodati, professeur et pas- 
teur à Genève, datée du 25 mars 1628, qui dit un mot d'Antoine, 
à ce moment précepteur chez lui. Ces documents, sans rien nous 
révéler de saillant sur ce qui nous importe le plus ici, à savoir sur 
les idées religieuses d'Antoine, sont néanmoins précieux, parce 
qu'ils permettent de caractériser quelques moments de sa vie et 
jettent en même temps quelque lumière, d'une part, sur la culture 
littéraire du personnage et, d'autre part, sur les difficultés ma- 
térielles contre lesquelles il eut si péniblement à lutter et qui 
jouèrent un rôle prépondérant dans l'orientation de sa vie. 

Avant d'entrer dans le détail, rappelons les événements de la 
jeunesse d'Antoine jusqu'à la date de 1624. Né probablement en 
1602 à Briey de parents « papistes » peu fortunés, qui firent des 
sacrifices pour le faire instruire 2 , Antoine passa cinq ans au collège 
de Luxembourg et alla ensuite chez les Jésuites à Pont-à-Mousson, 
puis à Trêves et à Cologne. L'instruction supérieure ne se donnait 
guère que dans leurs établissements et Paul Ferry lui-même, 
quoique né protestant, passa quelques années par leurs mains. 
Quel que fût le zèle anti-calviniste de tels maîtres, Antoine, peut- 
être à la faveur de conversations avec ses condisciples de la foi 
réformée, sentit assez tôt s'ébranler ses croyances catholiques. 
Quant il revint à Briey en 1622 ou 1623, à l'âge de vingt ans, il 
était tout prêt à rejeter le papisme. Il alla à Metz, entra en rela- 
tions avec Paul Ferry, âgé alors d'un peu plus de trente ans et 
déjà renommé pour sa science et son éloquence; celui-ci n'eut pas 
de peine à amener le jeune homme à des doctrines vers lesquelles 
il penchait déjà ; plein d'enthousiasme pour la « religion», Antoine 
conçut en même temps une vive affection pour son « père spirituel » , 
qui, après l'avoir converti, le soutint encore matériellement, car 
il était désormais sans ressources; ses parents, qu'il tenta vaine- 
ment de convertir, paraissent l'avoir abandonné à lui-même. 
Après un court séjour à Metz, Antoine, sur le conseil de son maître, 
s'en alla étudier la théologie à l'académie de Sedan, probablement 
vers la fin de l'année de 1623. Recommandé par Paul Ferry, le 

1 Fonds Athanase Coquerel fils et collection Lutteroth. 

1 Antoine avait un frère aîné qu'il convertit plus tard au protestantisme. 



NICOLAS ANTOINE 16b 

jeune étudiant vécut de la générosité de la Compagnie des Pasteurs. 
Mais ces secours suffisaient à peine et il fut obligé de revenir à la 
charge bien souvent. Ses maîtres heureusement lui veulent du bien 
et le tirent d'embarras quand la situation devient trop critique. 
Les lettres d'Antoine à Ferry, dont nous parlions tout à l'heure, 
sont de cette époque. Le 15 avril 1624, Antoine, craignant d'im- 
portuner par trop de demandes les pasteurs de Sedan, se décide à 
écrire à son ancien maître, « à Monsieur Ferry, ministre de la 
parole de Dieu à Metz », pour lui demander des secours en 
vêtements. 

A Sedan, le 45 avril 1624. 

Monsieur, 

La souvenance de vos bienfaits ne s'évanouira qu'avec le dernier 
souspir et combien qu'il soit impossible de les nombrer, sy est-ce que 
j'ose bien encore venir en demander des nouveaux, pour l'assurance 
que j'ay de votre bienveillance accoutumée. Vous seavez qu'un père 
ne donne pas seulement la nourriture à ses enfants, mais aussi de 
quoy se couvrir. Monsieur, si j'ay trouvé quelque grâce devant vous, 
bien que tout indigne, je vous supplie encore de cela. Je deviens hardi 
en demandant, combien certes que vous pourrez vous asseurer que je 
ne viens qu'estant réduit à l'extrémité. Il me pouvait suffire d'avoir 
montré et déclaré à M. Rambort 1 que mon habit était tout rompu, 
sans que je vous vienne importuner, mais je connais votre bonté et 
sçay que vous excusez celui qui désire être de tout son cœur à jamais, 

Monsieur, votre très humble, très affectionné 
fils et serviteur, 

Antoine. 

Mais la misère où se débattait Antoine n'avait pas à ce moment 
trop assombri son caractère, bien que Ferry dise en 1632 qu'il l'a 
toujours connu mélancolique. Il poursuivait ses études avec assez 
de liberté d'esprit, étudiait avec passion la philosophie et la 
théologie. Avait-il à cette époque commencé à apprendre l'hébreu 
et à réfléchir sur la valeur des témoignages que les théologiens 
trouvaient dans l'Ancien Testament en faveur de la Trinité ou de 
la messianité de Jésus? Il est possible. Antoine dira, en 1632, lors 
de son procès, que depuis dix ans, c'est-à-dire bien avant l'époque 
où nous sommes, il avait rejeté le dogme de la Trinité et accepté le 
judaïsme en son cœur. Mais ses juges, d'une part, et Paul Ferry, de 

1 C'est Abraham Ramhourt (ou Rambour), professeur de théologie à Sedan à cette 
époque. 



166 REVUE DES ETUDES JUIVES 

l'autre, croient que ses opinions hétérodoxes sont de plus fraîche 
date et les font remonter à cinq ou six ans avant le procès. Il est 
à présumer qu'Antoine a exagéré l'ancienneté de sa conversion 
pour attester avec plus d'énergie la solidité et le sérieux de sa foi 
nouvelle. Quoi qu'il en soit, à cette date de 1624, si l'on en juge par 
ce qu'Antoine joignait à la lettre que nous venons de citer, il ne 
semble pas qu'il se passe des luttes morales bien vives dans son 
âme. Comme tous les étudiants de son âge et malgré la « nécessité » 
où il est réduit, Antoine compose à ses moments perdus des vers 
latins sur tous les sujets, de tous genres et de tous mètres; et, sans 
doute, il y a déjà quelque bizarrerie dans certaines de ces pièces, 
mais plutôt un peu de puérilité et, en tout cas, rien de cette mélan- 
colie que son maître et protecteur verra naître en lui plus tard et 
tâchera vainement de dissiper, n'en soupçonnant pas la raison 
véritable. La lettre qu'on a lue plus haut est suivie de trois 
anagrammes composées en l'honneur de la ville de Sedan, de Metz 
et de Paul Ferry. Il espère que son maître accueillera ces amusettes 
avec sa bonhomie coutumière : « Respice quo soles vultu haec 
ludicra. » Il aura bientôt à s'occuper de choses plus sérieuses, si 
Dieu veut bien réaliser ses vœux au sujet de son travail, « si Deus 
annuerit volis de labore meo ». Il semble par ces mots un peu 
vagues qu'Antoine comptait achever bientôt ses études et être 
pourvu d'un poste rémunérateur. 

L'autre missive, qui n'est pas datée, mais qui, vu la nature du 
contenu, devait faire partie du même envoi, contient cinq pièces 
en vers latins remplies ou d'admiration et de tendresse filiale pour 
Ferry ou de haine et de dégoût pour le papisme et les Jésuites, qu'il 
appelle « Ruina regum, pestifera tabès gregis ». Par une ironie du 
sort, les Pasteurs de Genève reconnaîtront quelques années après 
dans la conduite d'Antoine l'influence détestable de l'éducation 
jésuitique et lui reprocheront ses « restrictions mentales» 1 . 

Les cinq pièces latines d'Antoine ne sont que des exercices 
d'étudiant bon humaniste. La première est une épigramme sur la 
papesse Jeanne, ce personnage imaginaire qui succéda, selon les 
uns, à Léon IV en 855, sous le nom de Jean VIII, et selon d'autres 
vécut à la fin du xi e siècle. La seconde est encore une épigramme 
des plus sanglantes à l'adresse des « frères Loyolites » et à propos 
de l'image qui représentait Loyola portant un cœur dans sa main 
toute en flammes. « Une femme, avait vu cette image et s'était 
écriée : « Il est tout brûlant d'amour pour Dieu! » — « Insensée, dit 
Antoine, tu crois que c'est son cœur qu'il porte là ? (Ferre cor pu- 

1 Eevui, ibid., p. 165. 



NICOLAS ANTOINE 167 

tas suum?) Il vient d'étriper quelqu'un. (Exenteravit quempiam.) » 
Puis vient un éloge dithyrambique de Ferry : « Si la terre métique 
(Metz) eût produit deux hommes comme lui, c'en serait fait de 
l'empire du papisme 1 ». Enfin, après des plaisanteries sur un moine 
venu à Sedan, nommé Pudens, un distique où il joue sur le nom de 
Ferry 2 . Le tout est signé : « tui observantissime tibique deditissime 
N. Antonius». 

Le ton de ces morceaux nous donne un peu l'idée de l'âpreté 
qu'Antoine était capable d'apporter dans ses discussions avec ses 
adversaires. Et quand plus tard il tombera dans des accès de 
frénésie, on pourra n'y voir qu'un déchaînement anormal de 
l'impétuosité naturelle de son caractère. A l'époque où nous 
sommes de la vie d'Antoine, sans rien hasarder encore qui fût 
ouvertement contraire à l'orthodoxie calviniste, il devait quelque- 
fois étonner ses maîtres par l'inquiétude de sa raison et l'intem- 
pérance de ses curiosités. L'acte d'accusation porte qu'Antoine, 
de son propre aveu, « dès son jeune âge, aurait embrassé curieu- 
sement l'étude de la philosophie et conçu de damnables et exécra- 
bles opinions de N. S. Jésus-Christ ». Il devait arriver pour 
Antoine, doué d'une intelligence très vive et toujours en mouve- 
ment, ce qui était arrivé à beaucoup des premiers réformateurs. 
Conduits à éliminer une partie des dogmes du catholicisme sous 
l'impulsion de l'esprit d'examen, un bon nombre d'entre eux ne 
virent pas de motifs sérieux de s'arrêter, une fois l'élan donné, et 
de choisir entre les mystères devant lesquels la raison s'était jusque- 
là indifféremment courbée. Séparés de l'Eglise romaine, tous 
ne furent pas capables, comme Luther et Calvin, d'enrayer la 
force destructrice de leur raison et écartant, par exemple, le 
dogme de la transsubstantiation, de continuer d'imposer à la foi 
celui de la trinité. L'antitrinitarisme avait nécessairement fleuri 
presque en môme temps que la Réforme. Ceux qui naissaient dans 
la religion réformée Savaient pas de peine à s'accommoder du 
credo fixé par les chefs de la Réforme. Mais un Antoine, venu 
à la « Religion » en grande partie par un effort spontané de sa 
pensée, était destiné à suivre la voie des Servets et desSocins. Les 
circonstances toutes particulières où il se trouva placé firent qu'il 
les dépassa. Il devint « pire qu'un antitrinitaire » et môme finale- 

i . . . Si duo taies 

Prœterea adjnnxet Metica terra viros, 
Belua qua Romce stabulans in si/dera /"rendes, 
Nunc foret imperii meta suprema tui. 

* Si multos Ferry ferrent haec sœcula ferri 

In ferri sacUs aurea multa forent. 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ment, au dire des Pasteurs de Genève, « pire que les Juifs ». En 
réalité, il y eut à son époque beaucoup de judaïsants *, groupés 
quelquefois en sectes. On en trouve un peu partout depuis un 
siècle, d'abord en Suisse, puis surtout en Pologne, en Hollande, 
en Italie. Antoine lut-il des ouvrages comme le « De trinitatis 
erroribus » de Servet et en subit-il l'influence? Il est possible, 
mais on peut croire qu'il évolua de lui-même, par une spéculation 
personnelle. 

Il ne demeura que quelque mois à Sedan, puisqu'il arriva à 
Genève le 20 juillet 1624. Pendant son premier séjour dans cette 
ville, ce fut la même vie à peu près qu'à Sedan; toujours 
besoigneux, il luttait constamment contre la misère. Gomme il a de 
bonnes recommandations, la Compagnie des Pasteurs prend soin 
de lui, et il se procure quelques ressources supplémentaires en 
entrant en condition dans quelques maisons, probablement comme 
pédagogue. Mais son caractère devenait ombrageux à mesure que 
mûrissait sa pensée et que les « damnables opinions » qu'il 
accueillait s'imposaient plus impérieusement à sa conscience. 
Cependant, quoique l'étrangeté de ses allures donne à refléchir à 
quelques-uns, tout le monde rend hommage 4 son érudition et à la 
parfaite correction de ses moeurs. 

Combien de temps dura ce premier séjour à Genève? Environ 
trois ans, ainsi qu'il résulte des indications fournies par le registre 
des Pasteurs. En effet, à la date du 19 mai 1626, la Compagnie 
octroie 4 thalers à l'étudiant en théologie Antoine « atteint de la 
fièvre et sans ressources ». Plus loin, une seconde mention nous 
informe que le 21 mars (probablement 1627) Antoine reçut 4 thalers 
de M. Prévost et quelque chose du recteur pour entreprendre son 
voyage. C'est donc à cette date qu'il quitte Genève, sans avoir 
achevé ses études. Il paraît qu'il était appelé par « MM. de l'Eglise 
de Metz ». Peut-être, d'après la lettre de Paul Ferry, songeait-il à 
se présenter au synode de l'Ile-de-France, où d'ailleurs il échoua, 
à un moment difficile à déterminer. Toujours est-il qu'il partit, 
comme il le dit à des amis, « à regret ». Nos documents parlent 
aussi de la « cherté » des vivres, et des témoignages contemporains 
semblent indiquer qu'on craignait alors à Genève une épidémie 
qui sévissait dans des pays voisins. 

C'est à Metz qu'Antoine, déjà sceptique au sujet de la trinité et 
de la messianité de Jésus, devait commencer de se tourner vers le 
judaïsme, et pour la première fois sans doute, prendre contact avec 

1 Voir Graetz, Gescfochte der Juden, t. IX, p. 313 et suiv.; cf. aussi Lichtenberger, 
Encyclopédie des sciences religieuses^ s. v. Antitrinitaires. 



NICOLAS ANTOINE 169 

les Juifs. La communauté de Metz s'était récemment organisée et 
comptait environ 500 âmes l . Antoine eut des entretiens avec les 
rabbins, qui lui présentèrent l'Ancien Testament sous un jour 
nouveau pour lui. Il avait déjà étudié l'hébreu sous la direc- 
tion des professeurs de Sedan et de Genève, des Rambour et des 
Turretini, et expliquait sans doute comme eux les passages 
messianiques. Nous n'avons pas d'écho des conversations qui 
s'engagèrent entre Antoine et les rabbins de Metz, qui n'ont pas 
laissé de nom dans la littérature, mais Antoine s'aperçut, guidé 
par eux, qu'à ses motifs de douter s'ajoutait encore la fragilité des 
arguments puisés par le christianisme dans les textes de l'Ancien 
Testament. Sa confiance dans les explications de ses maîtres est 
ébranlée. Il s'en va tout exprès à Sedan soumettre ses incertitudes 
à Rambour, qui tâche de le rassurer et de le mettre en garde 
contre les téméraires démarches de la raison. Mais il ne se tient 
pas pour satisfait. De plus en plus, il se bute aux contradictions 
philosophiques ou scripturaires qu'il aperçoit dans les dogmes 
chrétiens. Il étudie l'hébreu avec acharnement et tâche de se faire 
une opinion impartiale. 

C'est pendant cette crise que se place l'épisode des relations 
d'Antoine avec un jeune homme de Sedan nommé Villemand, à 
qui il enseigna la philosophie; cet élève paraît lui avoir été mis 
entre les mains par Du Moulin, le célèbre professeur de théologie 
de l'Académie de Sedan. Antoine s'attacha à lui et lui fit confi- 
dence des graves secrets de son âme. Il n'eut pas de peine à 
exercer un ascendant absolu sur le jeune homme et à le déterminer 
à se convertir avec lui au judaïsme. On parut se douter du danger 
qu'offrait pour Villemand l'enseignement d'Antoine. Jusqu'à quel 
point? Il est difficile de le dire. Les lettres de du Moulin et de 
Ferry à ce sujet seraient intéressantes à. lire. Nous n'avons pour 
nous renseigner que la lettre de Ferry du 30 mars 1632, bien posté- 
rieure à l'incident et qui n'est pas très explicite. Ce qu'on reprocha 
à Antoine, c'est d'avoir égaré son élève dans les ténèbres de la 
métaphysique, mais il ne semble pas que leur désir de se faire 
Juifs ait été connu à cette époque. « Antoine, dit Ferry, préten- 
dait gagner quelque chose à lui enseigner la philosophie et furti- 
vement il l'emmena plus loin 2 , malgré les remontrances que je 
lui en avais faites avec instances de le renvoyer et au jeune 
homme de s'en retourner comme il m'avait promis, M. du Moulin 
l'ayant désiré et moi pour ce qu'il lui avait été recommandé. » 



1 Voir Ab. Catien, Le Babbimt de Mtte, Revu*, t. VII, p. 104. 
» Eu Italie. 



HO REVUE DES ETUDES JUIVES 

Antoine se soumit en apparence, mais secrètement continua à 
voir son élève et songea sérieusement à entrer dans une commu- 
nauté juive. Sur le reste de son séjour à Metz, Ferry nous donne 
quelques détails, insistant sur les symptômes de mélancolie qu'il a 
remarqués en ce temps-là et qu'il présente comme l'effet des contra- 
riétés qu'avait éprouvées Antoine; les remontrances qu'on lui fit à 
propos du jeune homme de Sedan, l'échec de sa candidature au 
synode de l'Ile-de-France, ses études trop attachées au Vieux 
Testament, tout cela, selon son ancien maître, troubla son esprit. 
« Il ne pouvait dès lors (depuis ces incidents) supporter le jour, 
en faisait fermer toutes les avenues chez un gentilhomme où 
j'avais trouvé moyen de le faire placer, toujours inquiet sans 
pouvoir être en repos en aucun lieu, taciturne sans môme se 
pouvoir exprimer qu'avec peine et comme à mots arrachés, 
quelque peine que je prisse de le solliciter à se mieux ouvrir, à le 
faire venir chez moi de fois à autres, de le recevoir à ma table 
et de le faire traiter comme il fut avec un grand soin. » En réalité, 
cette attitude s'explique parles combats intérieurs qui se livraient 
dans son âme et la contrainte qu'il s'imposait. Ferry voulait démon- 
trer qu'Antoine était depuis longtemps dans un état morbide, parce 
qu'il ignorait la vraie cause de ses ennuis et surtout parce 
qu'il était préoccupé d'infirmer la thèse de quelques-uns des juges 
du procès, selon qui la folie d'Antoine était « pénale et subséquente » 
et constituait un châtiment céleste pour les coupables doctrines 
qu'il avait conçues en pleine lucidité d'esprit. La vérité doit 
être entre les deux systèmes. Antoine avait le caractère naturel- 
lement sombre et ardent ; mais, d'autre part, il resta en pleine 
possession de ses facultés jusqu'à la dernière année de sa vie. 

Au bout de quelque temps, Antoine quitta Metz et, malgré Ferry, 
emmena Villemand en Italie. Il croyait pouvoir entrer plus faci- 
lement dans une communauté juive de ce pays. Nous savons 
malheureusement peu de chose de cette période qui ne fut que de 
quelques mois. Antoine enseigna la philosophie à Brescia. Ils 
allèrent ensuite à Venise , puis à Padoue , demandant à être 
circoncis et à demeurer au milieu des Juifs. Partout Antoine reçut 
les mêmes réponses. On les éconduisit, lui et son compagnon, en 
vertu du peu de propension du judaïsme à attirer des prosélytes et 
surtout par crainte des autorités, qui surveillaient à ce moment les 
Juifs plus étroitement que jamais. C'était l'époque où les protes- 
tants italiens s'enfuyaient en Suisse devant les rigueurs du papisme, 
qui voulait reconquérir le terrain perdu et raffermir son empire 
compromis. Des mesures sévères étaient prises contre les judaï- 
sants. Il n'y avait pas longtemps que Molcho avait été brûlé à 



. 



NICOLAS ANTOINE 171 

Mantoue : les portes des ghettos, un instant entr'ouvertes, s'étaient 
de nouveau refermées. Tout ce que les Juifs purent faire, ce fut de 
conseiller à Antoine de retourner en pays chrétien et d'exercer en 
secret le judaïsme, à la façon des Marranes, ou plutôt encore de 
se contenter d'être juif de cœur, sans renier le christianisme. 

Le pauvre Antoine fut très malheureux de cet insuccès et passa 
quelque temps à Venise en proie à de grandes souffrances maté- 
rielles et morales. Il dira plus tard dans sa requête aux pasteurs de 
Genève : « Le peuple d'Israël ne m'a point voulu recevoir et m'a 
dit que je pouvais vivre partout et entre toutes nations en la 
crainte de Dieu sans me découvrir et sans faire semblant de rien. 
J'ai enduré mille maux en allant à Venise et en demeurant là 
quelque temps en très misérable état et en retournant encore plus 
affligé et misérable. Néanmoins j'ai toujours espéré en mon bon 
Seigneur Dieu. Or de m'en aller demeurer parmi les papistes, 
j'avais fait serment de n'y plus retourner; j'abominais par trop 
leur idolâtrie. » Que faire? Antoine comptait plutôt sur la man- 
suétude des protestants que des catholiques romains. Il ignorait 
sans doute qu'il y eût quelque sécurité aux Pays-Bas et en Pologne 
pour les antitrinitaires etlesjudaïsants. Peut-être est-ce le manque 
de ressources qui détourna Antoine d'entreprendre ce voyage. 
Résigné à rester chrétien extérieurement et pressé de s'établir, il 
résolut de revenir à Genève, qui lui avait déjà été clémente. 

Nous l'y trouvons installé depuis quelques semaines déjà, à la 
date du 25 mars 1628, où Diodati, écrivant à Ferry, lui parle d'un 
certain Anthoine qui paraît bien être le nôtre. En effet, ce dernier, 
bien accueilli par ses maîtres et ses anciens condisciples, après 
avoir disputé avec succès en philosophie, est pris comme péda- 
gogue, en attendant qu'il ait fini ses études de théologie, chez un 
des plus illustres professeurs de l'Académie de Genève, Jean 
Diodati * . Voici ce qu'il écrit à Ferry : 

Monsieur et très honoré frère, 

En hâte ces deux mots au défaut desquels suppléera M. Anthoine, 
personnage que je vous recommande chèrement pour sa vaste 
érudition et piété. La petitesse des moyens le fait rechercher (?) sa 
mère naturelle. Genève lui aura été non certes marâtre, mais douce 
nourrice. Il est mûr de science, d'âge et de mœurs. Pour mon 
labeur, etc.. 

Suivent des confidences sur ses travaux personnels. 

1 Voir sur lui E. do Budé, Vie de Jean Diodati, théologien genevois (1516-1649). 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Cette lettre est quelque peu embarrassante. Si le personnage 
dont il est question ici est notre Antoine, et tout porte à le croire, 
comment se fait-il que Diodati le recommande à Ferry? Antoine 
aurait-il fait mystère de ses relations avec le pasteur de Metz? 
D'autre part, il semble ressortir des termes un peu obscurs de cette 
lettre qu'Antoine allait quitter Genève pour « rechercher sa mère 
naturelle », c'est-à-dire, sauf erreur, pour rentrer à Metz et là 
suppléerait au laconisme des informations adressées par Diodati à 
son correspondant. Or, il n'est nullement question de ce voyage 
dans les actes du procès. Il est à présumer qu'Antoine, s'il avait 
vraiment projeté de rentrer à Metz, y renonça, pour une raison 
quelconque. 

Il a donc pris le parti de dissimuler et d'affecter d'être un parfait 
chrétien. Il ne laisse pas néanmoins, comme on le remarqua plus 
tard rétrospectivement, de se trahir quelquefois, emporté par la 
véhémence de ses convictions. Un jour, dit le document des Pas- 
teurs, il osa répondre à son professeur de théologie que le mystère 
de la Trinité n'était pas fondé en l'Ecriture et qu'on y trouvait 
plutôt le contraire. Une discussion s'engagea alors, analogue à 
celles qui sont rapportées dans les actes du procès, « sur des 
passages de Moïse, d'Isaïe et des Psaumes ». Antoine céda en ap- 
parence, mais demeura inébranlé dans ses opinions. S'il y avait 
danger à émettre des propositions trop hardies devant les auto- 
rités, en revanche il régnait une certaine liberté entre étudiants l . 
Antoine s'ouvrait sans crainte à quelques-uns et ne leur cachait 
pas ses tendances ou plutôt ses convictions unitaires. Cependant il 
parvint à garder assez d'empire sur lui-même pour éviter d'attirer 
les soupçons de ses maîtres et, tout en pratiquant en secret ce qu'il 
pouvait du judaïsme, passa pour un homme très recommandable. 
Après un intérim fait au collège de Genève, il finit par se pré- 
senter au colloque de Gex et se fit accepter comme pasteur à 
Divonne. Il écrivit à Ferry pour lui annoncer sa nomination le 
29 novembre (sans doute de 1630). Nous ne reviendrons pas sur 
les événements qui suivirent et qui sont relatés en grand détail 
dans les actes du procès. C'en est fait désormais, Antoine s'est 
laissé mettre dans la plus fausse des situations; il ne pourra pas 
garder longtemps le masque. Les angoisses continuelles où il va se 
trouver useront vite sa résistance ; et une fois qu'il se sera trahi, 
autant il s'était contraint précédemment, autant il proclamera 
désormais avec énergie ses croyances véritables. 



1 L'affaire Rémond de la Croix, dont on peut lire le récit dans l'ouvrage de M. de 
Budé (pp. cit.)) en témoigne assez. 



NICOLAS ANTOINE 173 

Il n'y a pas lieu d'insister sur l'espèce de fièvre cérébrale qui 
accompagna ses premières déclarations, ses prosternements dans 
la boue, ses contorsions et grimaces, sa tentative de suicide dans 
le Rhône; toutes ces extravagances furent le résultat de cette 
longue et cruelle contrainte morale qu'il s'était imposée. Une nous 
reste donc qu'à examiner en quoi a consisté le judaïsme d'Antoine 
et quelle a été sa science exégétique. 



II 



Nous avons vu qu'Antoine eut des conversations avec les Juifs, 
à Metz et en Italie. Il a dû voir d'assez près la vie juive. Cepen- 
dant, d'après les données des actes du procès, il semble qu'Antoine 
n'ait retenu que quelques rites et n'ait pas connu le judaïsme tal- 
mudique, se bornant à se conformer dans la mesure du possible 
aux prescriptions mosaïques. Il s'abstenait, déjà dans la maison de 
Diodati, de manger du porc. On lit dans les actes que « dans la 
chambre qu'il avait, là où il était précepteur, il a écrit divers 
passages sur la porte et ès-parois à la façon des Juifs touchant 
l'unité du Dieu d'Israël et le même s'est trouvé en sa chambre de 
Divonne crayonné de charbon ». Antoine se conformait ainsi à la 
lettie des prescriptions du Deutéronome (vi, 19). Il ne possédait 
pas, semble-t-il, de mezouzot; il ne paraît pas non plus avoir porté 
de phylactères. Bien qu'un de ses articles de foi affirme l'obliga- 
tion d'observer le sabbat, on n'a rien noté à ce sujet dans la vie 
d'Antoine. Ses prosternations fréquentes, « à la judaïque », en 
approchant le front de terre , ainsi que ses déchaussements , 
qu'on peut attribuer, d'ailleurs, à sa démence, sont inspirés 
manifestement de ses lectures dans l'Ancien Testament; ce sont là 
des coutumes bibliques, non proprement juives, sauf en des circon- 
stances exceptionnelles. Enfin, les prières d'Antoine sont en partie 
composées par lui. Il ne connaît pas les rituels juifs. Il serait in- 
téressant de savoir si les fragments du Pentateuque qu'il récitait 
sont des morceaux tels que le Schéma. 

Mais ce qui est plus intéressant encore, ce sont les doctrines et 
l'exégèse d'Antoine. Pour juger de ses doctrines, nous avons sa 
confession de foi en douze articles. Elle a un caractère polémique 
marqué, affirmant le judaïsme et niant le christianisme. Antoine 
pose l'unité de l'essence divine, l'obligation perpétuelle de l'obser- 
vance du Sabbat, de la distinction des viandes pures et impures. Il 
croit à la reconstruction du Temple et à la restauration des sacri- 



174 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fices, enfin à la venue du Messie. D'autre part, il repousse les 
doctrines de la distinction de personnes dans la divinité, de la 
divinité du Messie, du péché originel, de la prédestination et de 
la rédemption. Contre la thèse de saint Paul, qui oppose la Foi à la 
Loi, il admet la justification par la Loi seule et, enfin, il rejette 
l'autorité du Nouveau Testament comme contradictoire en soi et 
avec l'Ancien. Cette profession, comme on voit, a un caractère tout 
à fait original; elle est le fruit des méditations d'Antoine et n'est 
nullement inspirée des treize articles de foi de Maïmonide, comme 
parait le croire M. Samter. 

Antoine est-il aussi original dans son exégèse? La question est 
difficile à résoudre. Nous avons vu qu'il avait eu des conversations, 
sur les questions qui divisent les Juifs et les chrétiens, avec les 
rabbins de Metz. D'autre part, on lit dans le registre des pas- 
teurs l : « Lui étant demandé si à son dernier voyage en Italie il 
avait parlé à quelque rabbi à Venise qui l'ait fortifié en cette 
opinion (sur l'unique autorité de l'Ancien Testament) il dit que 
non et qu'il ne sçavait ce que croyaient et enseignaient les Juifs, 
mais qu'il croyait à la parole de Dieu contenue en l'Ancien Testa- 
ment. » La vérité, c'est que les affirmations des Juifs de Metz lui 
ouvrirent les yeux sur l'insuffisance de ses connaissances hé- 
braïques et lui rendirent suspectes les interprétations que don- 
naient communément les théologiens chrétiens de certains passages 
bibliques. Il se mit dès lors à faire une étude approfondie de 
l'hébreu, comme en témoigne son ancien maître, qui nous donne 
aussi ce détail caractéristique qu'Antoine rassemblait des maté- 
riaux pour une Concordance. Il parait bien avoir été, en fait d'exé- 
gèse comme dans tout le reste, en grande partie autodidacte. Sans 
doute, il a pu connaître des ouvrages de controverse composés par 
des Juifs : le Hizzouk Entonna, par exemple, du Caraïte Troki est 
de l'époque; mais il fut écrit en Pologne et n'a dû se répandre 
dans les pays chrétiens, grâce aux traductions qu'on en fit, que 
longtemps après la mort d'Antoine. Nous avons comparé, à propos 
des passages qui furent discutés par Antoine et ses maîtres, les 
explications du premier avec celles des principaux exégètes juifs, 
Raschi, Ibn Ezra, Kimhi. Les analogies qu'on rencontre sont dues 
non à des emprunts directs ou indirects, mais au fait qu'ils expli- 
quent tous la Bible selon la méthode rationnelle, écartant les 
idées préconçues, éclairant les difficultés par le contexte et ne 
forçant jamais le sens. 

Du reste, les juges d'Antoine ont bien l'impression que celui-ci 

1 Ibid., p. 171. 



NICOLAS ANTOINE 175 

tire sa science surtout de lui-même, car ils l'accusent d'être pire 
encore que les Juifs, qui concèdent, eux, que certains passages des 
Psaumes se rapportent au Messie, tandis qu'Antoine les applique 
à des personnages contemporains des auteurs bibliques. 

Pour illustrer un peu ce qui précède, passons en revue les 
principaux textes controversés l . Les passages volontiers invo- 
qués sont ceux qui sont expliqués par le Nouveau Testament lui- 
même. C'est là qu'une contradiction apparaîtra aux théologiens 
chrétiens particulièrement blasphématoire. 

Au chapitre xxxi de Jérémie (31 à 33), le prophète parle de la 
nouvelle alliance que Dieu va contracter avec son peuple ce 
passage est allégué par saint Paul en faveur de la doctrine 
chrétienne et annonce, selon l'apôtre, l'abolition de la loi du 
Sinaï. Nullement, dit Antoine, Dieu ne veut que renouveler 
l'alliance que le peuple avait violée au désert et gravera désormais 
la loi dans leur cœur, mais il ne s'agit pas d'une Loi nouvelle. 
Kimhi insiste d'une façon analogue sur l'expression « nouvelle 
alliance » : c'est l'alliance qui sera renouvelée; mais non pas la Loi, 
qui est immuable. Tous les controversistes juifs font la même 
distinction entre les mots «berit » et « tôra », invoquant à l'appui 
de leur dire quantité d'autres passages de Jérémie lui-même 
(par exemple le début du ch. xi, où il est parlé de l'inobservance 
de la loi du Sinaï). 

Le psaume ex de David commence par ces mots : « Parole de 

l'Eternel à mon Seigneur, assieds-toi à ma droite Verset 4 : 

Tues un prêtre à jamais à la façon (ou sur l'ordre) de Melchisédec ». 
Les chrétiens voient dans ce passage une allusion des plus nettes 
à Jésus et à sa divinité. Antoine pense que ce sont les serviteurs de 
David qui ont composé ce psaume à l'honneur de David, auquel Dieu 
avait promis de vaincre ses ennemis. C'est à peu près l'explication 
de Kimhi. Raschi et les anciens commentateurs essaient aussi de 
rapporter ce psaume à Abraham, à cause des versets de la Genèse 
(xiv, 18 et 19). L'opinion du pasteur qui combat Antoine est sin- 
gulière : il accuse ce dernier d'être pire que les Pharisiens, qui 
consentent eux à attribuer un sens messianique au passage précité. 
On ne voit pas bien quelle explication talmudique (car c'est au 
Talmud qu'il fait allusion) le fait parler ainsi. Ce qui suit dans le 
document des Pasteurs n'est pas moins singulier : « Un des assis- 
tants ayant dit qu'en ce même psaume est dit : Tu seras mon 
sacrificateur selon l'ordre de Melchisédec, ce qui ne pouvait être 
dit de David qui ne fut jamais sacrificateur, par une malice et 

1 Ibid., p. 171 et suiv. 



176 REVUE DES ETUDES JUIVES 

cavillation étrange, il (Antoine) dit que si et que David avait dis- 
tribué du pain et du vin au peuple, I chron. xvi, ce qui n'a point 
été une action de sacrificateur, mais une libéralité royale. » A 
moins d'inexactitudes dans ce texte, il semble que les adversaires 
d'Antoine aient mal saisi ses explications. Si, en effet, il leur avait 
donné cette réponse sans plus, ils pouvaient, à bon droit, la juger 
faible; mais elle contient, malgré tout, quelque chose d'assez in- 
génieux pour qu'on soit tenté de la compléter, ou plutôt de la res- 
tituer. Puisque Antoine cite I Chron, xvi, 3, il devait apparemment 
connaître le premier verset du même chapitre. Or, il est dit dans 
ce verset (répétition de II Samuel xxvi, 17) que David offrit des 
holocaustes et des sacrifices d'actions de grâce, û^ttbian nibi* • en 
citant ce verset, comme il a dû le faire, Antoine prouvait que 
David était sacrificateur, et en alléguant le verset 3, qui dit que 
David offrit au peuple du pain , des parts de viande (?) et des 
bouteilles de vin, il justifiait l'allusion du psalmiste à Melchisédec, 
qui vint offrir, d'après la Genèse, du pain et du vin. Trocki, dans 
le Hizzouk Emouna, veut aussi démontrer que David fut sacrifica- 
teur et il allègue une autre circonstance où l'on dit de lui qu'il 
offrit des victimes (II Sam., xxiv, 25). Kimhi ne laissait pas d'être 
embarrassé par le terme de Kohen appliqué à David et l'expliquait 
par Nagid, prince, comme dans la phrase : « et les fils de David 
furent des Kohanim », c'est-à-dire des princes (II Samuel, 
vin, 18). 

Pour prouver la Trinité, les Pasteurs citaient, entre autres 
passages, le verset de Genèse, xix, 24 : ci Et l'Eternel fit pleuvoir 
sur Sodome et Gomorrhe du soufre et du feu, venant de V Eternel, 
du haut des cieux ». Il y avait là, selon eux, l'indice d'une pluralité 
de personnes divines. Antoine répond, avec les exégètes juifs, que 
c'est là une figure de style fréquente dans la Bible et il cite comme 
exemple le verset : « Et Pharaon chassa Moïse de devant 
Pharaon. » (Exode, x, 11). 

Pour le fameux passage (Isaïe, vu, 14) : « Et voici un signe : la 
« aima » concevra et enfantera, etc. », Antoine dit que cela s'entend 
de la femme du prophète. C'est l'opinion de Raschi et d'ibn 
Ezra. 

Isaïe , ix , 5. La controverse s'attache aux mots : El gibbor 
« Dieu fort », qui semblent être dits du Messie. Antoine déclare que 
cette expression n'implique pas la divinité du Messie. Selon lui, 
une expression analogue concernant un homme se trouverait dans 
Ezéchiel, mais il ne put, dit-on, « spécifier le lieu ». Ici sa mémoire 
a dû le trahir. Aucune expression de ce genre ne se lit dans le 
prophète. 



NICOLAS ANTOINE 177 

La suite de la discussion est assez embrouillée. Il paraît 
qu'Antoine se moqua, comme firent les controversistes juifs, des 
pseudo-citations de la Bible qu'on trouve dans le Nouveau Tes- 
tament, comme le mot : « Il sera appelé nazaréen. » 

On ne comprend pas bien ensuite l'opinion d'Antoine attribuant 
à Josias les termes d'Immanuel et de Dieu fort. Ceci paraît inexac- 
tement rapporté. 

Le chapitre lui d'isaïe a fait l'objet d'une dissertation spéciale 
d'Antoine, qu'il serait curieux de connaître. Le document que nous 
avons indique qu'Antoine voyait dans ce chapitre l'image des 
souffrances du peuple. A noter le rapprochement ingénieux et 
personnel, croyons-nous, qu'il établit entre l'expression : niyr* 

T V V 

TtDps nvnb du verset 12 et celle du cantique de Débora (Juges, v, 18) : 
rnttb tojbj cpn û?. Gomme la seconde s'entend d'un peuple, la 
première peut donc s'entendre également d'une collectivité, et non 
exclusivement d'un seul homme (le Messie). 

Pour le psaume ir, dont l'explication hasardée en chaire par 
Antoine détermina le scandale qu'on sait, le passage de notre 
document qui en traite (p. 179) est peu clair. On voit qu'Antoine 
rapportait l'ensemble du psaume à David et non pas au Messie, mais 
il ne songe pas à expliquer, comme les ex^gètes juifs, le mot -o 
par pureté. (Ces derniers, à l'exception dlbn Ezra, reculent devant 
l'aramaïsme anormal qu'il faudrait admettre, si l'on traduisait bar 
par fils, sans préjudice des autres difficultés.) 

En résumé, Antoine s'attache, par une saine exégèse, à restituer 
le sens naturel des passages de l'Ancien Testament, qui, selon ses 
énergiques expressions, étaient « tirés aux cheveux » et « criaient 
tous miséricorde ». Par ses études approfondies de l'hébreu, il est 
bi^n préparé pour la controverse et trouve généralement 1 réponse 
à tout. Quelle que soit l'influence directe ou indirecte de l'exégèse 
juive sur lui, Antoine a travaillé par lui-même et on voit par ce qui 
précède que, sinon la méthode générale, du moins certaines expli- 
cations de détail, le choix des exemples, lui sont personnels. Si 
Antoine avait pu vivre, il aurait peut-être laissé d'excellents 
travaux. Il est vrai que, pour se punir de sa longue dissimulation, 
il demandait, durant sa détention, qu'on le laissât se retirer dans 
une solitude et vivre en anachorète. 

1 De la Roche, l'auteur de la Bibliothèque anglaise, connaît un détail intéressant 
qu'on ne lit ni dans les actes des Pasteurs, ni dans l'histoire de Gautier. Le 11 avril, 
on allégua, dit-il, à Antoine le fameux passage de Josèphe relatif au Christ. Antoiue, 
qui Pignorait, ne sut que répondre. 

T. XXXVII, «° 74. 12 



178 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 



III 



On sait, et il faut le répéter à la décharge de ses juges, qu'après 
de longues discussions sur le cas d'Antoine, il ne tint pas à une 
minorité éclairée et fort imposante que le parti de l'indulgence ne 
l'emportât. Ce n'est pas tant son judaïsme, quoi qu'en dise M. Sam- 
ter, qui parut un crime irrémissible, que la longue supercherie à 
laquelle Antoine se résigna par une faiblesse dont il était le 
premier à rougir et qu'il racheta largement par la fermeté de son 
attitude. D'ailleurs, les premiers historiens de Genève et les bio- 
graphes d'Antoine, Bérenger,Spon, De la Roche, etc., à une époque 
relativement voisine de celle du procès sont unanimes à déplorer 
la sévérité de la sentence prononcée contre Antoine. Il semble 
même qu'on dut faire dans les premiers temps le silence autour 
de cette affaire. Spanheim, qu'on venait de mettre en rapport avec 
Paul Ferry et qui lui écrit pour la première fois en juillet 1632 *, 
parle de différents sujets à son correspondant, mais ne dit pas un 
mot du procès d'Antoine, où pourtant celui-ci avait joué un rôle. 
En somme, le cas d'Antoine fut une exception et malgré les appa- 
rences, plus de tolérance pénétrait déjà dans les esprits. 

Quant à nous, il nous a paru intéressant de mettre en quelque 
relief cette curieuse figure de judaïsant isolé et ardent, mé- 
lange singulier d'opiniâtreté et de faiblesse , victime touchante 
d'impérieuses convictions qui finit par aller au-devant du martyre, 
et, acculée à une situation sans issue qui lui coûta la raison et la 
vie, accepta avec une sorte de joie farouche de mourir « pour la 
gloire du grand Dieu d'Israël ». 

Julien Weill. 



APPENDICE 

A. — Procès fait et fourni par devant nos très honorés Seigneurs, 
Syndics et Conseils de cette cité : à Vinslance et pour sixtes du Seigneur 
Lieutenant es dites causes instant. 

Contre 
Nicolas, fils de Jean Antoine, de Brieu en Lorraine, lequel étant 

1 Lettres manuscrites de la collection Lutteroth. 



NICOLAS ANTOINE 179 

constitué prisonnier, a volontairement confessé que dès, son jeune 
âge il aurait embrassé curieusement l'étude de la philosophie et 
conçu de damnables et exécrables opinions de Notre Seigneur Jésus- 
Christ; Item qu'il y a environ sept ou huit ans que particulièrement il 
se serait adonné à l'étude de la fausse doctrine des Juifs et que pour y 
être d autant mieux instruit, il se serait adressé à eux dans la ville 
de Metz, lesquels après quelques conférences l'auraient renvoyé à 
d'autres Juifs et notamment à ceux de Venise; Item qu'il serait allé 
à Sedan il y a environ cinq ans où il aurait débauché un jeune 
homme étudiant au dit lieu et icelui mené et conduit en Italie l'en- 
tretenant en chemin de sa maudite créance. Item qu'étant arrivé à 
Venise, ils seraient allés visiter les Juifs et le dit Antoine les ayant 
priés de les recevoir en leur synagogue et de le circoncire, ils le lui 
auraient refusé, craignant d'en être repris par le magistrat, s'étant 
contenté de ce qu'ils lui firent entendre qu'il pouvait vivre avec les 
chrétiens et ne laisser pourtant d'être juif en son cœur, et que le 
même lui fut déclaré par les Juifs à Padoue. Item a confessé que 
n'eût été la peur d'être découvert il eût travaillé pour attirer ses 
parents au judaïsme. Item que suivant cette détestable doctrine, il 
serait venu en cette ville, faisant semblant d'étudier en théologie, 
même se serait présenté pour disputer la chaire de philosophie et 
pendant quelque temps aurait fait la charge de premier Régent au 
collège, contrefaisant toujours néantmoins le chrétien à la judaïque, 
n'osant en faire profession ouverte; Item qu'étant appelé par une 
Eglise proche de cette ville pour y être ministre (l'Eglise de Divonne 
au païs de Gex) après avoir été examiné, répondu conformément à 
la doctrine de la Religion orthodoxe, il aurait juré de vivre et 
enseigner suivant la confession de foi des Eglises réformées, combien 
que de cœur il crut le judaïsme et que par rétention maudite il en- 
tendit jurer et prêter serment tout autrement que sa bouche ne pro- 
nonçait. Item, qu'au lieu de prêcher Jésus-Christ, suivant le serment 
qu'il aurait prêté, il n'aurait expliqué que des passages du Vieux 
Testament et rapporté faussement à d'autres personnes les textes 
qui parlent formellement de Notre Seigneur Jésus-Christ et surtout 
le texte qu'il explique en sa dernière action (le psaume n) d'où s'en 
serait suivi le lendemain un manifeste jugement de Dieu sur le dit 
Antoine, lequel devint transporté des sens, courut les champs et se 
vint rendre à pieds nus dans cette ville proférant des blasphèmes 
horribles contre Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Item 
qu'après avoir été traité des médecins et soigneusement médicamenté 
dans l'Hôpital de cette cité, étant revenu à soi, et hors de sa manie, 
il aurait persévéré à blasphémer contre la Sainte Trinité et la personne 
de Notre Seigneur Jésus-Christ, soutenant tant de bouche que par 
écrit que c'était une Idole et que le Nouveau Testament n'était qu'une 
fable. Item a confessé qu'administrant le sacrement de la Sainte Cène, 
en l'exhortation qu'il faisait au peuple, il disait seulement, souvenez- 
vous de votre Sauveur et qu'en récitant les paroles du Symbole des 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Apôtres où il est parlé de Notre Seigneur Jésus-Christ il ne les pronon- 
çait pas, mais il marmonnait entre ses dents. Finalement, nonobstant 
les sérieuses remontrances et exhortations qui lui ont été faites dès sa 
détention, tant par le Magistrat que par les speclables Pasteurs de 
cette Eglise de quitter ses maudites et damnables opinions, il aurait 
continué de plus fort dans les horribles impiétés et blasphèmes, 
ayant composé et signé un écrit par lequel il tâche de tout son 
pouvoir de combattre et renverser la Sainte Trinité, reniant toujours 
obstinément la divinité et l'incarnation de Notre Seigneur et Sauveur 
Jésus-Christ, renonçant à son baptême è diverses fois comme plus à 
plein est contenu en son procès. 



B. — Sentence contre Nicolas Antoine apostat, prononcée et exécutée 

le 20 Avril 46Z2. 

Nos très honorés Seigneurs Syndics et Conseil de cette cité ayant 
veu le procès criminel fait et formé par devant eux à l'instance et 
poursuite du Seigneur Lieutenant es dites causes instant contre 
Nicolas Antoine par lequel et ses confessions leur conste et appert 
que lui, oubliant toute crainte de Dieu, aurait commis crime d'aposta- 
sie et lèze majesté divine au premier chef, ayant combattu la Sainte 
Trinité, renié Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, blasphémé 
pour embrasser le judaïsme et la circoncision et se serait parjuré en 
dogmatisant et enseignant sa damnable doctrine, cas et crime 
méritant griève punition corporelle. A ces causes et d'autres à ces 
mesds. Seigneurs mouvauts (?), séant au tribunal au lieu de leurs 
prédécesseurs suivant leurs anciennes coutumes, ayant Dieu et ses 
Saintes Ecritures devant les yeux et invoqué son saint nom pour 
faire droit jugement, disant : Au nom du Père, du Fils et du Saint- 
Esprit (amen). Par cette leur définitive sentence, laquelle ils donnent 
par écrit, condamnent le dit Antoine à devoir être lié et mené en la 
Place de Plainpalais, pour là être attaché à un poteau sur un bûcher, 
être étranglé à la façon accoutumée et en après son corps brûlé et 
réduit en cendres et ainsi finir ses jours, pour être en exemple à 
ceux qui tel cas voudraient commettre; déclarons en outre ses biens 
confisqués au profit de la Seigneurie ; mandons au Seigneur Lieu- 
tenant de mettre la présente sentence à due et entière exécution. 



LA FETE DES CABANES 



CHEZ PLUTARQUE ET TACITE 



On sait que Plutarque [Sympos., rv, 5, 3), aussi bien que Tacite 
{Historiae^ V, 5), parlent de l'identité du dieu des Juifs avec Bac- 
chus. Mais, tandis que l'historien romain la rejette comme contraire 
au caractère fondamental des institutions religieuses du judaïsme 
et se borne à signaler trois points de ressemblance, le moraliste 
de Chéronée essaie de prouver, dans une dissertation très sérieuse, 
en relevant de nombreux points de similitude, que le dieu des Juifs 
n'est autre effectivement que Bacchus. Nous n'avons pas à exami- 
ner la thèse elle-même, dont il est inutile de démontrer le 
peu de solidité. Mais ce qui doit attirer notre attention, ce sont les 
preuves que Tacite rejette comme non convaincantes, ainsi qu'une 
partie de celles qui sont invoquées par Plutarque : les unes et les 
autres, quoique différentes par le contenu, sont empruntées au 
même ordre de choses, c'est-à-dire aux institutions du temple de 
Jérusalem et à la célébration de la fête des Cabanes dans le Temple. 
Plutarque surtout, qui donne de cette fête une description détaillée, 
en vue d l établir les points de ressemblance entre le culte juif et 
les Dionysies, mérite d'être étudié avec soin. En effet, sa descrip- 
tion concorde, en général, avec ce que la littérature talmudique 
nous dit au sujet de cette solennité; mais elle offre aussi beaucoup 
de divergences et de singularités qu'on ne peut prendre simplement 
pour des malentendus. Comme il ne s'agit ni chez Plutarque ni 
chez Tacite d'impressions personnelles — car aucun d'eux n'a été 
à Jérusalem, — mais d'une description empruntée à des sources 
et se référant, en dernière analyse, à des témoignages oculaires, 
celle-ci mérite un examen approfondi, tant pour les détails 
quelle nous révèle concernant le culte dans le Temple que comme 
tradition païenne sur le culte juif. 



182 REVUE DES ETUDES JUIVES 



LA FÊTE DES CABANES D APRES PLUTARQUE. 

Voici le texte de la démonstration de Plutarque fondée sur cette 
solennité * : 

* Premièrement, la plus grande et la plus solennelle de leurs fêles 
se célèbre dans un temps et d'uue manière qui conviennent parfaite- 
ment à Bacchus [ils lui donnent le nom de jeûne et la solennisent] 
dans le fort de la vendange. Ils dressent des tables chargées de toutes 
sortes de fruits et habitent sous des tentes et des huttes faites sur- 
tout de branches de vigne et de lierre entrelacées ; le premier jour de 
cette fête s'appelle « fête des Tabernacles ». Peu de jours après, ils en 
célèbrent une autre où ils invoquent Bacchus, non plus par des 
symboles énigmatiques, mais ouvertement. 

Ils ont aussi une fête où l'on porte des rameaux de figuier et des 
thyrses ; les thyrsophores entrent dans le temple ; on ignore ce qu'ils 
y font, mais il est vraisemblable qu'ils y célèbrent quelque baccha- 
nale, car ils se servent pour invoquer leur dieu de petites trompettes 
pareilles à celles dont les Argiens font usage dans les fêtes de Bacchus . 
D'autres s'avancent en jouant de la cithare; ils les appellent Lévites, 
soit du nom Lysios, soit plutôt d'Evios. » 

Cette description de solennités juives, la seule qui soit aussi abon 
dante en détails précis, vise évidemment le temple de Jérusalem et 
non, comme on devrait le déduire de la date de sa composition, 
qui remonte au commencement du n e siècle de l'ère chrétienne, la 
synagogue de quelque ville grecque. En effet, les dernières lignes 
parlent des lévites jouant de la harpe qui précédaient le cortège 
entrant dans le ïepdv, chose qui ne se faisait pas dans les syna- 
gogues, de même que les sonneries de trompettes, au moment de 
la procession des palmes pendant la fête des Cabanes, n'étaient 
usitées que dans le sanctuaire de Jérusalem 2 . Tout le récit de Plu- 
tarque traite exclusivement de cette fête, car, après avoir décrit 
la fête qu'il n'a pas encore nommée, Plutarque dit que les Juifs 
appellent le premier jour <7X7)vVj et, dans la seconde partie, il décrit 
l'entrée du cortège avec le thyrse spécialement employé pour la 
fête des Cabanes. Autant ce point est certain, autant il est difficile 
de comprendre ce qu'il dit des diverses journées de cette fête qui, 
à notre connaissance, se célèbre de la même façon pendant les 

1 D'après la traduction de M. Théodore Reinach dans Textes d'auteurs grecs, 
p. 143. 

3 Si Plutarque se sert, dans sa description, du présent et donne ainsi l'impression 
que ces usages étaient encore en vigueur à son époque, cela prouve seulement qu'il 
a copié, sans rien y changer, le document fluUl avait sous les yeux. 



LA FÊTE DES CABANES CHEZ PLUTARQUE ET TACITE 183 

sept jours. En indiquant comment se nomme le premier jour, il 
laisse entendre avec raison que la fête avait une durée de plusieurs 
jours. Le fait que le premier jour seul est appelé (txtjv^ peut prove- 
nir d'un malentendu, ce nom étant celui de toute la fête. Mais 
quand il dit que, quelques jours plus tard, les Juifs célèbrent une 
seconde fête, où Bacchus n'est pas invoqué symboliquement 
comme dans la première, mais ouvertement, la signification de ce 
passage et l'origine de ces renseignements sont presque impos- 
sibles à déterminer. Les symboles sont : les diverses espèces de 
fruits indiqués dans la description précédente, exposés sur des 
tables, ainsi que le lierre et les ceps de vigne dont étaient formées 
les cabanes. Tout cela étant des objets consacrés à Bacchus, leur 
exposition était une invocation manifeste à ce dieu au moyen de 
symboles muets de la part des Juifs, d'après les vues de Plutarque. 
Mais en quoi consiste l'invocation directe à Bacchus? Serait-ce 
par hasard le cri joyeux d'Evohé, que Plutarque retrouvait dans 
le 11 fcwa (Soucca, iv, 3) chanté pendant la procession autour de 
l'autel, ou dans l'invocation prononcée par le peuple sur la mon- 
tagne du temple, rpb wk, pendant la fête nocturne des Cabanes 
[Soucca, v, 5)? L'une et l'autre hypothèse sont impossibles, car 
Plutarque déclare expressément ignorer ce que faisaient dans le 
temple les thyrsophores, et il suppose simplement qu'on célébrait 
des bacchanales à l'intérieur, parce qu'on se servait de petites 
trompettes dont le son était entendu au dehors. Quant à l'invoca- 
tion à Bacchus, qui aurait pu être perçue également du dehors, il 
n'en dit rien dans ce récit. Il ne peut non plus avoir voulu parler 
des cris proférés pendant les solennités nocturnes, puisqu'il ne les 
connaissait pas, car s'il les avait connues telles qu'elles sont décrites 
dans Soucca, v,2 (Soucca, 51 6; j. Soucca, v, 55 &; Tos. Soucca, iv, 
1-5), il n'aurait certes pas manqué de s'appuyer sur cette partie de 
la solennité automnale des Juifs, qui rappelait d'une manière plus 
frappante que toute autre les Dionysies et de signaler avec com- 
plaisance tous les points particuliers 1 . Ces solennités se dérou- 

1 Wiener, Reahoôrterbuch, II, 8, s. v. Laubhûttenfest , dit : « L'allégresse qui écla- 
tait pendant cette fête des Cabanes et beaucoup d'usages particuliers amenèrent Plu- 
tarque à désigner toute cette solennité comme une fête de Bacchus. » De même, Dill- 
mann (dans le Bibellexicon de Schenkel, IV, 15) : « On ne peut certainement en 
vouloir à Plutarque s'il n'a pas su distinguer le fond moral et religieux de cette solen- 
nité en présence de la folle allégresse qui y éclatait et des cérémonies extérieures 
traitées avec une si grande importance, et qu'il n'ait vu, dans la fête juive des Ca- 
banes, qu'une solennité dionysiaque ou bacchique. » Hamburger aussi [Realencyclo- 
pàdie, I, 692), après avoir décrit la suite de la fêle, dit : t Cette fête consacrée à la 
joie fut aussi visitée avec prédilection par les païeus, qui la prenaient par erreur pour 
une fête de Bacchus. » Je demanderai maintenant où se trouve chez Plutarque, à 
qui on attribue le passage cité ci-dessus, le moindre indice concernant la fête de 



184 REVUE DES ETUDES JUIVES 

laient en dehors du Temple, sur la montagne du Temple, et pou- 
vaient, par conséquent, être connues de la façon la plus précise de 
celui qui lui a fourni la description du cortège entrant dans le 
sanctuaire avec les lévites jouant de la harpe, si toutefois il les 
avait connues l . 

Or, Plutarque parle encore une fois de l'invocation à Dieu faite 
par les Juifs et dit qu'elle était semblable à celle de Bacchus chez 
les Argiens et se faisait dans le temple au moyen de petites trom- 
pettes. Il me semble donc que précédemment aussi, quand il men- 
tionne l'invocation directe adressée par les Juifs à Bacchus, il 
voulait parler de la sonnerie de trompettes. Il est difficile d'ad- 
mettre qu'il n'ait pas indiqué ce qu'il entendait par là, puisqu'il 
a décrit avec une clarté suffisante l'invocation symbolique ; c'est 
pourquoi, dans la mention ultérieure des trompettes, nous pouvons 
reconnaître l'explication de la phrase restée obscure et dont il pou- 
vait supposer que le sens n'échapperait pas à ses auditeurs et à ses 
lecteurs, familiarisés avec le culte de Bacchus. Mais dans cette 
seconde partie de sa description, Plutarque a-t-il voulu décrire la 
seconde fête juive en question ? C'est ce- qu'on ne saurait soutenir 
d'une façon cerfaine. Car la phrase : "Ecm 8è xai xpaoYjcpopt'a tiç éopxT) 
xal ôupao^popiaTiap'aÙToïç. « Ils ont aussi une fête où l'on porte des 
rameaux de figuier et des thyrses » donne l'impression qu'en plus 
de la première fête appelée (jxtjv^ et de la seconde caractérisée 
par l'invocation formelle à Bacchus, il voulait encore en signaler 
une troisième, célébrée après la seconde. Mais cela ne concorde 
guère avec ce qu'il dit de la xpaoTjçopia et de la ôupaocpopi'a, qui, 
pour lui, désignent le port du bouquet de la fête (loulab) ; or, ce 
bouquet était déjà apporté au Temple le premier jour de la fête 
des Cabanes, selon Lévitique, xxm, 40, et même plus tard, lorsque 
la prescription relative au loulab fut étendue à tous les sept jours 
de la fête, cette cérémonie se faisait déjà le premier jour (Soucca, 
iv, 2). Plutarque aurait-il mal compris le document qu'il a copié 
et qui parlait sans doute de la cérémonie du loulab de la fête des 

nuit. Qu'on l'étudié attentivement et qu'on se demande ensuite s'il n'aurait pas 
cité également le jour si caractéristique de folle allégresse s'il l'avait connu, puisque 
la moindre ressemblance lui su lût pour en faire une preuve de l'identité du dieu 
des Juifs avec Bacchus! N'aurait-il pas été obligé, du moins, de signaler, en pas- 
sant, la ressemblance de la fête de nuit avec la fête des Mystères ? (Cf. Venetianer, 
dans Magyar Zsido Stemle, 1895, 217 et s., et Eleusinische Mystcrien im jerusa- 
lemischen Tpmpel dans les Monatsblàttcr de Brùll, 1897). Seul Riehm (Handwdrtcr- 
buch, s. v. LaubhÛttenfest, § 3) indique le loulab et la sonnerie de trompettes comme 
les points qui ont inspiré à Plutarque son hypothèse. 

1 M. Th. Reinach (Textes d'auteurs grecs, p. 143, note 2), à propos des mots : • Peu 
de jours après, ils en célèbrent une autre », se demande sïl n'est pas question ici de 
la fête de clôture, ce qui est impossible. 



LA FÊTE DES CABANES CHEZ PLUTARQUE ET TACITE 185 

Cabanes en termes généraux, sans désignation plus précise du 
jour, et aurait-il voulu dire que cette cérémonie caractérisait par- 
ticulièrement un des jours suivants ? Ou bien eopx^ « fête », dans la 
phrase lerrt 8e xou xpa87)<pop''ot tiç eopxY] xori ôupaocpopia Trap'aÛTOtç èv tj 

6up<Touç e/ovreç e!ç xb iepbv eiaiaffiv, désigne-t-il, non wijour de fête, 
mais une cérémonie qui s'accomplissait pendant un des jours de 
fête décrits précédemment et se rattachant à d'autres solennités? 
Cette dernière hypothèse me paraît plus vraisemblable, à cause de 
la mention du loulab, qui se rattachait à la fête des Cabanes, et est 
confirmée par le fait que Plutarque ne désigne pas la promenade 
du loulab comme troisième fête et n'en fixe pas le jour comme 
précédemment par les mots oXfyaiç 8è ucrrepov Tjpiépaiç. Si xpaS-rj- 
<pop-'a se rapporte à une des deux solennités décrites précédemment, 
il reste encore à établir à laquelle. 

Le fait que Plutarque insiste sur l'invocation à Bacchus quand 
il décrit la procession des loulab en mentionnant la seconde fête, 
permet de rapporter cette cérémonie à la fête désignée par Plu- 
tarque comme la seconde. Mais, comme, entre le premier jour de 
la fête des Cabanes et la seconde fête, c'est-à-dire la fête où l'on 
sonnait les trompettes et où l'on apportait le loulab, il laisse un 
intervalle de plusieurs jours, et comme le huitième jour, où le 
loulab n'est plus prescrit, est exclu, il ne peut avoir voulu parler 
que du septième, qui seul a quelque chose de remarquable par ses 
cérémonies. Nous lisons, en effet, dans la Mischna (5!oz«cca,iv,5-6) 
qu'à chacun des sept jours de la fête des Cabanes, on plaçait 
sur les côtés de l'autel de longues branches de saule nain et qu'on 
faisait en procession le tour de l'autel ; le septième jour, on faisait 
sept tours *, et ensuite on frappait avec les branches de saule — 
d'après d'autres traditions avec des branches de palmier — le sol 
près de l'autel. Cette dernière partie de la cérémonie prit une 
signification si haute qu'on l'accomplissait même le sabbat, malgré 
la protestation formelle des Sadducéens contre la violation inten- 
tionnelle du repos sabbatique (Soucca, 43&,45<z; Tos. Soucca, m, 
1). Or, nous savons que les Pharisiens, après avoir acquis une 
influence prépondérante sur le culte du Temple, firent célébrer 



1 Dans le Livre des Jubilés, xvi, 31, dont nous reconnaîtrons plus tard la va- 
leur historique, Abraham t'ait sept fois le tour de l'autel avec des branches de 
palmier chaque jour des sept jours de la fête des Cabanes. Gomme cette assertion a 
manifestement pour base un usage observé dans le temple de Jérusalem, ii. faut ad- 
mettre que l'auteur connaissait une cérémonie différente de celle que décrit la Mischna. 
Dans ce cas, il est vraisemblable que l'usage rapporté dans le Livre des Jubilés est 
le plus ancien, car il est probable que ce n'est que plus tard qu'on a distingué le 
septième jour du reste de la fête par l'apport des saules et le plus grand nombre de 
promenades autour de l'autel. 



186 REVUE DES ETUDES JUIVES 

avec beaucoup d'apparat toutes les cérémonies du Temple qu'ils 
préconisaient et que combattaient les Sadducéens, afin de frapper 
l'esprit de la foule et de lui faire adopter cette forme de culte 
comme la seule véritable. C'est ce qui arriva, comme on sait, pour 
la gerbe qu'on allait couper le soir du 16 Nissan pour l'offrande 
des prémices, même quand le 16 Nissan tombait le jour du sabbat 
(Menahot, x, 3), ainsi que pour les préparatifs en vue de la com- 
bustion de la vache rousse [Para, m, 7), pour l'adjuration adres- 
sée au grand-prêtre la veille du Jour des Expiations au sujet de 
l'offrande de l'encens (Yoma, i, 5) et pour les libations d'eau 
pendant la fête des Cabanes (Soucca, iv, 9). Les détails de cette 
dernière cérémonie forment, pour notre cas, le pendant le plus 
exact, car, pour Texposition des branches de saule, il fallait les 
mêmes préparatifs que pour les libations d'eau. Pour celles-ci, l'eau 
devait être puisée à la source de Siloé ; pour celles-là, les branches 
de saule devaient être cueillies dans les environs de Jérusalem 
(Soucca, iv, 7, 4) et, quand la fête tombait le jour du sabbat, l'eau 
ainsi que les branches de saule pour le septième jour de la fête des 
Cabanes étaient apportées au sanctuaire dès le vendredi et con- 
servées dans des vases d'or (Soucca, îv, 9.5). Il est donc vraisem- 
blable que les branches de saule étaient cueillies et reçues sur la 
montagne du Temple avec la même solennité, c'est-à-dire en 
grande pompe et au son des trompettes des prêtres (Soucca, v, 4), 
mais cela seulement le septième jour de la fête, le seul où les 
branches de saule servaient à une cérémonie, ce qui lui fit don- 
ner le nom de i-n-i* û"p (Soucca, îv, 2). C'est à cette entrée so- 
lennelle dans le Temple, le septième jour de la fête des Cabanes, 
avec des branches de saule, que se rapportent les paroles de 
Plutarque : e<m oï xaï xpaBïjopopCa tiç ïoûti\ xai Oupaocpopta -rcap'aÙTOïç, 
èv r\ Oupa&uç syovts; sic to iepbv £ ; .<7''actv. 

Cette hypothèse est aussi confirmée par ce qu'il rapporte ensuite 
de la sonnerie de trompettes qui suivait l'entrée du cortège dans 
le Temple. En effet, la Mischna (Soucca, iv, 5) dit aussi qu'au mo- 
ment où on plaçait les branches de saule sur l'autel, on sonnait 
trois fois de la trompette, et cela seulement, à ce qu'il semble, le 
septième jour l . Si Plutarque parle de deux cérémonies, xpaS^- 

1 La Mischna [Soucca, iv ; 5-6), en décrivant la cérémonie de l'exposition des 
branches de ; saule, nomme le septième jour Û"PÏ"5 WIN, et cela à deux reprises, sans 
qu'on puisse reconnaître par le contexte de quel jour elle veut parler. 11 me paraît en 
résulter que cette description concernait primitivement le Jour des Saules, le sep- 
tième jour de la Côte, et la phrase ÙT b^D n'indiquait qu'accessoirement comment 
on procédait les autres jours. Toute la série des dispositions énumérées dans la 
Mischna visait donc uniquement le septième jour; les jours précédents, il n'y avait au- 
cune cérémonie particulière au moment où l'on allait cueillir et exposer les branches de 



LA FETE DES CABANES CHEZ PLUTAKQUE ET TACITE 187 

cpopia et 6up<7ocpop''a, tandis que nous ne voyons pour ce jour que 
la cérémonie des branches de saule, cela s'explique par le fait que 
la procession autour de l'autel, suivant l'exposition des branches 
de saule, avait lieu avec la branche de palmier à la main; il était 
donc nécessaire de la porter au Temple. En effet, Plutarque 
désigne évidemment, comme Josèphe (Antiq., XIII, 13, 5) et II Mac- 
chabées, x, 7, la branche de palmier par le terme de ôupaoç, et la 
branche de saule par celui de xpà&Y), qui signifie principalement 
« figue », mais qui se rapporte sûrement aux branches de saule, 
les figues n'étant pas employées pendant la fête juive *. 

Quoique cette hypothèse, qui rattache les dires de Plutarque au 
septième jour de la fête des Cabanes, soit fort plausible, elle se 
trouve contredite par le sens littéral du Lévitique, xxm, 40, qui 
prescrit les branches de palmier et de saule même pour le premier 
jour, ainsi que par le récit de la Mischna (Soucca, iv, 1-5), où 
l'usage de sonner de la trompette est indiqué également comme 
une coutume habituelle en ce jour. Nous avons déjà reconnu plus 
haut la possibilité de rapporter les paroles de Plutarque au pre- 
mier jour de fête. Ce qui combattait cette hypothèse, c'était le fait 
que Plutarque ne parle de xpa87|cpopia qu'après avoir fait mention 
d'une seconde fête, qui même est séparée du premier jour de la 
fête des Cabanes par plusieurs jours. En ne tenant pas compte de 
cette question de date ni de tout le passage concernant l'invocation 
formelle à Bacchus, rien ne s'opposera à ce qu'on rapporte l'indi- 
cation de Plutarque concernant la procession des branches de pal- 
mier au premier jour de la fête. C'est ce jour-là que, conformé- 
saule. La considération suivante confirme également ce point : la Mischna citée rapporte 
qu'au moment où on plaçait les branches de saule, on sonnait de la trompette; 
d'autre part, une seconde Mischna (Soucca, v, 5) donne rénumération de toutes les 
sonneries de trompettes qu'on taisait entendre pendant la fête des Cabanes, et dans cette 
série, elle n'en cite pas qui se rattache à la cérémonie des branches de saule (Cf. 
mon article dans la Zeitschrift de Stade, 1899). S'il n'y avait pas de sonnerie de 
trompettes ces jours-là, les autres cérémonies ne devaient pas avoir lieu non plus. 
Il semble qu'il en était de même en ce qui concerne le loulab et que le premier jour 
seulement cette cérémonie avait lieu avec une solennité particulière, même quand ce 
jour était un sabbat, comme la fête des Saules. 

1 Comme ôvpcfoç ne veut pas dire branche de palmier, mais est seulement le 
terme s'en rapprochant le plus, on ne peut attacher une trop grande importance 
à xpàSv). Dans II Macuh'., x, 7, il y a, à la place de ce mot, le terme plus commun 
xXdôoç. Le terme 6upoo; montre que, non seulement Plutarque, mais un Juif, pen- 
sant en grec et vivant au milieu des Grecs, pouvait songera appeler le loulab « thyrse ». 
L'écrivain qui remania plus tard le II e livre des Macchabées trouvant que ôupaoç ne 
traduisait pas bien l'hébreu, ajouta encore les feuilles de palmier. Chez Josèphe 
(Antiq., XIII, 13, 5) il y a aussi avec Oûpcoç la mention ex <poivîxu>v xai xtxpîwv. 
Dans Antiq., III, 10, 4, il y a même èipeatcôvr,, la branche d'olivier ou de laurier en- 
tourée de laine qu'on faisait porter par de jeunes garçons pendant les pyanepsia ou 
les thargelia, de sorte qu'il ne faut pas s'étonner si Plutarque s'est servi de ces deux 
mots pour désigner le loulab et les branches de saule. 



188 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ment à la prescription du Lévitique, xxm, 40, avait lieu dans le 
Temple l'entrée solennelle du peuple portant des loulab et, ce jour- 
là pouvait seul être désigné avec raison comme le jour de fête de 

la ôupao^opta. 

Il est aussi possible, du reste, que l'informateur de Plutarque 
ne connût qu'un jour où l'on portait le loulab et que l'usage, 
noté par le Livre des Jubilés, 16, 31, et la Mischna, de porter les 
branches de palmier pendant tous les sept jours de la fête des Ca- 
banes n'existât pas encore. Mais il n'est pas nécessaire de recourir 
à cette supposition gratuite ; toutes les difficultés disparaissent si 
on relie les mots « quelques jours après », non au premier jour de 
fête nommé immédiatement avant, dont Plutarque ne parle visi- 
blement qu'en passant, entre parenthèse, mais au jour de jeûne 
dont il a parlé au début du morceau. 

La phrase de Plutarque relative aux cabanes elles-mêmes 
offre des difficultés qui doivent être résolues pour l'intelligence de 
toute la relation. Qu'on considère, avant tout, qu'il ne dit rien du 
séjour des Juifs dans des cabanes pendant les sept jours de la fête, 
évidemment parce que ce point n'importait guère à sa thèse con- 
cernant Bacchus. Il ne s'intéresse qu'aux cabanes elles-mêmes, à 
leurs parties constitutives et aux tables portant toutes sortes de 
fruits, qui y sont dressées. Ce qu'il dit des parties constitutives ne 
concorde pas non plus avec les indications du Talmud. Si même 
ces dernières proviennent seulement de l'époque postérieure à la 
destruction du Temple, c'est-à-dire du i or et du n e siècles, elles sont 
néanmoins probantes pour la dernière dizaine d'années de l'exis- 
tence du Temple, les usages concernant les fêtes ayant été con- 
servés et transmis par des hommes de ce temps comme, par 
exemple, R. Yohanan b. Zaccaï (Rosch Haschana, iv, 1-5; Soacca, 
m, 12). La Mischna et los baraitot ne paraissent connaître que des 
cloisons couvertes de feuillage, quoiqu'il soit peirnis aussi de se 
servir d'autres matériaux » (Soucca, I, 5), tandis que Plutarque 
décrit les cabanes comme faites de ceps de vigne et de lierre entre- 
lacés et que ce qu'il dit ne peut se rapporter uniquement au toit *. 
Même si l'on admet que, dans l'intérêt de son opinion préconçue 

1 On ne peut rien dire de précis à ce sujet, car toutes les discussions dans le Tal- 
mud portent exclusivement sur le feuillage servant de couverture, tandis qu'il n'est 
traité uulle part des matériaux des parois. Cf. Soucca, 7 b. 

1 Celte contradiction pourrait être écartée le plus simplement par l'hypothèse que 
Plutarque ne parle pas des cabanes de la fête, mais des cabanes qu'on élevait pendant 
la vendange dans les vignobles (cf. Dillmann sur Lévit., xxm, 40) et qu'on construi- 
sait naturellement avec des ceps de vigne et du feuillage. Mais, comme Plutarque 
parle expressément de la fête antérieurement et décrit aussitôt après les cabanes, en 
remarquant immédiatement que le premier jour est appelé <jx7Jvy], il n'est pas douteux 
qu'il ne soit question des cabanes delà fête érigées à Jérusalem même. 



LA FÊTE DES CABANES CHEZ PLUTARQUE ET TACITE 189 

concernant l'adoration de Bacchus par les Juifs, il a mis, au lieu 
d'un feuillage quelconque — comme il a mis plus haut 6up<ro; pour 
la branche de palmier et xpàB-r} pour le saule —, de la vigne et du 
lierre, la contradiction avec le Talmud subsiste toujours. Sans 
doute, on pourrait voir dans les mots : « sous des tentes et des 
huttes faites surtout de branches de vigne et de lierre entre- 
lacées » une manière inexacte de s'exprimer, si, dans Néhémie, 
vin, 15 : û*n»n ibsn DTtt ->b:n i^ra yy ^bsh mt ib? wam nrtn inis 
mroa msiD mmb ma* y* ^bsn, le feuillage n'était pas indiqué 
comme formant les uniques matériaux dont étaient faites les ca- 
banes de la fête. Qu'on ajoute à cela que les Samaritains * ainsi 
que les Garaïtes* rapportent la prescription du Lévitique, xxm, 
40, qui d'après les Juifs vise le loulab, aux parties constitutives 
de la cabane, de sorte que, loin d'être autorisés à accuser Plutarque 
d'inadv rtance, nous sommes obligés de reconnaître ses indica- 
tions comme étant confirmées par d'autres sources 3 . Gomme tout 
son récit, celles-ci proviennent du document qu'il avait sous les 
yeux ; il faut donc rechercher sur quoi son informateur s'est ap- 
puyé. Si on pouvait admettre que la manière dont les Samaritains 
et les Garaïtes comprenaient le passage duLéviîique, xxm, 40, était 
identique ou, du moins, analogue à l'interprétation sadducéenne 
qui avait cours à Jérusalem 4 , comme le passage de Néh., vin, 15, 
nous autorise à le croire, la source de Plutarque pourrait avoir eu 
en vue un usage plus ancien, une coutume anté-pharisienne qui 
régnait encore de leur temps. Le fait que Plutarque ne connaît pas 
encore les solennités de nuit de la fête des Cabanes, qui ne furent 
probablement célébrées régulièrement que vers le milieu du pre- 
mier siècle de 1ère chrétienne 3 , est également en faveur de l'hy- 
pothèse de l'origine ancienne des renseignements de Plutarque. Il 
en est de même du fait qu'il rapporte que la coutume de porter le 
loulab seulement existait pour le premier jour de la fête. 

Sans doute, ce que nous savons de l'histoire de la célébration 
de la fête des Cabanes est trop insuffisant pour que nous puissions 
déterminer même approximativement l'époque à laquelle remonte 
la coutume mentionnée par Plutarque. La coutume de séjourner 
dans des cabanes ne paraît pas avoir été observée après Ezra et 

! Cf. le chant liturgique dans Vierteljahresschrift de Heidenheim, I, p. 247 ; Pe- 
termann, Reisen im Ortent, I, p. 290. 

* Voir le commentaire d'Abraham ibn Ezra sur Lévit., xxm, 40, et le blD'ttDN 
"1D"D!1 de Juda Hadassi, Alphabet, § 26. 

3 Cf. encore Sifra, sur Lévit., xxm, 40, p. 103 a : , jm3 pm 112^ !TO!T *31 

û^Taîi n^ma» Nba flDiû ann «bus. 

4 Voir Harkavy dans Graetz, Greschichte, V, 3 e édit., p. 413 et s. 

8 Voir mon article dans Jetoish Quart erty Review, 1898, X, p. 706. 



190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Néhémie avec le même zèle que sous leur direction (Néh., vin, 15- 
17). En effet, l'auteur delà Chronique, qui introduit dans ses récits 
empruntés aux livres des Rois les usages de son temps, ne dit 
rien, dans II Chron., vu, 8, où il reproduit I Rois, vin, 65, de la 
mise en vigueur de la loi relative aux cabanes, tandis qu'il n'omet 
pas d'intercaler dans le verset 9 : rrûW "^OTtt ûva "iwn d'après 
Lévit., xxiii, 29, et Nombres, xxix, 35 (cf. Néhémie, vin, 18). 
Cette coutume n'est mentionnée non plus par aucun des livres 
apocryphes, ni par ceux qui ont été composés en Palestine, ni par 
ceux qui ont vu le jour en Egypte 1 . Josèphe, dans ses Antiq., 
III, 10, 4, où il réunit les préceptes du Pentateuque relatifs à la 
fête des Cabanes, rapporte évidemment la prescription concernant 
les cabanes uniquement à l'époque de la marche à travers le dé- 
sert, tandis que pour la Palestine il cite comme obligatoires le 
pèlerinage à Jérusalem, la célébration de la fête pendant huit 
jours, l'offrande d'un nombre déterminé de sacrifices et le port du 
loulab. Mais, comme il ajoute à la fin du chapitre : xaï xauxa jxèv 

'Eêpaioiç xàç <7xr,vàç Tc^yvuouc.v èttitcAsiv l<m 7raTpiov « c'est là une 

coutume traditionnelle chez les Juifs, qui érigent des cabanes », il 
est clair que cette coutume était pratiquée de son temps. Par 
contre, dans Antiq., VIII, 4, 5, où il décrit, d'après I Rois, vin, 
65 et II Chron., vu, 8, la fête des Cabanes célébrée par les Israélites 
lors de l'inauguration du temple de Salomon, en ajoutant qu'ils la 
célébrèrent pendant quinze jours avec beaucoup d'éclat et d'appa- 
rat, devant le sanctuaire, avec leurs femmes et leurs enfants, 
nous constatons l'omission de tout détail sur les cabanes à côté 
de tt]v cxYjVOTTTjYiav xaXoua£VT,v EopTTjv (§ 123), sans doute parce que 
la Bible est muette sur ce point. En effet, dans Antiq. y XI, 6, 5, 
où il reproduit Néh., vin, 15, il déclare — à la vérité d'une façon 
fort brève comparativement à l'original qu'il reproduit — is xaïç 

axTjvaTç av£yojpr,aav. 

Les récits talmudiques sont, il est vrai, plus précis. En effet, la 
Mischna (Soucca, n, 8) dit : nmbl iptïi "WM bra inbs mVn nwtt 
Yûpn brn\2n naEï-naa b* ^p^on mnirai « Schammaï (qui vivait à 
l'époque du roi Hérode) déclara que son petit-fils nouveau-né 

1 Le passage de II Macch., x, G : « Ils firent uue fête de huit jours comme celle 
des Tabernacles, parce qu'ils se souvenaient qu'ils avaient passé le jour de cette 
fête quelque temps auparavant dans les montagnes et les cavernes, comme des 
bêtes », permet de supposer que les Juifs, en souvenir de ces événements, séjour- 
nèrent également dans des cabanes. En réalité, le narrateur veut seulement expli- 
quer par là pourquoi ils célébrèrent la fête de la consécration du Temple avec le 
loulab à la main; il n'est pas fait mentioD, à ce propos, des cabanes et, d'ailleurs, 
le séjour dans des cabanes n'eût pas été la manière la plus convenable de rappe- 
ler le souvenir des souffrances endurées. 



LA FÊTE DES CABANES CHEZ PLUTAROUE ET TACITE 191 

t 

était tenu d'observer la loi relative à la cabane, et il lui facilita la 
pratique de cette prescription en faisant enlever la charpente au- 
dessus du lit et en faisant couvrir la brèche ainsi pratiquée avec 
du feuillage ». Ce passage serait une preuve de l'observation de la 
prescription au commencement du I er siècle. Par Soacca , 2 b 
[j. Soucca, 51 a ; Tos. Soucca, i, 1), nous apprenons que la reine 
Hélène, pendant son séjour en Judée avec ses fils, était assise un 
jour dans la cabane ' et que les docteurs vinrent l'y visiter. Ce 
que la reine a fait ou ce que les docteurs mentionnés ici l'en- 
gagèrent à faire doit encore avoir été observé par beaucoup 
d'autres, de sorte que nous avons là une indication précise con- 
cernant l'observation de cette prescription pendant les années 45 à 
48. La Mischna (Soucca, h, 1) dit encore : rmb bbïi mn pb n»N 
ha npnb bbrr ma ^11 *>$nio ma ^pï i^bi-iiû nwn ïrfi *p ab "wm 
^"ina "DnbYûi ïtanoa navri "raam asir ïTtnp nmastti rmrti p pnr ^ai 
Smart « Les docteurs de l'école de Schammaï et de celle de Hillel, 
rendant visite à Yohanan le Hauranite, le trouvèrent assis dans la 
cabane ». Ce fait a dû se passer à l'époque de la reine Hélène, 
entre 40 et50 2 . Enfin, ce texte de Tos. Soucca, 11, 3(j. Soucca, 
52 d) : ■pïrna ïTO î-vmbm is-rma» 'pbittbM Ytro tpVttTT' ■rçïïiaa nwn 
ûrpnnn tnizy» vm [ûïma b^ "paaDtt rïT| ] û^riD-j ïttcj?, nous apprend 
comment les habitants de Jérusalem construisaient les cabanes 
pour la fête. De l'époque qui suivit la destruction du temple nous 
avons toute une série de passages concernant l'observation exacte 
de la prescription concernant les cabanes 3 , qu'on continua même à 

1 Cf. Graetz dans Monatsschrift, 1878, p. 42 et s. 

* On peut déterminer approximativement l'époque où ce docteur a exercé son acti- 
vité, grâce à un récit d'Eléazar b. Çadoc. En effet, celui-ci rapporte (Yebamot, 15 b) : 

m-nn pd b^iN rpîTO wk*i "O-nrti "prrp ian bi:N mm ittib miiraa 

n*n2iD ^DIDU TlbTOa « Lorsque j'étudiais chez R. Yohanan le Hauranite, je vis que 
pendant la famine il mangeait du pain sec avec du sel, et je rapportai le fait à mon 
père. » Or, son père, Çadoc, vivait encore au moment de la prise de Jérusalem par 
les Romains [Midrasch Echa, i, 5) et fut encore pendant plusieurs années assesseur 
à l'école de R. Gamaliel à Jabné {Tos. Sanhédr., vin, 1 ; j. Sanhédr., 19 c), à peu près 
en Tan 90. En admettant qu'il mourut cette année-là à l'âge de 80 ans, il avait 60 ans 
en l'an 70, ce qui correspond bien au témoignage de respect que lui donna alors 
R. Yohanan b. Zaccaï [Midrasch Echa, i, 5). Si son (ils avait 25 à 30 ans de moins 
que lui, il a dû naître entre l'an 35 et 40. Nous le voyons assister comme enfant, 
porté sur les épaules de son père, à l'exécution d'une fille de prêtre à Jérusalem 
{Sanhéd., 52 £ ; j. Sanhéd., 24 b ; Tos. Sanhéd., ix, 11), ce qui, à mon avis, n'a pu 
se passer que sous le règne d'Agrippa I (41-44). C'est à cette époque qu'il a dû [être 
le disciple de Yohanan. On pourrait aussi citer, comme preuve à l'appui, le fait qu'il 
relaie de la famine qui régnait à Jérusalem et qui peut être celle qui eut lieu 
sous le procurateur Tibère Alexandre (45-48) {Antiq., XX, 5, 2 ; 2, 6; Actes 
des Ap., ii, 28-30 ; cf. Schûrer, I, 474; Graetz, III, 784 et s.), pendant laquelle 
la reine Hélène fit venir d'Alexandrie et de Chypre des vivres à Jérusalem {Antiq., 
XX, 2, 5 ; 5, 2). 

3 Pour Yohanam b. Zaccaï, Çadoc et Gamaliel {Soucca, u, 5), Eliézer b. Hyrca- 



192 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pratiquer pendant la persécution religieuse sous Hadrien (Soucca, 
14&; Tos. Soucca, i, 7). Cependant, tous les passages cités ici 
prouvent uniquement que cette prescription fut observée par les 
docteurs du premier siècle et par la reine Hélène, qui se laissait 
diriger quant à ses actes religieux par les rabbins. Sans doute, il 
en était déjà de même pendant le premier siècle avant l'ère chré- 
tienne, quoique nous n'ayons à ce sujet aucun récit talmudique. 
Mais les relations que nous avons ne nous apprennent rien con- 
cernant les matériaux et la construction des cabanes elles-mêmes 
ni le milieu où on observait cette coutume, ce qui empêche de 
faire une comparaison avec la description donnée par Plutarque 
et de déterminer l'époque où on construisait les cabanes de la 
façon dont il les décrit. La seule chose qui me paraisse vraisem- 
blable, c'est qu'à l'époque où la reine Hélène séjournait à Jéru- 
salem, la vie religieuse s'était déjà façonnée d'après les doctrines 
des Pharisiens, tandis qu'auparavant leurs règles n'étaient suivies 
que par quelques-uns. 

Ce que Plutarque dit des tables dressées dans les cabanes et 
chargées de toutes sortes de fruits n'a pas non plus d'analogie avec 
aucun passage de la littérature juive. Cependant, cette mention 
même nous amène à penser qu'il a voulu parler ici des fruits que 
les agriculteurs juifs qui venaient en pèlerinage apportaient à Jé- 
rusalem à la fête des Cabanes comme offrande des prémices et, en 
second lieu, comme seconde dime devant servir au repas de fête et 
à des distributions aux pauvres (Deut, xxvi, 1-15, et Sifrè, in l., 
§ 297). Sur ce point encore, il faut consulter le Livre des Jubilés, 
chap. xxxii, où est décrite la fête des Cabanes célébrée par Jacob, 
et où le prélèvement de la dîme est placé à la veille de la fête 
(verset 3, cf. encore le verset 12), et celui de la seconde dîme pen- 
dant la fête même (verset 14). On y rattache la prescription 
d'observer la coutume de la seconde dîme de génération en 
génération, de manger celle-ci tous les ans à l'endroit consacré, de 
façon à n'en rien laisser pour l'année suivante. L'auteur connais- 
sait donc là fête dps Cabanes comme l'époque fixée pour le prélève- 
ment des dîmes ' ; les fruits des champs et des arbres apportés à 
Jérusalem ont pu être exposés sur des tables dans les cabanes, 
soit pour célébrer la fête des Cabanes comme fête de la récolte des 

nos et Yohanan b. Haï à Césarée de Philippe (Soucca, 27 b; Tos. Soucca, i, 9) ; l'inten- 
dant du roi' Agrippa II à Tibériade (Soucca, 27 b) ; Akiba et Gamaliel sur le navire 
(Soucca, il, 23 a; j. Soucca, 52 d) et dans la maison de Gamaliel (Soucca, n, 1). 

1 Si l'auteur ajoute la défense, contraire à la tradition rabbinique, de goûter la se- 
conde dîme après un an, il faut voir en cela une interprétation singulière d'un verset 
biblique, sans doute Deut., xiv, 22 nbSfiO T^W Î13Œ, ou M> fcOnn Ï13U52, tandis 
que l'habitude attribuée à Jacob correspond aux usages de Jérusalem. 



LA FÊTE DES CABANES CHEZ PLUTARQUE ET TACITE 193 

fruits (Exode, xxm, 16 ; xxxiv, 22), soit pour inviter les pauvres 
à participer aux bénédictions de l'année. Il ne me semble pas 
impossible de croire, en outre, que ces cabanes étaient dressées 
sur la montagne du Temple, Plutarque ayant emprunté ses données 
sur la fête des Cabanes exclusivement aux incidents qui se pas- 
saient aux alentours du Temple. 

Il reste encore à signaler la première phrase de la relation de 
Plutarque, qui détermine l'époque de la fête des Cabanes en ces 
termes incompréhensibles : ttjv yàp Xeyo^évi^v vy|<xTetav àxwàÇovxi tç>u- 
yviTa} TfaTtéÇa; ts 7cpoTi'6evTat. L'accusatif qui se trouve au début est 
en l'air, le verbe qui le régit manquant. C'est ce qui a déterminé 
M. Th. Reinach [Textes d'auteurs grecs, p. 143) à intercaler le mot 
xsXouffiv et à admettre, en outre, une lacune entre rpuy^xœ et Tpaxé- 
Çaç, tandis que ttjv Xeyo[jt.évYjV vvjffTsiav lui semble une glose marginale. 
Mais il est peu vraisemblable qu'on puisse croire à des altérations 
si nombreuses dans une phrase aussi brève d'une relation géné- 
ralement bien conservée. En tout cas, il est certain que le jour de 
jeûne mentionné ici n'est nullement le sabbat, qui, pour les écri- 
vains grecs et romains mal informés, était un jour de jeûne f , car 
tyjv ÀeYO[X£VY,v montre que c'est viiareia qui était le nom du jour et 
que, par suite, il a voulu parler du jour des Expiations. Comme 
la fête des Cabanes tombe cinq jours après ce jeûne, il semble 
plus naturel d'intercaler devant ttjv yàp Xeyo^évTjv vqOTelav la pré- 
position jj.£Tà et de biffer le malencontreux rs après TpaTiÉÇaç, ce qui 
rétablirait l'enchaînement des phrases. Plutarque rapporterait 
donc qu'immédiatement après le jeûne du 10 Tisri, les Juifs com- 
mencent — attendu que c'est alors la principale époque de la 
récolte des fruits des arbres et des champs — à dresser dans des 
cabanes des tables chargées de toutes sortes de fruits des arbres et 
des champs, pour inaugurer ainsi la célébration de leur principale 
fête ; quelques jours après l'érection des cabanes et des tables 
de fruits, ils célèbrent la fête des branches de palmier et de saule, 
à savoir le 15 Tisri. Mais, comme Plutarque vraisemblablement n'a 
pas sans raison mentionné le fait que la fête juive suivait un jeûne, 
et comme cette phrase me paraît aussi avoir pour but de confirmer 
l'identité de la fête des Cabanes avec la fête de Bacchus, il a dû 
penser ici au jeûne des Grecs ayant lieu à cette époque de 
Tannée. Peut-être a-t-il voulu parler des Thesmophories des Grecs, 
qui furent, il est vrai, célébrées à l'origine en connexité avec les 

1 Strabon, XVI., 2, p. 763 ; Suélone, Auguste, 76 ; Trogue Pompée chez Justin, 
XXXVI, 2 ; Petronius Arbiter (Reinach, Auteurs grecs, 266) ; Martial [Epigrammes, 
iv, 4). Cf. Herzi'eld .dans la Monatsschrift, 1855, 109-115 ; Schûrer, I, 239, note 22, 
et Hermès, XXIX, p. 563. 

T. XXXVII, N° 74. 13 



-19/* REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fêtes deDémétêr, mais qui, plus tard, lorsque les fêtes de Bacchus 
supplantèrent presque toutes les fêtes d'automne, ont pu être ratta- 
chées à Bacchus. Les Thesmophories duraient trois jours, dont un 
seul s'appelait la vt^tsiV. ; le caractère de cette fête est celui d'une 
fête des morts l ; les femmes étaient assises par terre et jeûnaient, 
ce qui devait représenter la plus rigoureuse abstinence. Cette cou- 
tume reposait sur cette croyance qu'à l'automne, quand la verdure 
disparaît ainsi que toute la splendeur de l'année, Koré entre 
dans l'Hadès et que Démétêr affligé réclame à ce sujet la pitié 
(Mommsen, Heoriologie, p. 300 et 291). Plutarque pouvait donc 
présenter à ses lecteurs et auditeurs, familiarisés avec les jeûnes 
et les fêtes des Grecs, une preuve immédiate de sa théorie en ce 
qui concerne le jeûne qui précède la fête des Cabanes. 



LA RELATION DE TACITE SUR LE CULTE DE BACCHUS 

CHEZ LES JUIFS. 

Tacite, après avoir déclaré que les Juifs révéraient un dieu 
invisible et que, pour cette raison, il n'y avait dans leurs villes 
aucune statue de divinité, ajoute : « Comme leurs prêtres chan- 
taient au son des flûtes et des tambours, qu'ils se couronnaient 
de lierre, et qu'une vigne d'or fut trouvée dans leur temple, quel- 
ques-uns ont cru qu'ils adoraient Bacchus, conquérant de l'Orient; 
mais les deux cultes n'ont pas le moindre rapport, Bacchus a 
institué des rites brillants et joyeux ; les coutumes juives sont 
bizarres et moroses. » Laissons de côté le fait que Tacite con- 
fond les prêtres avec des lévites musiciens du Temple 2 , et 
demandons-nous seulement sur quoi s'appuie sa mention de la 
flûte et des tambours dont on aurait joué dans le sanctuaire, car 
il est évident qu'il parle de la musique du Temple, puisqu'il parle 
de prêtres. Les renseignements fournis par les sources juives sont 
unanimes sur ce point, à savoir que l'orchestre, pendant l'offrande 
des sacrifices dans le Temple de Jérusalem, ne comprenait, outre 
les chanteurs, que des joueurs de harpe, de cithare et de cym- 
bales, tandis que la flûte n'était employée que douze fois par an 
et seulement pendant les trois fêtes de pèlerinage 3 . D'après cela, 

1 Cf. Livre des Jubilés, ch. 34, 23, où le jour des Expiations est considéré comme 
un jour de deuil pour un mort. 

* Seuls les auteurs judéo-grecs ne faisaient pas la distinction entre les prêtres et les 
lévites ; voir mon article dans la Zeitschrift de Stade, 1899, p. 108, note 1. 

3 I Macch., iv, 54; 13, 51 ; Josèphe, Antiq., VII, 12, 3; VIII, 3, 8; Soucca, v, 4; 
Arakhin, n, 3-6. Cf. liuchler, Pviester und Ctdtus, p. 127, et dans JubeUchrift de 
Chwolson, ch. m. 



LA FÊTE DES CABANES CHEZ PLUTARQUE ET TACITE 198 

Tacite ne peut avoir eu en vue que la musique du Temple 
pendant ces dernières solennités. Toutefois, la mention des tam- 
bours ne facilite guère le moyen de reconnaître la source qui 
a fourni à cet auteur la matière de son récit, car si les Psaumes, 
lxxxi, 3, cxlix, 3, et cl, 4, mentionnent les tambours avec d'autres 
instruments de musique et peuvent faire croire que les tambours 
étaient aussi employés dans le sanctuaire , les indications si 
précises et si souvent répétées des Chroniques, ainsi que d'autres 
sources dignes de foi, excluent cette hypothèse et permettent tout 
au plus de croire à l'usage des tambours pendant les solennités 
nocturnes delà fête des Cabanes 1 . En effet, la Mischna dit, au 
sujet de ces dernières : »ba *p«3 ibs bssi tpnbajâai û^bssa rvmssa 
nDDto « Les lévites jouaient delà cithare, de la harpe et des cymbales 
et de tous les instruments » (Soucca, v, 4; cf Middot, n, 6; 
Soacca, v, 1.). La relation de Tacite doit donc avoir visé la fête de 
nuit du puisage de l'eau. 

Toutefois cette hypothèse me parait peu plausible, car si le 
narrateur auquel Tacite a empruntera phrase avait été témoin de 
cette solennité nocturne ou s'il en avait connu une description, 
il aurait cité, non pas uniquement les deux particularités exté- 
rieures et peu importantes de la cérémonie, mais aussi les traits 
plus significatifs et rappelant davantage les bacchanales des ré- 
jouissances nocturnes. Les tambours auraient-ils été employés 
en une autre occasion non mentionnée dans la source juive, ou 
le tympanon serait-il la traduction de D^nbm et bi:b£, c'est-à-dire 
des cymbales nommées également dans la Mischna ? 

La solution de cette question est encore rendue plus difficile 
par ces mots de Tacite : hedera vinciebantur, les Juifs se pa- 
raient de lierre. Aucune source juive ne mentionne cet usage 
ou un usage similaire , comme une pratique religieuse. Or , 
Tacite veut évidemment parler d'une pratique religieuse, puis- 
qu'il emprunte ses preuves au service du culte des Juifs, qui 
est représenté par lui comme identique à celui de Bacchus. 
Il est vrai que dans Judith, xv, 12, nous trouvons ce qui suit : 
« Toutes les femmes d'Israël accoururent pour voir Judith , 
la louèrent et dansèrent entre elles en son honneur. Et elle prit 
dans ses mains des branches d'arbres, en donna à ses femmes ; 
elle et ses compagnes se couronnèrent de branches d'olivier, 
et elle marcha devant tout le peuple, menant la danse de toutes 
les femmes; et tous les hommes d'Israël la suivirent, portant leurs 

1 Les tambours étaient usités pour la danse, et il est possible que pendant les ré- 
jouissances nocturnes il y avait des danses. Cf. mon article dans la Zeitschrift de 
Stade, 1899, 103, note li 



196 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

armes et des couronnes et chantant des actions de grâces. » 
Chaque détail de ce tableau montre que le narrateur décrit la fête 
de la victoire telle qu'elle se célébrait chez les Grecs, qu'il con- 
naissait bien , mais sans vouloir la présenter comme une fête 
religieuse. Mais nous trouvons pour le texte de Tacite un re- 
marquable parallèle dans le livre des Jubilés, ch. xvi, verset 20- 
31, où l'auteur décrit la fête des Cabanes qu'Abraham a célébrée 
pendant sept jours près de l'autel de Bersabé. Il dresse des cabanes 
pour lui et ses serviteurs (vers. 21); il apporte tous les jours un 
grand nombre ! de sacrifices de diverses espèces et, deux fois par 
jour, matin et soir, il offre de l'encens (22-24), se livrant à des 
réjouissances en l'honneur de la fête (25); il prend des branches 
de palmier et le fruit de l'arbre Iladar et fait tous les matins sept 
fois le tour de l'autel, louant Dieu avec allégresse (30-31). Il ajoute 
encore (30) : « Car il est ordonné à Israël pour tous les temps de 
célébrer cette fête, d'habiter dans des cabanes, de porter des 
couronnes sur la tête et de prendre en main des rameaux cou- 
verts de feuilles et des branches de saule 4 . » Il saute immédiate- 
ment aux yeux qu'entre les actes d'Abraham si minutieusement 
décrits et l'observance qu'il aurait pratiquée, il y a une diffé- 
rence notable, puisque le trait concernant le couronnement de la 
tête manque à propos d'Abraham. En outre, il est assez clair que 
la prescription rapportée ici correspond à celle de Lévit., 
xxin, 40 et 42, et il semble que les couronnes répondent au "no 
Ttl y3>, les deux choses étant placées au début de la prescription. 
Ainsi, tandis que les cérémonies attribuées à Abraham concordent 
en général avec celles de la fête des Cabanes, que nous connaissons 
par les récits talmudiques, son interprétation de la prescription 
biblique en diffère complètement et n'a rien de similaire ni chez 
les Samaritains ni chez les Caraïtes. Si on tient encore compte de 
la place singulière qu'elle occupe au milieu de l'histoire d'Abraham , 
qu'elle coupe si fâcheusement, on est amené à admettre que nous 
avons ici deux conceptions différentes de la célébration de la fête 
des Cabanes et que le passage qui rapporte la prescription biblique 
si bizarrement est d'une date postérieure à celui qui décrit la 
manière dont Abraham a célébré la fête. La mention des couron- 
nes trahit son origine grecque et appartient vraisemblablement à 
l'auteur qui a remanié le Livre des Jubilés déjà achevé. Il résulte 
i 

1 Dans le chap. xxxn, 4, du livre des Jubilés, où est décrite la fête des Cabanes 
célébrée par Jacob, celui-ci oil're le 15« jour du 7" mois 14 taureaux, 28 béliers, 
49 brebis, 60 agneaux et 29 chevreaux. Aucun de ces nombres ne concorde avec ceux 
qu'indiquent les Nombres, xxix, 13-14. 

a Cl*, la traduction du Livre des Jubilés par Charles, dans Jeioish Quarterly Re- 
vieto, VI, 714; VII, 297. 



LA FÊTE DES CABANES CHEZ PLUTARQUE ET TACITE 107 

de là, en faveur de la mention de Tacite, que celle-ci ne repose 
pas sur un malentendu, comme on l'a admis jusqu'ici pour écarter 
la difficulté, mais qu'il l'a trouvée effectivement dans le document 
qu'il avait sous les yeux et qu'elle traite de la fête des Cabanes 
qui avait été décrite d'une manière différente de la forme ordinaire 
par celui qui l'avait renseigné. Cette description semble être 
empruntée a un hellénisant et provenir d'un milieu qui détermina 
le narrateur à ajouter involontairement aux rameaux de feuil- 
lage caractérisant la fête des Cabanes les couronnes employées 
dans la fête grecque de Bacchus \ sans réfléchir que cet usage 
n'était pas conforme à la coutume juive. Il doit en être de même 
des tambours mentionnés par Tacite, que le narrateur, plein d'idées 
grecques, ajouta comme accompagnement des flûtes qu'il con- 
naissait bien, de sorte que nous pouvons admettre qu'il a très bien 
connu la description exacte de la fête des Cabanes et qu'il l'a 
amplifiée à la façon des hellénisants. 



LA SOURCE DE PLUTARQUE ET DE TACITE. 

Le document auquel Plutarque a emprunté ses renseignements 
sur la célébration de la fête des Cabanes était, sans aucun doute, 
très explicite sur ce point, puisque, comme nous l'avons vu, il 
donnait des détails précis sur ce qui se passait sur la montagne du 
Temple et dans le parvis du sanctuaire. Il était également bien 
informé, puisque ses indications ont été confirmées par des récits 
dignes de foi. En première ligne, on est disposé à voir dans Josèphe 
l'informateur de Plutarque, car il a achevé ses Antiquités en 
93-94, tandis que Plutarque écrivit son ouvrage plus tard. Mais 
Josèphe n'a décrit la fête des Cabanes dans aucun de ses ouvrages 
aussi minutieusement que Plutarque, et on ne découvre chez celui- 
ci aucune autre trace d'emprunt fait à Josèphe 2 . Cette circon- 

1 Cf. II Macc, vi, 7 : t Et comme la fête de Bacchus arriva, ils furent obligés de se 
joindre à la procession en l'honneur de Bacchus avec des couronnes de lierre sur la 
tête » ; 111 Macc, II, 29. Des feuilles de lierre comme insigue de Bacchus : Euripide, 
Bacck., i, 81. 

2 11 est vrai que dans son Requin et imperatorum apophtegtnata, Antiochus (éd. Di- 
dot, I, 221), l'histoire d'Antioclius Sidetès devant Jérusalem est exactement décrite 
comme dans Josèphe [Antiq., X1I1, 8, 2) et cette concordance presque littérale indique 
bien que l'auteur a utilisé Josèphe. Mais il est plus que douteux que cet ouvrage 
appartienne à Plutarque (cf. Nicolaï, Griech. Ziteraturgeschichte, II, p. 644). L'hypo- 
thèse de M. Reinach [Textes d'auteurs grecs, p. 137, note 1), que Josèphe et Plutarque 
auraient puisé. à la même source, Posidonius ou Strabon, me semble invraisem- 
blable. En effet, la relation de Posidonius conservée par Diodore. XXXIV, 1 (Rei- 
nach, p. 56-59) a un contenu tout à fait différent, et, comme Strabon utilise le plus 
souvent Posidonius, le récit de Josèphe, si différent pour le plau et la composition, 



1«J8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

stance exclut aussi l'hypothèse que Plutarque ait utilisé l'ouvrage 
qui "n'existe plus, mais qui est annoncé par Josèphe, entre autres, 
à la fin de ses Antiquités, et qui traitait des lois juives, ouvrage 
auquel il renvoie dans les quatre premiers livres, traitant du 
Pentateuque *. Il n'existe pas d'autre relation juive ou païenne 
à l'auteur de laquelle on puisse attribuer avec vraisemblance 
une description aussi minutieuse des usages juifs concernant 
les fêtes , excepté Nicolas de Damas , qui fut à Jérusalem 
et qui eut l'occasion d'apprendre tous les détails concernant le 
service des sacrifices et les cérémonies des fêtes juives. L'ori- 
gine païenne des renseignements donnés par Plutarque est con- 
firmée par l'aveu qu'il fait de son ignorance au sujet de ce que 
faisaient les Juifs après leur entrée dans le sanctuaire. Un Juif 
aurait pu assister à toute la cérémonie et la décrire exactement, 
puisque le cortège de ceux qui portaient le loulab ne pénétrait ni 
dans le Saint des Saints ni dans le sanctuaire; les prêtres faisaient 
une fois le tour de l'autel, après avoir dressé les branches de 
saule, tandis que les laïcs se plaçaient dans le parvis immédiate- 
ment attenant, séparé de l'autel par une paroi très basse, et assis- 
taient à tout ce qui se faisait près de l'autel. Nous connaissons 
précisément un incident de la fête des Cabanes qui le montre 
fort clairement : le peuple jeta ses cédrats à la tète d'un grand- 
prêtre pendant qu'il était près de l'autel, parce qu'il n'avait pas 
t'ait les libations d'eau d'une façon convenable [Tos. Soucca, m, 
16; cf. Josèphe, Antiq., XIII, 13, 5). L'informateur de Plutarque 
n'a rien rapporté du service des sacrifices proprement dit durant 
la fête des Cabanes, sans doute parce qu'il n'avait rien à en dire. 
Ceci me paraît aussi exclure l'hypothèse que Nicolas de Damas 
soit l'auteur de ces informations, car celui-ci, grâce à son séjour 
de plusieurs années à Jérusalem, aurait pu apprendre tous les dé- 
tails du service divin, s'il avait eu à en parler. 

Si l'on considère que Plutarque, dans ses entretiens ultérieurs 
sur le judaïsme, se rapproche étroitement des sources de Tacite 
pour de nombreuses particularités, comme, par exemple, les 
récits haineux concernant l'adoration de l'âne et son origine, la 
défense de manger la viande de porc et l'adoration de Bacchus, ce 

ne peut être emprunté à Strabon. Toutes les mentions concernant le siège de Jérusalem 
par Antiochus Vil Porphyre, chez Eusèbe, Càrouic, éd. Seboene, 1, 255, et Justin, 
\\X_\T, 1) concordent bien en ce qui concerne le traitement bienveillant des Juifs 
par Antiocbus Sidétès avec le récit de Josèpbe, niais ne laissent pus de place pour 
les distinctions mentionnées par lui et Plutarque. Celles-ci proviennent évidemment 
d'une source juive; cl. Destiuou, Die Quelles des Flavius Josepkus, p. 42 et s. 

1 Voir Schurer, I, 69 et s., et Uuger, dans Sitzu/ir/sberichtc der bayerischen Aka- 
demie, 1897, p. 223 et s. 



LA FÊTE DES CABANES CHEZ PLUÏAHQUE ET TACITE 199 

trait d'animosité contre le judaïsme ainsi que les erreurs expli- 
cables seulement chez quelqu'un qui n'a aucune relation avec le 
judaïsme sont également contraires à l'hypothèse que Nicolas soit 
l'auteur de ces renseignements. D'autre part, la source où a puisé 
Plutarque a une parenté manifeste avec Tacite en ce qui con- 
cerne la description des usages juifs. Il n'est guère possible que 
celui-ci ait copié Plutarque ou inversement, quoique, pour d'autres 
ouvrages de ces deux auteurs, on ait cru à un emprunt fait par l'un 
à l'autre 1 . En effet, Plutarque, qui cite les moindres détails pou- 
vant attester l'identité du dieu des Juifs avec Bacchus, n'aurait 
pas négligé de se servir des faits mentionnés par Tacite et n'aurait 
pas oublié de relater, outre le jeu des cithares des Lévites, celui 
de la flûte et des tambours dans le temple de Jérusalem. Il aurait 
également fait mention de la vigne en or trouvée dans le sanc- 
tuaire en parlant des ceps de vigne servant pour les cabanes, et 
du lierre dont on se couronnait, à propos du lierre des cabanes, 
d'autant plus qu'il mentionne même le jeu des tambours comme 
preuve de l'adoration de Bacchus chez les Juifs 2 . Mais Tacite, de 

1 Voir Teull'el-Schvv'abe, Geschichte der rômischen Literatur, p. 845, 4. 

2 Plutarque cite aussi une preuve tirée du costume du grand-prêtre juif en faveur 
de l'identité du Dieu des Juifs avec Bacchus ; il fait surtout ressortir la présence 
des grelots de la robe du dessus qu'il identifie avec ceux qui étaient employés dans 
les solennités nocturnes de Bacchus. Il ajoute : xai ô Seixvù/*evoç èv xoïç èvavxioiç 
xoO [xsxewpou 8'jpc>o; èvtcTutiwu.svo; xai xuu.Trava" xaùxa yàp oùosvi orj'rcovôsv àX/.u) r\ 
Atovuaa) 7Tpo<jy]y.cv « Ajoutons le thyrse et le tambourin gravés qu'on montre a l'en- 
vers du..., emblèmes qui ne conviennent à aucun autre dieu qu'à Bacchus. » On 
rapporte ordinairement cette phrase à une prétendue ligure placée au frontispice du 
Temple, mais dont il n'est question nuliepart ailleurs. Cependaut. on n'a pas remar- 
qué que tout le paragraphe de Plutarque traite exclusivement du grand-prêtre, de 
sorte que daDS la phrase finale si énigmalique il ne peut être également question que 
du grand-prêtre. Parmi ses vêtements, il nomme d'abord la mitre, ensuite la nébride 
brodée d'or (évidemment cette dénomination ne doit pas être strictement prise à la 
lettre, ce mot signifiant la peau d'un faon qui formait le vêtement de Bacchus et des 
bacchantes; Plutarque emploie avec iutention les mots caractérisliques du culte de 
Bacchus, comme Oùpcroç, xpâov), etc., pour faciliter sa démonstration), la tunique traî- 
nante et les brodequins, enlin les sonnettes. Tandis que, dans Exode, xxvm, il n'est 
nullement question de brodequins, Plutarque ne parle ni de la tiare ni du pectoral. 11 
n'a énuméré sans doute que les objets qui pouvaient servir à sa thèse ; mais, comme 
il continue à décrire ce qui concerne le grand-prêtre, il faut sans doute chercher le 
reste dans la phrase suivante. Avant tout on doit corriger le mot absolument vide de 
sens de p.exsa>po<j en jxôxwTrou, de sorte qu'il est question d'un thyrse et d'un 
tambourin placés autour du front du grand-prêtre. Il ne peut être question 
ici de la tiare avec l'inscription du nom de Dieu, à laquelle on songe tout d'abord, et 
cela à cause de la position indiquée par les mots èv toîç èvavuoiç xoO pexamou ; or 
nous ne connaissons aucun autre ornement de tête du grand-prètre. Par contre, Jo- 
sèphe {Antiq., III, 7, 6) a une description très singulière du bonnet pontitical, dont 
nous n'avons aucun motif de mettre l'exactitude en doute. D'abord, ce bonnet est double, 
ensuite il est entouré d'une triple guirlande forgée en or, sur laquelle fleurissent des 
boutons en or. .losèphe cherche à les faire bien ressortir, puisqu'il se sert comme 
terme de comparaison de la plante qu'il décrit exactement dans toutes ses parties. Il 
conclut ainsi (§178) : « C'est ainsi que la guirlande est forgée depuis l'occiput jusqu'aux 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

son côté, n'a pu connaître les preuves de Plutarque, car, autre- 
ment, il ne se serait pas contenté de signaler les preuves les plus 
faibles, il aurait au moins cité une ou deux des particularités no- 
tées par son contemporain. 

D'autre part, il est établi que les récits injurieux pour le ju- 
daïsme remontent en dernière ligne à Lysimaque d'Alexandrie, 
sans doute par l'intermédiaire d'Apion, de sorte que Plutarque, 
comme Tacite, a pu avoir sous les yeux des traditions alexan- 
drines. Chez Tacite, nous avons déjà reconnu les traits hellénisants 
de son modèle dans ce qui a trait à Bacchus. Il faut ajouter que 
ces renseignements lui auraient été fournis en même temps que 
lerécitde la conquête de Jérusalem et du Temple, lldit, en effet, que 
pour prouver l'existence de l'adoration de Bacchus chez les Juifs, 
outre l'usage de la flûte et des tambours dans le Temple, des cou- 
ronnes de lierre portées pendant le service divin à la fête des Caba- 
nes, on cite aussi le fait que l'on trouva dans le sanctuaire une vigne 
en or. Nous savons qu'Antiochus IV Epiphane, Pompée, Crassus et 
Titus pénétrèrent dans le Temple (Josèphe, Contre Apion, II, 7) ; 
Tacite peut donc avoir emprunté sa phrase à un ouvrage historique 
qui traitait d'un de ces personnages. Or, Josèphe rapporte (An- 
tiq., XV, 11, 3) que la vigne en or fut donnée parHérode; Josèphe 
[Bellum, Jud., V, 5, 4), aussi bien que l'auteur du récit de ia 
Mischna (Middot, m, cS), qui ont vu les dernières années du sanc- 
tuaire, décrivent la vigne d'or comme existant encore, si bien que 
Titus la découvrit et l'emporta comme butin de guerre : Tacite n'a 
pu songer qu'à cet incident *. Or, nous savons que cette guerre a 
été décrite par beaucoup d'écrivains romains (Josèphe, Bellum, 
avant-propos, ch. i) et qu'il y en eut parmi eux qui avaient fait la 
campagne de l'an *70, par exemple Pline l'Ancien, qui était dans le 
camp de Titus 2 , et Antonius Julianus, qui est mentionné comme 

deux tempes » : 16 oï u.st(jo7tov i\ uiv éçisVc; èttekti, Izyéaftu) y*P ovra); ô xàXvij, Te>au,ù)v 
ô'éffTÎ ypùdèoç. Ces boutons, qui étaient sans doute séparés d'ornements rouds, en 
forme de bourrelets, semblables à des tambourins, déterminèrent Plutarque à dire que 
le thyrse et le tambourin, faits en or, brillaient sur la tête du grand-prêtr9. L'orne- 
ment frontal lui-même, qui est en usage à l'époque du second temple et est peut- 
être d'origine syriaque (cf. 1 Macc, x, 20 : Alexandre Balas envoya à Jonathan un 
vêtement de pourpre et une couronne d'or ; Jonathan revêtit le vêtement sacré le 
septième mois de l'an 160, pendant la fête des Cabanes, cf. Dillmann sur Exode, 
xxviii, 36 et Sira, xlv, 12) était aussi décrit dans le document copié par Plutarque, 
et nous voyons également par ce fait combien celui-ci était bien renseigné. 

1 Von Gutschmid, Kleine Schriften, IV, 412, déduit des paroles de Josèphe {Contre 
Apioiiy I, 2,' § 59) que les attaques contre les Juifs qui déterminèrent Josèphe à com- 
poser sou écrit se trouvaient dans un ouvrage sur la guerre juive et occupaient, par 
conséquent, la même place que chez Tacite ; elles appartenaient probablement à la 
source utilisée par ce dernier. Toutefois, cette source n'a pu être Antonius Julianus, 
mais un Grec qui était plus rapproché de la sphère de Josèphe. 

8 Mommsen, dans Hermès, XIX, p. 644 et s. 



LA FÊTE DES CABANES CHEZ PLUTARQUE ET TACITE 201 

procurateur de la Judée à l'époque de la guerre de Vespasien 
(Josèphe, Bellum, VI, 4, 3), et que tous deux servirent de source à 
Tacite ■ . L'hypothèse la plus plausible est donc que celui-ci a trouvé 
chez Pline ou Antonius Julianus les preuves citées à l'appui de la 
théorie de l'adoration de Bacchus par les Juifs, parmi lesquelles 
se trouvait le cep de vigne du Temple de Jérusalem. Pline ayant 
beaucoup puisé chez Apion 2 et, par suite, tout ce que Tacite offre 
d'analogie avec les Alexandrins en fait de renseignements haineux 
sur le Judaïsme se trouvant rassemblé chez Pline, ces circons- 
tances plaident également en faveur de cette hypothèse. Il en est 
de même de la considération suivante : Tacite raconte, d'une part, 
que Pompée ne trouva rien dans le Temple [Historiée, V, 9) et que 
les Juifs révèrent un dieu invisible, et, d'autre part (Historiœ,N ,A) y 
il dit qu'il y avait dans le Temple la figure d'un âne; il en résulte 
avec évidence que, pour ce qu'il dit du judaïsme, il a utilisé deux 
sources différentes et, quant à ce dernier passage où il est égale- 
ment question de Bacchus, une source qui reflétait des éléments 
alexandrins : c'était vraisemblablement Pline l'Ancien. Cependant 
il est possible et même probable que le cep de vigne avait déjà été 
découvert par Pompée et que son existence avait été révélée aux 
Romains 3 . Car Florus (Epitomae, I, 40, § 30), qui s'appuie surtout 
sur Tite-Live, le dit expressément, et même si Tacite (His- 
toriœ, V, 9) déclare que Pompée ne trouva rien dans le Temple, 
il a pu néanmoins avoir connaissance de la découverte du cep de 
vigne, les mots nulla intus deum effigie, vacuam sedern et inania 
arcana n'excluant que la présence d'idoles ûans le Saint des Saints. 
Quoi qu'il en soit, il me semble certain que la mention du cep de 
vigne provient d'un écrit romain, car si Apion ou l'un de ses in- 
formateurs en avait parlé, Josèphe y aurait fait attention, puis- 
qu'il s'est occupé des affirmations des Alexandrins concernant les 
trouvailles du roi Antiochus IV Epiphane dans le Temple de Jé- 
rusalem {Contre Apion, II, 7-8). Plutarque, qui ne paraît rien 
savoir du cep de vigne en or et qui, par contre, connaît aussi bien 
que Tacite les légendes répandues par les Alexandrins ainsi que les 

1 Von Gutschmid, Klcine Schriften, IV, 366, sur Pline; dans cette hypothèse, il 
est vraisemblable que Tacite a emprunté les détails concernant les Juifs et ne con- 
cordant que partiellement avec Apion et partout ailleurs avec Lysimaque à Pline, qui 
a également mis à contribution les autres Alexandrins. Au sujet d'Antonius Julianus, 
voir Bernays, Gesammelte Abkandlungen 111, 173; Thiaucourt, dans Revue des Etudes 
juives, XIV, o8-"4 ; Schûrer, I, 47, et Schlatter, Zur Topographie, l J7 et s. 

2 Von Gutschmid, ibid., Wachsmuth, Einleitung, 4M. 

3 Le cep de vigne existait certainement uéja avant Hérode, qui, par sa fondation, 
ne fit rien de nouveau, mais, comme pour beaucoup d'autres objets du Temple, mit 
à la place des ornements simples provenant de l'époque de Zorobabel des ornements 
de grand prix. 



202 REVUE DES ETUDES JUIVES 

usages des solennités juives, a emprunté tout cela à un ouvrage 
plus ancien, mais à un ouvrage romain. En première ligne, cela 
me semble prouvé par le fait que, depuis que la Judée fut devenue 
une province romaine et eut reçu une administration romaine 
(an 6 après J.-Ch.), les Romains avaient toute facilité pour ob- 
server le service des sacrifices et du culte des Juifs. Mais les 
paroles de Tacite concernant le culte de Bacchus : « Quidam ar- 
bitrati sunt », me semblent aussi attester que ce sont ses propres 
compatriotes qui parlaient de cette identification du dieu des Juifs 
avec Bacchus et qui ont réuni les preuves à ce sujet. La source 
utilisée par Plutarque appartenait à une époque plus ancienne que 
celle de Tacite, car elle a encore sous les yeux le service du Temple 
et ne trahit encore aucune trace d'héllénisme dans la description du 
culte des fêtes, comme celle de Tacite, et repose, par conséquent, 
sur les observations personnelles de l'auteur de la relation. Ce 
qui, dans cette narration, appartient en propre à Plutarque et ce 
qu'il a emprunté à son informateur ne peut être déterminé avec 
les moyens dont nous disposons. Son échec n'a pas été causé par 
l'insuffisance des matériaux de sa démonstration, mais par l'im- 
possibilité d'unir, môme par la force, des éléments contraires. 

Vienne, 12 juillet 1898. 

A. BOCHLER. 



L'ARTICLE DANS LA POÉSIE HÉBRAÏQUE' 



L'article hébreu, comme on le sait, est bien plus rare dans les 
morceaux poétiques que dans la prose. Néanmoins on le ren- 
contre encore assez fréquemment en poésie pour qu'il y ait lieu 
de se demander si les écrivains l'emploient selon leur fantaisie, ou 
si la présence de l'article est favorisée par certaines conditions 
qu'il s'agit de déterminer. 

Tout d'abord on doit examiner si l'article est également rare 
dans tous les livres poétiques. Sur ce point, nos recherches nous 
ont amené aux résultats suivants : le Cantique des Cantiques, qui 
appartient incontestablement à la poésie, emploie l'article comme 
les livres prosaïques, ainsi qu'il est facile de s'en convaincre. 
Est-ce parce que ce livre parait être un des plus modernes de la 
Bible? Nous constatons le fait sans vouloir l'expliquer. Quelques 
psaumes peuvent être joints au Cantique pour l'usage de l'article. 
Ce sont : cixiu à cxxvn, cxxxm, cxxxvi, cxxxvn. Ces psaumes 
semblent aussi être assez récents. 

Dans tous les autres livres poétiques on évite l'article, spécia- 
lement dans les Proverbes (auxquels on peut comparer sous ce 
rapport l'Ecclésiastique). Il en est de même dans les morceaux 
poétiques qui sont intercalés dans les livres historiques - : la béné- 
diction de Jacob (Gen., xlix), le cantique de la mer Rouge (Exode, 
xv), les discours de Balaam (Nombres, xxiii, et xxiv), le Cantique 
de Moïse (Deut., xxxn), la bénédiction de Moïse (Ibid., xxxiii), le 
Cantique de Débora (Juges, v), le Cantique d'IIanna (T, Sam., n), 
le Cantique de David (II Sam., xxn), les dernières paroles de David 
(i&., xxin). 

1 M. Konig (Syntax, $ 292) a consacré quelques pages à cette question, mais il a 
cherché plutôt a expliquer l'absence que la présence de l'article. M. Konig cite deux 
études sur ce sujet, l'une de M. Ley : Ueber den Gehrauch des Artlkels in der rhythmi- 
scàen Poésie daus N. J. Ph., 1891, p. 345; l'autre de M. Suckow : Der Gebrauch 
des Artikels in den Psaltnen, Breslau, 1875. Nous n'avons eu ui Tune ni l'autre à 
notre disposition. 

2 Nous laissons de côté les petits fragments poétiques. 



204 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Dans les Prophètes, il faut d'abord mettre à part le cantique 
d'Ezéchias (Isaïe, xxxvm), celui de- Jonas (ch. n) et le chapitre ni 
de Habaqouq qui sont de véritables psaumes, et suivent, par con- 
séquent, la règle de ia poésie. Quant aux discours mêmes des pro- 
phètes, ils appartiennent tantôt à la prose, tantôt à la poésie, et 
souvent les prophètes passent de l'une à l'autre. Autant que nous 
avons pu en juger, l'article est rare dans Isaïe, i, xm à xvi, xxiv, 
xxv (sauf v. 6-8), xxvi, xxxn (sauf v. 17-20), xxxm à xxxv, xl à 
lv, 5; lvii, 5 à lxv, 7. Nous laissons aux exégètes le soin de tirer 
parti de cette énumération au point de vue de la critique d'Isaïe. 
Jérémie emploie l'article dans tout son livre, sauf dans les cha- 
pitres xiv et xlviii à l. Ezéchiel n'atteint guère au style poétique 
que dans les ctiapitresxxvn et xxvm, 12-19. Parmi les petits pro- 
phètes, Joël, i-ii, 11, Nahoum et Habaqouq emploient peu l'article. 

Etudions maintenant les causes qui amènent l'emploi de l'article 
dans la poésie. En premier lieu, il faut distinguer entre l'article 
placé devant un nom et l'article placé devant un participe. En 
effet, dans ce dernier cas, l'article est très fréquent en poésie, il 
l'est même plus qu'en prose parce qu'il remplace le pronom "K25N 
suivi d'un verbe. L'article alors, au lieu d'alourdir la phrase, lui 
donne, au contraire, plus d'élégance. Voici quelques exemples : 
y®Ti (Gen., xlix, 17), ^"^(ib., 21), trananWi (Juges, v, 9), a^rj&^n 
(II Sam., i, 23), am^abEtt (*&., 24), d^prm [it>. % xxn, 31), frûfi [ib., 
48), N3W35Ï1 (Is., xm, 15), Ircn (xliii, 17), etc., nrtûart (Jér., xlix, 
4), d^aizn (Ez., xxvn, 26^ d'Henri (Ps., xxv, 3), tzmTnun (ib. % xxxi, 
7), trarott (Prov., n, 13), trn?:OT (ib., 14), tzprnrt (Job, m, 14\ 
to^nEn (ib., 21), nD^nr; (Lam., iv, 6). Nous avons noté en tout une 
centaine d'exemples. 

Les adjectifs sont dans quelques passages traités comme les 
participes : d^^sri (II Sam., i, 23), trpmn (Is., xlvi, 12), mpirm 
manpm (Jér., xlviii, 26), m (Ps., li, 6), dVTnan (Ps., civ, 18), 
■pttfcnn (Prov., xvm, 17), d^Trtfn (Job, m, 8), d^p* 1 !! (Lam., iv, 2). 

Passons à l'article devant les substantifs. On peut dire que, 
d'une manière générale, l'article se maintient en poésie, quand il 
est considéré comme faisant partie intégrante du nom ou de la lo- 
cution où il se trouve. En premier lieu, l'article peut être conservé 
dans les noms propres d'endroits, parce que l'article est alors un 
élément de ces noms. Ainsi, ymr» (Deut., xxxm, 22; Ps., cxxxv, 
11), to"ûrj-(Is., xvi, 10), n^ttrtfJér., xlviii, 1), rnrtbn rihyn(ib., 
xlviii, 5) 'pinbfi (Ps., xxix, 5), ÊOdii ptt* {ib., lxxxiv, 7), pn^n 
(ib., cix, 3, 5). On peut y ajouter "nttKïi (ib., cxxxv, 11). 

On peut assimiler aux noms propres les appellations données à 
Dieu, au temple, à Jérusalem, etc. : p£ïi *p* (Is., i,26), iznpn *pi 



L'ARTICLE DANS LA POÉSIE HÉBRAÏQUE 205 

(Is., xxxv, 8), wrpn T>* (ib., xlviii, 2 ; lu, 1), pTCïi ^8 (ib., lxi, 
3), ttttpr» d* (î*6.,lxii, 12), naaii^bfc (Ps., xxiv, 7, 9, 10), naan ba 
(#?., xxix, 3), tparan niDV> (ïô., lxxx, 2), û^nban w (ib., 

LXXXVII, 3). 

On doit également ranger avec les noms propres un certain 
nombre de noms communs qui désignent une personne ou un 
endroit unique ou bien une catégorie générale de personnes ou 
d'endroits. Ces noms sont : ynarj (Gen., xlix, 15 ; Deut, xxxn, 1 ; 
II Sam., xxn, 8; Is., xxn, 5, etc., etc.), d^Eiari (Deut., xxxn, 1 ; 
II Sam., xxn, 8; Is., xm, 5, 12, etc.), traa'Dïi (Juges, v, 20), 
b«n (II Sam., xxn, 31, 33, 48 ; Ps., lxviii, 20), TDfcttrr (Is., xm, 10; 
Ps., civ, 22; cxxi, G), ïtann et rjanbn (Is., xxiv, 23), m-mn (Is., 
xli, 4), û"h(Is., xlii, 10; xlviii, 18; li, 15, etc), irwn (Is., xliii, 
20 ; Ps., cm, 15), larai (Is., lu, 6 ; Joël, i, 20), d*nnn (Is., lu, 1 ; 
liv, 10), "inn (Ps., lxviii; 19), d*tt (Is., lxh, 10), trwri (ib.), t-sbo^r; 
(ib.), nvnpriet nnawan (Jér., xlviii, 41), nwaan (Nah., i, 5), to^n 
(ib., 6), nmatt {ib., n, 1), bawr (ib.), ^b^n (Ps., xxi, 8; xlv, 
6), y>pTi (ib., xix, 2), lan'n'n (Ps., xxix, 3 ; lxxiv, 13), tawrt (Ps., 
xxxiii, 13), SpWï (Ps., lxxix, 6, 10; lxxxii, 8, etc.), Tfft (Lam., 
i, 15). Il n'y a, d'ailleurs, pas de règle absolue, et ces mêmes mots 
se retrouvent fréquemment sans article. 

Dans beaucoup d'expressions courantes l'article subsiste. C'est 
le cas surtout après l'état construit, comme l'a remarqué M. Konig 
(§295c, note). Telles sont : naan ûô» (Nombr., xxiv, 3, 15; II Sam., 
xxiii, 1), "pjïi ûmo(Nombr., xxiv, 3, 15), tpbwi maa (II Sam., î, 
20), )rt^n d=aa (Is., i, 24), ttbarwn ond (Is., li, 17, 22), ?bon "nan 
(Jér., xlix, 16), ivan *r& (Joël), i, 18), ïffl ana (Ps., xc, 3), tin 
ta^nn (ib., lvi, 14), *iznn ai (ib.. lviii, 11), dnian "ina* (ib., lxxxii, 
•7), man mps (ib , gxiii, 9), amn aa (ib.), mra-i manp (ib., xcvm, 
27), sioïi rnrutt(Ps., cxxxvn, 10), wxtn ■«pita (ib.), rroan d"p (Prov., 
vu, 20), ta^rn "pa (Job, xxvm, 13). 

La locution courante peut se composer d'un pronom ou d'une 
particule et d'un nom : met mn (Is., xiv, 16), tzi^ontip ab 1 (Ps., 
i, 4), wm ïit ■>» (ib., 25, 12), ^bwn "pa (ib., xxxm, 16), ewj ^ 
(iô., xxxiv, 13), tavftan ab (ib., cxv, 17), -i^uarî m (fl>., 20), drrtïit 
(z&., 24), b^n p (Prov., x, 26), pin ÏTPN (Job, xxxvin, 19, 24). 

Parfois ce sont les prépositions qui maintiennent l'article, quand 
elles forment avec le substantif une expression usuelle : "pvt hy 
(Is., xxiv, 11), mnbn b* (Joël, n, 2), Ssbvrr n* (Ps., xxvm, 9), )n 
•TSHrt (iô.jGXYin, 5), ^pan w (Prov., vu, 18), ûir©iD»!i pa (Gen., 

1 D'après Suckow (Kônig, § 292 m), l'article serait ici un démonstratif. D'après 
M. Kônig, l'article servirait à marquer un ensemble. 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES ' 

xlix, 14; Juges, v, 16), mamïi jn (Prov., xxvi, 13), fcp^on "pa 
(Lam., i, 8), yhnn W (Juges, v, 28), nbtti-; i?2 (Joël, n, 8), ^n 
trrnbnn (ib., 9). On peut y joindre ïiiznbm ^nnn (II Sam., i, 25), 
trSMTï ^pro (Is., lxi, 9). 

Les mots "HOa (suivi d'un mot court) et surtout ba entraînent 
l'emploi de l'article : xtnutn "niD» (Ps., i, 1), ^sn "nm (ib., xxxiii, 
12), naâSrpniû» (*&-., xxxiv, 9; xl, 5), fâtti i-fôJK {ib., lxxxix, 16; 
cxliv, 15), hVn ba (Deut., xxxiii, 12; Is., lt, 13; Ps., xxxn, 3, 
35, etc.), ynwrs ba (Is., xiv, 7; Ps., xlvii, 3, etc.), SrH*i bs (Is., 
xxxiv, 2 ; Hab., n, 5; Ps., lix, G, etc.), n'onn ba (Is., xl, 6), bs 
nm2rt(Nahi., i, 4), S^W!! ho (Ps., xlvii, 2 et passim), rrrbr; ba 
(*&., lxxviii, 14), trnrïba (ib., cxvi, il), arwin bs (Ps., cxlv,20), 
traarrbD.tJob, xlj, 3). 

Nous avons dit que les Proverbes sont le livre de la Bible où 
l'article est le plus rare; cependant quelques phrases qui de- 
vaient être proverbiales contiennent une série de noms conservant 
l'article. Telles sont : ï-tfpnb UPùU ' tr i Trarfcb np?r; ïrm (Is,, xl, 4), 
risn -obi rnsn "pnE nbum nn-:n b« bm insn biptt o:rr rrm 
(iô., xxrv, 18), anttn ajmm Taaw-il thwi («6., li, 9), bas Ëtttf) Tsti 
b^om bas* pb^n ^rm pn bsa mmin 'un namm (Joël, i, 5). 

Dans la poésie, se présentent parfois des phrases auxquelles 
on a donné une forme prosaïque pour le besoin de la clarté 
ou pour toute autre raison, par exemple, Èa^Vra»! ru isid FP« 
(Is., xxxiii, n), yttt n nu TTi&t] *«n (Hab., i, 5), n« eaipH twn 
twqstïi TOïl ">i^rr Lafreui (■*'/;., 6), *pra ©rotta ^Wî na ©ren pft 
^n niD^n (Prov., xxvn, 22). Dans Ps., cvi, 30, les mots tt^m 
ttEtott proviennent de Nombres, xxv, 9. 

Parmi les causes accessoires qui favorisent l'emploi de l'article, 
on peut compter la brièveté des mots. Nous avons vu plus haut 
que les mots BTW, i"B, "185, Es? reçoivent l'article après *HWI. Au 
contraire, fcaiR reste sans article (Ps., xxxn, 2 et passim) x . Nous 
citerons encore WNSn à côté de rtv (Josué, x, 13 ; Is., xm, 10; 
Ps., cxxi, 5), Dion (Ps., xxxiii, 17), arcn [ib,, lxxxv, 13), Bm en 
parallélisme avec roni (Ps., xcv, 5), "naci à côté de ^ttbn (ift., 
cxiv, 8), bar? (ib., cxix, 91), nnrs (Prov., xvir, 4), m (!&,, 17), 
•pti en parallélisme avec nsia [ib., xx, 1). Le mot yitf reçoit l'ar- 
ticle bien plus souvent que to^«, par exemple Ps., en, 26. 

M. Kônig (§ 292 n) émet la supposition que lorsque deux noms 
sont mis en parallèle, l'article du premier pourrait déterminer 

1 M. Kônig ($ 292 o) croit que le mot ÛTN reçoit rarement l'article. On rencontre 
cependant plus souvent Û1&CT que lE^NÏl en poésie. M. Ley (cité par Kônig) fait 
intervenir dans cette question l'accent tonique. 



L'ARTICLE DANS LA POÉSIE HÉBRAÏQUE 207 

aussi le second. C'est ainsi qu'on pourrait expliquer les exemples 
précités de Ps., xcv, 5, cir, 26 et cxxi, 5. M. Konig étend cette 
possibilité à la prose, par exemple, dans Josué, xn, 4-5 ...àvrYi 
burwi ; mais ici nous avons des participes dans lesquels l'article 
joue le rôle de ^ttK ; cf. II Lam., xn, 48; Ps., xxxix, 11 ; Job, v, 10. 
Dans Jér., xx, 14, Jzlvï-î THH est une locution courante. iriWi 
t2*no:n (Ex., xn, 18) est un nombre; de même Ex., xxxvm, 28 et 
Nombr., xvi, 35. Dans Deut., xi, 12 et I Ghr., ni, 1, l'article 
manque peut-être devant IT5U5 et W à cause du n final des mots 
précédents rmriN et mbfttWtt 1 . Mais M. Konig a probablement 
raison pour bwi bnnrr (Nombr., xxxiv, 6 et passim). Son explica- 
tion est possible encore pour Ex., xxiv, 3 = xxxvi, 10 et les 
exemples des Psaumes donnés ci-dessus. Nous ajouterons Is., xlii, 
9 miznm ...rnafôartin si le r» n'est pas tombé devant le n, et Prov., 
xxx, 19, 24, où le premier terme de l'énumération a seul l'article. 

Le vocatif paraît amener aussi quelquefois l'article, par exemple, 
Deut., xxxn, 2 (cf. Is., i, 2); Is. xlii, 18, Jér., xlviii, 32 Hôtti), 
xlix, 4 (rirai), Joël, i, 3; Lam., n, 13. 

Dans certains passages la présence de l'article semble due à un 
caprice du poète. Ainsi Joël, i, 12, au milieu de mots sans article 
on trouve y&m et riDNnn ; Nahoum, n, 9 : n^n 2 et tnwntt ; Ps., 
xi, 3 : mman (à moins de lire Ft[Ti] *3 comme au verset précédent) ; 
ib., civ, 21 : ù^-p^on ; ib., cxxx, 4 : twroori (si le texte est exact) ; 
Prov., xvn, 8 : "ittœn ; Job, ni, 3 : nb"»bra 3 ; ib., xxvni, 12, 27 : 
ïTOtfDWn ; ib., xxxvm, 29 : mpn. 

Ailleurs on peut supposer une faute de copiste. M. Konig a re- 
levé quelques dittographies possibles : baalM) HW (Ps., Lvm, 9 [et 
cvni,3]), wi(rfl 'n (ib., cxxx, 7), y-iN(-] rma» (Hab., ni, 3). Nous 
ajouterons les exemples suivants : ïonlrr) fpsti (Is., i, 29), tiD^prs 
^P^t(-) (ib., xv, 8), 1tws{ït) !Tm (ib., xxxiii, 9 ; cf. inmb et "pan), 
rmairr) rr*tn {ib., xxxv, 7), nyr^(n) '-b (Ps., ni, 9), ûwKnî ïtffi 
(ib., xi, 2), rrDTb73.(n) 'nb [ib., xxn, 29), Tna(n) rr^nn (ib., lu, 3), 
"rwfcm) nsn [ib., 9), ba(rO nn» (*&., lxxvii, 15), d^(ït) nos (i&., 
lxxiii, 53), û->nn(r:) (i&., cxlviii, 8), 'rranfri] mT» (Prov., i, 17). 
L'article est peut-être aussi dittographique devant quelques mots 
commençant par n : b^nn (Is., xxxiii, 4; cf. trrw) ; srnîrj (Ps., 
cxlviii, 8) ; binrr (Prov., xxvn, 3; cf. ps) ou après un n : nbnrr 
[ib., xxvi, 14; cf. btt). Le n est certainement une faute dans ywn 
(Is., xvi, 4), qu'il faut lire ynn (v. Perles, Analecla, p. 35), dans 

1 Dans II Chr., m, 3 on peut traduire. « La longueur était... avecune largeur de... • 
1 Le second 3HHÏ1 est une dittographie verticale du premier. 
3 M. Konig (S 292/?) y voit une personnification. 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d"»ttNM (Ps., cxvn, 1), qu'il faut corriger en û^ENb. Dans baa!-î et 
pDttïi (Is., xl, 19, 20) le Ti est peut-être interrogatif. Au lieu de 
mm:-! ma (Ps., lxii, 4), il faut probablement lire rmrn twa. 
L'article paraît aussi dû à une altération du texte dans ynan nao 
(Gen., xlix, 15), maaïffi] (Is., i, 29; cf. a^batt), nTo^rr (i&., lix, 15; 
cf. v. 14), fra^n (Jér., xiv, 4), a-nart (Ps., ix, 7), -mn (i&., xn, 
8), ttm»n (£&., cxvi, 15). Dans Prov., v, 22, rcnrr n« paraît être 
une glose. 

Il nous reste à examiner un point important. C'est l'emploi de 
l'article avec les prépositions a, a, b. Avec ces particules l'article 
est véritablement prodigué en poésie. Est-il admissible que réel- 
lement la poésie hébraïque emploie l'article avec ces prépositions 
et le rejette quand ces prépositions sont absentes ? Il nous paraît 
a priori bien plus probable que cette anomalie dans l'emploi de 
l'article est due à une altération de la prononciation traditionnelle, 
notée trop fidèlement par la Masora. On aura introduit en poésie 
la vocalisation de la prose partout où le texte consonantique le 
permettait. Mais ce ne peuvent être les auteurs eux-mêmes qui 
ont usé de cette vocalisation contraire aux habitudes poétiques. 

Nous avons, d'ailleurs, déjà eu des cas tout à fait analogues. 
Dans notre étude sur le mot ûv» avec les nombres ordinaux {Re- 
vue, t. XXXI, p. 2*79), nous avons montré que la Masora a eu tort 
de ponctuer devant ces nombres û*nn, a-nb et qu'il fallait D*na, û*pb. 
Inversement nous avons remarqué (ibid., t. XXXIV, p. 117) que 
la Masora supprime l'article du mot rien avec les prépositions 
unilitères, alors que le texte met partout nann. 

La contradiction dans l'emploi de l'article est particulièrement 
choquante, lorsqu'on voit dans un même passage deux termes 
identiques ou parallèles employés l'un avec l'article, l'autre sans 
article. M. Konig (§ 292 i) a déjà signalé la contradiction entre 
ïi3Nn et a^wa (Hab., ni, 17) !fba»E et d^nsna (ib.). Nous ajoute- 
rons i^a et y/m (Gen., xlix, 11 et 12), tra et d^ (Ex., xv, 1), 
D'Wja à côté de yn« (I Sam., x, 2); 12*112 et naitta (Is., xli, 18 et 
19), tp^a et un iȈ (ib., xliii, 2), a^a-ia et cran (ib., lui, 12), 
naciï et narcb [ib., lviii, 13), *naa?p et waata (Jér., xlviii, 18), 
d*na> et 3>boa (ib., 28), m-na et û^rcab (Nah., 11, 12), anm irons 
p-nsb (Ps., xxxvii, 32), mnç et naib (ib., lxxviii, 50), pTia (Prov., 
xvi, 33) et pn» (xvii, 23), nw^a et *po (ib., xxxi, 19), no&n ncao 
(Job, xxx, 19), ïtEan et nroa (ib., xxxix, 17). 

Mais il y a plus : La Masora n'est pas toujours d'acccord avec 
elle-même. Déjà en prose on trouve quelques exemples d'une vo- 
calisation contradictoire. M. Konig (§ 292 n, note 1) a relevé : 



L'ARTICLE DANS LA POÉSIE HÉBRAÏQUE 209 

-nii*b et imb « (II Sam., xn, 2), et {§ 296 a) no?3n (Deut., vi, 16) et 
Mo»? [ib., ix, 22). En poésie M. Konig a noté (§ 299n) iras et 
bn-D (Is., lui, 7), ynfco et rt):û(i&., lxi, 11)*. On peut ajouter en 
prose : pab et n^nb (Gen., xi, 3), mrwaafcb (Lév., xxv, 23) et 
mn»atb(zô., 30). En poésie : bab et rtbs^b (Is., xxv, 2) ; ©ibttia, 
obsa, mn et û^TNtn {ib., xl, 12), "psstb et \aprh [ib., xliii, 6); 
aeisjab et rwiio-'b {ib., lix, 11); ov-inaan et D"n:i» (Hab., ni, 8) ; 
ao^b et rr?an^b (Ps., xxiv, 4) ; wn et rma&a (iô., xxxi, 11), nfcro 

• ; t — 

et nso (ib., xcn, 13). 

Ces inconséquences de la vocalisation masorétique montrent 
que la ponctuation des prépositions b, 3, n est sujette à caution, 
tout au moins en poésie. M. Kônig a reconnu que dans certains 
mots la présence de l'article était douteuse (voir § 2&2i, 293c); et 
cependant il s'est servi ailleurs (§ 299, c, f, h, i, etc.) d'exemples 
qui n'étaient pas plus sûrs. Ainsi, l'article dans îa^a (Ps., xlvi, 10) 
n'est pas plus certain que dans y-)N3 {ib., 9, 11). 

Il est à remarquer que la Masora ne donne pas l'article aux pré- 
positions 3, 3, b dans les noms accompagnés d'un adjectif ou d'un 
complément quelconque. C'est pourquoi a&o (Prov., ni, 12) est 
ponctué avec tmu. On doit traduire : ïtarp "p dn sîoi « Comme un 
père aimant son fils ». De même ûn^N û^oa (Ex., xv, 10), û-p*ib:d 
wzn r?s> (Deut., xxxn,2), à côté de bas, û* ffnnab (Juges, v, 13), 
à côté de ùmnaa, etc. 

En terminant, nous formulons les conclusions suivantes : Pour 
tirer une déduction de la présence ou de l'absence de l'article dans 
un mot hébreu, il faut voir premièrement dans quelle partie de la 
Bible ce mot se trouve et quelle est sa position syntactique dans 
la phrase. Ensuite, il faut se rappeler que l'article ne peut être 
considéré comme existant réellement, au moins en poésie, que s'il 
est attesté par le texte consonantique. 

Mayer Lambert. 



1 Le mot Ï5"ib est plus court, mais en prose la longueur ou la brièveté des mots 
ne peut guère avoir d'influence sur l'emploi de l'article. 

1 M. K. suppose des influences phonétiques; mais lesquelles? On pourrait plutôt 
songer à la brièveté de HU3 et de VHN. 



T. XXXVII, N° 74. M 



NOTES EXÉGÉTIQUES 



SDR UN NOUVEAU FRAGMENT DE L'ORIGINAL HÉBREU 



DE L'ECCLESIASTIQUE 



En attendant l'apparition des nouveaux fragments hébreux de 
l'Ecclésiastique, retrouvés si heureusement par M. Schechter et 
que ce savant nous promet pour bientôt, nous voudrions présen- 
ter quelques observations et conjectures sur les chapitres xlix, 
12-l, 22, que notre excellent confrère de Cambridge a publiés, 
avec traduction et notes critiques, dans la Jewish Quarterly Ue- 
view, 1898, p. 198 et suiv. On sait les difficultés qu'offre ce texte 
ancien par suite du mauvais état de sa conservation et de l'obscu- 
rité de la langue. Il ne faut donc pas craindre de descendre aux 
minuties pour essayer d'atteindre à un sens à peu près exact. Il va 
sans dire que les lignes qui suivent ne sont pas un commentaire 
continu et que nous nous sommes interdit de reproduire les sa- 
vantes remarques de notre confrère, que nous approuvons pour la 
plupart. 

1. — Jusqu'ici tous les commentateurs étaient contraints 
d'avouer leur impuissance à expliquer la finale du Panégyrique 
des ancêtres. Après une revue rapide de l'Histoire sainte, qui 
s'arrête à Néhémie, l'auteur, comme s'il se ravisait, revient en ar- 
rière et célèbre les mérites des plus anciens personnages de la 
Bible, Joseph, Sem, Seth, Enosch et Adam. Bien plus, il consacre 
un nouveau paragraphe à Enoch, dont il a déjà mentionné les mé- 
rites et la mort miraculeuse. Or, le Siracide montre, surtout dans 
ces derniers chapitres xliii-l, un trop grand souci de l'art de la 
composition pour qu'on puisse attribuer ce désordre apparent à 
un pur caprice ou à une simple maladresse. 



NOTES ÈXÉGÉTIQUES SUR L'ECCLÉSIASTIQUE 211 

Ce couplet est ainsi conçu : 

d^s npbs ann dsn "psrp Yitxn b? lat^a a?*3 14 

STrpSfl ima dn ina iVû tua tprd 15 

tana masn in bd bjn -npDS ^-ûni mai tauji 16 

M. Schechter traduit ainsi ces vers : 

14 Peu ont été créés sur la terre comme Enoch, 

Et lui aussi fut pris en dedans ; 
45 Fut-il créé un homme comme Joseph? 

Et son corps fut également visité. 
16 Et Sem, Seth et Enosch ont été honorés, 

Et au-dessus de toute chose vivante fut la gloire d'Adam. 

Le texte original ne résoudrait donc aucune des difficultés pen- 
dantes. Qui plus est, il confirmerait la traduction consacrée du 
dernier hémistiche, où l'on croyait deviner une altération, car, se 
disait-on, pourquoi cet éloge d'Adam, que la Bible ne présente pas 
sous des dehors aussi « glorieux »? 

Il serait impossible de rien comprendre à ce morceau si l'on ne 
se rappelait un des procédés littéraires chers à l'auteur. Nous 
croyons avoir démontré, et personne n'a protesté contre notre as- 
sertion, que Ben Sira a beaucoup de goût pour les reprises, qui 
constituent son mode préféré de transition 1 . Il se trouve justement 
que le morceau suivant de T'Ecclésiastique, qui fait l'éloge du 
grand prêtre Simon, débute ainsi : 

irort ^rm la ïijm Ta? masm ma Vna 

« Le plus grand parmi ses frères et la gloire de son peuple 
Fut le pontife Simon, fils de Johanan *. » 

Il est visible que le couplet précédent ne sert qu'à amener celui- 
ci. S'il relève le nom des hommes célèbres par leurs vertus, comme 
Joseph, Enoch, Sem et Seth, c'est pour leur comparer le grand 
prêtre Simon, dont il va faire le portrait dithyrambique. Là-des- 
sus, aucun doute possible. 

Le dessein de l'auteur est accusé plus nettement encore par la 
concordance entre dis mKbn et ra* irnBDn, que nous ne tradui- 
sons pas pour l'instant. Mais, si ce parallélisme est frappant, il faut 
aussi reconnaître que ti bs b? « au-dessus de tout vivant » est 
bien apparenté àvna bm « le plus grand parmi ses frères ». 

1 Voir Israël Lévi, L'Ecclésiastique ou la Sagesse de Jésus, fils de Sira, p. xxv. 
* Onias» 



212 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Conclusion, ù^n ne doit pas se traduire par Adam, mais par 
Vhomme ou les hommes, et les deux hémistiches doivent ainsi se 
rendre : « Au-dessus de tout vivant et gloire de l'humanité. Ainsi 
le plus grand parmi ses frères et ia gloire de son peuple. . . » 

Cette traduction est encore exigée par la contexture de ces trois 
versets, 14-16. Remarquez que chaque verset offre un balance- 
ment : 

« Peu ont été créés comme Enoch — aussi a-t-il été enlevé. . . 
Est-il né un homme semblable à Joseph —aussi ses ossements ont- 
ils été honorés. » 

Vient le verset 16, qui procède à rebours : 
a Sem, Seth et Enosch ont été honorés. » 

Il faut donc que ce soit le second hémistiche qui fasse l'éloge de 
ces personnages. 
Et, en effet, d'eux il est dit qu'ils étaient : 

« Au-dessus de tout vivant, la gloire de l'humanité ». 

Cette interversion est due uniquement au désir de rattacher ces 
mots à la suite. 

2. — Quant au sens du mot "ipsa, qui revient deux fois dans ces 
vers, à propos de la dépouille mortelle de Joseph et des trois 
autres hommes supérieurs, il doit être le même dans les deux cas. 

La première pensée est de rattacher — comme l'a fait M. Sche- 
chter — cette expression aux termes de l'Ecriture relatifs aux 
restes du fils de Jacob : rra vn»3W fia ùmb^rn tons* "jpsi ^po 
fcûnN « Dieu vous visitera et vous emporterez d'ici mes ossements 
avec vous. » 

Nous admettrons ici, si l'on veut, une transposition d'image : ce 
ne sont plus seulement les Israélites qui seront visités par Dieu, 
mais les ossements du pieux patriarche. Il n'en restera pas moins 
surprenant que ce verbe « être visité » soit rapporté également à 
Sem, Seth et Enosch, dont la Genèse ne dit rien de semblable. Il 
faut donc attribuer à ce mot un sens vague et élastique ; nous 
croyons qu'il signifie ici : « être l'objet d'une distinction, ho- 
noré » l . 

Je traduirai donc ainsi ces quatre vers : 

Peu ont été créés sur la terre qui fussent semblables à Enoch, 

1 Inutile donc de corriger TlpD3 en T73M, comme le veut M. Schechter, d'après 
le grec èôo$à<y67)(iav, le traducteur peut avoir très bien compris l'original. 



NOTÉS EXÉGËTIQUES SUR L'ECCLÉSIASTIQUE 213 

Aussi a-t-il été « enlevé » l . . . 

Est-il né un homme comme Joseph ? 

Aussi son corps a-t-il reçu des honneurs insignes. 

Sem, Seth et Enosch ont été distingués, 

Parce qu'ils étaient au-dessus de tout vivant, la gloire de l'hu- 
manité. 

Le plus grand [aussi] parmi ses frères, la gloire [aussi] de son 
peuple, 

Fut Siméon, fils d'Onias. 

3. — J'ai laissé en blanc la fin du verset 14, ignorant le sens du 
mot tï^D ou l'erreur que cache cette orthographe. M. Schechter 
croit que c'est peut-être l'équivalent de trosb ou de ïW5D « à l'in- 
térieur ». L'auteur aurait voulu désigner par là l'endroit mysté- 
rieux, le ciel, par exemple, où Dieu a dérobé Enoch aux regards 
des mortels 2 . Cet « intérieur » serait, si l'on veut, l'intérieur de la 
cour céleste. Mais cette interprétation suppose chez Ben Sira des 
conceptions qui jureraient avec celles qu'il exprime très nette- 
ment dans le restant de son ouvrage. A tant que faire de conserver 
le texte, mieux vaudrait peut-être traduire ce mot par « face à 
face », comme ta^aa û"OD. Gela supposerait que l'auteur aurait 
donné à ins, dans Genèse, v, 24 (irïibtf nna npb rs) le sens de ins 
« avec lui ». — Je ne crois pas, en tout cas, que le mot soit une 
corruption ni de ù^to « ciel », qui ne lui ressemble guère, ni de 
•îroDto « de devant nous ». — Le sens assurément est qu'Enoch a 
eu l'honneur d'être enlevé vivant, et Ben Sira oppose le sort 
d'Enoch à celui de Joseph, dont c'est le cadavre qui & reçu une 
distinction. Comment le mot ïtod se rattache-t-ii à l'idée de « vi- 
vant », c'est ce que je ne découvre pas. 

Les versions ne nous sont d'aucun secours. Le grec rend ce mot 
par « de la terre », ce qui ne suppose pas du tout une lecture 
ynatt, mais révèle l'embarras du traducteur devant ce terme obs- 
cur. C'est sans doute pour esquiver aussi la difficulté que le sy- 
riaque a cru prudent de passer l'hémistiche. 

4. — Dans le morceau que nous venons d'examiner, le petit-fils 
de l'auteur, que M. Lambert m'accuse d'avoir indignement ca- 
lomnié, a commis de nouveau plusieurs bévues. Il rend ainsi le 
dernier vers : 

STJfX XOCl SlTjÔ £V àv0pcO7TOCÇ £Oo£à(767]<7aV 

xal uTxep xav Çtoov ev tyj XTfost 'ASau.. 

1 Allusion à Genèse, v, 24, qui figure déjà dans l'Ecclésiastique, lxiv, 17. 
* Comme le Pseudo-Jonathan : "n Ul'p "Va^ES N^p^lb p^boi. 



21 1 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

« Sem et Seih parmi les hommes ont été honorés 
Et au-dessus de tout vivant dans la création, Adam. » 

Il a donc pris le mot otni « et Enosch » pour ©ï5«a ■ « parmi 
les hommes », et le nom commun ana « l'homme » ou « les 
hommes » pour « Adam ». Pour mKûn nous aurions attendu le 
grec y.y.r/r^xx par lequel il rend d'ordinaire ce nom (voir xlv, 8 ; 
xliv, 7 6). Mais n'est-il pas curieux qu'au chap. xliii, 25 6, le tra- 
ducteur rende pas le même mot xrfrriç « création » un terme hébreu 
qui ne le rappelle guère, nvrna. En ce passage aussi, d'ailleurs, xxi- 
èiq suit 7C(xvtoç Çwg'j. Pourquoi cette traduction ici et là ? Ce ne peut 
être ici une confusion de maan avec s-wnaa ; là-bas non plus le 
traducteur n'a pas lu rwna pour rimas *. 

5. — Le syriaque de ce verset confirme une de nos hypothèses, 
à savoir que l'auteur de cette version a revisé son œuvre sur le 
grec. En effet, il traduit ainsi le premier hémistiche : Sem, Seth, 
Enosch parmi les hommes ont été créés. Il a donc bien lu iâriafc, à 
la différence de G. ; mais il a ajouté ibitàa qu'il trouvait en G. 

6. — Parmi les actes d'utilité publique qui marquèrent l'espèce 
de principat du grand prêtre Simon : restauration du temple, con- 
solidation du ïiékhal, creusement d'un réservoir dans la ville 
sainte, construction d'une muraille, figure celui-ci : 

13172113 aa rpwa mpa r-nsa ttto itou 

Si le premier hémistiche se traduit aisément : « De son temps 
fut creusé un réservoir », il n'en est pas de même du second, qui 
sous sa forme actuelle est incompréhensible. Il faut donc, pour es- 
sayer d'y voir clair, consulter les versions. S., comme il lui arrive 
assez fréquemment, quand il est embarrassé, a passé l'hémistiche; 
tout le verset est rendu par ces simples mots : il creusa une 
source. G. met : yxl/So; &aret ÔaXàfforqç xb 7cepif«.£Tpov. Ce texte est vi- 
siblement corrompu; traduit mot à mot, il signifierait : « airain 
comme la mer [était] le périmètre ». Pour lui donner un sens, il 
faudrait : 1° mettre le premier mot au génitif, 2° supposer que, 
contrairement à son habitude, le traducteur, ne suivant pas la con- 
texture de l'original, a fait une inversion. On obtiendrait ainsi 
cette phrase : « Comme la mer d'airain était le périmètre. » Heu- 
reusement une variante nous dispense de recourir à cet expédient. 

1 Confusion plutôt auriculaire qu^culaire ; voir d'autres exemples, plus frappants 
encore, dans notre Introduction, p. xliv. 

* Remarquer que les LXX, Ps., lxxiv, 18, traduisent le mot nNT « cela » par -aO" 
xr,; xf,ç xTiaea>; ao-j « ta création », ou plutôt supposent avant ou après JHNT, rendu 
par TocÛTYiç, un autre mot re'pondant à « ta création >. 



NOTES EXÉGÉT1QUES SUR L'ECCLÉSIASTIQUE 215 

Au lieu de yaXxbç, il faut lire Xaxxoç, « cavité, citerne, réservoir » : 
« une citerne comme la mer pour le périmètre ». S'appuyant sur 
cette leçon, M. Schechter corrige donc ainsi le texte hébreu : rnt)8 
■tiiafP ûrp. L'hypothèse est excellente , mm serait ici pour 
firme « fosse », ou, selon moi, un néologisme ayant le même sens 
que firme. 

Que signifie le dernier mot? M. Schechter le traduit par « sa 
grandeur ». Mais )M2ïi veut plutôt dire « abondance ». Pour justi- 
fier cette traduction, il faudrait supposer que l'auteur a pensé à 
Isaïe, lx, 5 : tr> "jitfr yhz ^sfi" 1 "O « car se tournera vers toi l'abon- 
dance de la mer » ; mais là même, comme le montre le parallé- 
lisme de Vn « armée », il s'agit « d'abondance » et non de « gran- 
deur ». G. ne peut nous être d'aucun secours, car il a pris 
vraisemblablement )Mirt pour l'abréviation de n^aa fiEfi « tout au- 
tour ». Je crois que ym?i a ici le même sens que dans Ecclés., v, 9, 
■pttim nfna ^n « qui aime la richesse, l'argent ». L'auteur dirait 
ainsi que c'est aux frais du grand prêtre que fut exécuté le 
travail. 

1. — Verset 4 : qnrw yj&b xxm « qui a pris des précautions 
pour son peuple contre l'homme de proie ». — G., en mettant à la 
fin 7.-K0 ïcro^ffewç (et non îrôc6a&b»ç) « de la crainte », a montré qu'il a 
lu fïFirra peut-être parce qu'il ne comprenait pas C]nn, qui ne se 
trouve que dans Prov., xxm, 28. 

8. — Verset 5 : bffctà nmatûfn TifD Ttn « Qu'il était admirable 
lorsqu'il. . . de la tente » ! 

imaiDfD, dans l'hébreu biblique, signifierait : « lorsqu'il regar- 
dait », ce qui va mal avec le contexte. Aussi M. Schechter y voit- 
il une corruption de îrtofQ « lorsqu'il sortait ». Mais le verbe 
Âha signifie plutôt « déborder, faire irruption » et se dit toujours 
soit des choses, soit des multitudes 1 . En outre, et G. et S. ont lu 
certainement déjà itfMDfta. En effet, G. dit : êv rteptffrpd'^fl = è7ctcr- 
TpocpÇj « attention, sollicitude ». Si S. semble donner raison à la con- 
jecture de M. Schechter, en mettant « lorsqu'il sortait » dans le 
premier hémistiche, ce n'est qu'en apparence. En réalité, il inter- 
vertit les verbes des deux membres de phrase, et comme ce n'est 
pas "inioia « lorsqu'il sortait », dont le sens est indubitable, qui a 
pu donner lieu à la traduction « quand il gouvernait», il faut né- 
cessairement que cette traduction se rapporte au premier verbe. 
Ici donc, d'après G. et S., l'hébreu manOi aurait la signi- 
fication moderne de providere. Les deux traducteurs ont proba- 
blement raison, et l'auteur aura voulu de nouveau relier deux 

1 Je laisse de côté iflS, de Ps m xxii, 10, qui est obscur. 



216 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

paragraphes par une transition : Simon était donc ainsi admirable 
quand, de sa tente, du fond du sanctuaire, il présidait à Tadminis- 
tration du pays ; mais il ne l'était pas moins quand il sortait de 
l'enceinte dérobée par le voile. 

9. — Verset 6 : ira* "pntt irux »tdId. G., suivi par M. Schechter, 
traduit : « Gomme l'étoile du matin du milieu des nuées ». Il vaut 
mieux prendre tin pour un verbe : « Gomme une étoile qui luit 
au milieu des nuées ». 

10. — Verset 9 b. Le texte, paraît-il, est altéré et on ne lit dis- 
tinctement, à la fin, que b^a. tf. M. Schechter serait disposé à lire 
b^Ltttti, mot qui n'existe pas en hébreu. Ne serait-ce pas b^a» (Job, 
xl, 18), qui serait ici employé avec l'or comme il l'est avec le fer 
dans Job. 

11. — Verset 106 : rp* îrnto ynv y^n « Et comme un arbre à 
huile qui enivre [ses] branches ». L'image n'est pas des plus 
belles ; ù , < , -ito « qui élève » serait moins étrange peut-être. Or, G. a 
précisément considéré le participe comme s'il appartenait à la ra- 
cine dYi : xaî ojç xuTràpiccoç u'l>outxév7\ èv vecpéXa'.ç « Et comme un cy- 
près s'élevant dans les nuées ». Il a donc lu ûtovitt. — Quant au 
mot Ep* a branche », il l'a pris pour "p* « nuée ». 

12. — Verset 11 : maon -naa TOabwn TOS *isa ima^a « Lorsqu'il 
se parait de vêtements de gloire, et s'habillait de vêtements de 
magnificence ». On est tenté de voir dans le second *n:n « vête- 
ments » une inadvertance d'un copiste, d'autant plus que G. tra- 
duit ce mot comme s'il y avait Vba, suvxéXstav. Mais S. montre 
qu'il y avait bien le même mot dans les deux hémistiches, car il 
se sert dans l'un et dans l'autre du terme "oîoo. Si G. ne l'imite 
pas, c'est parce qu'il se laisse guider par le souvenir de xlv, 8, 
d'autant plus que, là-bas aussi, avec le substantif est employé le 
verbe tmb. Nous avons relevé plusieurs exemples de ce procédé ». 

13. — Verset \ld : imptt mt* turm « Il faisait resplendir le parvis 
du sanctuaire. » G. traduit ici ïtit* par irepifioX-ij « enceinte, mur ». 
C'est du même mot qu'il s'était servi pour rendre "p*» au verset 
2 6. A-t-il pris l'un de ces noms pour l'autre, et a-t-il lu en 26 
TOfc? (M. Schechter suppose précisément qu'en 26 il y avait peut- 
être rtfto?) Cette dernière conjecture serait corroborée par S., qui 
a pris ici mt? pour le mot iy ou rofc « force », d'où NDpnn. — A. 
ce propos je rappellerai, comme une curiosité, le texte de XL,26rf : 
ï...tt ïitt* iDpsb "pai. M. Bâcher a proposé de lire pwn pour répondre 
à G. et S. . « secours ». Or, l'état du ms. s'accorderait bien 
mieux avec ivtt. Là aussi le copiste aurait-il écrit ym pour m»? 

{ Voir notre Introduction, p. xlv. 



NOTES EXÉGÈTIQUES SUR L'ECCLÉSIASTIQUE 217 

Il aurait ainsi imité celui de ses prédécessenrs à qui nous devons 
le texte des Psaumes. Au chap. lxxi, 3, se lit cette phrase : ï-ptt 
■rçjWffib ../pjfc Ti^b ^b « Sois-moi un rocher de demeure pour 
me sauver. » Il est bien évident que \wiz « demeure » est mis 
ici pour v&ft « forteresse, force » ; c'est la leçon, d'ailleurs, qu'ont 
conservée certains mss. hébreux au témoignage de Norzi (fc-irûtt 
•ni)). Les LXX, qui traduisent ms par « Dieu », rendent aussi yvm 
par « protecteur » , ce qui suppose la lecture fm. Mais, bien 
plus, le texte biblique montre lui-même qu'il doit en être ainsi. 
En effet, les quatre premiers versets du psaume lxxi sont la re- 
production textuelle des quatre premiers versets du psaume xxxr, 
et là le verset 3 porte : ^syWïb ...twa ^TSScb ^b mi 1 . Les LXX tra- 
duisent ces mots exactement de la même façon que lxxi, 3. Une 
confusion analogue a dû avoir lieu dans le Ps., ex, 1, m">n fvft 
•wb, où les LXX ont lu également n*», exigé par le sens 2 . 

Israël Lévi. 



1 Les mots intermédiaires, dans Ps., lxxi, 3, "OS^IÏÎ'lïlb n^li: Tftn Niab, qui 
s'expliquent très difficilement, deviennent très clairs si on les rapproche de ceux qui 
y correspondent dans xxt, 3 : '^yUD'Iïlb nTnatlB mnb. 

' Graetz, dans son Commentaire sur les Psaumes, a déjà indiqué ces deux cor- 
rections. 



NOUVEAUX DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'EGYPTE 



Nous avons déjà, à plusieurs reprises, entretenu nos lecteurs de 
renseignements concernant les Juifs, contenus dans des papyrus 
grecs de provenance égyptienne. Sans prétendre dresser une liste 
limitative des documents de ce genre, énumérons ici ceux qui, 
à notre connaissance, ont été signalés jusqu'à présent : 

1. Papyrus du Louvre, n° 2376 bis. Un fragment se trouve à 
Londres. Un fragment d'une rédaction abrégée du même document 
est à Berlin (n° 341). 

Publications. Fragment de Londres : Forshall, Description of 
the grceh papyri in the British Muséum (1839), n° 43. Kenyon, 
Greeh papyri in the Br. Muséum, I (1893), n°l. — Fragments de 
Paris : Brunet de Presle, Notices et extraits des manuscrits, 
tome XVIII, 2 e partie (1805), p. 383, suiv., n° 68, et Planches, 
n° XLVI. — Wilcken, dans Hermès, XXVII (1892), p. 464 suiv. — 
Th. Reinach, dans Revue des Éludes juives, XXVII (1893), p. 70 
suiv. et dans Textes d'auteurs grecs et romains relatifs au 
judaïsme (1895), p. 218 suiv. — Fragment de Berlin : Krebs dans 
jEgyptische Urhunden... zu Berlin, I, n° 341; Wilcken dans 
Hermès, XXX (1895), p. 482 suiv. 

Des Grecs d'Alexandrie (Paul, Antonin, Théon?) sont traduits 
devant le tribunal d'un empereur sous l'accusation de violences 
contre les Juifs. Ils prétendent, pour se justifier, n'avoir fait 
qu'exécuter les ordres du préfet Lupus dirigés contre un « roi de 
mascarade ». Une délégation juive contredit leurs assertions. — 
L'empereur est probablement Hadrien. L'objection principale 
faite à cette attribution tombe devant la remarque que M. Ruti- 
lius Lupus, sous qui éclata, à la fin du règne de Trajan, la grande 
insurrection juive d'Egypte, était encore en fonction au début du 
règne d'Hadrien : Q. Marcius Turbo fut chargé d'une mission 
exclusivement militaire. Mais le « roi de mascarade » ne doit pas 
être identifié avec André-Loucouas, roi des insurgés de Cyrène; il 
paraît s'être appelé Anthimos. 



NOUVEAUX DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'EGYPTE 210 

2. Papyrus de Berlin, n° 511, et Papyrus de Gizeh, n° XXXI, 
132. Deux fragments d'un môme ensemble. 

Publications. Fragment de Berlin : Wilcken, JEgyptische 
Urkunden... zu Berlin, II, n° 511, et dans Hermès, XXX (1895), 
p. 485 suiv. — Fragment de Gizeh, combiné avec celui de Berlin : 
Th. Reinach, Revue des Études juives, XXXI (1895), p. 161 
suiv. Cf. encore Wilcken dans Berliner philologische Wochen- 
schrift, 1896, col. 1617, et 1891, col. 410; Th. Reinach, dans 
Revue, XXXII, 160 ; XXXIV, 296. 

Procès-verbal de deux délibérations du consilium de l'empereur 
Claude. Il s'agit d'accusations réciproques portées par Agrippa I er , 
roi des Juifs, et deux agitateurs alexandrins, le gymnasiarque 
Isidoros et Lampon (bien connus par Philon, In FLaccum, c. 4 et 
15-17). Ces deux derniers ont été condamnés à mort. Dans la pre- 
mière séance, qui se passe hors de la présence des parties, un 
sénateur Tarquinius intervient en faveur des Alexandrins. Dans la 
seconde, qui paraît avoir pour théâtre les Horti[Servi]liani, nous 
assistons à un dialogue entre Claude et Isidoros, où ce dernier 
profère contre l'empereur les discours les plus outrageants. 

3. Papyrus de Berlin, n* 588. 

Publication : Krebs dans ^gyptische UrUunden... zu Berlin, 
II (1896-8), no 588. 

Petit fragment provenant du Fayoum et qui paraît être l'extrait 
d'un protocole analogue aux précédents, probablement du I er siècle. 
La dixième et dernière ligne est. ainsi conçue : 'AXêÇ] avopecç êaci- 

Xeùç 'Pcoaaiwv. 

4. Papyrus du British Muséum, n° 639. Thébaïde. 
Publication : Grenfell, An alexandrian erotic fragment and 

other greeh papyri chiefly Ptolemaic (Oxford, 1896), n° XLIII, 
p. 75. 

« Ménon à son frère Hermokratès, salut. Si tu te portes bien 
(tant mieux), nous allons bien, moi-même, Aphrodisia, sa fille, la 
jeune esclave et la fille de celle-ci. Je t'ai écrit que notre jument 
(est malade??) et que nous l'avons mise (en pension?) chez un Juif 
du nom de AavoouÀoç (Daniel?). Comme il ne nous a pas rendu la 
jument et ne nous a pas payé en plus (??) ses frai» de transport 
(?? Tcoçeiav), nous te Tavons écrit pour que tu le saches. Porte- toi 
bien. (P. S.) Tu feras bien d'acheter deux statères de pourpre 
pour moi et deux pour Aphrodisia. » 

5. Papyrus du Fayoum [h de Mahaffy). 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Je ne connais ce fragment que par une note de Mahaffy dans 
Y Athenœum, 1 er juin 1895, n° 3527, p. 712-3 (reproduite dans 
Wi 11 rien, Juden und Griechen vor der màhkabâischen Erhe- 
bung, 1895, p. 152) et par un article de Schùrer [Theol. Litera- 
tiirz., 1896, p. 522), auquel Grenfell en a communiqué un déchif- 
frement provisoire. Au recto du papyrus (qui provient d'un 
cartonnage de momie et paraît dater du n e siècle av. J.-G.) on ne 
lit que xwv 7t£f* Sajxapeiav (village connu du Fayoum). Au verso, 
abstraction faite des chiffres : 

Ta Xoyia a...oia IlToX£p.aco[u] 
&zo$oto<; AXs^avopou ®£o8ox[ou] 
©sootopa Aeovtiç (?) Maptou 
0£O(j-vtj(7to; [A]o)ci6£ou 0£o8ojpoa 

MEffopv] a 
Sa6êa(hov Agi<7ti7T7cou Iaxou£'.o; 
Sa66a0iov Saêêaiou 8(=xou?) xai Mapiou 
Aojort6sa @£oBotou ÇkoSiopcu 

Mahaffy voyait dans <7a€£a0'.ov = ffa6êax£Tov la mention d'une sy- 
nagogue énumérée parmi des contribuables; avec plus de vrai- 
semblance Schùrer y voit un nom de femme (cp. Tàxtov à Phocée). 
En tout cas, le nom est bien juif. 

Cette intéressante série, probablement incomplète, vient de 
s'enrichir de plusieurs pièces nouvelles. Nous les trouvons dans le 
premier volume, récemment paru (1898), des Oxyrhyncfius papyri 
de MM. Grenfell et Hunt. On sait que la petite ville morte d'Oxy- 
rhynchus (Behneseh), située à l'ouest du Nil, à la lisière du désert, 
a été le théâtre, il y a quelques années, d'une trouvaille capitale : 
des monticules, recouverts depuis longtemps parle sable du désert, 
ont été éventrés par les explorateurs anglais ; on y a découvert, en 
quelque sorte, les « corbeilles de bureau », déversées là pendant 
quatre ou cinq siècles, de cette petite ville provinciale. Fragments 
d'auteurs classiques, pièces d'archives, documents judiciaires, 
administratifs, financiers, fragments de comptes, correspondances 
privées, tout s'y trouve pêle-mêle et tout cela sera, peu à peu, 
trié, déchiffré, publié par les soins des deux scholars, dont le zèle 
laborieux et savant égale le bonheur. Tous les papyrus sont 
d'époque romaine ou byzantine; ils complètent donc de la manière 
la plus heureuse les précédentes publications de M. Grenfell, qui 
concernaient surtout la période ptolémaïque. 

Oxyrhynchus paraît avoir possédé une communauté juive assez 
importante. En effet, une rue de la ville portait, comme dans nos 



NOUVEAUX DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'EGYPTE 221 

villes du moyen âge, le nom de rue Judaïque. Nous en avons la 
preuve dans le papyrus n° 100 (p. 163), qui est une déclaration de 
vente faite devant les édiles par un certain M. Antonius Dius. Dius 
a vendu quatre vici (fieixouç) détachés des terrains à bâtir qu'il 
possédait dans le quartier Cretois et dans la rue Judaïque, kizb t&v 

ÔTcap^ôvTcov [xoi £7i ' àu.cpooou * Kotjtixou xal 'Io'jBacxYjç Xoi7ccov <|»eiXwv 

tôttwv peixouç T£<7<7apaç (1. 8-10). Il faut devant 'IouBaix^ç évidem- 
ment sous-entendre £u[xt| ou 6o6ç. 

Cette communauté juive a dû plus tard se convertir en partie au 
christianisme; mais les descendants de ces Juifs convertis pa- 
raissent avoir conservé, par tradition, des noms hébraïques. Le 
papyrus n° 131, du vi e siècle, est une pétition, au sujet d'une que- 
relle d'héritage, adressée par un certain Sousneus à un haut 
fonctionnaire. Les noms mentionnés dans ce document ont 
presque tous une physionomie hébraïque prononcée. La mère 
du pétitionnaire et de ses frères s'appelait 'Io> . . . pàcpTj (1. 6), 
son plus jeune frère David, Aocueit (1. 7, etc.), sa sœur aînée 
'EX'.sàê£T (1. 25). Cependant les signes de croix semés dans la 
lettre semblent indiquer que l'auteur est chrétien. Les éditeurs 
anglais, approuvés par M. de Wilamowitz , en ont conclu qu'il 
s'agit de descendants de Juifs convertis. Cette conclusion est 
probable, mais non certaine, car les noms juifs étaient fort en 
usage dans l'Egypte chrétienne des iv e -vi e siècles ; dans notre do- 
cument même il est question d'un certain magistrat appelé Abra- 
ham fAêpaxfjuoç), qui ne paraît pas faire partie de la famille liti- 
gante. Quant au « style hébraïsant» relevé par les éditeurs, je crois 
que c'est une illusion d'optique. 

Les Juifs d'Oxyrhynchus paraissent avoir eu accès aux em- 
plois municipaux. Le papyrus n° 43 verso (p. 96 suiv.) ren- 
ferme une liste des « gardiens de la paix » préposés aux diffé- 
rents quartiers de la ville. Parmi les gardiens du temple de Sérapis 
figure (col. II, 13) un certain Jacob, fils d'Achille, 'Iaxùp 'A^iX- 
Xécdç. Le papyrus est de Tan 300 environ ; à cette époque Oxyrhyn- 
chus ne devait guère renfermer de chrétiens. Jacob est donc pro- 
bablement un Juif. Un Juif gardien d'un temple égyptien, dans une 
ville gréco-romaine, voilà une combinaison assez piquante. 

L'existence de cette communauté juive d'Oxyrhynchus explique 
peut-être la conservation, dans les archives de cette ville, d'un 
très curieux document (n° 33, verso), qui paraît se rattacher à la 
série des papyrus relatifs aux querelles entre Juifs et Grecs 

1 Le sens véritable de ce mot (àjxçoôov) est quartier^ non rue ou carrefour. Cf. 
Chronicon Alexandrinum, p. 254 a, où est rapportée la division de la ville de Jé- 
rusalem en sept â(xço§a. 



222 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'Alexandrie (papyrus de Claude et d'Hadrien). M. Henri Weil et 
M. Adolf Deissmann ont reconnu en même temps et indépendam- 
ment l'un et l'autre l le véritable caractère de ce document. C'est 
l'extrait d'un procès-verbal officiel, qui relatait la comparution, 
devant l'empereur Commode, à Rome, d'un agitateur et gymna- 
siarque alexandrin, nommé Appianos 2 . Successeur et émule des 
fameux démagogues Isidoros et Lampon, dont il se réclame, il 
égale s'il ne dépasse pas l'insolence de leur langage envers l'em- 
pereur. La pièce est si caractéristique que nous croyons devoir la 
mettre entièrement sous les yeux de nos lecteurs. 

Le papyrus, incomplet au début, nous transporte in médias res. 
Appianos vient d'être condamné à mort par l'empereur, on va 
l'emmener au supplice. Le condamné « se retourne et apercevant 
(parmi les assistants) Héliodoros 3 , il dit : « Héliodoros, on m'em- 
mène et tu ne dis rien? » Héliodoros répond : « A quoi bon parler 
puisqu'il n'y a personne pour nous entendre 1 Va, mon fils, va 
mourir. C'est une gloire pour toi de mourir pour ta très douce 
patrie ; ne lutte pas 4 . . . » L'empereur le rappela. L'empereur dit : 
« Sais-tu maintenant à qui tu parles? » Appianos : « Je le sais; 
Appianos parle à un tyran. » L'empereur : « Non, mais à un 
roi 5 . » Appianos : « Ne parle pas ainsi. Ton père Antonin 6 avait le 
droit de faire l'empereur. Ecoute : d'abord il était philosophe, 
en second lieu désintéressé, en troisième lieu ami du bien; toi, tu 
as tous les défauts contraires, tyrannie, indifférence au bien, igno- 
rance. » César ordonna de l'emmener; Appianos, pendant qu'on 
l'emmène, dit : « Accorde-moi cette faveur, seigneur César. » 
L'empereur : « Laquelle ? » Appianos : « Ordonne qu'on m'em- 
mène revêtu de toute ma dignité. » L'empereur : « Soit. » Appia- 
nos, prenant la bandelette, la noua autour de sa tête, chaussa ses 
pieds du phaicasion ' et s'écria au milieu de Rome : « Accourez 
tous, Romains, venez voir un gymnasiarque perpétuel (?) s , un en- 

1 H. Weil, Revue des études f/recr/ues, XI (1898), p. 243 suiv. ; Ad. Deissmann, 
Thcologische Literatuszeituny, 1898 (n° 23), col. 6U3 suiv. 

2 Pour prévenir toute contusion , disons tout de suite qu'il est impossible 
d'identifier ce personnage avec l'historien Appien, également natif d'Alexandrie et 
qui y occupa de hautes dignités ; Appien était déjà un vieillard sous Antonin le 
Pieux (Fronton, epist. 9) ; notre Appianos est encore daus la force de l'âge sous Com- 
mode; mais les deux personnages pourraient, à la rigueur, êtçe de la même famille. 

3 Sans doute un délégué inlluent des Alexandrins. Grenfell veut reconnaître Avi- 
dius Heliodorus, préfet d'Egypte en 143 (Dion, LXX1, 22). 

4 Cf. papyrus de Claude, col. I, 1. 5-7 : ei] p.sv u~îp [j^arpiSo;... 7IY**) vi^sto... 

5 Basile t. De bonne heure en pays de langue grecque les empereurs ont reçu ce 
nom. Cf. suprà pap., n° 3 (Berol. 588). 

6 Marc Aurèle, comme le prouve la suite. Son nom officiel était Antoninus. 

7 Chaussure particulière aux gymnasiarques. Plutarque, Marc Antoine, c. 33. 

8 ëva àiz' aîûvo; àKxyô\}.zvov yuixvaoiapxov. Le sens de l'expression an' aiû>vo<; est 
douteux. 



NOUVEAUX DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'EGYPTE 223 

voyé des Alexandrins emmené au supplice. » Le garde du corps, 
accourant aussitôt, s'approche du prince et dit : « Seigneur, as- 
sieds-toi ; les Romains grondent. » L'empereur : « A quel pro- 
pos?» Le consul : « Parce qu'on emmené l'Alexandrin au sup- 
plice. » L'empereur : « Qu'on aille le chercher. » Appianos 
rentrant dit : « Qui donc, lorsque je saluais déjà mon second en- 
fer (?) * et ceux qui sont morts avant moi, Théon, Isidoros, Lam- 
pon, qui donc m'a fait revenir? Est-ce le sénat ou toi, chef de bri- 
gands? a L'empereur : « Appianos, nous aussi nous avons coutume 
de ramener à la raison les fous et les égarés ; tu ne parles qu'au- 
tant que je te permets de parler. » Appianos : « J'en jure par ta 
Fortune, je ne suis ni fou ni égaré, mais je proteste au nom de 
ma dignité et de ce qui me revient. » L'empereur : « Gomment 
cela ? » Appianos : « Parce que je suis noble et gymnasiarque. » 
L'empereur : « Prétends-tu que je ne sois pas noble? » Appianos : 
« Cela, je n'en sais rien ; mais je proclame ma propre noblesse et 
ce qui m'est dû(?) » L'empereur : « Ne sais-tu pas (que je suis ton 
roi(?) 2 » Appianos : « Quant à cela, je te démontrerai que tu es 
dans Terreur 3 . D'abord César sauva Cléopâtre; ensuite (celle-ci ?) 
s'empara du royaume et, suivant ce que disent quelques-uns, prêta 
de l'argent (à César. . .) 4 » 

Et c'est sur cette leçon d'histoire tronquée que s'arrête notre 
fragment. Il n'est pas douteux que l'Isidoros et le Lampon, men- 
tionnés par Appianos comme ses précurseurs dans le martyre, ne 
soient les mêmes agitateurs que nous connaissions depuis long- 
temps par Philon et que nous avons retrouvés dans le papyrus de 
Claude. Quant à Théon, son identification est plus douteuse. 
L'ordre dans lequel il est mentionné ici semble indiquer que son 
supplice a précédé ceux d'isidoros et de Lampon s . Or, dans un pas- 
sage très mutilé du papyrus de Claude et que j'ai restitué na- 
guère à grand renfort de points d'interrogation, on lit (col. Il, 
1. 16, suiv.). 

KXauotoç Kai[<yap. . . 
■/.axa toi» £[/.ou. . . 
[xou ooo cpiX[ouç 
®£iova sçYjYYjItTjV 

1 tôv oeuxepov [lom <xôy)v 7tpoaxuvovJvTa. Il avait donc déjà une fois vu de près le 
supplice ? 

1 Je restitue vuv oùx oloa; cm [ — (3a<Ti).eïç èapiv ;] 

3 Les suppléments de Grent'ell, toùto u.[èv el à)>r,6ài; oùx oî]3aç ne me paraissent 
pas admissibles. 

4 Restitution douteuse. 

5 C'est pourquoi je ne puis approuver la conjecture de Deissmann, qui le reconnaît 
dans le Théon du papyrus d'Hadrien, I, 3, etc. 



224 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Il n'est pas impossible que cet « exégète » Théon — l'exégète 
était un haut magistrat alexandrin, revêtu de la pourpre — soit 
le Théon qu'Appianos énumère parmi les anciennes et illustres vic- 
times du despotisme impérial qu'il va rejoindre dans l'Hadès. 

Le nom des Juifs n'est pas prononcé dans notre papyrus ; nous 
ne pouvons donc pas affiryner que le supplice du gymnasiarque 
Appianos se rattache à une querelle entre Juifs et Grecs; pour- 
tant la mention d'Isidoros et de Lampon donne quelque vraisem- 
blance à cette induction. En tout cas, notre papyrus mérite de 
prendre place dans la série des documents intéressant l'histoire 
juive, par cela seul qu'il nous apprend qu'Isidoros et Lampon 
furent non seulement condamnés à mort , mais effectivement 
exécutés. 

Quant aux hypothèses qu'on peut former sur la nature et l'objet 
du recueil historique dont paraissent avoir fait partie les trois 
procès-verbaux de Claude, d'Hadrien et de Commode, nous en fe- 
rons volontiers bon marché et nous renverrons là-dessus le lecteur 
à l'article de M. Deissmann. Ce savant propose de reconnaître dans 
le recueil présumé une compilation née vers l'an 200 au sein de la 
juiverie d'Alexandrie, une sorte tfhistoria calamitatum de cette 
communauté, contemporaine et rivale des premiers martyrologes 
chrétiens; il croit à la sincérité des protocoles insérés comme 
pièces justificatives dans ce recueil, tout en laissant entendre que 
le rédacteur a bien pu accentuer un peu l'insolence des anti- 
sémites alexandrins, pour les noircir aux yeux des autorités im- 
périales. Ces conjectures sont ingénieuses; nous ne les croyons 
pas probantes; le caractère judéophile de la compilation en ques- 
tion nous paraît même infiniment douteux. Martyrologe pour 
martyrologe, nous y verrions plutôt celui des gymnasiarques 
d'Alexandrie, et, puisque l'histoire recommence toujours, c'est 
au maire révoqué d'Alger, non au grand rabbin de cette mal- 
heureuse communauté, qu'il conviendrait d'en dédier une édi- 
tion nouvelle. 

Théodore Reinach. 



Post-scriplum. — En parcourant le premier volume du cata- 
logue des papyrus du Musée Britannique, publié par M. Kenyon en 
1893, j'y trouve deux autres mentions de Juifs, provenant toutes 
deux du Fayoum. Le pap. 113, 7 (p. 215), du vi e ou vn e siècle 
de l'ère chrétienne, renferme une reconnaissance de paiement an- 
ticipé adressée à Gérontios, intendant (^ap-rouXàptoç) du général 
Théodose, par deux individus appelés Aurélius Abraham, fils de 



NOUVEAUX DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'EGYPTE 225 

Lévi, et Aurélius Amoun, fils de David (Aup^Xioç Aêpaajjuoç uioç Aai^i» 
xat A[xouv uioç Aautx), marchands de foin. Quoique le document soit 
encadré, suivant l'usage, de signes de croix, les noms des ven- 
deurs ont bien un cachet israélite ; la transcription Aa^u pour 
Àeu(, qui revient trois fois, est curieuse. 

Dans le n° 113, 11 (p. 223), la présence d'un contractant juif est 
encore plus certaine. C'est un échange de vinaigre contre du moût, 
conclu entre Apollos « tête d'épongé * du village des Arabes, pro- 
vince d'Arsinoé, et « l'hébreu Abraham, fils de Théodotos » : eyw 

AtcoXAwç uioç Avxtovtou <rKoyyox.£yixkoç, oltzo xw^ç Apocêcov zoo Apat- 
voixou vop.ou, <joi Aêpapuu> Eêpstto utw ©eoootou octto ttjç ApcrivoÏTcov 

7coXecoç, etc. Le document est du vi e ou du vir siècle. N'oublions 
pas que le gaon Saadia naquit au Fayoum à la fin du neuvième. 

Enfin je dois signaler — ou rappeler — à nos lecteurs l'ingé- 
nieux article de la Revue de Philologie (1.898, XXII, p. 18 suiv.) 
où M. Nicole a reconnu dans un lambeau de papyrus de la collec- 
tion Boissier de Genève l'extrait d'une ordonnance d'Aulus Avil- 
lius Flaccus, préfet d'Egypte, rendue l'an 21 de Tibère (34 après 
J.-C). Les dernières lignes lisibles paraissent interdire, sous 
peine de mort, le port des armes ((i.a/oapocpopav) ; M. Nicole rap- 
proche de ces lignes le c. 11 de Vin Flaccum de Philon, où il est 
question de mesures de ce genre prises* contre les Egyptiens et les 
Juifs. 

T. R. 



T. XXXVII, N° 74. 1J 



LA VERSION ARABE 



ET 



LE COMMENTAIRE DES PROVERBES 



DU GAON SAADIA 



(SUITE ET FIN ') 



TENDANCES ET CARACTERE. 

La tendance qui prédomine dans la version de Saadia, c'est de 
tirer des Proverbes le plus d'enseignements possible, de dévelop- 
per les sentences, de les éclairer de tous les côtés, d'en déduire des 
indications pour les diverses conditions de la vie humaine. De 
même, le commentaire poursuit un but pratique : il se préoccupe 
avant tout du profit moral qui se dégage des sentences. 

Le 4° principe de l'introduction reconnaît qu'il y a de simples faits 
énoncés dans les Proverbes. Mais le Gaôn se contente rarement 
de ces faits ; il en fait ressortir presque toujours un précepte, un 
devoir. Cette conséquence pratique, il la nomme rrPMDbM (xxvm, 
15), en hébreu rfonn (Der.-Lamb.). Puisque « le cœur connaît 
seul son chagrin » (xiv, 10), dit-il, il vaut mieux ne pas manifester 
nos sentiments intimes. « On voit le pauvre parler d'une voix sup- 
pliante et le riche avec force » (xvm, 23); c'est là un fait, mais un 
fait à blâmer. Le juste, qu'il soit pauvre ou riche, doit toujours 
parler avec franchise ; celui qui n'est pas sûr de son affaire doit 
manifester quelque réserve, et enfin celui qui a tort fait mieux 
de se taire. 

Souvent les proverbes, tels qu'ils sont formulés en hébreu, ne 

» Voir Kevue, t. XXXVII, p. 72. 



LA VERSION ARABE ET LE COMMENTAIRE DES PROVERBES 227 

suffisent pas à S. ; il les élargit, les développe. Ainsi vi, 6-11, nous 
enseigne que nous devons imiter l'application de la fourmi; S. ajoute 
que l'abeille nous offre le même exemple, et puis, les fourmis nous 
apprennent encore ce que vaut l'union, puisqu'elles travaillent 
ensemble sans avoir de chef. 11 reconnaît de nouveau la qualité 
des abeilles lorsqu'il mentionne leur art de bâtir à côté de celui des 
gerboises (xxx, 26). Quelquefois le commentaire peut passer pour 
une correction tacite. Si les Proverbes comparent la sagesse au miel 
(xvi, 24; xxiv, 13, 14), S., rappelant la sentence des Psaumes 
(xix, 11), remarque que la sagesse surpasse le miel le plus pur. 
En ajoutant ainsi ses propres idées à celles des Proverbes, S. nous 
fait connaître dans sa traduction et ses commentaires une grande 
partie de ses opinions, de ses tendances, de son individualité. 

Le commentaire poursuit surtout un but moral et religieux. 
Beaucoup de proverbes traitent de la diligence, de la prudence, de 
l'économie, de l'avarice, de l'ivresse, etc. D'ordinaire, S. ne s'ar- 
rête pas au sens immédiat de ces versets, il les élève à une hau- 
teur religieuse, dans la sphère du divin. A toute occasion, il fait in- 
tervenir Dieu, comme celui qui agit, qui possède, qui règne. Si 
le désir des justes est réalisé (x, 24), c'est Dieu qui le réalise; 
si l'homme est récompensé selon l'œuvre de ses mains (xn, 14), 
la version rappelle que c'est Dieu qui récompense. Le pauvre n'a 
pas entendu la réprimande (xm, 8), c'est-à-dire le vrai pauvre est 
celui qui n'entend pas la réprimande de Dieu. Celui-là périt qui dé- 
daigne sa voie (xix, 16) ; c'est-à-dire la voie de Dieu. Il y a même 
un verset que S. met dans la bouche de Dieu, lui faisant dire : « Ce- 
lui qui apprend à l'homme à m'obéir, trouvera de la faveur. . . » 
(xxvm, 23). 

Sans doute, pris à la lettre, chaque verset ne comporte pas 
d'interprétation religieuse. Mais S. suppose qu'à côté du sens lit- 
téral (nntfà ib^), il y en a un intérieur (psa ^) ; ce qui lui per- 
met d'introduire partout la religion et la morale. Les Proverbes 
disent qu'il est dangereux de s'engager pour les dettes d'autrui 
(vi, 1-5); mais, ajoute S., il est beaucoup plus important encore 
de s'engager à suivre les préceptes divins et à s'écarter du mal. 
Le paresseux blâmé si souvent est celui qui néglige la religion 
aussi bien que celui qui néglige ses affaires *. 

Une question que S. se pose souvent, c'est de savoir si les ar- 
rêts prononcés par Dieu sont appliqués dans ce monde-ci ou dans 
l'autre. L'autre monde, S. le reconnaît dans plusieurs termes du 

1 Les exemples d'une interprétation double sont excessivement nombreux. En 
voici quelques-uns : v, 15-20 ; vin, 32-3b' ; x, 12; xm, 17 ; xv, 17; xvn, 13 ; xix, 
29 ; xx, 29; xxi, 8 ; xxn, 3, 24; xxvi, 23 ; xxvn, 6, 7, 18; xxvm, 25; xxix, 9. 



228 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

texte, comme nati), "ins (i, 27), rron (vi, 34), rro? ût (xi, 4) rmna 
(xxiv, 14, 20), qui rappellent la vie d'outre-tombe ou le jour de la 
résurrection * . 



FIDELITE A LA TRADITION. 

Le commentaire de S. défend la tradition de parti pris. Le Gaon la 
reconnaît déjà dans un terme biblique. Ainsi, il rend ï-ninn partout 
par îipD 2 , doctrine de-la tradition (Derenbourg, Isaïe, xxvm, 29). 
Pour lui, c'est cette doctrine qui assure une récompense aux justes 
(n, 7), qui est le principe dont il ne faut pas s'écarter (m, 21), la 
fille de la sagesse (vin, 14); celui qui s'en détache n'est qu'une vic- 
time de sa passion (xvin, 1). 11 est à remarquer que cette interpré- 
tation atteste l'influence aggadique ; elle rappelle Sanhédrin,^ b : 
nujntt Barrira -sse ï-nuj-in (scil. rmn bv) un® t^nps rtab pn "i"n 
x"t xvwn i3DH ■wana mnara rprann *nm 121 ,tnK bm im^ 
3 ûmb3> nmiûTa ûbi^rri) nmn bw D-nm, 

S. voit aussi dans toute une série de versets (xxx, 10, 17) une 
apologie de la tradition. « Ne calomnie pas le serviteur auprès de 
son maître », veut dire : n'accuse pas ceux qui ont transmis la tra- 
dition de l'avoir altérée. « La génération qui maudit son père », 
ce sont ceux qui abandonnent la tradition ; dans leur incrédulité 
ils finissent par enfreindre les prescriptions de la raison même et 
par devenir victimes du néant, de Yalouqa. 

Enfin, S. considère comme un argument en faveur de la tradi- 
tion les mots mis en tête du xxv e chapitre : « Ceci fait égale- 
ment partie des Proverbes de Salomon qu'ont transmis les gens 
d'Ezéchias, roi de Juda. » C'est là, selon lui, une preuve que nos an- 
cêtres ont gardé beaucoup de choses sans les consigner par écrit. 
C'est ainsi que ces sentences de Salomon, conservées d'abord orale- 
ment, ont ensuite été mises par écrit, puis rédigées par des gens 
d'Ezéchias. De même, Jérémie (xvn, 22) nous apprend que Dieu 
avait déjà ordonné aux Israélites en Egypte de ne pas porter de 
fardeau le jour du sabbat. Du reste, nos ancêtres étaient persua- 
dés qu'il y a bien des lois d'origine mosaïque qui n'ont été con- 

1 Od peut y supposer l'influence du Talmud, qui attribue à ^13? une significa- 
tion pareille ; Ù2fp} NbiX Ï"H3? "pN {Baba Batra, 10 b, et les passages parallèles). 

1 Isaïe, xxvm, 29; Job, v, 12 ; vi, 13 ; xi, 6 ; xu, 16 ; xxvi, 3; xxx. 22 ; Prov., 
il, 7 ; in, 21 ; vin, 14; xvin, 1 ; Mich., vi, 9, n'est pas à notre portée. 

3 ï"P\D"in a le même sens dans le passage de Nazîr, 23 b, et Horayot, 10 3. Ibn 
Ezra donne à ce mot la même signification : Lév., xvm, 22, J-p^inn "HD3N désigne 
ceux qui ont développé la tradition ; mais il entend aussi par ï-ptZiin la métaphy- 
sique ; voir Bâcher, Einleitung y p. 68, note. 



LA VERSION ARABE ET LE COMMENTAIRE DES PROVERBES 229 

signées par écrit que dans la Mischna et la Guemara. On sait, 
d'ailleurs, que S. dirige surtout sa polémique contre ceux qui re- 
jettent la tradition. 



LA POLEMIQUE. 

Dans son Amanât, S. attaque le christianisme, mais épargne 
les Caraïtes et l'islam *. Dans les Proverbes, au contraire, il 
polémise surtout contre les Caraïtes, qui n'échappent jamais 
à la critique du Gaon, tandis qu'il ne touche qu'incidemment 
aux autres religions. Ainsi, à propos de la sagesse qui se met 
à inviter lorsqu'elle a bâti sa maison et dressé la table (ix), il 
dit que c'est de cette façon qu'agissent les monothéistes : ils 
prouvent d'abord que le monde est créé, puis ils réfutent ceux 
qui prétendent que l'univers dure éternellement (iVTn), ceux 
qui confessent deux principes CpnNbN nNmtN), ceux qui croient 
à la trinité (nnabnbtf namrN) et d'autres hétérodoxes (innbtt). 
Les rabbanites vont même jusqu'à fixer le nombre des cha- 
pitres, des versets, des mots de l'Écriture sainte et étudient les 
traditions des prophètes divins. Les Caraïtes, au contraire Oprnnfcba 
■psbaÔEbN sntti 173 N3D73N *;?:), ne s'inquiètent pas de la Bible, de ce 
qui en paraît superflu ou incomplet, ils ne l'interprètent pas, ne se 
soucient d'aucune tradition, mais éveillent des doutes futiles. Ceux 
qui suivent de fausses croyances incitent leurs partisans à voler 
(traiw triï) ou à contracter des mariages illicites (û*nno dnb). — 
« Le cœur du juste médite ce qu'il doit répondre » (xv, 28); ces 
mots s'appliquent aux monothéistes et aux rabbanites qui réfutent 
avec une exactitude consciencieuse les hétérodoxes et les héré- 
tiques. De même, s'il est dit que « l'homme injuste séduit son pro- 
chain et le conduit dans un chemin où il n'y a rien de bon » (xvi, 
29), on doit entendre par là les efforts des hétérodoxes pour ébran- 
ler ceux qui sont attachés à Dieu et au rabbanisme. « Ceux qui 
s'isolent » et « les sots » (xvin, 1,2), rappellent les Caraïtes qui à 
tort et à travers attaquent la tradition ; si on leur offre des 
preuves, ils répondent avec haine et orgueil. — « Crains Dieu, 
mon fils, et son vicaire, et ne te mêle pas à ceux qui leur donnent 
des associés», c'est ainsi que S. comprend xxiv, 21, y trouvant 
l'avis d'éviter ceux qui acceptent l'éternité du monde ou celle de la 
matière (uXtj), ainsi que les dualistes, les chrétiens, les adora- 

1 Kauf'mann, Geschichte der Attributenlehre, p. 78-90; Guttmann, Die Religions- 
philosophie des Saadia, p. 17, note 1. 



230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

teurs des sept ou douze astres principaux. « Celui qui recherche 
les vanités » (xxviii, 19) est aussi celui qui, abandonnant Dieu, 
se voue à l'idolâtrie , passe du monothéisme au dualisme et 
s'écarte de la tradition pour s'attacher aux contradicteurs (Ca- 
raïtes). — Celui qui se révolte contre la réprimande (xxix, 1) 
est aussi quiconque nie Dieu, ses prophètes et la tradition. — 
« Elle ne craint pas la neige » (xxxi, 21) veut dire que le sage 
ne craint pas les objections des égarés et des dissidents, puisqu'il 
est muni de preuves. 

Notre commentaire parle aussi expressément des brahmanes. 
Ainsi, selon lui, les versets xxix, 18, 19, affirment, contrairement 
à l'opinion des brahmanes, que nous avons besoin et de la révéla- 
tion et du raisonnement. « Faute de révélation, le peuple reste sans 
frein. Heureux celui qui observe la loi. Mais la révélation seule 
ne suffit pas pour faire l'éducation de l'homme, car il ne la com- 
prendrait même pas sans la raison. » S. nous enseigne donc que 
l'homme ne pourrait pas savoir par sa seule raison tout ce qui est 
nécessaire à son salut, comme les lois sur le sabbat, les fêtes, les 
jeunes, la purification, les héritages. Au 3 e chapitre de Amanât, 
S. discute aussi la nécessité de la révélation et combat ceux qui 
croient que la raison humaine est capable à elle seule de trou- 
ver toutes les lois nécessaires à notre salut. Il affirme que même 
les préceptes établis par la raison ont besoin d'être expliqués par 
la révélation, comme, par exemple, la prière, les lois du mariage, 
le commerce, etc. Bien que ce passage de Amanât (éd. Landauer, 
p. 118, 119) ne nomme pas les brahmanes, M. Guttmann 1 a dé- 
montré que c'est à eux que S. a attribué cette doctrine. Notre com- 
mentaire justifie l'hypothèse de M. Guttmann, puisqu'ils sont ex- 
plicitement nommés. 

S. trouve dans les Proverbes une indication relative à l'attitude 
qu'il faut prendre envers les hétérodoxes. « La première des deux 
parties est sur le point de gagner sa cause, lorsque l'autre arrive 
et y met un terme » (xvui, 17). Si nous avons entendu les argu- 
ments de l'hérésie, ne nous empressons pas de les accepter, mais 
écoutons aussi les arguments des croyants. Si, au contraire, nous 
avons appris les doctrines des croyants, nous n'avons pas à nous 
inquiéter des opinions des hétérodoxes, puisque des miracles et 
des signes se sont déjà produits en faveur de la foi juive. 

1 Die Religions philosophie des Saadia, p. 140, surtout la note. 



LA VERSION ARABE ET LE COMMENTAIRE DES PROVERBES 231 



LA PHILOSOPHIE. 

Les Proverbes proclament partout la valeur de la sagesse. A 
raison de ses idées philosophiques, S. s'enthousiasme pour la 
science qui permet à l'homme de s'élever si haut, et il renchérit 
encore sur les éloges des Proverbes. Il croit même trouver dans 
les Proverbes des idées de polémique contre les sceptiques, qui 
ne se préoccupent nullement d'acquérir la science, mais se con- 
tentent d'éveiller des doutes ; ce sont ceux qui feignent la sot- 
tise (ix, 13-18) l . Il parle aussi contre les sophistes 2 ; ce sont eux 
qui n'écoutent aucun raisonnement, même si on les pile dans des 
mortiers (xxvn, 22). 

On ne trouve naturellement dans notre Commentaire aucun 
système de philosophie, mais des éléments dispersés que nous grou- 
perons ici sous diverses rubriques. 

Physiologie. 

S. aime à expliquer les faits au moyen de ses connaissances phy- 
siologiques. « La paresse fait tomber dans un profond sommeil » 
(xix, 15), parce que, dit-il, chez l'homme actif les vapeurs sortent 
par les pores, mais chez le paresseux elles montent au cerveau et 
causent le sommeil. « Le vin est moqueur, la liqueur troublante » 
(xx, 1), car le vin amollit le cerveau, la liqueur l'endurcit, et à eux 
deux ils rompent l'équilibre des tempéraments. « Comme l'eau 
fraîche pour une âme altérée, telle est une bonne nouvelle venue 
d'un pays lointain » (xxv, 25). L'angoisse, en troublant le cœur, 
échauffe les autres parties du corps ; l'âme calmée, la chaleur cesse. 
« La débauche ruine la santé » (xxxi, 3), parce qu'elle attaque les 
organes les plus importants, le cerveau, le cœur et le foie. Le vin 
est pour les malheureux, et non pour les rois(xxxi, 4-8); il arrive 
souvent que la même cause a des effets différents, comme le miel, 
qui est utile aux tempéraments sanguins et nuit aux flegmatiques; 
le lait est bon pour le foie et nuisible à l'estomac. 

Les cinq sens figurent aussi dans notre commentaire. S. veut 
démontrer que la courtisane séduit (vu) en offrant des attraits aux 
cinq sens : au goût le repas de viande (14), à la vue sa personne (51), 

1 "pbïl&WIÏEbN, voir Horovitz, Die Psychologie Saadias, p. 49, note 92. 

2 ÏT^NtûODIobiS se retrouve plusieurs fois ailleurs ; cf. Kaufmann, Attributenlehre, 
p. 273, note 58. 



232 REVUE DES ETUDES JUIVES 

au toucher le lit (16), à l'odorat les parfums (17), à l'ouïe ses paroles 
séductrices (5 v.). Il trouve aussi trois des cinq sens mentionnés 
dans la description de l'ivresse (xxm, 29-33) : l'odeur du vin allè- 
che, mais elle corrompt ce qui est doux dans l'homme ; la couleur 
séduit, mais on y perd sa propre couleur; le goût plaît, mais 
l'ivrogne est tellement abattu ou battu par le vin qu'il n'a plus de 
sensation. 

Psychologie 1 . 

D'après S., on rencontre dans les Proverbes une allusion à la 
théorie des trois âmes. Ainsi, il prétend que « la sottise attachée 
au cœur de l'enfant » (xxn, 15) signifie les deux facultés infé- 
rieures de l'âme, la colère et le désir (ôu^oeiSèç, é7u8up.-irjTix6v), diri- 
gées par la faculté supérieure : l'intelligence (Xoytcmxov). Il voit le 
désir dans le terme de iud5, dans l'expression ©B3 b^n (xxm, 2) ; 
c'est celui qui expose toute son avidité ; la colère figure encore 
une fois sous le nom de D^s (xxvn, 3, 4), dont il fait l'analyse en 
distinguant trois degrés : moins que normale (n^n), normale (E|8), 
et plus que normale (riN2p). 

S. trouve aussi dans les Proverbes la confirmation de son opi- 
nion que l'âme a son siège dans le cœur. « Le messager fidèle rend 
l'âme à son maître » (xxv, 13); c'est vrai, selon lui, au pied de la 
lettre, car d'ordinaire l'âme est dans le cœur; inquiétée, elle en 
sort; calmée, elle y revient. En général, S. fait résider chacune 
des forces psychiques dans un organe spécial; il localise l'appétit 
dans le foie (xxiv, 13, 14), et pour une seule fonction il met en 
œuvre le cerveau, le cœur et le foie (xxxi, 1-9). Le cœur, siège 
de l'âme, remplit aussi la fonction de réunir les sensations pro- 
duites par les sens spéciaux (xxn, 17-21). Toutes les seize facultés 
de l'âme peuvent être atteintes de maladie (xvm, 14) 2 . 



Théorie de la connaissance. 

S. revient avec prédilection à la question suivante : comment 
acquérons-nous nos connaissances? Il en parle en détail dans l'in- 
troduction et y revient souvent dans le cours du commentaire. 
Selon lui, l'homme apprend : 1° en recevant l'instruction et 2° en 
la développant. Il la reçoit au moyen de quatre opérations : 1° en 

1 Pour les questions suivantes, on trouvera des indications intéressantes chez Ho- 
rovitz, Die Psychologie Saadias. 

1 Horovitz, p. 34, 35, note 64; p. 58, note 114. 



LA VERSION ARABE ET LE COMMENTAIRE DES PROVERBES 233 

écoutant (nr»»iz> et souvent rrrvnb) ; 2° par la mémoire (î-jtm) ; 
3° par la combinaison de tous les cas possibles (rrcaTtt ; S. explique 
ce mot presque toujours dans un sens favorable), et 4° par la cri- 
tique, qui juge les cas, accepte les uns et rejette les autres 1 . Une 
fois (n, 1-10), S. simplifie les quatre opérations en réunissant les 
deux premières et les deux dernières. L'Israélite, dit-il, a cinq 
sources pour acquérir la connaissance : 1° le témoignage des sens; 
2° la raison ; 3° l'Ecriture sainte ; 4° la tradition ; 5° le raisonne- 
ment. Dans YAmanât (éd. Landauer, p. 12-13) il n'en avait énu- 
méré que trois : 1° les sens ; 2° la raison ; 3° la logique. Et tout 
cela, S. le trouve expressément dans xxn, 17-21 ; mais la tra- 
dition est la principale de ces sources, puisqu'elle les contient 
toutes. 

S. pense que les Proverbes fixent aussi les limites où s'arrête 
notre connaissance. Agour nous raconte (xxx, 3-5) que, même 
instruit par Itiël, « il ne connaissait pas la science de Dieu », c'est- 
à-dire qu'il restait beaucoup de choses que Dieu seul comprend. 
Tels sont les quatre éléments, leur origine et leur essence. Job 
déclare aussi (xxviii, 21, 25) que Dieu seul les connaît : mirpb 
yitxn c'est le mouvement de la terre ; ù^izji-rba nnn, l'ascension 
du feu, bptDtt rmb mrajb, le mouvement de l'air, rmn pn triïi 
l'état liquide de l'eau 2 . Job prétend aussi que son sort est incom- 
préhensible et qu'il y a encore plusieurs problèmes qu'on ne peut 
résoudre. Agour ne discute pas, mais montre à celui qui veut ap- 
prendre la sagesse ce qu'il peut entreprendre et ce dont il doit 
s'abstenir. Trois problèmes dépassent notre intelligence : 1° com- 
ment Dieu a créé l'univers ; 2° comment le feu monte, l'air n'est 
pas ferme, l'eau est liquide et la terre est ferme; 3° pourquoi on 
ne peut pas marcher sur le feu comme sur la terre (d^urrsb? •% 
Tm), ni renfermer l'air dans notre main (vaDm rrwtpN m), ni 
faire rester l'eau dans un vase troué ou dans du drap (tr»~T)ïS ^12 
ttb»©a). Nous espérons encore moins pouvoir résoudre les autres 
problèmes; qu'il nous suffise de savoir que c'est ainsi. On peut 
encore ajouter toute une série de faits dont on ne s'explique pas la 
raison : Porbite des astres et leurs distances, les qualités des ani- 
maux, des plantes et des minéraux. Il est de notre devoir d'y re- 
noncer. Au contraire, nous sommes obligés de nous instruire sur 
la religion et la tradition. 

Le conseil d'arranger le travail avant de bâtir la maison (xxiv, 
27) a plusieurs sens ésotériques: il signifie, entre autres, qu'avant 

1 Par suite d'une lacune du texte, le nom hébreu et le verset manquent pour 
cette faculté. 
* Amanât, I, p. 45. 



234 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'aborder les sciences, nous devons nous soumettre à unediscipline 
qui nous y conduit. Les Grecs nomment rmaD^N isagogè, la disci- 
pline qui prépare pour la logique, l'astronomie, la géométrie et la 
médecine ; sans elle, impossible d'arriver à la science même» 

Logique. 

Dans une importante digression (xxv, 11), S. expose quatre 
procédés de logique: 1° l'analyse ; 2° la synthèse; 3° la 'progres- 
sion croissante: 4° la progression décroissante. L'analyse, c'est le 
procédé à l'aide duquel on détaille toutes les parties d'un tout, 
comme lorsqu'on dit à propos de Pâque : nb^^i ym wm nos mr 
IttW am ù'nvito'i Ï12M3, ou lorsqu'on énumère, pour l'anatomie de 
l'œil, toutes les parties dont il est formé. L'autre procé lé consiste 
à chercher un trait qui est commun parmi les choses différentes, 
par exemple tous les crimes punis de n-D parmi les matt::, rm-tf 
et truîTp. Le troisième procédé nous enseigne à commencer par les 
preuves les plus faibles pour s'élever aux plus fortes ; le quatrième 
nous apprend à réfuter d'abord les objections les plus sérieuses et 
ensuite les moins importantes. 

Les exemples de versets construits d'après les règles de la lo- 
gique sont bien fréquents. En voici un : « Comme la neige en été 
et la pluie pendant la moisson, tel est celui qui décerne des hon- 
neurs à un sot » (xxvi, 1) ; S. remarque que ce verset compare 
des choses qui ne conviennent pas au point de vue de Taction à ce 
qui ne convient pas dans le temps. 



Métaphysique, 

Faute d'un titre plus approprié, c'est sous ce nom que nous 
groupons les opinions du Gaon sur la cosmogonie et le libre ar- 
bitre. Il s'attaque à diverses reprises à ceux qui croient à l'éter- 
nité du monde. C'était le crime de la génération anéantie par le 
déluge, d'après les versets vu, 24-27, tels qu'il les interprète, con- 
firmés par Job, xxn 15, 17, où il traduit : Est-ce que tu suis 
l'opinion de ceux qui croient à l'éternité du monde, et qui ont été 
emportésprématurément? Mais S. s'attache surtout au problème 
du libre arbitre. Il nie qu'il résulte de m, 34, que le moqueur l'est 
par prédestination ; Dieu ne fait que le déclarer moqueur. Il est 
dit expressément : « A l'homme appartiennent les dispositions de 
son cœur » (xvi, 1), et le même verset ajoute : « Les paroles de la 



LA VERSION ARABE ET LE COMMENTAIRE DES PROVERBES 235 

langue viennent de Dieu » c'est-à-dire que nous devons à Dieu la 
faculté de parler. C'est un sens analogue qu'a xxi, 1 : « Le cœur 
du roi, pour l'obéissance à Dieu, est comme le cours de l'eau ; il 
faut qu'il le dirige partout où Dieu le veut. » Quoique les autres 
hommes ne soient non plus soumis à la prédestination, on men- 
tionne le roi à raison de sa supériorité. Ces trois versets sont dé- 
veloppés par S. au iv e chapitre de Amanât (p. 163). Enfin le 
verset ; « Comme l'eau peut être dirigée en divers sens, ainsi le 
cœur des hommes pour les hommes » (xxvn, 19), tout en compor- 
tant plusieurs interprétations, nie en tous cas la prédestination. 



LE RATIONALISME. 

Le rationalisme de Saadia ne peut pas se manifester dans ce 
commentaire d'une façon très vive. On trouve, en effet, peu d'an- 
thropomorphismes dans les Proverbes. S. les évite, sans se pro- 
noncer expressément contre eux comme dans la discussion si 
connue de Amanât (éd. Landauer, 96 et suiv.). Au lieu de la 
bouche de Dieu (n, 6), il dit « sa parole », au lieu de sa lumière 
(xx, 21) il met « sa sagesse », au lieu de ses yeux (xxn, 12) il dit 
a sa providence » ; au lieu de « mener après Dieu » (xxvin, 23), S. 
dit : « enseigner à obéir à Dieu ». Cependant, le Gaon n'est pas 
toujours fidèle à son principe; deux fois, les « yeux de Dieu » 
restent dans la version (v, 21 ; xv, 3). 



INFLUENCES ET SOURCES. 

Nous n'avons pas à rechercher, dans cette étude, à quelles 
sources le Gaon a puisé sa science et ses idées philosophiques. 
Nous essaierons seulement de montrer pourquoi il a compris les 
diverses sentences de cette façon plutôt que de telle autre. On 
trouve naturellement, dans sa version, l'influence de la tradition. 
Mais on y rencontre encore d'autres influences. Il a souvent re- 
cours à un passage de la Bible pour expliquer tel ou tel verset 
des Proverbes. Car, selon lui, les Proverbes contiennent, en 
quelque sorte, la moralité des récits dispersés dans l'Ecriture sainte 
(Introduction ; commentaire de vu, 24-27 ; xix, 11). Il passe donc 
en revue tous les livres bibliques pour y trouver les faits qui ex- 
pliquent les diverses sentences. A ce point de vue, son œuvre 
tient du midrasch. Ainsi, dans cette sentence « les fautes du cri- 



236 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

minel l'enlacent » (v, 22), S. voit la pensée que le criminel est 
frappé par celui même qu'il a aimé, Samson par Dalila, Abimé- 
lech par les habitants de Sichem, Israël par l'Assyrie et Babel. La 
même idée est exprimée par les prophètes (Ezéchiel, xxm, 9; 
Zach., xin, 6). « Chaque crime s'allie au mensonge » (vi, 16-19); 
c'est l'orgueil d'Absalon, l'assassinat de Joab, l'avidité de Gué- 
hazi, la cupidité d'Amnon, le faux témoignage de Jézabel, etc. 

— « Parfois le méchant devient la rançon du juste » (xxi, 18), 
comme Aman pour Mardochée, les calomniateurs pour Hanania, 
Michael et Azaria, les nobles persans pour Daniel, comme, à 
l'époque de la délivrance, les païens seront la rançon d'Israël 
(Isaïe, xliv, 3, 4), et dans l'autre monde, les infidèles celle des 
croyants. trfcNb nimtt^r (xxiv, 24) veut dire que le juge prévarica- 
teur est méprisé même par l'impie qu'il a favorisé ; ainsi Jézabel 
nomme les faux témoins qu'elle a suscités contre Naboth : triDaa 
b*iba ^a (IRois,xxi, 10). 

Parfois aussi il interprète un verset d'après des analogies lexi- 
cographiques. Ainsi, il dit que nnpb (i, 3) a le sens d'apprendre 
comme "pnbnnp (Ezéch., m, 10), rrnn tde &» np (ibid., xxn, 22). 
Lorsque les Proverbes prescrivent de connaître Dieu (m, 6), ils ne 
veulent pas dire que nous devons connaître son essence, mais 
remplir notre devoir envers lui, comme dans 1 Sam., n, 12, « les 
fils d'Eli ne connaissaient pas Dieu », et dans I Chron., xxvm,9 
« Salomon connaît le Dieu de tes pères » ; c'est dans ce sens aussi 
que Pharaon ne connaissait pas Joseph (Exode, i, 8). — rps" 1 (vi, 25) 
se rapporte à la taille, aux yeux, à la voix, aux cheveux, et tout 
cela il le prouve par des versets bibliques. — fia 3>b:r> (xix, 28) si- 
gnifie « cacher le crime » comme ttipn n» 3>bnD (Nombres, iv, 20). 

— *ùy> (xxvi, 24), c'est dissimuler, comme rrûintt tina ïit nttb 
(I Rois, xiv, 6). S. pouvait aussi citer Gen., xlii, 7. — mTsm (xxx, 
6) veut dire être retranché, diminué, comme t»" 1 » IM"» ab ton 
(Isaïe, lvii, 11) et 2ï:dk ntD (Jér., xv, 18). 

S. explique aussi souvent les passages qu'il cite. C'est ainsi 
qu'il dit à propos des îirmtt ^ (ad x, 19) : « La faute de Moïse et 
d'Aron fut d'apostropher le peuple en ces termes : « Ecoutez, re- 
belles, nous vous ferons sortir des eaux de ce rocher » (Nombres, 
xx, 10) , ils semblaient dire par là que Dieu favorise la rébellion *. » 

Le grand nombre de citations que fait S. explique et excuse ses 

1 Cette opinion se manifeste déjà dans la traduction de ce passage (Nombres, xx, 
10); il est donc inexact, comme le remarque M. Derenbourg, que S. croie que 
Moïse a péché parce qu'il a frappé le rocher. L'explication du songe de Pharaon re-^ 
levée ici, i, 6, s'accorde aussi avec la traduction ; voir l'édition de Derenbourg, p. 64, 
note 1. 



LA VERSION ARABE ET LE COMMENTAIRE DES PROVERBES 237 

quelques inexactitudes. Pour prouver qu'il est mal de reprendre 
le moqueur (ix, 1-18), il cite le cas d'Abiyya ; MM. Derenbourg- 
Lambert disent qu'ils ne connaissent pas cet Abiyya \. Chaque 
trait de la description de l'ivresse (xxm, 29-35), S. le veut prou- 
ver par des exemples bibliques : "na i»b rappelle les Philistins 
(Juges, xvi, 23, ne mentionne qu'un repas) ; i"qn rappelle le sort 
d'Amnon, tué pendant son ivresse; xrr^tn est le cas de Roboam et 
des jeunes gens (Der.-Lamb. déclarent un tel fait inconnu) ; ù^wts 
fait allusion à la perte de Balthazar, et ûtt.? mbbsn à Assuérus, 
lorsqu'il tua Vasti (l'Ecriture ne parle pas de la mort de Vasti, ce 
n'est peut-être qu'un trait aggadique). Dans l'édition Der.-Lamb., 
les confusions et les contradictions les plus remarquables sont 
réunies (p. vm). En somme, ces inexactitudes font croire que 
S. se fia souvent à sa mémoire 2 . 



LA TRADITION. 

La littérature rabbinique ou la tradition a fourni également de 
nombreux éléments à S. D'après la conjecture de Der.-Lamb., on 
trouve le imo "pP d ans son commentaire sur le texte, vi, 1-4. 
Il dépeint la mauvaise femme (vi, 24-26) de manière à faire 
reconnaître la femme qui enfreint les « lois auxquelles sont 
astreintes les femmes » "jm mi^n d^iaaTO mis». — L'expression 
ïaDiabis Vu (vu, 24) est calquée sur l'expression butin "m. 

— Une fois il fait allusion aux tid&o r-n*n:n mra» w miasa W 
*imm (vin, 21-29, d'après Der.-Lamb.). — L'homme charitable 
prête à Dieu; Dieu est plus que dépositaire, il est débiteur, il 
répond du prêt, c'est le r-ivnna *n id^i» tnb». — Nous rencontrons 
aussi une allusion aux a"*nn (613) préceptes (xxn, 3). — Il rend 
l'expression mnbjatott "O par bap» nb ïn (xxn, 7, Der.-Lamb.). 

— Comme exemple des procédés de la logique, il dit que le terme 
HDD w» résume am tzn-rrftn rjittt nV^en y^n wm noD mt 
1» vn, et que les trente-six cas de r-nm-o se trouvent parmi les 
i-natt-jT trtmp nvn*. Enfin, il cite le pio bs et nttib ^ns "pai (xxv, 
11), et une fois il invoque aussi le principe du Nlp73 bt» naiias 
(xxx, 1), il est vrai contre l'opinion traditionnelle. 

S. cite fréquemment des sentences et des exemples empruntés 

1 II Chr., xni, 4-20, n'admet pas cette interprétation, puisque Abiyya y apparaît 
aimé de Dieu et du peuple. 

* Luzzatto réunit une série de pareilles inexactitudes chez Raschbam, David Kimhi 
et Parhôn {fizar Nehmad, III, p. 34, 35). 



238 ttEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à la littérature traditionnelle. Le verset : « Ceux qui abandonnent 
les sentiers de la droiture suivent encore les voies ténébreuses » (n, 
13), lui rappelle la sentence : '-oron fi-Dia Siîri Hrfcgfc iDsn nrantt -nn 
môôïl liûS Âh^j U&o/", n, 1). En faisant la connaissance de la 
sagesse, nous la désirons de plus en plus (iv, 7), d'après le dicton 
ïirteh m^tt'-DUi a le salaire du bien, c'est le bien », et rrms ffà£â 
5T)i£» « le bien entraîne le bien » (Abot, iv, 2). — « Les voies de 
l'homme sont sous les yeux de Dieu » (v, 21) ; c'est la maxime 
»nro3 naos *ywn bai r-tffciiû "pai nan V* *p3» nbjiïb ii£ :n 
« Sache ce qui est au-dessus de toi : un œil qui regarde, une oreille 
qui entend, et toutes tes actions sont inscrites dans un livre » 
[Aboi, n, 1). — Vorma paraît comme voisine à la sagesse(vm, 12) ; 
donc ce n'est pas forma coupable (Job, v, 13), mais celle qui est 
recommandée en ces termes : rj&mn ûto tn» nït dbvb (Berachot, 
17 a). Voici aussi des exemples cités par Saadia. C'est d'abord 
R. Eliézer qui dit au juge romain 'p'Hïi ^ *j»N3 « le juge est mon 
garant» (Aboda Zara, 17&), en pensant à Dieu; c'est ensuite 
R. Méïr, qui trempe un de ses doigts dans le bouillon de porc 
et en lèche un autre [ibid., 18 b). Tel est aussi l'élève de R. Méïr, 
qui, interrogé s'il n'a pas accueilli le fugitif poursuivi, répond : 
vrn&n Nb (viïïptttt) "nttsrça, entendant par là : Je ne l'ai pas vu 
depuis que je me suis levé, et faisant semblant de dire : « depuis 
que je vis ». Ce dernier fait ne se trouve pas dans le Talmud 
(Der.-Lamb.), pas plus que cette déclaration de Josué ben Hana- 
nia faite à l'empereur romain : « Si vous tenez à adorer vos 
idoles, adorez-les en dehors du monde que notre Dieu a créé, 
dans un monde qu'elles-mêmes créeront pour elles et pour vous ; 
il n'est pas juste que vous les adoriez sur un territoire étranger » 
(ix, 1-18). — « Si tu deviens sage, c'est pour toi-même » (ix, 12), 
rappelle : *pb "O 'pi^b mita jrîfin ba nn-in î-mn r-pro* un 
t-nafcia « Si tu as beaucoup étudié la Loi, ne t'en vante pas, car 
c'est pour cela que tu as été créé » (Abot, n, 9). — « Le sou- 
vernir du juste est une bénédiction et les noms des méchants 
s'effacent » (x, 7), c'est-à-dire les noms des pieux restent en 
usage : Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, Aron, Méïr, Aquiba, 
mais personne ne s'appelle Pharaon, Sanhérib, Aman, Titus, 
Boëtus ou Zounin (pour le dernier nom Der.-Lamb. renvoient 
à Aboda Zara, 55 a) 1 . 11 mentionne encore une série sem- 
blable de noms à propos de x, 21, où Moïse, Samuel, David, 
Yohanan, le grand-prêtre, et Simon ben Schétah figurent parmi 

1 La sentence même rappelle celle de Samuel ben Nahman (Gfen. rabba, 49, et 
Midrasch Samuel, 1). 



LA VERSION ARABE ET LE COMMENTAIRE DES PROVERBES 239 

les auteurs du bonheur général, et Jéroboam, Basa, Achaz, Sadoc et 
Boëtus parmi les corrupteurs du peuple. — « La crainte de Dieu 
prolonge les jours, et les années des méchants sont abrégées » 
(x, 27) ; la vérité de cette sentence est prouvée parle calcul de 
Yoma, 9 a, d'après lequel le premier temple n'eut que dix-huit 
grands-prêtres, tandis que sous le second temple il y en eut plus de 
trois cents. — « Un crime en amène un autre. » (S. attribue ce 
sens à xi, 18) ; car le vol conduit à la débauche et au meurtre ; 
une bonne action a pour récompense une autre, par exemple par 
le jeûne on est amené à la prière ou à l'étude de la Bible. Voilà 
pourquoi nos sages disent : rrrn* fi-pn* ^Dtt ms» ï-niwa "D© (Abot, 
iv, 2). — « Celui qui retient le blé est atteint de malédiction, celui 
qui le vend est béni » (xi, 26) ; il s'agit aussi de celui qui prodigue 
sa science et de celui qui la garde pour lui : tel est Aquiba et, 
d'autre part, Hougram (sic). — Pour la générosité (xu, 26), R. Yo- 
hanan sert d'exemple, entre autres; Der.-Lamb. renvoient à 
Baba Mecia, 83 a, où pourtant l'on ne trouve pas le nom de Yo- 
hanan. — * Lorsque Dieu agrée la conduite de l'homme, il lui 
donne la paix avec ses ennemis » (xvi, 7), comme R. Juda le Saint 
dit à R. Hiyya (Moed Katon, 16 b, Der.-Lamb.). — Puisque le 
sot qui se tait passe pour intelligent (xvn, 28), il s'ensuit que 
nous devons commencer par juger favorablement : bs dn "p "nïi 
rroT tpb dWï « Juge tout homme avec bienveillance » (Aboi, 
i, 6). — Le sens intérieur de xix, 14, est que la sagesse ne 
s'acquiert pas par héritage : TOrv flâ*&û rmn iiiabb y$& Ipnrn 
(Abot, il, 12). — Le cadeau (xxi, 14) s'entend aussi de la bien- 
faisance qui calme la colère de Dieu, exemple, R. Akiba avec 
son homme et l'élève de R. Hanania ; Der.-Lamb. disent qu'ils 
n'ont pas retrouvé ces passages, mais que la fille d'Akiba (Sab- 
bat, 156 b), Mar Oukba (Ketoubot, 64 b) et Hanina bar Papa 
(jér. Peâ, vers la fin) sont représentés dans une situation dange- 
reuse. — L'hypocrite, quand il tente de commettre une mauvaise 
action et que celle-ci avorte, feint de plaisanter, mais s'il peut 
réaliser son intention vicieuse, il le fait; c'est ainsi que S. entend 
xxvi, 18, 19, et il rapporte ce qu'Abgar, l'Arabe, a fait en com- 
pagnie de Titus (Echa r., ad. î, 5). — « Ne te vante pas du lende- 
main » (xxvii, 1), sentence exprimée aussi dans ce passage : nttNn ba 
fttsn sb vcû-q ftnâft rtiSN^b (Abot, n, 4). — Une des deux interpré- 
tations de xxvn, 2, identifie le sens de ce verset avec, la sentence 
&Abot, n, 1 : maan firrfûJ bs ùiixn "ib -nn-rç) ifW ^n son îit i« 
mann \a "ib n*i»2rii rpiavb. — « Heureux l'homme qui craint tou- 
jours » (xxviii, 14) ; on doit se préoccuper de la moindre affaire 
mondaine, car le second temple fut détruit par suite d'une confusion 



240 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de Kamça avec Bar Kamça (Guiltin, 55 b, d'après Der.-L.). — « Le 
sage, à cause des conséquences, apaise sa colère » (xxix, 11) ; la 
tradition va jusqu'à examiner combien le coupable peut endurer 
de coups (Maccot, ni, 11, d'après D.-L.). — Un esclave qui devient 
roi est insupportable (xxx, 22) ; c'est Hérode. 

Saadia emprunte souvent ses explications à la tradition. En voici 
quelques-unes prises à l'Aggada. — Il faut que nous honorions 
Dieu avec les prémices de chaque récolte (m, 9) ; le premier fruit 
éveille le plus de désirs (Isaïe, xxviii, 4), il doit donc être voué à 
Dieu. Le matin est le temps le plus précieux ; il est aussi celui 
de la prière ; de même, le premier-né des hommes et des animaux 
appartient à Dieu (Der.-L. renvoient à Kiddouschin, 11 b ; Becho- 
rot, 49 b et Terownot, xi, 9). — La langue mensongère et les 
mains qui versent le sang innocent (vi, 17, 18) désignent Ghéhazi 
et Joab; dans Lévit. r. on nomme aussi ces deux personnages 
(ad. Lév., xiv, 2). — Le sens intérieur de ^mtm ■pbïTTffW et 
n^pm (vi, 22) est : la vie terrestre, la mort et l'autre vie. Dans 
*na iTTim m^tt -ti (23) l'enseignement du père est comparé à la 
lampe qui s'éteint bientôt, tandis que la Tora ressemble au soleil 
qui brille toujours. R. Menahem b. Yosé (Sota y 21 a) remarque à 
propos de ces deux versets : le précepte pris isolément est la 
lampe, la loi entière le soleil; ^pbnrm est cette vie, ^nsun, le 
jour de la mort, nnrpm, l'avenir. Cette dernière partie se retrouve 
dans Aboi, vi, 10, au nom de Yosé ben Kisma. D'après S., les deux 
femmes en procès devant Salomon étaient des belles-sœurs (x, 9); 
Der.-L. citent le Yalhout de I Rois, m, 16-18. — L'abondance 
de paroles (x, 18) occasionna à Joseph un emprisonnement de deux 
années ; même réflexion dans Genèse r. y sur Genèse, xli, 1 
(Der.-L.). — Commettre une abomination est pour le sot comme 
un jeu (x, 23); la femme de Putiphar appelle l'adultère un jeu 
(Genèse, xxxvi, 14) ; pour Abner, c'est une plaisanterie de verser 
du sang (II Sam., n, 14) ; aux impies l'idolâtrie même paraît un 
jeu (Exode, xxxii, 6). Gen. r. dresse une liste semblable à propos 
deprettt (Gen., xxi, 9). — La charité sauve de la mort (xi, 4); 
Jethro fut sauvé de la mort éternelle pour avoir invité Moïse à 
manger (Exode, n, 10); Der.-L. renvoient à Sanhédrin, 104 a. — 
La parole des méchants démolit (xi, 10) et même leur bénédiction, 
car par suite de la bénédiction de ses parents païens (Genèse, 
xxiv, 60),' Rébecca resta stérile pendant vingt ans, jusqu'à ce 
qu'Isaac pria pour elle. Cette interprétation rappelle les Pirhê R. 
Eliézer (xxxn) : R. Juda a dit : « Rébecca resta vingt années 
sans enfant, alors Isaac l'emmena au mont de Moriah et pria pour 
elle, d'après Genèse, xxv, 21. — Les pensées des justes sont tour- 



LA VERSION ARABE ET LE COMMENTAIRE DES PROVERBES 241 

nées vers le droit et les finesses des méchants visent à la fraude 
(xn, 5) ; Jacob tient à tout déterminer avec exactitude (Genèse, 
xxix, 18) pour que Laban ne puisse pas le tromper, et pourtant 
il le fait; Der.-L. renvoient à Genèse r., lxx, 17. —La suite de 
l'orgueil est l'humiliation, la suite de l'humilité est l'honneur ; 
c'est ainsi que S. traduit et interprète xvi, 18, le confondant avec 
xvin, 2 (Der.-L.). Les humbles d'Israël, tels qu'Abraham* (Genèse, 
xviii, 27), Moïse et Aaron (Exode, 16, 17), David (Ps., xxn, 7), Gé- 
déon (Juges, vi, 15), et Saùl (I Sam., ix, 21) ont reçu des honneurs 
et des dignités. D'autre part, les païens orgueilleux furent abais- 
sés, comme Pharaon (Exode, v,2), Goliath (I Sam., xvn, 10), San- 
hérib (II Rois, xvin, 35), Nabuchodonozor (Daniel, ni, 15). Dans 
Houllin, 89 a, nous trouvons une liste semblable, avec cette diffé- 
rence que Saùl et Gédéon n'y figurent pas, mais Nemrod (Genèse, 
xi, 4) et le roi de Tyr(Ezéch., xxvin, 25) y sont en plus. — Le sage 
comprend même une fine allusion (d'après xvn, 24). Quand Dieu 
dit à Moïse que les autres Israélites retournent chez eux et que lui 
reste, celui-ci comprend qu'il doit se séparer de sa femme ; Der.- 
L. renvoientà Sabbat, 87 a. — Heureux les enfants du juste après 
lui ! (xx, 7) il s'agit d'une postérité digne des ancêtres d'après 
Exode, xx, 6 ; les méchants ne jouissent pas du mérite de leurs 
pères (Ezéch., xix, 20). On trouve une distinction semblable dans 
Berachot, 7&, et Sanhédrin, 27. — Le cœur et les yeux (xxin, 26) 
commencent à ébranler l'homme, c'est pourquoi Dieu ordonne de 
ne pas les suivre (Nombres, xv, 39) ; R. Isaac croit que le cœur et les 
yeux servent d'intermédiaires pour le crime, c'est pourquoi Dieu 
désire que le cœur et les yeux lui soient consacrés (j. Berachot^). 
— Pour des questions profanes, on peut s'abstenir de répondre au 
sot, mais dès qu'il s'attaque aux lois révélées, il faut réfuter ses 
arguments ; c'est ainsi que S. aplanit la contradiction apparente 
de xxvi, 4 et 5; Der.-L. (version française) renvoient à Sabbat, 
30 b, où il est raconté que, grâce à la distinction ^*n tfïn 
tittbyi iy»n Nn am-m&n, les Proverbes n'ont pas été mis avec les 
livres apocryphes. — Le fer s'aiguise par le fer, de même l'esprit 
de l'homme s'aiguise en présence de son semblable (xxvn, 17) ; 
c'est la discussion qui fait découvrir de nouvelles difficultés 
et de nouveaux arguments. Hama bar Hanina dit : « Gomme le 
fer aiguise le fer, ainsi les élèves (û^an vpftbn) s'aiguisent l'un 
l'autre (Taanit , lb). — Gain fut un de ceux dont les désirs 
ne sont jamais rassasiés (xxvn, 20) ; il avait pour lui la moitié 
de la terre, et il a tué quand même Abel pour avoir l'autre 
moitié. Der.-L. citent Genèse r. sur iv, 8. — La fourmi prépare 
pendant l'été sa nourriture (xxx, 25); c'est ainsi que nous devons 

T. XXXVII, n° 74. 16 



242 REVUE DES ETUDES JUIVES 

nous préparer pour l'autre vie ; avant un voyage maritime, faisons 
tous les préparatifs nécessaires, et pendant la semaine pensons au 
sabbat. Le Yalhout sur Prov., vi, 8, parle aussi de la punition des 
criminels après leur mort, et y ajoute l'exemple du voyage sur 
mer et du sabbat. 

Voici maintenant des interprétations inspirées par la Halacha. 
— Celui qui répand des médisances est un sot (x, 18); cette sen- 
tence condamne celui qui témoigne seul dans une affaire où il 
faut au moins deux témoins [Pesahim, 113 b, d'après Der.-L.) ; 
mais un seul aussi est obligé de témoigner, lorsqu'il s'agit de 
questions d'intérêt, pour contraindre l'adversaire à prêter serment 
[Schebouol, 40a, d'après Der.-L.). — Un serviteur intelligent do- 
mine un mauvais fils et prend sa part d'héritage entre les frères 
(xvn, 2) ; la Halacha approuve aussi celui qui ne lègue pas ses 
biens à son fils impie (Mischna Baba Batra, vin, 5, d'après 
Der.-L.). 11 est permis de saisir le vêtement de celui qui s'est porté 
garant pour un étranger et l'a mis en gage pour autrui ; c'est 
ainsi que S. comprend xx, 16, conformément à la Halacha, bien 
que la Bible défende de retenir comme gage le vêtement du débi- 
teur; mais, pour le garant, c'est permis, puisque d'ordinaire il est 
riche. La discussion de Baba Mecia, 115a (citée par Der.-L.) 
s'appuie justement sur ce verset et d'autres analogues (vi, 1-5). — 
« Celui qui a augmenté sa fortune en prêtant à intérêt et à usure 
doit l'appliquer entièrement au soulagement des malheureux. » 
(xxviii, 8) ; la définition que S. donne de l'intérêt et de l'usure est 
celle que nous trouvons dans Baba Mecia, 60a (d'après Der.-L.). 
Ceux qui ont acquis leurs richesses de cette façon illicite et ne con- 
naissent pas la personne à qui ils ont fait du tort, doivent les con- 
sacrer à procurer de l'eau et à réparer les routes, d'après Baba 
Kamma, 94 b : -mat ■ois )ra !rw 'pTatt "prom. — Ouvre ta bouche 
en faveur du muet (xxxi, S) ; le juge est obligé de défendre celui 
qui ne peut le faire lui-même, conformément à la Halacha : "Wa 
ib pîanta i*o sb aa rno&a wa nb ■paana pa i*a ab aa rrùmn 
[Sanhédrin, 29a); la raison en est qu'on peut rendre l'argent, 
mais non la vie, et que celui qui est inculpé d'un crime entraînant 
la mort perd son sang-froid. 

Mais, à côté des explications inspirées de passages de la littéra- 
ture talmudique qui sont connus, il y en a d'autres qu'on devine 
influencées par cette littérature ou par le midrasch, sans qu'on 
puisse déterminer les passages auxquels S. a songé. Il aime beau- 
coup les paraboles. Ainsi, dans n, 1-10, il est dit qu'il est difficile 
d'acquérir les joies de l'esprit, mais une fois acquises, elles du- 
rent, tandis que les plaisirs des sens s'acquièrent aisément, mais 



LA VERSION ARABE ET LE COMMENTAIRE DES PROVERBES 243 

sont éphémères. S. dit à ce propos : Supposons un roi qui bâtit 
un palais ; les ouvriers ont leur salaire au jour le jour; le roi 
attend jusqu'à ce que la maison soit terminée, mais une fois qu'il 
entre en possession de sa maison, il ne cesse d'en jouir. — Un raa- 
schal moins étendu se rapporte à xxx, 13. 

Parfois aussi l'interprétation de S. se ressent de l'influence de 
certains principes talmudiques. Nous le voyons appliquer la règle 
p* "TO"! ..."p* 15*8 tas, à xiv, 12, qui revient dans xvi, 25, car il 
dit qu'un verset se rapporte à ce monde, et l'autre au monde 
futur. — C'est sans doute pour se conformer à la méthode de 
R. Akiba que S. attribue un sens au mot w. Selon lui, le t» de 
xvn , 26, marque qu'il est défendu non seulement de tuer les 
justes, mais aussi de leur imposer une amende. Le w de xix, 2, 
indique que même la fortune et les honneurs n'offrent aucun 
avantage à un ignorant. Enfin, inbon jpji (xxxviii, 9) signifie, 
selon lui, que non seulement la prière spontanée de celui qui 
n'observe pas la Tora déplaît à Dieu, mais aussi sa prière obli- 
gatoire. 

S. mentionne aussi le "iïï"im bp. Il dit qu'il est défendu d'ajouter 
quelque chose aux préceptes divins (xxx, 6), et, par conséquent 
celui qui ne les connaît pas et ne les pratique pas est d'autant plus 
coupable; c'est ce que nous enseigne le nttim hp « que j'ai expli- 
qué dans mon commentaire sur anp*n ». 

Mais c'est surtout la mil) îTTW qui joue un rôle important 
dans le commentaire de S. Ainsi, il dit que des deux mots pa- 
rallèles Ta et tid (i, 26, 2*7), le premier signifie la souffrance 
dans ce monde d'après Jérémie, xlviii, 16, et Obadia, 13, et nna 
désigne la peine après la mort, parce que ce mot a ce sens dans 
Isaïe, xxxin, 14 et Ps., lui, 6. Il complique même les analogies 
par les analogies des analogies. — û'ma (n, 20) se rapporte aux 
femmes, car ce qualificatif est appliqué à Abigaïl (ISam., xxv, 3) ; 
de même ma (xvm, 22), c'est la femme, puisque le mot est appliqué 
à Eve (Genèse, n, 18). Au contraire, û^is sont les hommes, car 
Noé s'appelle aussi prc (Gen., vi, 9). — ù*3 -niïtf (xv, 26, et xvi, 
24), c'est la sagesse, qui s'appelle aussi to*a (ni, 17). — ©a* désigne 
l'amende d'après cpD rra vin •ro»3n (Deutér., xxxn, 19). — Il 
explique xxiv, 23-26, et xxxi, 10-31, par de pareilles analogies 
ou ÎTWO ÏTTW. 

Le principe adopté par S. que certains versets ont parfois plu- 
sieurs sens lui a été également suggéré par la littérature tradi- 
tionnelle, peut-être aussi par d'autres écrits. 

Ajoutons que souvent on sent chez S. l'influence de la littéra- 
ture rabbinique, sans qu'il indique le passage dont il s'est inspiré. 



24 ï REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Des réminiscences agissaient sur lui sans qu'il s'en rendît compte. 
Il est aussi probable que S. a connu plusieurs œuvres midras- 
chiques qui ne nous sont pas parvenues ; voilà pourquoi nous 
ignorons la source de certaines explications à l'empreinte agga- 
dique. Plus d'une fois, le texte cité par Saadia diffère du nôtre. Çà 
et là il y a des confusions de noms, comme Akiba et Oukba, Hama 
et Hanina ; il mentionne (xi, 26) Hougram ■ là où nous avons 
Hagrous. S. cite, par exemple (ix, 12) : ïin-n rrnn m©* ûa [Abot, 
n, 9), et nos textes disent : mttb dK. — « Dirige l'enfant d'après 
son âge » (xxn, 6); la tradition dit qu'il doit apprendre la Bible 
de cinq à dix ans, jusqu'à sa quinzième année la Mischna, la dix- 
huitième le Talmud ; dans la vingtième année, il doit se marier, 
et ensuite qu'il s'exerce dans l'art militaire et dans d'autres mé- 
tiers. Notre texte (Aboi, v, 24) a ïTûfcfcb imuî3> iDbttî p ; pour le ma- 
riage il recommande la dix-huitième année ; cpnb û*niZ5* p paraît 
signifier pour S. l'exercice militaire; l'hypothèse de Der.-L., qu'il 
s'agit de métier, ne peut être appuyée sur Abot. S. dit (xxn, 24) 
*imb -on Wi b» (Abot, i, 7), et notre texte a :wb innnn b«. On ne 
peut pas regarder ces divergences comme des fautes de copiste, 
car elles sont trop nombreuses, surtout si l'on y ajoute les inexac- 
titudes de quelques-unes de ses citations bibliques. Il faut donc 
supposer que S. citait souvent de mémoire. 



INFLUENCE ARABE ET MAHOMETANE. 

S. explique souvent des mots hébreux d'après l'arabe. Parfois il 
indique lui-môme le mot arabe auquel il songe. Pour "pb" 1 (m, 34), 
qu'il prend dans un sens estimatif, il rappelle êcîôs Dbâ ^NpbN 
•jabs bip n'ÎDT fabs 3Nro mn, déclarer criminel, faux, menteur. Il 
prétend que nb (xv, 32) est usité pour la sagesse, puisque celle-ci 
est au fond du cœur; c'est ainsi que l'arabe tftto signifie à la fois 
le ciel et la pluie tombant du ciel. Il compare n^T (xvm, 16), ou 
bien am, au radical arabe jdi. Mais d'autres fois, le Gaon subit 
l'influence de l'arabe sans qu'il le dise. Il identifie le radical hé- 
breu u)N3, ©-o, avoir honte, avec l'araméen et l'arabe, qui signi- 
fient le mal (x, 5; xn, 4; xix, 26 ; xxn, 5). Il rend brw* (xi, 29) 
par brrabba, « confesser » la sottise. Il donne toujours à to le 
sens de « marque, signe » (xiti, 23 ; xxi, 4), comme le Tû arabe. Il 
semble identifier rm (xvn, 22), avec l'arabe rmâ = frai, le visage 

1 Rabinowicz, &V1D10 ip'Hpi, IV, p. 102, a DIJnïT, D"1^N et même DVMK- 



LA VERSION ARABE ET LE COMMENTAIRE DES PROVERRES 245 

(Der.-L.). Il traduit trtëbtB (xxu, 20), par ^pb» chefs-d'œuvre 
(Der.-L.), et tpn (xxnr, 28) par oaiûnba, parce que tpn est en 
arabe le chuchotement (Der.-L.). — Il donne au verbe bin (xxv, 
23 ; xxvr, 10) le sens de « diminuer, empêcher » d'après l'arabe 
bit. Il pense également à l'arabe ">ab en traduisant nabi (xxvi, 15) 
par ïàyb « il est incapable ». (De même, Isaïe, i, 14; xvi, 12; 
xlvii, 13.) Il est digne de remarque que nn^ (xxix, 19, et xxx, 10) 
prend le sens de abd en arabe, « l'homme », qui est un serviteur par 
rapport à Dieu. — L'explication de mnftbpar « espèces » se com- 
prend d'après l'arabe, oùnT.i, dérivé d'un radical qui a aussi le 
sens de frapper, signifie les espèces (Der.-L.). 

Il va sans dire que S. subissait l'influence de la société au milieu 
de laquelle il vivait. Il emploie donc des termes familiers à cette 
société. C'est pourquoi il traduit Iahvé par Allah, Salomon par 
Souleimân, et il nomme le croyant moumin, le }T>b imam (par 
exemple, Isaïe, vin, 2; xxviii, Tf), le *V2*imirhdb (Ps.,xxvm, 2), le 
étm moufthi (Isaïe, xxxni, 1) *. Les Proverbes offrent de nombreux 
exemples de ce genre. Les vizirs reviennent plusieurs fois (xiv, 
28; xxvi, 16; xxxi, 4) ; nous rencontrons même le conseil d'es- 
timer Allah et son khalife (xxiv, 21). Les termes religieux arabes 
sont encore plus fréquents : rrrn (i, 6) devient hadith, une tradi- 
tion religieuse; la terre s'appelle lin une demeure (n, 21, 22); 
ïTpTO se rend par ïiaotba (xxi, 21), qui signifie la justice et la bien- 
faisance. De celui qui observe les préceptes divins, S. dit : dbs" 1 , il 
devient mouslim, il est dévoué à son Dieu (xix, 8). Il laisse quelque- 
fois les termes hébreux dans leur forme originale, mais plus sou- 
vent il les remplace par des termes arabes analogues. L'Ecriture, 
c'est anpfc (vi, 30-33; i, 10-19), mais aussi naro, même "jinp (xxu, 
6); le Pentateuque se rend d'ordinaire par namn (xxix, 24); 
ï-nms par rr^-p (i , 10-19, p. 16) et rrno (ix, 1-18); le verset, 
c'est piaa (i, 10-19), pluriel p*ûKls (xxx, 13-17, p. 191), sou- 
vent rpN (ix, 1-18) ; le prophète, fcT33, se rend par le même radical 
arabe (ni, 1-4; xvi, 3), mais on trouve aussi bion (Introduction, 
p. 4; ii, 12-20, p. 23; xvi, 3; xxix, 18). Les trttsn figurent aussi 
sous ce nom (xi, 18), mais plus fréquemment sous celui de Nttbr(i, 
8, 9; ii, 12-20; xx, 16; xxu, 24; xxviii, 2; xxx, 1). La Mischna 
est désignée par ce titre (xxv, 1), mais aussi par MpD (xxu, 6), 
la Guemara par Talmud (xxv, 1), et aussi par Tnnn (xxu, 6) ; la 
tradition s'appelle iNîisbN (xvin, 22 ; xix, 11 ; xxu, 6). 
Si la désignation de la classe où les hommes doivent être rangés 

1 On trouve des exemples bien curieux chez Bâcher. Einlcitung, 34, note 1, et 
Engelkemper, p. 67. 



246 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à raison de leur morale et de leur vie religieuse, fibtt», est due à 
l'influence du kalâm *, on en trouve des traces dans notre commen- 
taire, par exemple, lorsque S. parle de la classe des séduits (n, 12- 
20, p. 23 vers la fin; ni, 34, 35), ou de l'enfant qui a atteint un des 
deux degrés Cpnbttfc ^Hn), l'être bon ou par nature ou par édu- 
cation (xx, 11). Nous trouvons également l'empreinte mahomé- 
tane dans les citations qu'il fait des Psaumes : « comme dit le 
saint » (ibi) (xxxi, 11), Jérusalem est appelée dabDbi* 'W (xxviii, 3) 
ou dNbDba ?Wtt (xxviii, 18). 

Pourtant, en dehors de la Bible et de la littérature rabbinique, 
S. ne nomme aucun auteur. Mais souvent on peut deviner la 
source où il a puisé. Ainsi, quand il parle du « grand nombre » de 
ceux qui se trompent sur le sens de vi, 30, 31, ou de « quelqu'un 
de la foule » dont l'explication de prôi bvhdid (xxiv, 26) ne s'ac- 
corde pas avec la grammaire, il s'agit très vraisemblablement de 
Juifs, puisque cela concerne des versets bibliques. Mais partout 
ailleurs, on a plus de raisons de croire qu'il s'agit d'auteurs 
arabes. En voici des exemples. Les Proverbes comparent le mau- 
vais cœur qui feint la bonté à de l'argent plaqué sur l'argile 
(xxvi, 23). S. ajoute que les savants ont encore d'autres images 
pour l'hypocrisie : le feu qui brûle au dedans d'une roche froide 2 , 
le miel mêlé au poison, qui a un goût doux et finit par tuer. — 
A propos de ses ni, 2, S. raconte l'anecdote d'un roi victorieux 
à qui l'un des sages dit : Dieu a accompli ton désir en te donnant 
la victoire; toi, accomplis le sien en pardonnant aux ennemis; 
l'autre dit : ils ont fait du mal, pourquoi leur ferais-tu du bien? 
Der.-L. fait remarquer que S. a puisé cette anecdote dans des 
livres de morale arabes. La débauche est plus condamnable que 
le vol (vi, 30-33) ; S. cite l'ordre du sultan qui prescrit de ne pas 
punir l'ivrogne comme le débauché. A propos du sot (xn, 16), S. 
cite les ■pbnfctt, auteurs de proverbes : b^bl rtmari* ">b* pEtraba 
« le sot se trahit par son faux pas ». C'est sans doute à la même 
source qu'il a emprunté la sentence (citée xxni, 29-35) : tj&ttSiNbK 
ûnanibau btt^bN "p 1 ^" 1 3>ttNplob&a Nï-îbd « les descriptions par leur 
fin, les actions par leur issue », c'est-à-dire c'est la fin qui importe 
(Der.-L.). Une anecdote curieuse, quoique peu claire, est ra- 
contée à propos de la sentence que le sage peut prendre une ville 
(xxi, 22) : Un roi, voulant mettre à l'épreuve la sagacité de ses 
sages, plaça l'un d'eux sur une tour ; le sage jette en bas des cordes 
enduites de miel, les fourmis y montent, les cordes deviennent 



1 M. Schreiner, Dcr Kalâm in der jûlisc/ten Literatur, Berlin, 1895, p. 16. 

2 On doit peut-être penser à un volcan. 



LA VERSION ARABE ET LE COMMENTAIRE DES PROVERBES 247 

fortes, le sage s'en sert pour descendre. — Traitant des procédés 
de la logique (xxv, 11), S. remarque qu'ils se trouvent dans tous 
les livres savants. — Celui qui avertit l'homme à obéir à Dieu, 
trouve plus de faveur que le flatteur (xxviii, 23). Un roi demande 
à un homme pieux son opinion sur lui ; celui-ci lui répond : Tu 
amasses des biens par des moyens illicites et tu les dissipes d'une 
manière injuste. Les assistants craignent que le roi ne punisse cet 
audacieux, mais il l'embrasse en s'écriant : Que je sois la rançon 
de celui qui est sans reproche ! — Probablement c'est aussi un mo- 
raliste arabe qui a dit à son fils : Plutôt que de t'étonner de la 
sottise des sots, étonne-les, toi, par ton intelligence (xxix, 27). 

Nous avons déjà montré que, d'après S,, les Proverbes ont plu- 
sieurs sens, le sens immédiat, simple, nna-j, nna'i "6*, littéralement 
extérieur, et le sens allégorique, philosophique, moral ou religieux, 
•piO, *p&u ^3, intérieur. L'exégèse, surtout celle qui avait des 
tendances philosophiques, eut recours de bonne heure à l'allégorie. 
On sait que Youdghan de Hamadan admet que généralement l'Ecri- 
ture a un sens extérieur et un sens intérieur. On trouve de nom- 
breux exemples de ce genre d'interprétation dans le Talmud et le 
Midrasch. Dans l'islam aussi, la Zâhiriyya et la Bâtiniyya indi- 
quent deux méthodes spéciales d'interpréter le korân et la sounna. 
La Zâhiriyya fonda son système sur les mots, presque sur les 
lettres du korân et du hadith, ne laissant aucune liberté au 
a ray », à l'intelligence individuelle. Chez S., la différence entre 
le zahir et le bâtin a un autre caractère que chez les Arabes. 
Et pourtant on ne peut nier qu'il n'ait subi, sous ce rapport éga- 
lement, l'influence mahométane. Quelquefois il nomme le sens 
intérieur a le mystère » (vu, 5-23). 

On rencontre de nombreux exemples de ce double sens. Un des 
plus singuliers est l'interprétation du dernier chapitre qui fait 
l'éloge de la femme vertueuse (xxxi, 10-31). Voici ce que dit Saa- 
dia : « La fin des Proverbes veut nous présenter les trois qualités 
principales, la perfection, qu'on peut atteindre dans la vie pra- 
tique, dans la sagesse et dans la religion. Gomme le bonheur ma- 
tériel frappe mieux les hommes, les Proverbes l'ont décrit ici, 
mais on peut en tirer des conclusions pour l'âme et l'intelligence. 
Du reste, à chaque qualité attribuée dans ce chapitre à la femme 
forte répondent des qualités analogues, d'après le sens intérieur, 
chez le savant et l'homme pieux. Ce chapitre est assez important 
pour qu'il doive être bien connu des disciples ; voilà pourquoi les 
versets se suivent dans l'ordre alphabétique. » 



2/,8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



EXEMPLES D'INTERPRÉTATIONS INTÉRESSANTES. 

Nous allons maintenant donner quelques explications de Saadia 
qui nous paraissent présenter quelque intérêt. Il traduit fpu) 
ïmi (vu, 10), « mise comme une courtisane » ; nr 1 "osia biriïnb 
(vu, 21), « pour mettre ceux qui m'aiment en possession de ce qui 
existe ». La seconde explication de x, 3, rend parfait le contraste 
des deux hémistiches : Dieu ne laisse pas le juste souffrir de la 
faim, il repousse l'avidité des impies. Pour arvr» y*\ (xi, 15), S. 
propose deux explications admissibles : être atteint du mal ou 
(d'après Taraméen) être écrasé, w^in w (xii, 19), un clin d'œil, un 
mi. Par'nmnto et lûtû'nntt (xm, 7), S. entend celui qui fait le riche 
ou le pauvre. — *-iNan û^ab nom (xiv, 34), l'opprobre des peuples, 
c'est le péché, puisque TDn a ce sens dans ati ^on (Lév., xx, 17) et 
dans le verbe ma ta pDm "jd (xxv, 10). — sr-nsM (xv, 6), le déshon- 
neur et le trouble. — nuiv tm> txvan msnb (xvn, 26), frapper les 
honnêtes gens malgré leur droiture, ms" 1 d^"i^ l^m (xvm, 18) le 
sort sépare ceux qui se querellent, trw^* a son analogue dans 
Isaïe, xli, 21, ta^mfctt* watt, où S. traduit, en effet, par le 
même radical arabe qu'ici ; la liste des lxx (xc) mots de Saadia 
cite pour trttw l'expression talmudique ittsjnsiz) trsiD {Sanhé- 
drin, 31 b). — îap* *ynz trns d^£ (xxn, 5), il y a des épines et des 
pièges dans le chemin raboteux. — (22-23) Ne dépouille pas le 

pauvre, parce qu'il est pauvre , car Dieu ôtera la vie à ceux 

qui leur font tort. — mwufc trnva (26), ceux qui garantissent les 
créances. — uîd: b?n (xxm, 2), un homme avide. — Il semble que 
S. voit la même racine dans iyv que dans le mot talmudique W18, 
car il traduit « apprécier ». — ir* (xxm, 31; la couleur du vin. — 
tmurVEn ^bïim, « il glisse tout droit ; ban (xxm, 34), « le mât ». — 
*pDm id (xxv, 10), « de peur qu'il ne te déteste ». — rmn tntn, des 
flèches mortelles (endiadys). — trpVr ûviBia (xxvi, 23), des lèvres 
aux paroles ardentes, ou (d'après Gen., xxxi, 33) dont les paroles 
se suivent les unes les autres. — arm) mp^a nYWSï (xxvn, 6), 
les baisers de l'ennemi sont excessifs, comme ûD'nan "hy drTOrtn 
(Ezéch., xxxv, 13). — mttTin urw (xxix, 1), celui qui prélève des 
impôts. 

Une série d'autres explications frappent par leur orginalité : 
L'oiseau pense que les grains répandus dans le filet peuvent être 
mangés sans peine, tandis qu'il y va de sa vie; c'est ainsi que 
l'homme cupide croit pouvoir dépouiller les autres sans peine, et 
il y perd son âme (i, 17). — L'adultère espère qu'il gagne la femme 



LA VERSION ARABE ET LE COMMENTAIRE DES PROVERRES 249 

d'autrui pour une miche de pain ; en vérité, c'est son âme qui en est 
le prix (vi, 26). — Dieu a produit la sagesse comme début de sa 
création (vin, 22). La Bible et la raison prouvent également que 
l'œuvre de la création est faite avec sagesse ; celle-ci a dû donc 
précéder tout le reste. — La sagesse et la raison ordonnent la 
crainte de Dieu (ix, 10). — Le souci dans le cœur de l'homme l'abat 
(xn, 25). — d\aa y"b*> trima (xiv, 9), le crime des sots interprète 
leurs pensées. — Dans xvi, 6, il s'agit de ceux qui font pénitence 
et de ceux qui ont toujours été justes. — Abstiens-toi, mon fils, 
d'écouter des leçons qui te feraient négliger les paroles de la 
science (xix, 27) ; ^ûTn signifie ici une prétendue instruction, 
comme a^ïiba désigne quelquefois les idoles, — 'n SnaT 1 ïTù* ypy 
û^m Tnsi -nu* (xxn, 4), S. dit que dans ce verset il y a asyndète : 
Vi n&m ïtï» ap*. — ♦.♦ïtmtas pa *vnat5 (xxvi, 8), rendre des hon- 
neurs à un sot, c'est comme jeter des pierreries dans un tas de 
pierres, c'est en pure perte, les pierreries et les honneurs sont 
gaspillés; *ïHss a, en Palestine, le sens d'une petite pierre. — tps» 
tpsb (xxvn, 21), comme le creuset et le fourneau affinent l'ar- 
gent ou l'or, ainsi les éloges doivent ennoblir celui à qui ils sont 
adressés. — „,ï-mn 2»iott Wi*"PDïï (xxviii, 9), si l'homme n'écoute 
pas la parole de Dieu, Dieu n'écoute non plus la prière de 
l'homme. — 'ïicaû ftrïbss tir» (xxxi, 19), elle dirige ses mains avec 
adresse ; -n^D ^rsTosn trou yim (Ecclés., x, 10). 

Mais on ne donnerait pas une idée exacte de l'exégèse de Gaon, 
si on ne montrait pas ce qu'il y met parfois d'arbitraire. Esprit sys- 
tématique, il attribue la même tendance aux Proverbes et, pour 
cette raison, violente quelquefois le texte. Ainsi, il prétend trou- 
ver l'ordre de la création dans vin, 23-29, ou les sources de 
notre connaissance dans xxn, 17-21. — Souvent aussi le désir 
d'être clair lui fait négliger le contexte et les détails. Il traduit, 
par exemple, fm trp^£ otoi û^n m» snm i^n (xn, 12), le scélé- 
rat recherche le repaire de ses pareils, et les justes se conforment 
à leur origine, c'est-à-dire chacun recherche la société de ses 
pareils, et nsa a le sens de rrvffln (Il Sam., v, 7 ; xxir, 2). — S. 
identifie, ce semble, DISK (xiv, 4) avec sdk, quoiqu'il traduise 
autre part ce mot (Isaïe, i, 3 ; Job, xxxix, 9) exactement, par 
crèche, étable. — Par une interversion hardie il expliquerai wi 
ïW ûvb (xvi, 4) comme runb ttan û"n ton, le jugement dernier est 
créé pour le coupable. — lira vbr tpa "O (xvi, 26), si la situation 
(du pauvre) est bouleversée. — trb:n (xix, 2) marque l'état. — mm 
-nn (xxi, 9) ; hra, c'est la femme (explication talmudique) ; -an, 
c'est la querelle comme "an "Dm (Deutér., xvm, 11). — Il arrive 
même que S. met dans un verset le contraire de ce qui s'y trouve, 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

il voit dans xxvn, 23-27, l'avis de ne pas trop compter sur les 
troupeaux. 



CONCLUSION. 

Le commentaire de S. sur les Proverbes nous offre, pour ainsi 
dire, les fruits de sa grande érudition, qui était la résultante de la 
culture juive, arabe et, indirectement, grecque. A côté de sa ma- 
nière de penser en général, nous y puisons encore quelques indi- 
cations intéressantes sur ses conceptions politiques, sociales et 
éthiques. La manière dont il pense s'y marque d'une façon précise. 
Chaque sentence produit en lui une perception nette, une image 
concrète, et il explique, décrit, cite des exemples jusqu'à ce qu'il 
ait rendu clair pour autrui ce qu'il voit nettement lui-môme. Ainsi, 
dans xv ni, 17, la première des deux parties est sur le point de ga- 
gner sa cause, lorsque l'autre arrive et y met un terme. S. dit : 
Supposons quelqu'un qui présente un acte de donation en vertu 
duquel une jeune fille célibataire lui a cédé son champ; le juge 
décidera en sa faveur. Mais alors un autre prouve que cette jeune 
fille s'est mariée plus tard et que le champ était son seul bien, la 
donation est donc annulée en faveur du mari. Autre exemple : 
Après la mort d'un père, un étranger s'est emparé de son champ ; 
le fils exige le legs et on va le lui accorder. Mais l'accusé démontre 
que le mort était prosélyte et que le fils est né quand le père 
n'était pas encore juif; par conséquent, l'accusé doit rester en 
possession du bien 1 . 

L'idéal politique de S. est la monarchie, qu'il considère comme 
la plus parfaite forme de gouvernement ; l'oligarchie, à raison 
des dissensions possibles, le satisfait moins. Les conseillers nom- 
breux de Darius (?) ne sont pas d'accord, Daniel seul consolide le 
règne ; la polycratie, c'est le crime des peuples (xxvm, 2). S. érige 
aussi en principe la succession dynastique (xix, 10). Si le roi est 
fils de roi, il tient compte de la tradition et des souvenirs des 
ancêtres, prend soin de leurs fonctionnaires, de leurs amis, de 
leurs sujets, et, espérant que ses enfants lui succéderont, il tend 
à agrandir l'empire. Un parvenu s'empare-t-il, au contraire, du 
trône, il s'efforce d'anéantir les traditions et de persécuter les par- 
tisans de son prédécesseur 2 . 

Ce qui nous frappe, chez S., au point de vue social, c'est son ju- 

1 On trouve des développements analogues à propos de xvm, 13, et xix, 2G. 

2 Voir encore xxix, 14 ; xxx, 29-33. 



LA VERSION ARABE ET LE COMMENTAIRE DES PROVERBES 251 

gement sur les femmes. Il déplore leur opiniâtreté (xx, 19) ; il leur 
dit avec une sorte de menace de ne pas oublier leurs devoirs, car 
leur union avec leur mari, loin d'être éternelle, peut être dissoute 
par le divorce (xix, 13; xx, 19). 

Au point de vue moral, S. est convaincu que les hommes de 
bien seront traités selon leur mérite. Pourtant il admet que la 
justice parfaite n'existe que dans le monde futur. Bien des fois, 
quand les Proverbes affirment le règne de la justice, S. ajoute 
que ce n'est pas le fait de tous les jours ; dans ce monde-ci, la 
justice règne par un miracle de Dieu, mais ce n'est que dans 
l'autre monde qu'elle devient l'état habituel (xn, 20 ; xiv, 11 ; xv, 
6, 16 ; xxn, 9). 

Quelquefois S. semble suivre une morale supérieure à celle des 
Proverbes. Dans xxxv, 18, il est défendu de nous réjouir du mal- 
heur de notre ennemi, de peur que cela ne déplaise à Dieu et qu'il ne 
détourne sa colère de l'ennemi. S. dit : Ne t'en réjouis pas, afin que 
Dieu ne tourne pas sa colère, dont il accablait ton ennemi, contre 
toi. Encore plus adroite est la modification que S. apporte au pré- 
cepte qui nous ordonne de donner à manger et à boire à l'ennemi, 
car par cela on répand des charbons sur sa tête, et Dieu récom- 
pense encore la générosité (xxv, 21,22). S. traduit: Même si ta 
générosité répand des charbons sur sa tête, Dieu la récompensera. 
Et le commentaire ajoute : « N'infligeons aucune autre souffrance 
à notre ennemi que celle que notre générosité peut lui faire éprou- 
ver en lui montrant qu'il a eu tort de nous haïr '. » 

Une fois S. se plaint de ses contemporains en disant que s'ils 
discutent c'est plutôt par orgueil que pour défendre leurs con- 
victions (xxvn, 17). 

Bernard Heller. 

1 S. renchérit aussi sur m, 27-29. 



MANOELLO ET LE DANTE 



« Il faudra supprimer, déclare M. F.-X. Kraus, dans son 
Dante ', le juif Emmanuel ben Salomon du nombre des amis du 
poète italien. » Aussi n'y a-t-il aucune mention du poète juif dans 
l'Index de l'ouvrage. Toutefois, il faut se garder de voir dans ce 
jugement tranchant le dernier mot de la science. Bien mieux, les 
recherches les plus récentes établissent avec une pleine certitude 
que des rapports ont existé entre Manoello et le Dante. 

Trois vieux manuscrits de poésies, indépendants les uns des 
autres, un ms. de la Bibliothèque Casanatense à Rome, le ms. 
1050 de la Trivulziana à Milan * et le ms. XIII, C. 9. 5° à Naples 3 , 
donnent tous trois les sonnets qu'échangèrent, à l'occasion de la 
mort de Dante, Bosone et Manoello, le juif de Gubbio. 

Bosone Novello di Messer Bosone de Caffarelli entretenait des 
relations étroites avec le Dante. Il s'était, dit-on, réfugié dans son 
château et avait enseigné le grec à ses enfants 4 . Or, Bosone n'a 
pas d'ami plus intime dans le sein duquel il puisse épancher sa 
douleur sur la perte du Dante que le juif Manoello. 

On admet généralement que, dans son sonnet à Manoello, Bosone 
pleure aussi la mort de la femme de Manoello 3 . Cependant les deux 
lumières qui se sont éteintes pourraient bien représenter Dante 
seul, qui aurait été à la fois le soleil et la lune, d'autant que Manoello, 
dans sa réponse, ne fait aucune allusion à cette double mort. 

Cette poésie est-elle ou n'est-elle pas de Bosone? Qu'importe ! Il 

1 Dante, sein Leben und sein Werk, sein Verhàltniss zur Knnst und Politih, Berlin, 
1897, p. 146. 

2 Franz Delitzsch, Zioei kleinc Bante-Studien, p. 4. 

3 LeonKllo'Modona, Rime volgari di Immanuele Romano, Parme, 1838 (Nozze Segre- 
Modona), p. 9, note 5. 

*■ Kraus, l. c, p. 95 et suiv. Là Bozone s'appelle toujours de Rafiaelli. 

5 Cf. la traduction de Geiger, Jûd. Zeitschrift, V, p. 293 et suiv. ; Giidemann, 
Gesch. des Rrziehungswesens der Juden in Italien, p. 138, et Vogelstein et Rieger, 
Gesck. d. Juden in Rom, I, p. 430 et suiv. 



.MANOELLO ET LE DANTE 253 

résulte tout au moins de ce sonnet que Manoello passait pour un 
ami du Dante. Quant à la réponse de Manoello, elle marque une 
telle intensité et une telle vérité de douleur et, en outre, elle porte 
tant la marque de son origine juive, qu'on ne saurait douter de son 
authenticité. Dans le premier vers, l'auteur dit qu'il tire du plus 
profond du cœur les larmes qui éteignent le feu de sa douleur. Cette 
expression montre qu'il connaît la poésie hébraïque de la période 
hispano-arabe l . Ses vers, du reste, rappellent les poèmes les plus 
connus de ces poètes et son « se non fosser le lacrime in che ab- 
bondo » semble reproduire une des images les plus fréquentes dans 
les poésies de l'école espagnole. En exhortant chrétiens et juifs 
à s'asseoir sur l'escabeau de deuil, comme s'il s'agissait d'un 
parent , il se souvient, non seulement des coutumes juives 2 , 
mais encore du mot talmudique 3 , suivant lequel, à la mort d'un 
grand homme, tous doivent se considérer comme ses proches et 
tous doivent porter le deuil. La fin du sonnet, il est vrai, reproche 
à la divinité d'avoir amené ce malheur par envie 4 , et décèle une 
pensée contraire au sentiment juif 3 . Mais il faut mettre ce blas- 
phème sur le compte du désespoir où était le poète. 

Une preuve nouvelle qu'on connaissait la profonde amitié de 
Manoello pour Dante nous est fournie par les sonnets que s'adres- 
sèrent mutuellement, après la mort de Dante et de Manoello 6 , Gino 
da Pistoïa, le fameux juriste et commentateur du code Justinien, 
l'ami de Dante, et Bosone. La malveillance qui éclate dans la 
poésie de Cino, à supposer même qu'il n'en soit pas l'auteur, est si 
violente et montre une telle jalousie, qu'on ne saurait douter que 
le sonnet corresponde à quelque chose de réel 7 . Gino, ou celui qui 
se dissimule sous ce nom, raille Bosone sur ce qu'il a cru à l'amitié 
du juif pour le Dante. Le grand poète, qui lui-même a dû des- 
cendre aux enfers, reconnaît, à présent que. Manoello est mort, 
attaché à l'erreur de sa loi, et endure les peines des infidèles, ce 
qu'il fallait prendre des flatteries de son thuriféraire juif. Il le voit 
là, comme il a vu 8 , dans sa description du xvin chant de l'Enfer 

1 Cf. Geiger dans TtlTO "VSfclN, III, P- 123, note 2. Sur les rapports de Manoello 
avec les poètes espagnols-hébreux, voir H. Brody dans le supplément de la Jûd. 
Presse de 1896, n° 2, p. 6. 

2 Modona, l. c, p. 39, note 15. 

3 Sabbat, 105a: "pmp b3T\ nDU5 Mfi. 

4 Modona, p. 27. 

5 Steinschneider, Lctteratura ltaliani degli Giudei, Cerjni, Rome, 1884, p. 34, et 
Lattes, Notizie e documenti, Padoue, 1879, p. 30. 

6 Kraus, L c, p. 138 et ss. et 296. 

7 Modona, L c, p. 3, note 3 ; Delitzsch, l. c, p. 4. 

8 Je suis ici l'excellente explication de F. Delitzsch, L c, p. 6-7, qui reproduit le 
texte du sonnet de Gino et en donne la traduction. 



254 REVUE DES ETUDES JUIVES 

(v. 116), Alessio Interminei de Lucques; il le voit la tête couverte 
de fange à cause des adulations qu'il prodigua toute sa vie durant. 
Alessio, qui fut un flagorneur de Castruccio, le chef des Gibelins, 
de rage se change en ours, chaque fois qu'il aperçoit ce dernier. 
Et le Dante raconte qu'Alessio lui montre parmi les flatteurs 
Manoello, caché et accroupi dans un coin si étroit, qu'on dirait 
l'incision d'un sauvageon où l'on greffe une branche de pêcher. 

Indigné, Bosone réplique que la place de Manoello n'est pas 
dans l'Enfer, et, qu'y fût-il, il ne mériterait pas cette coiffe de 
fange. Quant à Alessio, son châtiment est justifié, parce qu'il a 
flatté le meurtrier de Gueruccio, une des victimes de Castruccio à 
Lucques. Dante et Manoello sont dignes d'un autre sort, et ils 
peuvent compter qu'ils seront tirés du royaume de Lucifer. 

La diatribe dont nous parlions plus haut ne permet plus de 
douter qu'il y ait eu une amitié étroite entre Dante et Manoello. 
Et la réponse de Bosone montre, à son tour, que cette liaison des 
deux poètes était de notoriété publique. 

Ces témoignages suffisent, alors même qu'il n'y aurait pas de 
mention du nom de Dante dans les poésies de Manoello, ni trace 
d'une influence de Manoello sur l'œuvre de Dante. On peut donc 
hardiment rejeter les indices que certains savants ont cru décou- 
vrir et maintenir comme un fait acquis l'amitié qui unissait les 
deux écrivains. 

Ce n'est assurément pas de la mort prématurée du Dante, 
comme l'admet Delitzsch, que Manoello parle au début du 
xxviii 6 chant de son Divan l . L'ami dont la perte plonge notre 
poète dans de telles réflexions qu'il se trouve jeté à travers l'Enfer 
et le Paradis, est évidemment de race juive f . D'autre part, Daniel, 
qui, pour Manoello, remplace Virgile et Béatrice, est le prophète 
de l'Ecriture, qu'Ezéchiel xxvni, 3, appelle déjà le Sage et était le 
pendant de Virgile. 'On prétend que par Daniel, Manoello aurait 
voulu désigner le Dante 3 ; mais c'est là une hypothèse bien faible 
qu'il faudra abandonner*. Tout à fait insoutenable est l'assertion 
de Geiger, suivant qui le trône d'honneur du Paradis, auquel 
travaillent Beçalel et Oholiab, était destiné à Dante. Dans le 
cercle des lecteurs à l'intention desquels Manoello écrivait ses 
poèmes hébreux, la personnalité de Dante n'était pas suffisamment 

1 L. c, p. 4. 

2 Û^IDTlp y~lT, cf. Zunz, Gcs. Schriften^ 111, p. 284. Manoello n'aura pas dési- 
gné ainsi les croisés, aïeux du Dante, comme le croit Delitzsch, ib. y p. 4, note 1. 

3 Vogelstein et Hieger, /. c, I, p. 440. 

* Jild. Zeitschrift, V, p. 298. Cf., au contraire, Gûdemann, l. c, p. 314 et suiv., 
et Soave, cité par Steinschneider, Hebr. Bibl., XI, p. 53, note 3. 






MANOELLO ET LE DANTE 255 

connue en 1328, pour qu'il lui eût assigné une place au Paradis, 
où il rencontre les justes de tous les peuples. Toutefois, cette 
considération ne prouve rien contre les relations d'amitié qui exis- 
tèrent entre Dante et Manoello, comme l'a cru Munk *. 

On a encore moins réussi à trouver dans l'œuvre de Dante le 
moindre passage relatif à la liaison des deux poètes. Dante a-t-il 
su l'hébreu ? A-t-il emprunté à cette langue quelques-unes de ses 
expressions? A ces questions il est impossible de donner à l'heure 
qu'il est une réponse décisive. Mais fût-on convaincu que Dante a 
su l'hébreu, il n'en résulterait nullement qu'il fut l'ami de Ma- 
noello. Au commencement du vn c chant du Paradis il y a ce vers 
latin : felices ignés horum malahoth', ce dernier mot d'après 
Delitzsch 2 est mahaloth = maaloth = m^92, c'est-à-dire la hiérar- 
chie des anges et des bienheureux, comme, dans le vieux rituel, la 
commémoration des âmes parle des dWïTtttn tnanpn mb*tt, de la 
hiérarchie de saints et des purs dans le monde ultra -terrestre. De 
même, pour le 67 e vers du xxxi e chant de l'Enfer, où des lèvres de 
Nemrod s'échappent ces paroles : Rafel maï amech izabi almi, il 
est loisible assurément de traduire avec Delitzsch 3 : « Guéris, 
ô Dieu, combien profonde est ma peine éternelle », mais on peut 
se demander si ces mots sont réellement empruntés à une langue 
quelconque, si ce ne sont pas plutôt des sons sans aucun sens, des 
interjections inventées pour émouvoir par leur étrangeté. 

Il faudra aussi rayer du nombre des vers trahissant une in- 
fluence hébraïque celui qui est au commencement du vn e chant de 
l'Enfer: Pape Satan, pape Satan, aleppe. En tous cas, je ne vois 
pas où F. X. Kraus 4 a pu découvrir « que Dante a connu quelques 
termes du jargon juif ». 

Néanmoins, on pourrait trouver dans la vie de Manoello des 
indices qui rendent vraisemblables des rapports avec le Dante. 
Ainsi, il suffit de jeter un coup d'œil sur le xxvnr 3 chant du Divan 
pour se rendre compte de la profonde influence que la Commedia 
exerça sur Manoello 5 . Malgré la liberté et l'originalité de l'imita- 
tion, celle-ci se manifeste tant par la disposition de l'ensemble que 
par certaines particularités de détail. Manoello fournit le premier 
témoignage de l'action immédiate que le grand poète exerça au- 

• 

1 Cf. Geiger, Hebr. Bibliographie, III, p. 59. 

1 L. c, p. 7, noie 2. Cf. Gudemann, l. c, p. 140, note 3. 

3 Ib., p. 7, note 3 : iftby 13X2 p722 FHB "ON ND1. Cf. sur ce vers et le suivant 
les notes de G. Barzilaï cité par Gudemann, ib. 

4 L. c, p. 33. Kraus n'indique pas le vers de l'Enfer, xxxi, 67. Sur l'explication 
tirée du français corrompu donnée par Benvenuto Cellini, sur l'Enfer, 7, 1, voirie., 
134, note 5. 

5 Cf. Modona.J. c,, p. 37, note 10, qui prépare là-dessus une monographie. 



256 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tour de lui. Mais Manoello n'était pas seulement un écrivain 
hébreu, c'était encore un poète italien, et il imprimait un cachet 
personnel à la langue de son pays. Il ne nous est parvenu de Ma- 
noello que très peu de poèmes italiens — quatre sonnets et un assez 
long morceau du genre badin que M. Modona ' vient de publier. 
Mais si peu que ce soit, cela montre qu'à peine Dante a-t-il créé 
la langue de l'Italie, un juif se l'assimile aussitôt, et s'en sert avec 
aisance. 

Ces quelques poésies permettent de compléter la physionomie 
littéraire de Manoello et de comprendre comment les cercles les 
plus élevés de la société chrétienne d'alors lui furent ouverts. Si le 
juif Manoello put fréquenter chez les premiers poètes et savants de 
l'Italie, c'était principalement à cause de sa parfaite connaissance 
de la langue italienne et de l'art avec lequel il la maniait. La li- 
berté et la gaminerie, la franchise et la fierté pleine d'humour que 
Manoello marque dans ses compositions hébraïques se donnent 
encore plus carrière dans ses chants italiens. De même qu'aucune 
des élégies sur la mort de Dante n'exprime la douleur avec autant 
de simplicité et de vérité que celle de Manoello 2 , de même peu de 
poètes du moyen âge ont trouvé des accents pour la toute-puis- 
sance de l'amour comme lui dans le sonnet qui débute ainsi : « Amor 
non lesse mai l'Ave Maria ». Quand il écrit en italien, il se sent 
si bien affranchi de toutes les entraves qui embarrassaient le juif 
du moyen âge, qu'il se sert du Pater noster et de Y Ave Maria. 
Et lui, qui, dans le fond du cœur, est resté un fidèle observa- 
teur de la Loi juive et un pieux exégète, parle de tous les partis 
politiques et des confessions religieuses, dont il voudrait prendre 
à chacun et à chacune ce qu'ils ont de meilleur, sur le ton d'une 
telle indifférence, qu'on le tiendrait pour un railleur frivole et sans 
conscience, si l'on ne connaissait pas son plaisir à lancer un mot 
leste et un vers léger. Par endroits, on croirait entendre un libre- 
penseur à la façon d'Aboul Ala Maarry 3 . Il nomme Saint-Pierre 
et Saint-Paul, Moïse et Aron, Machon et Trivichan, c'est-à-dire 
Mahomet et Tervagante 4 , les idoles, que des poètes italiens, fran- 
çais et anglais, tout le moyen âge jusque dans les temps modernes, 
représentent comme ayant été adorées par les Musulmans ; il les 

* 

1 L. c.,p. 27-34. 

2 Modon'a, l. c, p. 13, noie 13. 

3 Cf. A. von Kremer, Ueber die philosophischen Gedichte des Abul 'Ala Maarry 
(Vienne, 1888). 

4 Cf. Rob. Nares, Glossary . . . in the works of english Authors, partieularly Sha- 
kespeare, p. 800, s. v. Termagant, 828 : Trivigant, et Henry de Castries, L'Islam 
(Paris, 1896), index, s. v. Tervagant. Je dois ces renseignements à M. le professeur 
Goldziber. 



MANOELLO ET LE DANTE 237 

nomme tous d'une seule haleine et sur la même ligne, comme si 
lui-même n'appartenait à aucune religion. 

En cela Manoello semble s'éloigner de Dante. Cependant il y a 
une poésie à l'adresse d'un homme que tous deux respectaient et 
affectionnaient beaucoup. Manoello, lui aussi, a composé une 
pièce en l'honneur de Scaliger de Vérone 1 , qui avait comme 
armes un aigle sur une échelle; et il a décrit 2 en des termes 
fleuris et sonores la vie magnifique de sa cour. Ce sont des qua- 
trains dont les trois premiers vers ont Ja même rime, tandis que 
les quatrièmes vers de toutes les strophes finissent sur une rime 
semblable. On pense à Abraham ibn Ezra gourmandant les Saler- 
nitains dans une de ses satires. Manoello prétend avoir traversé 
la Syrie, l'Arménie et la Romagne, l'Empire byzantin ; mais rien ne 
vaut à ses yeux ce qu'offre la cour de Can Grande à Vérone. Et il 
accumule les exclamations colorées pour donner une idée de 
toutes les sortes de troupes, de femmes et déjeunes filles, de 
nobles et de courtisans, qui se coudoient là, venus de tous les 
pays ; des connaissances dans tous les domaines du savoir qu'on y 
rencontre: astrologie, philosophie, théologie; de la variété des 
idiomes qu'on y parle, des représentants de toute l'Europe qui s'y 
sont donné rendez-vous : Allemands, Latins, Français, Anglais, 
Flamands; de tous les chantres et musiciens, fauconniers et chas- 
seurs, de toutes les passions et de tous les plaisirs, qui se trouvent 
réunis à la Cour. De même que tous les peuples se mêlent ici, 
Italiens et étrangers, Juifs et Sarrasins, de même toutes les es- 
pèces du règne animal se promènent dans les jardins de Can 
Grande; tous semblent être venus proclamer leur soumission à 
ce seigneur puissant, dont la gloire s'est répandue au delà des 
mers 3 . 

Les poèmes hébreux de Manoello, qui ne nous disent rien de son 
amitié avec Dante, ne nous font pas savoir non plus qu'il passa 
quelque temps à la Cour de Vérone. La biographie de Manoello 
b. Salomon nous est parvenue avec tant de lacunes, que toute 
hypothèse nouvelle peut y trouver place, sans qu'on puisse la 
ruiner par des considérations tirées de ses ouvrages mêmes. 
Etant donnée cette pénurie de renseignements, il nous suffira, 
pour affirmer l'existence de relations entre Dante et Manoello, 
de constater l'influence de rslui-là sur les œuvres de celui-ci et 



1 Sur les rapports de Dante, cf. Kraus, L C, p. 59, note 1, p. 367 et suiv., 470. 

* Publié pour la première fois par Leouello Modona. dans le Vcssillo israelitico, 
1885, numéro 12 et dans un tirage à part (8 pp.) ; sur les éditions postérieures, voir 
Modona, Mime volgari, p. 40, note 18. 

* Cf. Vogelstein et Rieger, l. c, p. 429 et suiv. 

T. XXXVII, n° 74. 17 



258 REVUE DES ETUDES JUIVES 

le témoignage de la littérature italienne. D'un autre côté, si l'on 
tient absolument à découvrir dans la vie de Dante la trace d'une 
amitié avec un juif, on fera mieux de la chercher dans l'esprit 
biblique dont il est pénétré et dont il pénètre son œuvre, que 
dans ses prétendues études hébraïques. Dante, à qui toutes les 
images et tournures de i'Ecriture se présentaient dans leur 
vivacité et qui les trouvait au bout de sa plume à tout mo- 
ment, a dû s'efforcer del ier commerce avec un homme comme 
Manoello, qui à ses talents de poète joignait une connaissance 
approfondie de la Bible. Et ainsi Manoello serait devenu l'ami 
du Dante grâce à l'Ancien Testament, à qui aucun artiste n'est 
autant redevable que Dante, si ce n'est Michel-Ange * . 

David Kaufmann. 



1 Contre l'opinion exagérée de Flo Servi relativement à l'influence de Manoello 
sur Dante [Dante e gli Ebrei, Casale, 1893, p. 10), cf. Steinschneider, Monatssehri/t, 
XL1I, p. 120, note' 3. 



LE LIVRE-JOURNAL DE MAITRE UGO TERALH 



NOTAIRE ET DRAPIER A FORCALQUIER (1330-1332) 



L'éminent directeur de l'Ecole des Chartes, M. Paul Meyer, 
vient de découvrir et de publier des fragments du livre-journal 
d'un marchand drapier de Forcalquier (Basses-Alpes) 1 . Ce docu- 
ment, comme on va le voir, ne manque pas d'intérêt pour l'his- 
toire des Israélites de France. 

Maître Ugo Teralh tenait registre des ventes de sa maison, ins- 
crivant le nom de l'acheteur, puis la nature de la marchandise 
vendue, la date à laquelle le paiement devait être effectué et celle 
de la livraison. En certains cas, la note était rédigée par la partie 
prenante. Si l'acheteur était un notaire, celui-ci ne manquait pas 
d'écrire lui-même son obligation. Si c'était un juif, celui-ci l'écri- 
vait très souvent en hébreu, et le marchand faisait suivre cet 
article de la mention, rédigée en provençal, des conditions de la 
vente, ajoutant que l'acheteur juif avait écrit de sa main la recon- 
naissance de sa dette 2 . 

Il est dommage que ce document ne se compose que de quelques 
feuilles, car, si court et si altéré qu'il soit, il nous fournit des ren- 
seignements de plusieurs sortes. 

Reproduisons d'abord les quelques lignes d'hébreu, suivies de 
la rédaction du marchand qui en contrôle l'exactitude. On remar- 
quera que le texte est parfois tronqué soit à la fin, soit au com- 
mencement des lignes. Cela tient à ce que le relieur, qui s'est 
servi du manuscrit pour former la couverture de son registre, a 
rogné les feuillets. 

1 Le livre-journal de Maître Ugo Teralh. Paris, Klincksieck, 1898 ; in-4° de 42 p., 
avec une planche. Tiré des Notices et Extraits des manuscrits, t. XXXVI. 

* Késumé de la notice de M. Paul Meyer. 



60 REVUE DBS ÉTUDE! JUIVES 

4 1 , wmb 'nsb "ittte m ri ab bro iîn»b a^[n] 

( dois à Ugo Teral 32 sous et 8 deniers à payer à son gré.) 

Deu Greyson xxxij s. e viij d. r. per e demiay de rosseta 

de Limos. Pagar a carementran, e a o escritz de sa man. Deu 
mays iiij d. r. per unas chausas de blau de Carcasona. 

67. mh]b annob nma ^m n t bama i^iN[b] n^n i-irsx '-ia birm ^n 

wm ©Ka^bnpTDK trnsa ^ 

« Moi, Yehiel, fils d'Aron, je dois à Ugo Téral 7 sous et demi que je 
dois lui payer [pour] trois palmes d'escarletas de Beses l . » 

Deu Vivaa Aron vij s. e vj d. r. per iij palms Pagar a la 

fiera, e a o escritz de sa man; e près o lo deriar jor d'abril 
m CGC xxx (sic, lis. xxxi). 

P a Vivan vij s. vj d. de relF. 

77. nban rj2p ixm ...nx ttap ^n nwa na -una ba a*«n rroro ^in 
wib a^n i-JTxn hbd :p "pbn a*H 'b pb t^-'bwp fc^piio "»nai 

Tians rn t y-iD *i ann 

« Moi, Néhémie, je dois à Ugo Teral pour une demi-canne d'ar 

et une demi-canne de bleu et des chausses en camelin blanc, 
30 sous, le blanc valant 4 3 deniers; et de ceci est dû par notre 
maître le rabbin Péreç 7 deniers [que] j'ai payés » 

Deu Creyson, juyeus, xxx s., contant j tornes d'argent am o re- 
don per xiij d., per miaga canna d'arangelat e per miaga canna 
de blau de Carcasona. e per unas chausas de camelin blanc. 

Pagar a la fiera, e deu en lo maystre vij s. ; e a n'i escritz 

de sa man ; e près o lo viij jor de may m ccc xxxi. 

P a xxx s. reff. 

80. iB^btai pn^ nsa» ïiap "Otn na* rn na b^na naia ba a"«n apy 73[«] 

:^i n lann rrabta a^n mm pb "-na nsp 

« Moi, Jacob, je dois à Ugo Teral 15 sous pour une demi-canne 
de vêtement vert et un tiers de canne de vêtement blanc. Et de 
ceci il est dû par Salomon, mon gendre, 5 sous. » 

Deu Jacob de Relhana xv s. cor. per miaga canna de vert e per 
una[s] chausas de blanquet que près lo ix jor de may m ccc xxxi, 
e a o sobre escritz de sa man. Pagar a Sant Jory (Saint-Georges), 
23 avril. 

123. ^n^n imbvjtt a-rantt tpap a bana i:nKb '^nnpb b^nta a-» û"p 
■w innnm û^p'O "pTb a^i r nattai a'H :p ib TianDi naptt :m :p 

« Le 49 juillet j'ai acheté à Ugo Teral 2 cannes de mesclat de Tou- 

1 De Béziers. 



LE LIVRE-JOURNAL DE MAITRE UGO TERALH 261 

louse à raison de 13 sous la canne. Et je lui ai payé 4 3 sous ; il 
reste 13 sous pour l'époque des saints, et j'ai signé démon 
nom ici : Astoruc de Digne. » 

Deu Astruc de Dignha xiij s. r. per resta de ij cannas de mesclat 
de Tolosa. Pagar a Tout Santz ; e près o lo ... jor de juin 
m CGC xxxi, e a n'i escritz de sa man. 

P a mosenhes per Astruc viij s. r. — P a Astruc iij s. vj d. reff. en un (?) 
robert d'argent. 

129. *pja KStaw a^paba*i mr ^m i-iap ^n -^nripb uuîinn ai a av 
hd naia TiTanm b^aaia in mara iiss n an a *p ri n ïiaprt 

■pbim îatrmaia 

« Le lundi, 12 août, j'ai acheté une demi-canne et une demi-aune 
de blanquet de Narbonne, à raison de 17 sous la canne, total 

9 sous et 7 deniers, pour Don Bonfil (ou Bonfeil), et j'ai signé 
de mon nom, ici, Bongodas (— Bonjuda) de Salon. » 

Deu Goions, juieus, ix s. vij d. r. per iiij palms e demiey de 
blanquet. P a alla fiera. E. a n'i escrix de sa man. 

158. "pbttp*7 ta-rviT ai anaa "pi ^mara nsa infipb tttmsaia ^as 
a^aia *p nn« ûti-it ai raanttibn nbama dttit -pi naitap-ipT 
■wn« ^I'jïï^si iniapab amob lûianian nias :p an r-tyiam 
anats» in wb Tiana anaa pi ms»a Ejamaana -ato b^-ia 
abi 32: r-iara b^saia i*n laabn raisana in lasbi n^j^i 
^m nap b"-ia ïaiN ^naur^Tn innpb i:n bmaxa aaïa^nb 
!tud yiwn an Na *p n^b'o in maya ©noamn nbanE 
snaa pn mawn i^nn -t ^nnpb is&n"ra , ia ^aN iu;d îp caman 

« Moi, Bonjudas, j'ai acheté un vêtement pour Don Bendig, 
12 aunes de camelin de Carcassonne, et 13 aunes de bleu de 
Limons et 2 aunes de rouge, total 69 sous, 1 3 deniers au tournois, 
à payer à la requête de maitre UgoTerail ; et moi Bonjudas, sur 
l'ordre de Don Bendig, j'ai écrit devant Don Astruc de Digne, 
Don Bonafous et Don Bonfil, l'an [40]92, soit [I3|32du comput 
chrétien, en avril. En outre, j'ai acheté de maitre Ugo Terailune 
canne et demie de bleu de Sinpos (Saint-Pons) pour Don Salo- 
mon. Total : 21 sous, de la monnaie valant le tournois 13 de- 
niers. Moi Bonjudas, j'ai acheté ce vêtement sur l'ordre de 
Don Bendig. » 

Deu Benditz de Relhana, juyeus de Forch., iiij libr. e x s. reff., 
comtant j tornes d'argent ara o redon per xiij d., per canna e 
miaga de camelin de Carcasona e per xiij palms de blau de 
Limos. e per ij palms de vermelh e per xij palms de blau de 
SantPons. Pagar a nostra requista ; e, de mandament de Ben- 
ditz, Bonjuous, juyeus, a escrit desobre de sa man ; e près o 

10 ij jor d'abril m cgg xxxii. 



262 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

163. 2h inbn sa j^i a* ...3> nbDn ûTnî t ^nrtpb ùh-dn "ia jftisr nN 

nniapab snab b*nnN u s 

« Moi Isaac, fils d'Abraham, j'ai acheté 7 aunes de bleu pour 
4 9 sous, 3 deniers, le blanc valant 13 deniers, le 9 avril, à payer 
à sa requête. » 

Deu, Aquinons juyeus (?), filh de Abram, juyeus, xix s. iij d., 
comtant\. tomes d'argent am o redon per xiij d., per vij palms 
de blau de Limos. Pagatr a Sant Joan, e o a escritz de sa man ; e 
près o lo ix jor d'abril m ccc xxxii. 

P a Abram (?) ix s. de refî. — P a Abram (?) j tornes am o redon. — 
P a Abram iiij robert d'argent. 

Notre fragment renferme un plus grand nombre de passages 
non hébraïques relatifs à des Juifs. Y sont nommés : Aquinet, fils 
de Tobie (n° 131), lé même qu'Aquinons fils de Tobias (n° 73) ; 
Aquinons, alias Aquinest, fils d'Abran (n os 31, 73,159), le même 
qu'au n° 163; Astruc de Digne (n° 78), le même qu'aux n os 123 et 
158 ; Benditz (n° 118), probablement le même que Benditz de Reil- 
lane (n° 158); Ghaquon (n° 78), peut-être le même que Jacon, fils 
d'Astruc de Digne (même numéro), Gonprat (n° 140), Creyson 
(n 08 121, 140, 141, 145), le même que n oS 11 et 77; Jacon, fils 
d'Astruc de Digne (n° 78); Jacop de Reillane (n° 21), le même 
qu'au n° 80; Léons, frère de Greysson (n° 121) ; Samsons (n° 84) ; 
Tannigra (?)*, n° 137; Vivan Aron (n° 131), le même qu'au 
n° 67. 

Au total, dans les cent quatre-vingt-sept articles de ce frag- 
ment, paraissent, et souvent à plusieurs reprises, les noms de vingt 
juifs - environ, dont un rabbin, R. Péreç. 

L'existence d'une communauté juive à Forcalquier s'explique 
aisément: toute la région était sillonnée de semblables aggloméra- 
tions^ gauche : Reillane, Apt, Cavaillon, Orgon, Chateaurenard 3 , 
Tarascon; puis, en descendant, Arles; de là, à l'Est, Salon, Aix, 
Gardanne 4 ; en remontant le cours de la Durance : Gadenet, Pertuis, 
Mirabeau 5 , Manosque; au N.-E. de Forcalquier: Digne; plus au 

1 Le point d'interrogation est de M. Paul Meyer. En tout cas, il ne porte pas sur 
la confession de ce personnage, car le nom est suivi de la mention consacrée, 
« juyeus ». 

* Encore faut-il noter qu'en beaucoup de passages, le nom de l'acheteur est effacé 
ou illisible; au n° 85, il reste seulement le mot « juieus ». 

3 N'est pas dans Gross, Gallia judaica ; les Juifs y avaient une synagogue, Abbé 
Renaudot, lettre de 1718, dans Saleugre, Continuation des mémoires de littérature et 
d'histoire, Paris, 1726, t. Il, p. 380. 

* Même observation. 
5 Même observation. 



LE LIVRK-JOUMNAL DE MAITRE UliO TERALH 263 

sud: Moustiers 1 , Castellane 2 , Draguigan 3 , le Luc 4 , Grasse 5 ; sur 
le littoral: Hyères, Toulon, Marseille 6 . Nous ne parlons pas du 
Comtat-Venaissin, tout proche de Forcalquier, où les communautés 
juives étaient considérables et nombreuses. 

Aussi n'est-il pas étonnant que les Juifs eussent à Forcalquier 
une synagogue. M. Camille Arnaud dit à ce sujet: « La tradition 
m'en a indiqué le local 7 ». En 1349, ils furent attaqués par les 
villages voisins, Saint-Maime, Sigonce, Revest-en-Fangat, Niozel- 
les, Lincel, Dauphin, Revest-des-Brousses et Aubenas; on les mit 
à mort et, cela va sans dire, on les pilla. Le sénéchal enjoignit, par 
lettres patentes du 16 mars 1350, au viguier et juge et au clavaire 
de Forcalquier d'instruire sur les faits d'assassinat et de pillage des 
Juifs de cette ville. Ces villages durent payer une composition 8 . 
Ce mouvement se rattache-t-il à la peste noire de 1349 ? Nous 
l'ignorons. 

Il n'est pas impossible que des Juifs soient venus s'intaller de 
nouveau dans cette petite localité. En effet, en 1385, le Conseil 
municipal adressa, à leur propos, une supplique à la reine Marie : 
« Item confirmare Judeis incolis dicti loci Forcalquerii, presentibus 
et futuris, statuta, libertates, privilégia et immunitates quascumque 
eis concessas per dominos nostros comités, ita et taliter quod dicti 
Judei de conformatione hujusmodi fienda habeant instrumenta et 
litteras oportunas 9 ». 

Les Juifs y étaient soumis à des vexations aux jours des fêtes de 
Sainte-Catherine et de Saint-Nicolas; les écoliers avaient le droit 
de les importuner et, pour échapper à leurs railleries, les Juifs 
payaient une redevance, qui était employée à la confection de tor- 
ches en l'honneur du saint et de la sainte. C'est au moins ce qui est 
raconté à la fin du xv e siècle 10 . A la même époque on voit qu'aux 
premiers symptômes de la peste, on commençait par les expulser 
de la ville, leur laissant le soin de vivre comme ils le pourraient et 

1 Même observation; les Juifs y sont, entre autres, en 1340. 
* Même observation; les Juifs y sont signalés en 1303. 

3 Les Juifs y avaient une synagogue, sive scoïa., 

4 N'est pas dans Gross. 

3 Cité par M. Gross simplement comme mentionné dans l'opuscule géographique de 
Farissol ; "les Juifs y avaient une synagogue 

6 Ajoutez encore Saint-Maximin, Graveson, Puget-Théniers. 

? Condition civile des Juifs en Provence au moyen âr/e, p. 11. Il ajoute qu'il a trouvé 
dans les archives municipales un contrat de mariage rédigé en hébreu et datant du 
milieu du xv e siècle. 

8 lbid., p. 56. 

9 Arnaud, p. 23, renvoie à Registre des privilèges, fl> 33 ; Archives des Bouches- 
du-Rhône ; Venus, f° 124 v°. 

10 lbid., p. 63. 



264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qu'on les enterrait dans le champ même où ils avaient fini par trou- 
ver la mort (1478). 

Tels sont les maigres renseignements que nous possédons sur 
l'histoire de la communauté israélite deForcalquier. On accueillera 
donc avec plaisir les données nouvelles que nous apporte la dé- 
couverte du journal de Maître Ugo Teralh. On voit par là une fois 
de plus de quelle utilité serait le dépouillement méthodique des 
anciens livres de comptes ou des registres de notaires. C'est à 
cette source d'information que Bardinet a puisé les renseigne- 
ments les plus instructifs sur l'histoire des Juifs duComtat-Ve- 
naissin. Malheureusement il a trouvé jusqu'ici peu d'imitateurs. 

Quelques-uns des noms mentionnés dans ce fragment méritent, 
croyons-nous, qu'on s'y arrête. A notre connaissance, celui de Vi- 
vant, qui correspond à Yehiel, ne se rencontre pas dans l'onomas- 
tique des Juifs provençaux ; dans le Midi, il est remplacé par Vi- 
dal, Vital, Vivas, Vives. Par contre, il est commun dans les pays 
de langue d'oïl ; il se trouve, par exemple, trois fois dans la liste 
des Juifs de Paris à la fin du xin° siècle ; il est répandu aussi en 
Bourgogne. — Aquinet ou Aquinons n'est pas commun dans la 
France méridionale, tandis qu'il est employé couramment dans le 
Nord pour rendre le nom d'Isaac, dont il n'est qu'un diminutif. 
On le transcrivait même en hébreu. Ainsi dans la relation du mar- 
tyre de Blois (1171). — On ne s'étonnera donc pas outre mesure 
de la présence à Forcalquier d'un rabbin qui s'appelle Péreç. Ce 
nom, à la vérité, n'était inconnu ni dans la France méridionale ni 
même en Espagne, mais il est indéniable qu'il était beaucoup plus 
commun dans la France du Nord et de l'Est. 

Il ne sera peut-être pas interdit de tirer de ces quelques indices 
la conclusion que, parmi les Juifs vivant à Forcalquier ou dans les 
environs, en 1320-22, se trouvaient quelques réfugiés venus de 
France après l'exil de 1306. On sait qu'on n'a pu déterminer jus- 
qu'à présent, avec certitude, les lieux ou régions où les Juifs ban- 
nis alors de France trouvèrent un asile. Si beaucoup se portèrent 
du côté de l'Est, d'autres certainement se rendirent au Comtat et 
dans la Provence, qui toléraient alors leur présence. 

Or, précisément, le 20 août 1306, c'est-à-dire quelques jours 
après l'édit d'expulsion des Juifs de France, Charles II promulgua 
une constitution très libérale, qui déclarait les Juifs de la province 
soumis aux tailles municipales comme les Chrétiens (les impôts 
étaient répartis par des syndics), abolie la défense d'avoir des mai- 
sons contiguës à celles des Chrétiens, aboli aussi le double droit 
payé par eux pour plaider. 

Au n° 84 du Livre-journal d'Ugo Teralh figure le nom d'un certain 



LE LIVRE-JOURNAL DE MAITRE UGO TERALH 265 

Samson. Il se peut que ce Juif soit Sarason de Reillane qui fut 
assassiné en 1344. D'après Nostradamus l , c'était un homme très 
riche et très bienfaisant, aussi bien envers les Chrétiens qu'envers 
ses coreligionnaires. Il entretenait la plupart des pauvres de la lo- 
calité et de plusieurs villages et châteaux circonvoisins. Sa charité 
ne le protégea pas contre l'ignorance et le fanatisme. Accusé du 
meurtre d'un enfant chrétien, il fut sans autre forme de procès 
lynché par la foule en compagnie de ses complices. Nostradamus fait 
suivre son récit de ces réflexions instructives : « Les panchartes 
qui rapportent dont cecy est puisé chantent l'accusation qui fut lors 
faicte contre les Hebrieux avoir esté plus par quelque envie invé- 
térée et naturelle conceuë contre ceste nation, calomnieusement sur 
euxjettée, que par le solide fondement et preuve de raison»; mais 
comme plus tard ils furent condamnés pour avoir tué Simon de 
Trente et cinq ans après, à Venise, un autre enfant « l'accusation 
faicte contre Samson et ses compagnons pouvait bien estre juste et 
véritable pour l'inclination que semble ceste gent avoir à ces 
horribles occisions et détestables sacrifices. » 

Signalons, pour terminer, un autre résultat de la publication 
de ce fragment. Ges v quelques lignes d'hébreu donneront à réfléchir 
aux savants qui attribuent aux transcriptions hébraïques une 
rigueur qu'elles ne méritent pas : voilà ce nom de Teralh qui dans 
la même ville, à la môme date, est orthographié de quatre façons 
différentes : bna, bîna, barra, b^na ! 

Les mots hébreux sont abrégés tout à fait selon le système suivi 
à peu près à la même époque dans les deux livres de commerce 
de Vesoul 2 : 'm pour '"OT ; 'tod pour agiras 3 , 'TiD pour 3>T)D; '"ira 
pour surfis ; 'la* pour *na* ; 'i? pour w 4 . 

Enfin, la comparaison des noms de monnaie en provençal et en 
hébreu fournit quelques données qu'il est bon de noter. Le denier 
hébreu irn correspond au sol, tandis que c'est le anaa « la mon- 
naie simple, ordinaire » qui est le denier. 

Israël Lévi. 



1 L'histoire et chronique de Provence. Vervins, 1614, t. II, p. 384. 

* Même, t. VIII, p. 161 et suiv. 
3 On disait plutôt D'^'saE- 

* Ces deux dernières abréviations se retrouvent dans les deux livres de commerce. 



NOTES 



SUR L'HISTOIRE DE L'INQUISITION 



ET DES JUDAISAN1S D'ESPAGNE 



Malgré l'excellente Histoire de V Inquisition d'Espagne de Llo- 
renteet YHistory ofthe Inquisition, publiée il y a quelques années, 
par l'historien américain IL Lea, il n'existe pas de travail complet 
sur l'Inquisition espagnole et portugaise, notamment en ce qui con- 
cerne les marranes et les judaïsants. Pour ce travail, il faudrait 
tirer au clair et coordonner l'immense quantité de documents qui 
se trouvent amoncelés dans les archives d'Alcala de Henares et de 
Simancas et dans celles de plusieurs villes portugaises. Jusqu'ici 
on ne s'en est guère ou point du tout servi. 

Il faut donc saluer les efforts des savants espagnols qui, comme 
l'infatigable P. Fidel Fita et l'aimable D. Ramon Santa Maria, ont 
mis au jour différents documents d'Alcala de Henares et d'ailleurs, 
et qui fournissent ainsi de précieux matériaux pour une histoire de 
l'Inquisition en général et des judaïsants en particulier. 

Afin de. pouvoir instruire convenablement contre les marranes 
accusés d'apostasie, les inquisiteurs devaient être au courant des 
prescriptions et des pratiques juives. Il y a quelques années, D. Ra- 
mon Santa Maria a publié le texte original ' de ces « Cérémonies 
et rites usités chez les Juifs », qu'on remettait avec les « explica- 
tions et significations » à tout inquisiteur qui entrait en fonctions. 
Il y est question des signes auxquels on reconnaît les marranes. 
La Revue* en a jadis donné une traduction; nous n'y revien- 
drons donc pas. Nous ne rappellerons qu'un point : l'un de ces 

1 Boletin de la r. Academia, XXII, 181 et suiv. 
* Revuty XI, 96 et suiv. 



NOTES SUR L'HISTOIRE DE L'INQUISITION 267 

signes est las Hadas : « La septième nuit après la naissance de 
l'enfant, ils mettent de l'eau dans un bassin avec de l'or, de l'argent, 
des perles, du blé, de l'avoine et autres choses, et ils lavent l'enfant 
dans cette eau en disant certaines paroles; c'est ce qu'ils appellent 
las Hadas qu'ils font aux enfants 1 ». Que signifie Hadas ? C'est un 
mot espagnol dont le sens est « Parques ou destinée ». Les marra- 
nes, en gens superstitieux qu'ils étaient, voulaient, au moyen de 
cette pratique, prédéterminer le sort de l'enfant nouveau-né 2 . 

Les Juifs, convertis en apparence au christianisme, observaient 
rigoureusement le sabbat. L'ani, comme on dit dans les explica- 
tions des cérémonies juives, constituait une autre signe. Cet ani se 
composait de garbanços, sorte de gros pois qu'on cultive beaucoup 
en Espagne, et qui entrent dans le mets national, olla, de haricots, 
de viande grasse et d'œufs durs; « ce plat cuit de la nuit de ven- 
dredi à samedi et reste chaud dans sa marmite jusqu'au sabbat à 
midi ». La préparation de Y ani, comme on l'explique, formait par- 
tie intégrante de la fête du sabbat, « en souvenir de cette circons- 
tance, que, lorsque les Juifs dans le désert conservaient de la man- 
ne d'un jour à l'autre, elle fourmillait de vers, sauf pour le cas 
du vendredi au samedi ». Cet ani, évidemment, c'est le fameux 
a Schalet », que Henri Heine appelait la « susse Goetterspeise 3 ». 

Les «Explications et significations 4 » données par un rabbin 
inconnu s'étendent aux fêtes juives : la Pâque, Pascua de el Phase 
(Pesah) 5 , Souccot, avec une fidèle description de la cabane, « où 
les Juifs doivent prendre leurs repas durant sept jours », Rosch 
Haschana, Pascua de el cuerno, Yom Kippour, et Pourim, Dca de 
eslrellas, où les Juifs ont l'habitude de faire l'aumône. Elles 
s'étendent encore à la Halla, à différentes prescriptions sur les 
aliments, à la coutume de bénir les enfants, de tourner le visage 

1 La septena noche de el nacimiento de la criatura ponen un bacin con agua, y 
hechan en él oro, plata, aljofar, trigo, cebada y otras cossas, y lavan alli las cnatu- 
ras diciendo cierias palabras ; y esto llaman « las iïadas i que hacen à las criaturas. 

2 Boletin, p. 183, il y a : « ayuuan el ayunode la reyna Ester que llaman el Per- 
demiento de la cassa sancta ». Après Ester il faut ajouter : « y el ayuno » ; le jeûne 
de la reine Esther et le jeûne qu'ils appellent perte ou ruine du sanctuaire (de Jé- 
rusalem). M. Gaullieur [Revue, XI, 97) pense « au jeûne de Hosanna Rabba que les 
Juifs étaient tenus d'observer le 21 e jour du 7 e mois. » Or, Hosanna Rabba, n'est pas 
un jeûne, mais une demi-fête, où précisément il est défendu de jeûner. 

3 Ani ou Anida, « que quiere decir cossa caliente >. Gossa caliente est la traduc- 
tion espagnole de "p};]!"!- Dans l'un des manuscrits sur les Cérémonies juives décou- 
verts par Is. Loeb, ce mets du sabbat est appelé Ada/ina; voir Revue } XVIII, 374, 
381. Adaiina et non Datiua (Revue, XVIII, 374, note 5), est un mot espagnol ; c'est 
un ragoût autrefois en usage parmi les Juifs d'Espagne. 

* Declaraciones de las ceremonias (y) de los ntos judaycos declarados por cierto 
judio Rabbi, Boletin, p. 184 et s. Ce • judio Habbi » était Mose Abenamias (Aben 
Namias) de Zamora ; voir Boletin XXIII, 429 et s. 

5 Phasa quiera decir Pascua ; il y a probablement dans le ms. Phesa. 



268 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vers le mur au moment de mourir, d'enterrer les ongles qui ont été 
coupés. A la fin, on expligue la loi sur la haliça. 

Cependant l'Inquisition ne s'établissait pas sans difficulté; elle 
rencontrait de vives résistances. Les marranes, demeurés attachés 
à la religion de leurs pères, jouissaient d'une grande estime à cause 
de leur fortune et des situations qu'ils occupaient. Beaucoup étaient 
alliés à de grandes familles chrétiennes ; et des hommes de la plus 
haute noblesse, jusqu'à de puissants dignitaires de l'Eglise, tels que 
D. Francisco, évêque de Soria, D. Hernando de Talavera, confes- 
seur de la reine Isabelle, Juan de Torquemada, le plus savant, 
mais en même temps le plus fanatique cardinal de son époque, et 
beaucoup d'autres étaient issus de ces unions ; plus d'un inquisiteur 
descendait de Juifs convertis 1 . La plupart de ces descendants de 
Juifs voyaient avec horreur ce tribunal de la foi, dont l'autorité et 
la puissance étaient sans mesure. 

Quand la nouvelle de l'établissement de l'Inquisition parvint à 
Séville, toute la ville fut en émoi. Les marranes Diego de Susan, 
qui avait une fortune de plus de 10 millions de maravédis, Manuel 
Sauli et Bartolome de Torralba, tous deux riches et considérés, 
convoquèrent une réunion. A cette réunion prirent part Pedro 
Fernandez Benedeva, père du chanoine de ce nom, Juan Fernandez 
Abolafia, connu pour sa science et qui avait la ferme des impôts 
royaux, Perote, fermier des salines, les échevins Pedro Cansinoet 
Gabriel de Zamora et plusieurs autres personnalités. Ils exami- 
nèrent les voies et moyens propres à empêcher l'établissement de 
l'Inquisition, fût-ce par la force. Le complot fut découvert, et ce, 
par la faute de la fille dénaturée de Diego de Susan, qu'à cause de 
sa beauté on appelait la fermosa fembre, « la belle femme ». La 
fille de cet homme plusieurs fois millionnaire mourut dans la plus 
grande pauvreté. Au-dessus de la porte de la maison située dans 
la rue Ataud à Séville, où, en punition de ses péchés, elle finit 
ses jours, on avait, après sa mort, placé son crâne, ainsi qu'elle 
l'avait démandé 2 . 

C'est à Séville que furent établis le premier tribunal de l'Inquisi- 

1 Fernando de Pulgar, De los claros Varones de Espaîta, affirme, Tit. 23 : « D. 
Francisco obispo Je Coria... era naiural de la ciuuad de Toledo. Sus abuelos l'ueron 
de linage de Judios ». Tit. 18 : « D. Juan de Torquemada... natural de la ciudad de 
Burgos. Sus abuelos fueron de Image de los Judios convertidos ». Juan de Torque- 
mada étudia la théologie à Paris, et, de retour en Espagne, devintpneur de S. Pablo 
à Valladolid, puis prieur de S. Pedro Martyr à Tolède. 

* D^près le ms. de la Colombina de Séville, Relation- de la junta y conjuration 
que hicieron en, Sevilla los Judios conversos contra los Inquisidorcs qu'utilisèrent D. 
Adolf'o de Castro, mort récemment, dans sa Historia de los Judios en Espana (Ca- 
dix, 1847) et Kayserlinfr, Sephardim, p. 102, que J. Amador de los Rios a reproduit 
plus au long dans sa Historia de los Judios de Espaîia, 111, 247 et s. 



;\'uTM SUIi l/UÏSTimW DE L'INQUISITION 269 

tion et le premier bûcher. Diego de Susan, Abolafla et leurs oompa^ 
gnons furent les premiers à subir le supplice du feu ; ils moururent 
en Juifs croyants. Dès le début, il y eut à Séville plusieurs milliers 
de marranes qui furent brûlés. Albert Gansino, ambassadeur de 
Ferrare, écrivait le 19 juillet 1501 à son seigneur, le duc Hercule 
d'Esté : « J'ai passé quelques jours à Séville et j'y ai vu brûler 
cinquante-quatre personnes, et parmi elles une jeune fille très 
belle, âgée de vingt-cinq ans ; elle était très instruite et versée dans 
la loi de Moïse, à laquelle elle était fermement attachée ! . » 

Dans la plupart des villes d'Andalousie, de Catalogne et d'Ara- 
gon, on ne voulait rien savoir de l'Inquisition et on voulait l'em- 
pêcher. A Cordoue, il y eut une vraie révolution. D'autres villes 
interdirent l'accès de leurs murs aux inquisiteurs. Les Aragonais 
voyaient dans l'institution de ce tribunal une usurpation sur leurs 
antiques privilèges et la ruine de leur antique liberté. Barcelone 
sentait le coup terrible que le Saint-Office allait porter à son 
commerce. 

Gomme à Séville, les marranes les plus puissants de Saragosse, 
les Sanchez, Santangel, Paternoy, etc., se réunirent pour empê- 
cher l'établissement de l'Inquisition. Exaspérés, ils décidèrent le 
meurtre de l'inquisiteur Pedro d'Arbues. Un Français, Vidal, qui 
était au service d'un riche tanneur, le marrane Juan de Esperandeu, 
tua Pedro dans une église. La plupart des conjurés subirent le sup- 
plice du feu. L'un d'eux, Francisco de Santa Fé, assesseur du 
gouverneur d'Aragon, petit-fils de Hieronymo de Santa Fé (Josué 
Lorki), qui fit tant de mal à ses anciens coreligionnaires, se sui- 
cida en prison ; ses ossements furent brûlés 2 . 

Toute résistance contre l'Inquisition fut vaine. Onze tribunaux 
déployèrent bientôt leur cruelle activité. Des milliers et des milliers 
de marranes montèrent sur le bûcher 3 . 

En 1519, au moment de l'élection de Charles-Quint à l'empire, 
les marranes essayèrent d'enrayer la puissance de l'Inquisition. 
Charles-Quint, né dans les Pays-Bas, entouré d'étrangers, avait 
hautement irrité les Espagnols, pour avoir négligé ses pays de 
succession et par toute sa manière de régner. La Castille se révolta, 

1 Document inédit concernant Vasco da Gama (Paris, 1889), p. 36. 

* Amador de los Rios, /. c, III, 259 et s. ; H. Ch. Lea, The martyrdoM of S. 
Pedro Arbues (New- York, 1889). 

3 Au commencement de 1490, on condamna à Valence « por la Ley de Moysen », 
le négociant Garcia Luis et Agnès, sa femme ; le procureur royal Juan Beltran, 
Francisco Franco et Catalina Beltran, le négociant Lucas Alegre, sa femme Isabelle 
et Ramon Alegre, le médecin maestre Pereala et le peintre Just. Destavilla. Tous 
étaient de Tortose. D'après les actes de l'Inquisition de Valence, actuellement aux 
archives d'Alcala de Henares. 



270 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ce fut le terrible soulèvement des communes. A leur tête était 
Tolède, la vieille capitale du royaume ; et c'était le jeune et auda-" 
cieux D. Juan de Padilla qui dirigeait le mouvement. Il était fils de 
D. Pedro Lopez de Padilla, lequel, appartenant à une famille 
d'antique noblesse, avait épousé une fille du marrane D. Juan 
Pacheco. L'occasion était favorable pour les marranes , d'autant 
qu'on savait le pape Léon X hostile au jeune roi Charles et à son 
élection comme empereur. Ils saisirent l'occasion pour combattre 
énergiquement l'Inquisition. 

Le chef véritable de l'insurrection était le trésorier Alfonso 
Gutierrez, marrane très riche qui soutint du mieux qu'il put la 
révolte des communes : sur un collier d'or il avança 1,000 ducats à 
D. Juan de Padilla. Il eut des intelligences avec nombre de coreli- 
gionnaires riches de Tolède et d'ailleurs, surtout avec les Zapatas, 
avec l'archidiacre Francisco Zapata, avec un frère du licencié 
Loarte (Duarte), médecin de son état, qui habitait à Médina del 
Campo ; il entra directement en relations avec eux ou par l'inter- 
médiaire de Gonzalo de la Torre de Tolède. Il n'y en eut que fort; 
peu à Tolède qui consentirent à des sacrifices d'argent. Ils tenaient 
leurs réunions à Médina del Rioseco ; y assistaient Alfonso 
Gutierrez et sa femme Marie, qui fut bientôt arrêtée par l'Inqui- 
sition de Valladolid, Garcia Alvarez de Tolède, surnommé « el 
Rico », le riche, Pedro Franco de Tolède 1 , ami de Padilla, etc. 

Que voulaient les marranes ? Les prisons de l'Inquisition devaient 
s'ouvrir et l'interrogatoire des témoins devant le tribunal être 
public 2 . Voilà ce qu'ils s'efforçaient d'obtenir du jeune empereur 
et de la curie. Gutierrez, au dire de sa femme, y dépensa plus de 
12,000 ducats. Est-il vrai que Charles-Quint, à qui son maître 
Adrien d'Utrecht, professeur à l'université de Louvain, futur pape 
(Adrien VI), avait inspiré un puissant zèle pour la foi catholique, se 
montra disposé à conférer des privilèges aux marranes pour la 
somme de 80,000 couronnes d'or 3 ? Suivant la communication que 
l'empereur fit à son ambassadeur auprès de Léon X, ils lui avaient 
envoyé des délégués en Flandres, où il se trouvait alors, pour lui 
offrir « beaucoup d'argent », s'il voulait amoindrir la puissance de 
l'Office et ordonner que l'interrogatoire des témoins fût public 4 . 



1 La famille Franco fournit parmi les premières viclimes de l'Inquisition de Tolède, 
Gonçalez Franco et sa femme Maria Gonçalez, Arias Franco, Alvaro Franco, etc. 

* . . . que las carceles de la jnquisicion fuesen aviertas é los testigos publicos. 

3 Graetz, Gesch. d. Juden, IX, 246. Charles-Quint ne fut jamais l'élève du cardi- 
nal Ximenez. 

* ... los conversos embiaron persones propias à (landes donde à la sazon csta- 
vamos... que nos ofrecieron mucho dinero por que consentiesemos que se quitase la 



NOTES SUR L'HISTOIRE DE L'INQUISITION 271 

Afin de gagner la curie à la cause, Gutierrez dépêcha à ses frais et 
muni de ressources son neveu Louis (Juan) Gutierrez à Rome. Dans 
cette même ville, d'autres encore, comme Diego de las Casas, dont 
les parents et les frères étaient en partie tenus incarcérés pour héré- 
sie, comme Bernaldino Diez, qui s'était échappé d'un tribunal et avait 
été brûlé en effigie, s'employaient en faveur de leur cause. Leurs 
efforts ne furent pas inutiles ; ils obtinrent un livret conforme à 
leurs vœux, que quelques-uns prétendirent avoir vu en traduction 
espagnole *. Afin d'en empêcher l'envoi ou plutôt la promulgation 
de Barcelone, l'empereur délégua auprès de Léon X en ambassade 
extraordinaire D. Lope Hurtado de Mendoza. 

Dans une lettre datée du 23 septembre 1519 et envoyée de Bar- 
celone, l'empereur donne à D. Lope Hurtado de Mendoza des 
instructions détaillées et précises 2 . Il a appris, dit-il, par quelques 
personnalités près de la cour papale, que le Saint-Père avait l'in- 
tention de publier une bulle, où il révoquerait les privilèges et 
certaines dispositions générales et particulières de l'Inquisition et 
apporterait d'importantes modifications à l'Office. Il avait déjà par 
son conseiller résidant à Rome, D. Geronimo de Vich, fait sou- 
mettre au pape un écrit, où il lui demandait de ne permettre 
aucune innovation. Cependant il n'avait jusqu'ici reçu aucune 
réponse ; il pensait donc que Sa Sainteté avait le dessein de faire 
paraître une bulle sur ce sujet. Dès lors, Mendoza devait présenter 
au pape les motifs qui déterminaient l'empereur à le prier de ne 
pas envoyer la bulle en question. Les inquisiteurs sont des hommes 
pieux et enflammés de zèle pour la justice ; le grand inquisiteur, 
le cardinal de Tortose (le précepteur de l'empereur Adrien) est 
un homme plus enclin à la clémence qu'à la sévérité. Toutes 
les plaintes portées contre l'Inquisition sont dénuées de fonde- 
ment et partent de personnes qui ont intérêt à ruiner le Saint- 
Office. 

Afin de convaincre Sa Sainteté de la nécessité de conserver 
l'Inquisition, l'ambassadeur lui apprendra que tout récemment on 
a découvert dans l'Aragon deux synagogues, dont longtemps on 
ignora l'existence, où les convertis se réunissaient à l'effet de 
suivre les pratiques juives et où un rabbin les instruisait dans la 



ynquisicion ô à la menos se dièse la publicacion de testigos é otros prerogativos à 
su proposito, est-il dit dans l'écrit impérial à D. Lope Hurtado de Mendoza sur le- 
quel nous reviendrons. 

1 Voir Boletin de la r. Academia de Bùtoria, XXXIII, 307-329. 

* Cette instruction, ms. de la Bibliothèque de l'Académie de Madrid et dans les 
Archives de Simancas, a été publiée par M. Fidel Fila, dans le Boletin, XXXIII, 
330-345. 



272 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

doctrine de Moïse 1 . Il vaudrait mieux, par conséquent, étendre 
les privilèges du tribunal plutôt que de les suspendre. Mendoza 
ajoutera que les marranes, depuis l'établissement de l'Inquisition, 
ont employé tous les moyens pour l'enrayer; qu'ils ont empêché 
dans plusieurs villes les inquisiteurs d'y pénétrer ; qu'à Saragosse 
les plus- notables d'entre eux ont tué un inquisiteur dans l'église. 
Comme la violence ne leur a pas réussi, ils se sont plaints de la 
rigueur inouïe des inquisiteurs et ont offert aux rois catholiques et 
à d'autres personnages de grosses sommes d'argent, en vue d'abolir 
l'Inquisition ou, au moins, d'en affaiblir la puissance. Les démarches 
n'ayant pas obtenu plus de succès, ils ont couru à Rome se 
répandre en doléances contre l'Inquisition et promettent beaucoup 
d'argent. Il est constant que plus de douze cents de ces convertis 
se sont rendus à Rome et ont proclamé leur adhésion au judaïsme 
sous les yeux du pape Alexandre, que beaucoup sont allés dans les 
pays des infidèles et sont revenus au judaïsme et que leurs descen- 
dants vivent selon la loi de Moïse. Naguère encore, deux marranes, 
le père et le fils, ont quitté Séville pour Fez, et là sont retombés à 
leur religion première 2 . 

Des délégués des marranes se sont également présentés chez lui 
et se sont amèrement plaints de l'Inquisition et de ses ministres ; 
ils lui ont également offert de grosses sommes, comme déjà ils 
avaient offert au roi son grand-père 1,300,000 ducats, pour 
supprimer l'Office ; il n'est rien qu'ils n'aient tenté pour ruiner ce 
tribunal. Comme leurs tentatives ont été vaines, ils se sont adressés 
avec des plaintes fallacieuses à Sa Sainteté ; mais il ne faut pas 
plus les écouter que certains prélats d'Espagne et autres personnes 
mal informées ou égarées par la passion, qui ont écrit contre le 
Saint-Office et se sont tournées vers le pape. Enfin, Mendoza 
annoncera à Sa Sainteté que lui, l'empereur, le prie, en sa qualité 
de protecteur de la foi catholique, au cas improbable où la bulle 
aurait déjà été publiée, de l'annuler et de ne permettre aucune 

1 ... « Como despues que nos venimos à estos nuestros Reinos de la corona de 
Aragon se han descubierto en ellosdos sinnagogas, que mucho tiempo han estado 
ocultas, donde algunos desta generacion se juntavan à juydazar (judaïzar) con un 
Rabi que los instruya en la ley de Moyseu. » Boletin, l. c, 338. 

1 ... « Mas de dozientas personas desta progenie, que de aqua se havian ydo é 
absenlado, publicamente y en presencia del papa Alexandre conlesaron como havian 
side judios. . ., é otros mucbos se pasaron à tierras de ynfieles, donde se tornaron 
judios; que los que de ellos son vivos hoy dia biven en la ley de Moysen ; y sun 
agora hay nueva cierta de dos, padre et fijo, que de Sevilla se han pasado en Fez y 
tornadose judios. » Bolelin, L c, 339. Ces deux marranes sont, comme le remarque 
P. Fidel Fila dans une note, Alvar Perez de Rosales et son fils Jacques Valera, con- 
seiller du roi. Lors du soulèvement des communes ils revinrent en Espagne, et le 
samedi avant le dimanche des Rameaux, 23 mars 1521, ils durent monter sur le bû- 
cher à Séville. 



NOTES SUR L'HISTOIRE DE L'INQUISITION 273 

espèce de modification relativement à l'Inquisition, et de continuer, 
comme chef de l'Eglise, ce que ses prédécesseurs ont commencé. 
Que si la bulle était partie et le pape se refusait à remplir les 
désirs de l'empereur, celui-ci n'en admettrait pas la publication 
et encore moins l'application dans ses royaumes. Mendoza deman- 
dera aussi au pape de ne plus tolérer à Rome les Diego de las 
Casas, Juan Gutierrez , Bernaldino Diez et consorts ; il lui 
demandera de les expulser et de les renvoyer comme sujets du 
roi d'Espagne dans les provinces d'où ils sont venus, afin que le 
bras de la justice se saisisse d'eux et les traite selon leur mérite. 

Léon X accéda aux désirs de l'empereur, avec qui il se récon- 
cilia. Il rendit le bref du 11 octobre 1529, et l'Inquisition 
poursuivit son œuvre. 

L'insurrection des Gommuneros fut réprimée. D. Juan de 
Padilla fut vaincu le 23 avril 1521 à Villalar et décapité le len- 
demain. 

Ainsi toutes les espérances des marranes se trouvaient anéanties. 

M. Kayserling. 



T. XXXVII, N° 74. 18 



LÀ LUTTE DE R. NÂFTALI COHEN 



CONTRE HAYYOUN 



(fin *) 



APPENDICE 

IV a 

[Après le 21 octobre 1713] f. 111a. 

■»a"i!i» lîra t^-i!rî ,&raaîa t]^y trabi n^n ,13* ir-pa 1 ! t*oaa 
•ns mn absi» ^pbNïi baip7a:-ï DOmBttfi b*mn ïiéuïi ^em -«amrna 
mn 'wb viana naa rwtt /T-ia «nin ^as i"ima Tnaa ota wi y? 
nniN rp-iiab "nanta ■»"— iizd "p-pn r*mn Dimp^Bar? pEtt br»bart "ma 
'Snw tanna '-naba tazban ,vt ns '-^T^an ba j-iôo "mao nan 
anpBrm ayata 'latpnttîTi '^ipn va -ia7aa> vian matpa "ma-ia rtnan 
^o-np^B&n 'rpttb t tanna '^n '■'pba vwra '■nvbtti ,tnb t^n^a 
vna-nn *'iainnnb na 'wb*b na 's p"oa ^an?a n« Tioaœi TiMy 
■pna tau: -nn niD« b"o nTa^ba* n"nii» ^-paan l^pn Sis a"anaa 
i-naai rraa i£7a '"«n '^pba "nai antjttb n^an !-nDnpn ïtoïi 
'b"an- r-iataa ^nazapio nnaan yiapn Sa> tpia ïwaïi *b*a -^aTa 
•nnnnm ;?ti va inw ■"n va ï«n San t**iïina ijaawa "nnarn 
'■nbaïi ba r-iao -pisa nao "'"nia ïvn i^tti r^ana ba^bar; mmn na< 
ta7a*nnan 3 c"a 'ni 'na abbpan "pp-nn» ba nan thjo» ba nan vba 
Sa wi ,na i* iîa nbvw 'naja taann rroja r^b tok brwïi a-ina 
■pas rnaao Na-i swnp ï**»TO «npïi r<-inn "naa^a 'TOtlBni d*?i 
mb*» na*D tan arm /"vaMp n« nba^i Dnan ba>a ao^ ï-inan ,"paN 
oaaau: rT-npfi ba>a t^irr ^a -n^Na ^sa inbnn 'm Sa ^a irann 
•»pbN 'n Da>7a rnib® -inTOUîTa irwn ibys «n tabtai ,ï"pan*a mbnn 

« Voir Bévue, t. XXXVI, p. 256. 
1 _5<?r. ifoWa, 30, 5. 

* ùtojb rraa. 

* Baba Mecia, 83 6. 



LA LUTTE DE NAFTALI COHEN CONTRE HAYYOUN 275 

/Pifib "PNira b[->](-i)D-n vnnn '*ny nan &vn bab î&wjabi îbcaab b*n£n 
l"»pb*] 'n hmna 'ipxrm'n "'p'ns ^naa jvmm nan 'vian maaai 

: inan ^fibs 'na"*rt ba aa > nbun ia»&« namna naiïTK 



[1 novembre 1713] f. 90 b. 

.Y'na av '-i ann lanm V'na vs n"nmtt "paan w"y amaa n^bn 
lamn» 'ran w^n nna> ï-ian ,p"ab iVn )wn a"i 'a 'r r^boana 
mnaa vnan 'a ba> nan inaiott t**bia '«m tarai Van bnan ann 
,Tava Nan^'isn nvnh ^ava naaiaa n»vs nias* /in'va n^D ain?a mnna 
ba> nbvn a» ,bKniav îan^ imwata 'p^ns '^aan maa br oint* «b "iujn 
n«vn niaaar 'n n«ap abn ,omN ab a^att "nia ba> ^an ,Din8 «b maa 
'■niapan nba 'i a? îanaiBN m pnnnbi anan p 'wp na*ab nwr 
'k iia Santûi É ]?û^a ■»»! As -i^aua-i '« 'n r»nn»a ï-ran«n mmaa>a 
npnan ta a ,n"aa»E T»b \nnb\ai nnaan. rnaa tau: viana nam ,ynNa 
vidoi banban spniab baia tantaa tamaa San 'Taxa cttîl 'vna bua 
*mNb S|btaa>a imeat! ,bvwn tanna '-naba an ta ban /n-r ns* "'p , np»ïïi 
Saa "^Tnaïi '"nnran '^oam» ^anan pnan Sa rïT na ia> n;a« 
invi t^boT 'n nmna ip^rp pab mtanpn rmbnp bôniai matisn 
t-iam (">"-ua i"Tin x"^n rs^sna DoniBian *p?an * I ' |DD v^nn) naannn 
tana ^snàa w ib« 'T8p»ni -nBOai ^n^n na» '^pb ,feama bx 
ribv rnanbo Kin« na» 3 nna nn ta an Ta» ntn nso ta an» mwNiuî?a 
^ ta^ttcn ï-TLrpw n^na Nnn ibb- '-«b^DaTa ton rmw t rvb»io 
■^nttîpai pf'^b aiD^ia tani m^b v^am nKTiî ra»b«5 ^ma wibi /"inirp 
Saa '^oana ">o-naip nr« nb^-> r»D aa ^ïto m*^ ^n-iDonb mb'ab 
aa"->i:npn \n wny ^îan n^p?a ^msia ^a^n pbi» taniM aai 'iaiNan 
• /-, pbK ^-îa^a 'la^b^T Sinb s^n^a N[-pp]lTH)D:i:n a^a^ a"^pi7am 
n"a 'b p";aa ^:n7a rn^ ^noa^i içinaa» ^o-np^sûM '" , a"»?ab n^ tanna '^n 
ntar^b» -i"-irri7a n^aan "patpn ^^ aanaa ->nu5-m /^amnnb n"ai '"»a^ba>b 
'■«n '"'pbK i"i2T a?i53©b iiNan nonpn m^n ^jina ûuï n^n -iizjk ,b"ao 
"-înnan yna^pn S? Cjona .m^nirr ^b^a '-«a^aa naai naa ^sa 
ixa ""n va "jNTa bain t^sinna ^Bxaa ""nnarn b"an nauîa ^rataptt} 
riDo n«n ("*"'vo ^"vji «"^in ^5ana] ba»^ban «j^sn nat ^nannm /^n va 
7 na aabbp^T /pp^irto Sa n.NT th3*oe ba rn^i rb» "«"iban ba n^T 
ma-na» rraa tana nraa>a t<b n^i< b^ian tanna ûwnnsi 'Jna nba'n 1 ' 

1 — aibu: ©mn. 

1 Sanhédrin, 98 J. 

3 Allusion à .BoscA ha-Schana, il, i. 

* Ketoubot, lia. 



276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

KMTSI Nl^n «mpft fcanptta 'tN2£»5M *=)?!-! ba Ï3an / t— T^ *73> 1Î3 

i*»atip nN i-iba^n tnan ba>a r^a^ r-inan ,173s rrafiri nm s-nonpi 
Sniu^ -»brM ^aiNa 'n ^"d3> 8*r»ba>/ai naaTisa ria-nana -nva^ Nb un 
,bNnu^?a i-na-np^Nm imam m s-nTsan na>ab "na taarpby TYWPtD 
-ins an fr-ni ,nba>ni N-nan ' naab ban miïî^Ta nsm Nb •vyza ^asi 
rmpn ba>a s^in ia "naNa "^sa inbïin tai^n ba ^a i-nann nnb*» 
'î-i tua nabttj nrmarça ^m "iba*s 'n abia^ rr»ansa ïibnn oaaa'a 
■pNaiia b^sm vnnn '-«aa» na-m ©an bab lÉwaVi nbtaab bernai ^pbN 
nbN ,'n mina 'ipiman '"yn» ibnNa nawn ï-rn '^izn iiaNm raab 
TairtN iNaai tabvn 1"HNa 'ib^i narpi /-, p"ip3 ny "Wïti '-«baisan 

: par; ^bnsa T'a r-i"un laaNa 



VI 

[1 décembre 1713]. 

c^m N-iaab r^ra^aai «an ï**abtt3 y*n vboa a> ['i] 'n 'r r-ôaana 
S-nan inaan ann •'amnai mïiN n"n Kio^pi n^idi i\xan b^m 
absian Sia^i tai-p ï-iba>ab ^ maai iNoa S-naai na»a 
©wi ■•ait Hnma "naaa T7a-C3 *naa n"c H"* ^"a nvranai s-mna 
i-ianai ^pn r^ban bbipnn 'on Tibapia manaia ©brcaa riT -pn^ ro 
ppa 73*hT "ibN i'na bN^naa ^nrr» iiNan lamnab Tiana tjdn nn 
nbuîauj ijhaipïi ©na iiti t^T»n »*wi bta 'on naia na^iam a-na'abp^a 
■»Mt mmaa tniaicaN pp*i "l'âNi an ûoniDwn pNan namnaa irb 
r**bi iNb hy Tnaïtt inN^a ba> ^b nas E373N ^-nb sa bb-ipan 'on ïna 
pna»na ©-naai aman baa na ^nNSa i-ram 'ta-i i-nann t>i^an 
ï-iîï-ïï 'mil 'mi mcmp^DN"! mn^sai mroi "n^n 'Tan iiNsn naamnTa 
niïJN ban fcrnbffija» -p'-p* 1 ^ 3N laamnTa iiNan ay boaa "«aiB ia> ^n 
ta^Ta^ maa lai imaa b:> on ia^Ni min ^a^b n^a nsaa -rasa tous 
^im ©i nn i^Tan amp^Nn 'nénam .ynsn 173 '^biba n^arnb ^a 
^3Ni .TiaN^ 3'ana ^a^n Sa n^N "wnptt naTan oin^ai pm^Ta Nin 
ib^oD ^pb / npi7arr r-i^ab ©ipn t-paja '^"wana nT yma n^in inan 
a^N •'aaNi 2 bb73^ ïî^tt 1N73T paTaïaai aianDa \aNa iianian tampba 
t-n^nbi ""^in r-iNiab an in cian ©ai 'n ^ti^ ba b? ^«nnTai pNra bab 
ina^aTa-ibn ^a^n is '^rnaaa 'î-t r-nT*b ^ab lam S3>73 ann ^biu: 
pbs -nb 173 ^-i73iNa it ï-TD^aNb pi73 ^ib ^aaTa •'aNn 3 N-n'aa?3 j*<a^a 
yan^a ^nnaa 'n iDnai a""nDisbp'«a p'^i T'aNnb \nana-a D^nann nbN 
ina ^bnaa 'wn ba aa 'nbiaa ïamnTai "lainwa 'ibffii nbif 13*^3 'n 
t>t*i^T nuîTa usa .itanp uy bw^nia^a isr^nbi ipbnb ^fcn nr innnN 'na 

Ô2 1 ' raNn aain ûbï5T)^n 

1 Eroiibin 10b b. 
* Ber. Rabba, 32, 8. 
3 Borayct, 3 £. 



LA LUTTE DE NAFTALI COHEN CONTRE HAYYOUN 277 



VII 

[14 janvier 1714] f. 145 a. 

•lï-Dïi ^bnsa Ynmtt ->b&ni^n -na i"tt bia ■npyrj 'nan qia» oeira 

■»ax «m an:m ïN»b ,p"Db Y'a»n naia na:a ^"t 'n 't* r^baty^hyla 
sasie» /raan Stiss 'm pm /ranïi nbiya mma rrn /rjam a"»;m 
tvd Snan *pNan ann ^amma rainai î-Tïi /twm ibn by imn 
n"s n"y Vj ,11111031 mbaaa ,mT^onai mina aboram Nbsittrs ,bTO:ai 
lannbi # t»bt i"na ©T*n ^ax YnniE /^bibn ©ip "ns /"nass i»ta naa 
,iB"baai 'Via a"ô i"nïiia naa bilan rprn Nbsn?an ann ^amn?ai a"ia 
,inba»» ind mm bmn ^mns 'natt lay^an niBN a^nia myiara nî nan 
Tb a"msu3 b'p^a p"pb nny inbra ^n ,ï"vn « w vn by^bain tt^an bia 'on 
th "raa ri^ay» ^m^uî^ by ^aai i"na banaa -T'-iniTa "paan ranima 
nx maab D*ntaaip ira Vidi hpy^bnn ï-it a^nnia qai ,!-rny tû 
abab ib riTa ,i"na 'absian "wan ma minai vu» • n^ava înann 
'ipba ma-iya tpn nm .«Ma^aïab V'p p-r pi*p ï-naai ,nTn t— j»n 
ba» :pybai i-iianpn ïamim lanai^a no^i ïamia nara iipyb '^n 
alarma "731 ^laia nvnb layb i"r ■•anya œiaa ï-rtoan n?ai ,b"Tn nai 
©"•■ yunn nn ,ban hN yan*> ain Mianpn ïamim i-iaiTaNn fiaby 
œaaa aatzjai ^'aun naia ijairy mbnb izmpn nnirn by a»i ûua f^xin 
"^n pra ara i(a)b "na »pi*TK ima by îyb variai inaa a spbn» 
yn yb in» u^a rman îaiiaba DWin 'na iroai y nna"nn tara i(a)b 
*pa p naa «pv^ na^a &a ,*nca p "»ït»ibj31 ^na p t^ïtw .by^bai 
y riT3 nai ï-w T"ay ^"yn Niiwbn ï^biai ^nsai n"idd j^nabn "ani 
n^n nnama naa nna by '^pb» man» înNiiïia isa p ^n^yaia 
p e<b /« pai 'n i-mm '« bx t^b« lab ^« nabia ^oi?a^aa ^»biyb 
t^bi ^na p ia\N '^pb^ t*«b "Hiiib nan ^ny id"»n ii<a ai-ipTa '^in 
i^ba» nain naa «t^miNa ^yji t^^o ^m ,np^ya nsia pi nsa p 
■»n«atiîTB3 ia"7ai .t^^nTai «ain r-n^nb ,a"nyb pbn ib v^ y^pna 
t^^inb 6 î^3Nn r^y-irb om nb^bn y maa 'npia an nm bai i^ba» nm 
,n"nyb pbnai myini^i niTannn baa ->by bap?a "^aam ^ea npia iai 
by naicNin n^aNn ^nnna t^n naia npiDi tûpyi bnsa aiia "j^ia 
■»^an *nana t>ib tl'n .yinb q^oin rianan nanai t^inn by^ban 
nx Tnimo "DiXQ a»izn im«b ^in ^"ud bbnb r^ïbia rmwn T'ban 

1 Sanhédrin, 92*. 

* Baba Kdmma, 25 a. 
3 Berachot, 58 £. 

* flfltf., 13J. 

8 Guittin, 68 6. 

8 Kiddouschin, 44 ô. 



278 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

aw ï-imia nacaîi Nim ,î-ïba»E bœ tibias ba ta y î-raraizirt 
Y'p ai?a\ab itin fma t*<b ien ^ana 'nain s-iaiîT) ,mbK»iDtt niaza 
maiiai ^aan trrbK 'naTa nb ra*^ ni7abia» t*mab ni nb tb^i ,'nnab 
■na /f-nip bisa ba^barr 'naffi 5"fcpn iaiai ^nnttaVi ib *nN mai 
wm iiasa m^ian dn ï-t^jw ytoin mt ^a ,idni iaa> lan p ib 
■^aaia biD mamn i-naai ,vi b\a mun '"wb» tabla r»!n ma^Tap 
tan ittîN a>">7apn a>£7aNa aina ï-pi-no aattta n ïimmb au: pm nab 
ba t^awi ,t]av> r-niNiû 'pa noa 'n »o "»t nnn «r» ^a /mTaa *»wa 
pDa*n»m "nifca '"«M» nba ba^ ïaisa 'nai n-ibiysm mTamnrt 1b* 
r-wa au: a->bs:i Taîaa fct*i«P nia»» «nerai ,a w na*b pbn ib ■pa tana 
vrr "ia Marrai inaa»a lia» étbire a»T Mb towm E|ni /p:a»!n 
imfta a>iai mblarm i©» ïinb na "^a^a niobb '"<niai7a ^■fjnsett 
rna^nb M"a tt)"i a»«Diïi ïit riïlD fw /pNn "pa **blba i«aa»îibi 
^,u3Nai om D?an innn7aa mikbnbl 'rhaab 'a anaabi Sni^ n« 
•■pi a ^b a^arr ma ^b iiûk -psa ^la» im\Da»a vas ba> vnnaiïi 
caisb Mam wm ,^ittw wrsnrtb N"a S-roian ï-iï i^« bimm jpiWfc 
rwtepfl *î"!iaai •«73a» naaiin» s-rrn ,Nmai 3 n"n *3D?a mmta ba 
Enmfa Min ï-iti ba^ban nam ,iaaa ûvpb bina niai v'd* 'laroan 
yidbi Min tableau: riiTainn Saa n?aiu37ai bbipTai iiiwa i— ma^an 
tano *pN "itt R fnriE ïiTaa^a "^ediise '*abBi» '^ai "*aim '■< ^a?a 
■fa Ta>i7a mnna ib ^^ '^ain?a 'm bai v^aa-i M73ana ariTa biia 
vmDa» lïîNa ^rttta» ^7a" , aa7ar! ï-mna '■ ) aba-i7a ï-iTaai îiTaai pi^i 
'^pnaiTa 'T"^i /É, :bsi73 '^1^3-ib r ^ai '^®3R n'a \nsowa ï-td ^sn ta^ 
wttin n« n^iaib m7aNn 12a» 'n na abai ,1m nynwi n^y nm^a "1^1 
■»»m »a^*i nnmi riwSis: nb iTa^N^ Ni: ,b»w nia» bbaTa (*!Tn ba>->bai 
n:ioba 'na\a '^pbN ■'SNbwa a^bTan avbfc ^^a» i©« fi»^»l ï^siaa 
^"13 SN">iaa i"itiiM "ji^ai ismrna b:n ^aitaaa iiuxar: ba» miai 
fcanplafc by itt^i ^tt»^ tabia» ^a bai /ipbm ^Nb7aa ib mm nmn 
1j\va mttonswi ^iTn pn *^^na7a «"^ S^bai rrn .tannin 
r-ianin i^n 13 ib «na /«aiiN tanas tas amai n\Ni ^a^iir 
'■•aa^i i^^'D n7a7a ^"n '^iNan tain a»ia ^Tai ,irsa©3b ^ini ina7ab 
^nttîN 5 b-nan iîj>^bN '173 t^ii qi? ^Tai ,ûn73a» î-i?a^aan ïi3^au:n C]nd 
t^bn bip maai uïi^Tart m^a ^bmai a^Tan m7aN7aT annri7a main 
pi ,>»! t^îbT ap >ib ba>-«baiî nn i^asa meta anan ,-imaian wa»n 
■»iai la»^ lnna»i y aa'aa aa»aa a»iaa ba» r<an e|^cn7ai ^amna ap 
aa»a ibia mi^aa "nai baan iN7a naaa ^n^a» ^a t ï-mn ba ^a^a 
mTa»a irn '->a^Nin n\apn\a t^^ip hfn yinb nstn Ninn ni^aan 
ni^aa impra niïiuj ï^tbN .n^Tana» ïiTaipTaa ^^a»i yinb î-ntll i^a 

1 2?a£« Batra, 75 i. 
5 S<«fl, i, 8. 

» = au:n bibn. 

* Moëd Katan, 17 a, comp. Kaufmann, dans Zum-ZubelschHft, p. 149, note 28. 
5 Baba Mecia, 59 fl, 



LA LUTTE DE NAFTALI COHEN CONTRE HAYYOUN 279 

; ynabrr b?sb pim ï-173-1 / t— rttiptta mwaa TOiprti t-niriNa î-nain 
*5 ,naipd wtA pi • lrnrti» , *n:i waôw Wm«^a ïinei wr ï-itti 
*npia ^lilà nNsnwi ld"ï DVû tniiarb 3>i-n na-wi *t t^bi 133a t**b 
•Ht» 'ni bwN3 nsab t^nrj nm Tfài Miinn b* ^nan itoMfp iraaa 
v'Kaia '-^airra ainri r»VrtîKjaa laba isai ^nn^n îrvbana inrwi 
ab^ii^ ^aawa liai [aiiûnxaiaih) ti^N '^aia ris vjh a an /Tma^aoi 
m»n» ,ûi» t^nîi da nïn b^bsrr fc-rptia d-ns» yi&n ï>um 1©k 
imaa datti 1*«3*èmM ï-niat '1 tasbiarr 'nrt taonsttrr i^aan Ssa 
vb* "piny^ /-n^baib Sniïï^ '1 'ps n"n iwa a*nôn "c^n m mn 
bah'bafn ,!iîh birban a? n iina "jb mm nn^nm mina b*m «ira 
'•^bn *pia b*bhs na^aa mata np"nm ï-ib^bn ba maia> mn ïbrr 
'-i ï-ît mm '">Y£rî a? "vpo*n»n *pi p ^a ,ï-Tbibii ba '•mon a? pornnb 
rrbrnd dpi d*nn marna i? mi ns dp ab ayïïa insi iimaa bcaia baiu^ 
c-^ia 'Taab ima» wsriiTi b"an maan nbia maïi b^n ^sa 'nain ïibai 
iTa^ya iNdn72U5 mjfctai /ribnai ima na N72^n abi ?|tf}d7a as '^aiïi la^a 
mm» ^aa p b* /îba ni?ainb rainb «bta maa nana a^aai rmaia 'Taab 
t^iin (*ir*»i riT r^iïi ^ ^a îbîi ïipfcft "naib 1 3^360 ba tabun bab 
bo mm&o bbipTarr 'an ma miai "nnan ,p t-nmsb nab r^bmta 
■^aa p^ma ,r-M« DWfib hannîi rppiFro: m?ai ^"nitauîTa^a 'iiso 
taamirtN ifeiovno mimïtn Fiiteinh bai "^nia&nn frmyairiîi na 
a^Dima rs7a mba ba d^ Ninn 'om ^"n n'^bta^tt '^aain ^aiNart 
'^ima ddn-od ûms tap^Tnttrsi ïiaipïii ,t=ib"i^n p idi^ n^in» 
tnnioffirt S^ 'vnpbà va^aj'i T»maibn nai ^D"»sittm .lïriTaa 
ban '■mam '^in^a tarr n"n miTab ^x-'bM 7 nad mn^nr? Sa» in 
^aN "O rbatn wa^a n^uj^a ^a^N laNo ïjn ,î-n?aa s-niioinrr 
an ^ax "|N n^p by du:ia nbaa naa^a srivnb 2 i>au5d nma ib J**iip 
'■'p b^ban j-ttt .aip-'d yidnb '"inbmBnrt '^bsvarr ^aisaM naa by 
j^tnu; ^t^a r^bn Nan^n t=bia> i^ ymn "iu:aj>T n^a^ t«<dnin rrb 
.pnii nwNd fari "nai ba iidn yn^i ^73© n^by ^a^ 1^721 / 3 -»a , a>a ï-^ia 
^kizî ■favDi tiin ^T3a dbi3>n ba t^brr # pia p^Tnnb pi y pio ''ba 
t^b *»m»b pi« t^sin pi .nïïN iaib ^tn mbnb pi ,pt3 p^trsb ^aii 
tnxap *ï >ih dN .ïinr -"Ta^L: nanu:"« J-T>ab"i ,nb^bn ii^rnbi bi^nnb 
Hiran ibu: n>ai7a ^a^ay Sniuj^ ba i^nn .n^T ri^^n msait 'n 
tau: ^d .Sii^rî usa t<b bdN id i^yb pprr "iido nbwo 'visj 
ipbNd pbn nb ^nï) I5>"i7an ma pp b? idnad y bai bd?a iTairy i^pcrj 
N7a^n y d^ip d->au:b i^iaa 3>ip"»n m-i->Dan t*i2tt^ Ta ^arn .baiu^ 
1^ b^bdn p-ob aainïîn Nap^bo Nnai r^an^na t<nd ,nmNlpi t^Taa 
^niTan nnapn , 5 inn^>a r<nn rrûONd ^nbsTD r<nn aiipa /nna^a 

1 Aboda Zara, H b. 

2 Nombres, xxxn, 42. 

3 Aboda Zara, 26a. 

* Sofa, 35 a. 

* Btrachot, 8 «. 



280 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ba vby ibirm /inmN bs aiuji ">a t|« iana> naia*» r<bi /inmap Mrth 
Sa ''aiaan mttnnn bai ,nTinn naiattai ^"na vairon mban 
ia» nnnn n-* m^nat ba> a n;na73 «rom tabia» na* ia ipam mn»inn 
nnn n7aan ba> rmiîib bilan 'n hN unpb n^bia naiiana aira-» -o 
■nan t-rbs ,imna Sbn nm nnn ia"ta unip-n inaiTaa tpn n;aN 
'•naorneÉn '^aann '^wn n>an 'n laniN aa> vna nraa m îaa mnan 
■wm nia ai latt» rnnaa [^nna] nnai msas 'n rnaap' '-^apTan 
,p"Db yn^n anpa 'n ^aa ^a pan law 'ob imbbm ia 'n ia*iNb 
rnb^aa ?nft*ai ,noa pb ?nb©toa nai^a bip '*n?a ,na&o naa» *aaN 
taama inT nam "Wi "nora n» ^aab nma^abi mab nvnb naa 

: pan ransa Ta naa>a 



VIII 

[14 janvier 1715] f. 135*. 

i-mrp VnniTaa abai7an bilan ann 'un ^ainab anp^ wn an 'ibo 
pan ^bnaa n"nni7a "pÉurn» «Trra t**a nrn 'nan niBKa ,i"m bama 
pb ,t<in an -o maa 'piazb s^btû 'nan ï-^aa ia «"n ,i"na bilan 
■pains: lasia '"npvn '"«nain naina taancb mmpa n"aa>7a ^y irff 
■pnnNEn ab pn nTay m-attnbi ibbn '^siicnn mynbn naiob aanb 
ntananE t^p-na ny nab nnab mna vwib ,nbiT «b tvrnb 
SaiN N3 pb /■nEiy un pntta fnanoi ,ea-pb inaTaa-a '">anan 
•pnnwan aa« nmm "n ia ©•*« fi«an 'row nT 'pan p->aan ^pnanb 
innaN oaia ,nayrab 'iron San 'ma aay nrwnnb laam ibbn 
nnbttîb nstm ûa ,aainnn by taba iNia^ic "na 'na\a imbbsn 
n« o^ainb i"na inat n"n-i?a ïicon nyna ^aa ba by ^a îmwb nn7a"> 
irnnmD«i ^ipNi 'Va«b ^s:n pai t Ttyiû ^ab la^^a t^a:7aan ba 
'■«apT-n bNi 'oa n 'v ra^n a ,v ain d^boiT.! t^T^t n^?a aa^a /nMb 

: *'"ian n?aN 
nm ûinio ma>iaï5 nT nan ,p"Db T'yn na-j ^"t 'k '-p t^boa>na 
aam t-ia>-r^ 7 7aNa niai ,"inba>7a n^a aim tamn n-nna 'naja ^a^an 
inn^^irai nb t::n ba ay Nin- np?an p tn«atbi a-a7a mpa>b inba>7a 
r-naN ib yana nna^i ,nao»m "annn mi7aa n"n mba ba> isn ^y 
gainai .taOTa ima ^aai in'a^ nx nbwi # nw^n niaa> naa nuJN n->a^n 
t^sb ^a nann nibs:*« 'm y riaD-« naa iaa>inin t^b ^a -"n^ar ba> na»ac 
-itou: ruj-iip maya ^attb "jna lia n©N aa'aa '^na '^abmb aia yaTa"» 
ypn-> npTa mr^ai naa^ n^Ni ,a>n nan a>m c*<b mat» nTai^ai btian 
Sia 'an ,n7ann rn"aa>7a ^yn^ ban iNai^ai iNaaiTai imnwi iaiaa bn» 

1 = a^ana nmna. 

• Sabbat, îioa. îana = ^n7aw ann "nia. 

* Moëd Katan, 28 a. 

* 9 février 1714. 



LA LUTTE DE NAFTALI COHEN CONTRE HAYYOUN 281 

:maia"bp^a p"pb i-rny inbttî» ^aa ^"iia )vn t**"rn banbatt «^«m 
•naa n535K ■»m»«îa ba> ia&n ,Y'ia bwnaa i"im73 "pîurt i3]mn53 in 
n« nwb D^ltaaip np« v»i banbatt ïiî omnia ri^o ,tina> ma tn 
abab n n?a Y'ia '"ubsnttrï "rçiaurï lam» nr.n&o tun mDra in^nr: 
*«n '■«pb» niai573 spn iu3n ,natnBb Y'p pii pim rpawi ,i-iTrr ruon 
,a"Tn nai S5 rob»i manprj lannm ianai?3K nci iûiiiû nsa np5b 
ïiai73N!-i "pas* sam» nji /îaia mnrb 135b n ">ai5a una» -w PiTai 
b5 ^n d© N^nn Y'ttîi 5U3in j-rn ,barr pn *am Ni:t rriaiip:-: mmm 
inaa 'n tprrca t3a33 û«i»m i"aiûi naia 173^5 mbnb ttiipn imtri 
iia&o ,Pinaip:i 'inj ib ^n /piïi 't»» ib ^ia p^ts ims b5 T5b B*rsruai 
wma ,b5nai 5i yb "piTai an u^n rrnon lairaba D^nm na> 'rû 
r^nabr: sam *pai *pa p ^3N "pn* ÛN '"^ P w«*3i *pa p 
ma -ni ris"> riT ba D5 /m rs"5a f<ii73bp r^bian nsoi t^isa 
rim laaiaa ,iaa ma b5 'ipb« niNitt i-rjoiria laa p wtayaia 
p Nb /n pan 'n nnm 'n b« î^ba -iab "paiabia t*witoaa "^abiyb 
p Nbi *pD p i3^N '*pba Nb 'nrab nar via> u^n i^a anpE '^lain 
ina> nain ma Nmisa ^5ïai t^njs i»m ,ipna iaia pi isa 
■*pwnïTO œ"»i carrai r<:ain imm'b a"nyb pbn ib *pNi 5^pia 
jvsaNi ' rroiTb am ribnn /ma '-«ipD tan nai bai T*b* fiai 
rnanaïai niTainr: baa n5 b3p73 ^aam /ro ipia iai s^^inb 
■^niJiNa ^nana itaa nain npu:*i ©p5i bnsa tana V N '^ /a"-5b pbnai 
t*<b lia» 7 5ir;b qmn n^nai rr^naT .ï-ith b^^ban b5 mdionih 
'nsia *iai im^b ^i« /^"id bbnb t*ïbtD vm^ian T»ban ">iai ^najia 
ï-nmo riD^ati s^im .inb^w bia B^bjae ba D5 r-rs^a^rt n« imma 
n^b«nirirî n^a ac d"^7ji /^asn 11a 1 -L3"727a ï— rb^7ab rsa^a^n ista a^^ 
.ainab Y'p 5"i72u:b "jt-in "jn^a t<b i^n .i-ranai narfa 'nain rraim 
nanai 5^-»nan imbaio 'na?a ib ^t tm7:bi5 xnab na ib ira^iai 
ib *ix »îinp bia ba»-»ban 'naia 5">7op:i naian inTo^abi ib ^in ,i-nai 
"»n^i i'ûnd hviai n« ri5-j7a 5UJirr ï-tt ^a ,idni ibs> nan p 
"aaia bu: m^mn t-Tîoai vi bo hiûri 'i«bn tabia i^rn ^n^^p 
tan iu3N 5^pr: ysnwa ina r-r^rtua ^£733 'n rr^Tana o^a pn nab 
ba ^^3731 ^dt 1 s-ciNt: 'pa 'maa '» '0 ^t nnn «i ^a /"mta ^aoa 
">n?3^ '•'Dffia tari nb« bao aaiira 'nai mbiyem smTamnn ib» 
inbon ^niaNa bNiu3^ r-11573 u:nan73T a"n5b pbn ib *j\n tsïia pDJnnïii 
t^^i^ai innrn n^N 1-1731^73 5i-> Nb rsiïîaa cjni /l^a^n MT73 tao 
5u:i mbiann ^©a» 'jilb na ^D\aa ii73bb 'niai73 'jmnao vn ia 
><"2 ©'^ 5u:irî nT naia ^ni .yi^n 173 '^biba b n-«a5nbT ini73a 
,'bm Dwn innnwN m^b^bi t-naab 'a aia^bi b^ic^ dn nwtanb 
i'a $wn .ma ï*<b iidn vca bi5 im©a»a i^aa S5 i^nnairr i^Nai 
,117373 B*^atiîib nbiann N"a ncian nr V N H?in"»m pini: -pia 
^735 nain73 Nim ^narr n"n ^073 mn v o ba tûisb nrn ^aa^i 

1 = iiitataa. 



282 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Hbïni ,©aa avpb brra man ^"a? ^ahaaïi '■rçbvipH ma^ttph "jnaa 
Saa ^natn bbiptti hnsn ffnatoi simti t^iri ï-itn b^-»bni-j 
'•'Tsomstt ^abai» *»M*i '^iNa "* n 373 tibdi fctart feab*tfaia mTaifift 
bai /pa^ai ricana kbhM bi^i^ aia aaiu; *p« ton t-na^» î-to& 
i-mna '•&&*& tra&S pisn Va riTa t-inriN ib tz^ "rça-iïto 'n 
'-i^-i 'iiaaN Y'a '«nôbHto !-td ">d« ta} *in"»të* h»fite fcar;tt3> '^bDB 
'■'bina Mao-nûEi ïmeri&îa nbrsp t^o^b p"pa tam /^ban» ^mb 
/ïtT" wnnai ïi£a> ï*im«a vu '^pr-ia-ift '^-^ '■«abaiTa 'b ab ^npn 
m? bba7û Htrt banban tàwn ris rpianb iT/atti na* n ttfe abai 
ton N^m ^naa "wn to*H nnrnh rtehat ib n^&r e*& bfctW 1 
^nwîl ba> hnort îairaba 'naia '^pbN ^a^b^a a^buai sw yn? 
ib mm T^nn ,f"ia banaa T'irritt 'psatt i;;mn» b*1 iY'aiïaaÉfc 
Hîi ,taanai»fin taanpiat ftw l p fc pi" tabia* ■'«a bai '^pbx ^Nbwa 
# rwi '■wat ïa'WB JrnaoTisiatn jypïi *^n wisis »** ba^ban 
/îna^ab -nan wa»b s-tonn yct ^ ^b ^8 ,ttàTîî* tnaa taa 'PVoi 
HrSTDn qwa ^caatDîi voro ît:?2 *«"r; ^aa^n '^aittart aTn aha nn 
ai-inn» main ton bvratt w^bK 'T2 t^irr rpy "»»i -tar^a* ï-na^aon 
irparan t^sbi bip t-iaan îa-nttïi rra ■'bmatti fca^n r-i7:N73i 
tap pn an «bi tap c<*b banbaï-ï Min /îiaaaa tnwta arjai ^msim 
*ava "nai ia»fcr î-rnan ,tt22sa araa ;":d ba> r>*an tpoisn MiaEina 
îrraan ara ibttî r-n-psa ^m baai nwn inaoa Tirv ^a ,î-ïnt"i ba 
^as tniT^n s — tti '^aiiMrirt lœptiio t^^ip ï-ipn ynnb ï-t^i-i c^nrin 
^"ihto r<ir!UJ ^b« .rn^ir ï— iTaip^an t^^^aiprt •p-nan ynnb nin 
brab inn^ M72T .rtttipioa n-iwS^as ^^asipm mineo r-r:nn ï^n^sa 
*ni7ab pn fTvnaD^Ta s*wm s^rnRaia nN73n t^:rrN ï^7ût "jiiabrj 
^1^^2:^7:1 nm Dius mnttî^b snv la^Ni ^n^ î^bi nwa t^b ^a isipa 
•rnsab c>:nrr m^s *i"»tîdi .n^inr: b^ inain -isarp tcnd ipu; ^na^a 
cannn nmattia "laba naai miran n^bana in-pïïi n^n-» 'n b^a 
Htt^i aiian ©*'« '^ana ^d nt^n aa^i .n^ma^aoi *'"Naia ^TaanriTa 
Nin ttt riTn b^bart m^na ^i2£tt yiNa î^i:-:: ton tabtsih^ "nbacwa 
waa taoi .rn^naT 'n 'n prm?::-: domCTart n^a^n bi:N niNn» .aaia 
rbj> y ta i^73 , va "irbanb b^no-' 'n 'pa n"n "intj aion o\x m ri^n 
,ï— iTn b^bari a y 'a Tina *jb rttm fnTDftai frmna b*na r<nno 
b^bna ïia^a T»nao np->-ina rtb^bîi ba rt»v în^n tbrt b^barin 
'■<p03>ri?ah ^n^i p ^a ^b^bn ba ^mbn ta^ paarinb "^atbh ^ma 
&b uy^a nnDi ïnTa^a bai72 Snto- 1 7 n ïtt irrn ^nwrt car 
■^aa '■hàih nb^i rrbîiaa api tavn "niNrtttî n^ mi na aap 
t^i: '-"TàT^ uj^n Ni& n»«b m^a73 îfi^atirh ^"bîi Tann ibo s-i->an b^a 
iTaas^a nNsnttta ^n3>7û\ai ^nbnai \n^a nx xnvr\ t^sbi q^a^j 
^a» p b? /ib« m?annb \mnb xaia inoa iana '•'aai ï-tt^uj -iTDNb 
Mt t^in ■»*] ^a ,tbïi pptti-r naib 1j^n"« bab tab^ïi bab ^pfrna 
Sbip7orr 'ors nN Tn^i ^-inNi /p mo^b iab NJbtt^ Nirr ï-tpni 
# r-i^attJ caiïib amnn ^oirna nwai ainuo?:^ 'nnao bu> n^^Ni 



LA LUTTE DE NAFTALI COHEN CONTRE HAYYOUN 283 

iïtoito miEinni t-nainn bai /yyvomnn f-fittinn na •vjn p^triTa 
m» ba taay t^inn 'om ^"n s^'^bsa"»» ^an '^iwn '"«aain amin^ 
bms amaa 'ip^rrai nanpni y tabu>n 173 lato vnnN a^ainra 
nwnïi ba> '"Hipaa rswi wwribn -nai 'iD^Bittm /im»a "mm» 
prroa muaim baa *vns»i '^nm^ un n"n mmb '*>}abn ht 
Htttei naia ib Nnip ^aa ^a i^bani ws*a msna» *ah« ^awa t|« 
'"•maan naa S^ on ^n t^n ,itrp Sa> au: abaa naa» mvnb 
,n*3Ta Miia ïi^b '^p bsnban riîi aipra ananb ^Moiiôion '•ubaTan 
1^731 ,*wn msta ***niB pï^ta t**bi s^inai ,t33biy 12 ynn ■rcwan 
p*nnnb pi y pio ">ba ,pisi n»Na an ■nai ba im yiNi '^eib ^by ^n 
pi ,pT3 p-<Tnb wi *p N ^ " , ï™i wk ■p-ran abi^n ba t<bn ,pia 
Twnbi biannb Nb "nwb fana f<in "pi ,m»N iaib ^3în fc-norib 
nûyn fc-naast 'ri tnwp ^a t^b un ,nn:? rosa nama-» nttbi .t-îb^bn 
naa nbiaia /vitt nsyi ib\a î-jei» wj b«iw ba isa^an ,fc-iNï 
San ba» i»i£a> i^pan ûib ^a ,brttn usa t^b baa 12 "p^b ppn 
ia 'pvwi ,bfrn^ ^pbaa pbn ib "pNia Wttrt nia iip b* ianaa 
riîri^ipi È*4?aa t^am .*»*ip ta^aïab i^naa anpra inmaan ^^» ,, 
,liWB ia> b^ban *jTob aairnsn r^ap^ba t^nai Namna t^na 
,imiap ann n?an mnapi /înm» nïih mao^a /înba» Nnn anpa 
mbNïi ba vhy ibimi /in»iN bwN ana*> ^a t|« y iaia? iaia^ >6i 
"»iNan m»inn Sai ,î-mnn i-nttxm '^ana nnna maman 
ia> uniit Sa> ^pa» icrûm ,tDbia> 1* la ipai-" rmi^inn Sai 
mnnb bm^n i?3\a nx unpb riwbw naniana ai\u^ ^a i* ,inn 
Sbn iujn mnn u:"^a ©np^i .inaittN ^i^n muîN nnn mw^n Sa> 
ï-iTan '!-r ^aniN toa> mia muaN m ^n mnan nai mbN ^mia 
•\-na miai ïm«ax 'n map '\xap73n '^omottri '^aain '^ai^n 
■o 9"in \yxb 'ob imbbm ">a 'n ^a^xb ^avi niaan "«auji niaa 
\nb\a»a .isr^a bip ^i» ,isni iaa> "»aa^ ,p"Db yi^n aipa 'n ^a^ 
^3N ■'i» ^aab niwttîwbi m«b nvnb .idd nb^?ja mNa ,iaa "jab 
: pan ">bnaa mn5>î3M n"~ .isya ama inv ,iam ^dii 



JOSEPH IBN DANON DE BELGRADE 



La chute de la domination turque en Hongrie, à la fin du 
xvn e siècle, causa la raine d'un grand nombre de communautés 
juives des plus considérables. Les florissantes colonies juives 
qui s'étaient développées dans le Sud-Est de l'Europe pendant 
les cent cinquante ans de la domination turque furent, pour ainsi 
dire, balayées du sol lors de l'effondrement de cette puissance. 
Les incidents les plus mémorables de cette période de souffrances 
furent la destruction par le feu des communautés d'Ofen et de Bel- 
grade. Lorsque le croissant fut abaissé de la citadelle d'Ofen, le 
2 septembre 1686, l'heure de la mort sonna pour une des commu- 
nautés juives les plus importantes et les plus célèbres l . Deux ans 
après, les scènes d'horreur d'Ofen se renouvelèrent dans les murs 
de Belgraie. Le 6 septembre 1688, lorsque le prince-électeur Max- 
Emmanuel prit cette ville d'assaut, après un siège de trois se- 
maines, qui fit un nombre terrible de victimes, la communauté 
juive, qui avait prospéré sous la domination turque, fut également 
écrasée par le vainqueur. Les habitants juifs furent emmenés 
comme butin de guerre par la soldatesque, avide de toucher des 
rançons. Les paisibles habitants de la communauté de Belgrade 
furent transportés dans les contrées les plus éloignées. 

Parmi ces martyrs, il n'en est pas un que nous puissions mieux 
suivre dans ses pérégrinations que Joseph ibn Danon, réfugié de 
Belgrade à Londres. Il est comme le type des figures de cette 
époque et mérite que nous lui consacrions encore une étude, après 
celle de M. Elkan N. Adler, qui le premier a appelé sur lui l'atten- 
tion des historiens des Juifs anglais 2 . 

Membre de la famille Ibn Danon fixée à Belgrade depuis des gé- 
nérations, enfant unique, Joseph 3 , fils de Jacob b. Moïse ibn Danon, 

1 Cf. Kaufmann, Die Erstûrmung Ofens {Megilla Ofen). Trêves, 1895. 

1 Jewish Chronicle, 28 juin 1895, p. 20. 

8 îmfp I"P3 rO-ÔD, n° 18, nomme Isaac ibn Danon. Un Joseph b. Moïse ibn 



JOSEPH IBN DANON DE BELGRADE 285 

reçut une éducation fort soignée, conforme à l'idéal des pieux Se- 
fardim. ^acquisition d'un savoir rabbinique très étendu, la maîtrise 
dans l'usage et même l'abus de la langue hébraïque, tel est le but 
qui stimula le zèle et l'activité du jeune homme. Ayant suivi dès 
sa tendre enfance l'enseignement de R. Joseph Almosnino, le jeune 
Ibn Danon devint l'ami et le secrétaire intime du célèbre rabbin 
de Belgrade * . 

L'étude du Talmud avait depuis longtemps, grâce à des maîtres 
célèbres, un foyer dans la communauté. Enfin, R. Simha b. 
Ephraïm Hacohen, si renommé, malgré sa jeunesse, pour son ca- 
ractère ainsi que par un ouvrage reconnu comme classique, avait 
donné de l'éclat au rabbinat de cette ville. En Tan 1661, la com- 
munauté d'Ofen l'avait appelé à la tête de son rabbinat. Mais 
deux mois après son entrée en fonctions, R. Simha s'en revint à 
Belgrade 2 . Il était devenu, par son mariage, le parent de plu- 
sieurs membres de la communauté d'Ofen, où, peu d'années avant 
son arrivée, il avait été décidé qu'un rabbin ayant des parents dans 
la localité ne pourrait être élu. Il semble que son séjour à Belgrade 
ne fut pas bien long. Il y mourut probablement en 1664, à l'âge 
de quarante-quatre ans 3 . Du moins, nous voyons à cette date son 
gendre et disciple Joseph, fils d'Isaac Almosnino de Jérusalem, 
mari de sa fille Léa et neveu du prédécesseur de R. Simha, Juda 
Lerma, lui succéder à la tête du corps rabbinique de Belgrade. 

Joseph n'avait que vingt-deux ans lorsqu'il occupa ce poste si 
honorable 4 . Peut-être fut-ce son jeune âge qui lui attira des 
inimitiés et des persécutions au sujet de ces fonctions si enviées. 
Ces vexations paraissent établies par le fait qu'on prit prétexte 
d'un de ses sermons pour le menacer de l'interdit. 

Cette attaque venait vraisemblablement d'un savant. Almosnino 
sacrifia sans doute au système des interprétations originales et 

Danon de Goïmbre, disciple d'Isaac Aboab, composa, lors de l'expulsion des Juifs du 
Portugal, un traité de méthodologie talmudique, à Fez. Voir mss. d'Oxford, n° 850. 
Joseph b. Jacob b. ibn Danon vécut en 1615-1625, voir Steinschneider, Cat. BodL, 
p. 295. 

1 D'après la préface du manuscrit des D n JP-)tt5 ÏT23bl25, qui m'a été obligeamment 
prêté par Ascher J. Meyer et que je publie dans l'appendice. 

* Cf. EP-iDN "lJtD, n° 67, f° 43 b : ma 313 VH13 p"p3 'T3H 3nrj pïTltrî TJ5N 

'^îznn -wd *p* ibi». 

3 11 résulte du dri"13N "pfà.de Daniel Estrosa, n°73, comme M. le rabbin Alexandre 
Bùchler me l'a montré, que R. Simha était né en 1620. David Conforte, Nllp 
rVWHÏl, éd. D. Cassel, f. 51 b, rapporte explicitement: 83 Étbl D"^" 1 "piNn Nbl 

ïrapï bbsb. 

4 Ibn Danon dit que Almosnino présida pendant vingt-quatre ans le rabbinat de 
Belgrade. Joseph rapporte, dans ses Consult., n° 54, f° 111a, que dans son enfance 
il était déjà le disciple de R. Simha, "NÛ"^» rP33 Wttb \"ûp 13>3 irTPfi31ï) 

b"i "van Ti72 3-in bu:. 



286 REVUE DES ETUDES JUIVES 

parfois même forcées de l'Ecriture sainte et se laissa aller quel- 
quefois à des hardiesses inouïes. Mais un jour qu'il cherchait à 
éliminer, par une interprétation subtile, le nom de Dieu du verset 
de l'Exode, ni, 12, et à substituer à l'adoration de Dieu l'adoration 
du veau d'or comme étant le signe donné par Dieu de la mission 
de Moïse, son pieux adversaire ne put se contenir davantage et 
crut devoir exprimer publiquement son indignation, en invoquant 
contre le rabbin hérétique la sentence arbitrale de R. Ephraïm 
Cohen, rabbin d'Ofen. Celui-ci condamna sans doute également 
cette interprétation malheureuse, qu'il ordonna à Almosnino de 
répudier solennellement du haut de la chaire, mais la sagesse, la 
mansuétude et la haute érudition de l'arbitre invoqué par son 
adversaire et auquel Almosnino lui-même s'était aussi adressé 
dans l'intervalle 1 , empêchèrent toute nouvelle querelle. Appelé 
comme juge de près et de loin, absorbé par ses fonctions dans 
la communauté, infatigable dans la préparation de ses travaux 
de prédication, Joseph Almosnino vit bientôt grandir son nom et 
sa réputation. 

Joseph ibn Danon, son disciple, était devenu son aide actif, re- 
cueillant avidement les enseignements de son maître. Les cahiers 
dans lesquels il consigna les sermons et les discours de circons- 
tance, surtout les allocutions de deuil, sur l'obituaire des sa- 
vants juifs, dans lesquelles Almosnino excellait, atteignent le 
nombre de quatre cents. La riche correspondance rabbinique qui 
arrivait dans la maison de Joseph Almosnino, était confiée aux 
soins d'Ibn Danon. Il était le secrétaire du rabbinat, entre les 
mains duquel passaient toutes les consultations et les mémoires 
qui étaient demandés de l'étranger. Ces mémoires de jurispru- 
dence avaient acquis une telle réputation que trois Mécènes de 
Constantinople, Abraham Joab 2 , Isaac Meschoullam et Jacob 
Cordova, se disputèrent l'honneur de publier une collection des 
consultations du célèbre rabbin de Belgrade. Almosnino avait 
déjà préparé pour l'impression une centaine de ces mémoires 
et obtenu les approbations des rabbins de Constantinople et de 
Salonique, et des délégués de la Terre-Sainte qui fréquentaient 
sa maison 3 , afin que le volume devînt « un témoignage en faveur 
de Joseph » , lorsque la catastrophe fondit sur sa ville. Le 

1 Voir la préface de Joseph Almosnino au 5|01ÏT!3 rm3>, à la fin. 

8 Ce nom est à ajouter aux Joab énumérés par Zunz, Gesammelte Schriften, III, 
162-177, et Steinschneider, Hebr. Bibliographie, XI, 103. 

3 D'après la relation de Joseph ibn Danon. La collection fut commencée après 1686, 
car elle renferme l'adhésion, datée de cette année 1686, de Salomon Aboulaûa, délé- 
gué de Hébron, à la décision d'Almosnino, £p")!"P2 mi 3% n° 51, 



JOSEPH 1BN DANON DE BELGRADE 287 

14 Ab 5448 (10 août 1688) l'armée des impériaux se concentra 
autour.de Belgrade. Le 6 septembre suivant, la ville était au pou- 
voir des ennemis, exaspérés par les pertes subies pendant la prise 
d'assaut 1 . La communauté de Belgrade périt. Ses membres furent 
faits prisonniers et emmenés par les troupes, qui les exposèrent 
en vente sur tous les marchés pour les faire racheter par leurs 
coreligionnaires. La troupe des prisonniers traversa la Hongrie, 
presque dépeuplée de Juifs et appauvrie, et, sauf ceux qui furent 
retenus dans le voisinage, par exemple à Esseg, elle se rendit en 
Moravie, où les communautés quelque peu importantes firent des 
prodiges pour le rachat des malheureux bannis. 

L'incendie avait détruit tout ce que possédait la communauté de 
Belgrade, ses synagogues et ses collections de livres précieux. Les 
œuvres de Joseph Almosnino, à l'exception de l'unique volume de 
ses consultations préparées pour l'impression, sauvé par miracle, 
étaient également devenues la proie des flammes. C'est avec peine 
qu'il échappa lui-même à la mort avec sa femme Léa et ses trois 
fils, Simha, qui portait le nom de son beau-père, Isaac et Juda 2 . 
Désormais il prit à tâche d'organiser des secours en faveur de sa 
communauté dispersée et de susciter partout la charité de ses 
coreligionnaires pour les prisonniers qui avaient fait partie de 
ses ouailles de Belgrade 3 . Mais il succomba, à peine âgé de qua- 
rante-six ans, sûrement épuisé par les émotions, au début de sa 
tâche nouvelle, entreprise avec tant d'ardeur; l'inscription hé- 
braïque, avec un sens profond, le désigne comme centenaire (nara 
= 46) : il mourut à Nicolsbourg, l'avant-poste des communautés 
moraves, qui fut son lieu d'asile et qui était toujours prêt à tous 
les sacrifices 4 . De nouveau, la nuit s'étendit autour des yeux 
des fugitifs, partout où arriva la terrible nouvelle. 

Joseph ibn Danon avait reçu la nouvelle à Kremsier, commu- 
nauté de Moravie, après celle de Nicolsbourg, la plus généreuse en 
faveur des prisonniers de Belgrade. Il avait espéré se reposer 
dans cette ville, avec sa femme et son enfant unique, Moïse, des 
émotions et des indicibles souffrances du voyage. Ils n'avaient pu 
sauver qu'avec peine leur personne de la ruine de leur ville natale 
et ressemblaient désormais à des mendiants exposés à la mort 
par inanition, à moins que la pitié de leurs coreligionnaires ne 
s'éveillât en leur faveur. C'était encore une consolation de penser 
que Joseph Almosnino avait exhalé son dernier soupir entouré 

1 I. v. Hammer, Geschichte des osmaniscken Seiches, III (2° éd.), p. 817 et suiv. 

* Préface a'Ibn Danon. 

3 Voir la préface d'Isaac Almosnino au flOiri^S nn?. 

* Cf. Kaut'mann, Die letzte Vertreibuny (1er Juden aus Wien, p. 170, note 3. 



288 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

des siens et trouvé une tombe honorée dans une grande commu- 
nauté juive, alors que tant d'autres étaient tombés sur la route et 
avaient péri, ignorés et sans nom 1 . Ibn Danon ne put séjourner 
plus longtemps en Moravie. Ignorant la langue du pays, ayant de 
nouveau perdu toute espérance par la mort de son maître et ami, 
il continua ses pérégrinations de ville en ville jusqu'à la fin de l'an- 
née 1688, où il retrouva le repos à Prague. Mais il n'avait pas en- 
core atteint le terme de ses vicissitudes. Tout d'un coup il pensa 
à Amsterdam, où il espérait trouver enfin le salut. C'était la ville 
de prédilection de tous les Sefardim, l'ancien port franc de tous 
les malheureux fugitifs, la grande communauté aux ressources 
inépuisables, grossies démesurément par l'imagination des mal- 
heureux cherchant des secours. Il s'y rendit, grâce au concours 
des communautés qu'il traversa et dont les plus pauvres lui four- 
nirent au moins les moyens de se rendre avec les siens en voi- 
ture à l'étape suivante de son pèlerinage. 

A Amsterdam, Ibn Danon trouva un asile sûr dans la maison 
hospitalière de Joseph b. Nathanael Sarfati, beau-frère de Natha- 
nael Foa, l'imprimeur d'Amsterdam, qui était renommé pour être 
le protecteur des proscrits et le bienfaiteur de la littérature juive 2 . 
Sa maison, qui était un centre pour les savants, s'ouvrait à tous 
les malheureux qui venaient y chercher asile. Sarphati considé- 
rait comme un devoir d'honneur d'aider de ses deniers les auteurs 
juifs à éditer leurs œuvres 3 . Prendre sous sa protection le savant 
proscrit, chassé de Belgrade, fut pour Joseph Sarfati chose natu- 
relle. Il se sentait largement récompensé en recueillant de la 
bouche de l'exilé les interprétations ingénieuses de l'Ecriture 
sainte de Joseph Almosnino. 

La nouvelle de l'excellent accueil qu'Ibn Danon avait trouvé a 
Amsterdam n'était pas restée ignorée de la communauté dispersée 
des exilés de Belgrade. Un autre proscrit de Belgrade, Moïse Co- 
hen, fils de Michaël b. Moïse Cohen de Salonique, surnommé More 
Cédek, d'après son ouvrage ainsi intitulé 4 , gémissait encore dans 

1 Paroles d'Ibn Danon dans sa préface. 

a Foa lui-même le célèbre (Approbations au Û*HDO p3N de Conque), en ces 

termes : tr-man tp":iu)b mns imn. 

3 C'est ainsi qu'il tut, avec Moïse b. Juspa Emden, le Mécène de Jacob Schor, 
lors de l'édition du tfnB'Hn ÊÙDbD (Amst., 1693). 

4 Juda b. iïoseph Péreç nomme Moïse dans la préface du "piab ÏTID ' DOnït 

ûoniD^n bvwn nnn p b^-ro-n an-i toco ttiun ton Mpn n-ido ûbian 
"ïpmbND ton bania^ ttamo wa b"piaw yroïi b&o^ nnmwD îlTra. 

Azoulaï, D^bn^ïl DO, éd. Benjacob, I, 39 a, n° 110, vise notre Moïse b. Michaël 

en disant: rm?2 mn p iron nra ■Vin» sroia V'd ontaipa tt^ni p 

1E* iriN K2ED K1Ï1Ï3 pli:. Cf. ibid., II, 78, n* 75. 



JOSEPH IBN DANON DE BELGRADE 289 

la servitude à Esseg, où une partie de la communauté de Belgrade 
était retenue par l'armée autrichienne, lorsqu'il crut, lui aussi, 
voir luire une lueur d'espérance, en apprenant le sort de Joseph 
ibn Danon. Son fils Jacob avait été arraché de ses côtés et jeté, 
avec Joseph Almosnino, dans le ghetto de Nicolsbourg, où il fut 
entretenu pendant une année 1 . Cependant son père s'occupait à 
Esseg de la composition d'un manuel épistolaire hébraïque. 
Gomme par reconnaissance pour la bonté gue Joseph Sarfati 
d'Amsterdam et son secrétaire Joseph ibn Danon lui mon- 
trèrent en lui adressant leurs réponses amicales, Moïse Co- 
hen inséra cette correspondance dans son opuscule 2 . 11 est vrai 
que Joseph Sarfati n'avait pu lui conseiller de venir également à 
Amsterdam. Sans doute, on ne laissait aucun de ceux qui venaient 
y chercher asile souffrir de la faim, mais les ressources de la 
communauté étaient épuisées par les demandes qu'on lui adres- 
sait de tout côté, et même la charité privée y était mise à contri- 
bution d'une façon excessive. Moïse Cohen, sembie-t-il, se rendit 
d'Esseg dans une autre localité. Peut-être chercha-t-il, lui aussi, 
comme Joseph ibn Danon, un asile temporaire dans le ghetto de 
Kremzier. Du moins, nous savons qu'il se lia d'amitié avec le rab- 
bin de cette ville, émigré en 1701 en Terre-Sainte, Joseph Isachar 
Bar, le fils du cabbaliste viennois R. Elhanan, vénéré à l'égal d'un 
homme de Dieu 3 . Même les deux familles s'étaient apparentées 
par une alliance. Michaël, fils de Moïse Cohen, avait épousé Abi- 
haïl, fille d'Isachar Bar et de son épouse Taube 4 . Mais tandis 
qu'Isachar Bar se rendit en Terre-Sainte pour y finir ses jours, 
Moïse b. Michaël Cohen resta à Venise, où il se lia avec Juda Péreç 
de Raguse pour composer avec lui un ouvrage et le choisit pour 
gendre 5 . Sa fille Esther devint l'épouse de Juda, le fils de Joseph 
Péreç 6 . Il semble que les deux rabbins gagnaient leur vie par le 
métier de correcteurs dans les imprimeries de Venise 7 . 

Joseph ibn Danon, grâce à la protection de Joseph Sarfati, 
s'était, en quelque sorte, éveillé à une existence nouvelle, et il 
eut l'ambition de briller de nouveau comme écrivain. Le nom de 
Joseph était devenu si significatif dans sa vie, ayant été porté 

1 Kaufmann, l. cit. 
» Voir ^Dio a? (Fùrth, 1691). 
3 Kaufmann, l. cit., 82, note 2. 

* Voir D^lti) îlObtt de R. Isachar Bâr, à la fin. Moïse b. Cohen est aussi 
l'auteur de l'index de cet ouvrage. 

5 "panb ms (Berlin, 1712). 

6 Ibid., préface. 

7 A la fin de 1709, Moïse recommande, en compagnie de Juda Péreç, "H 3*7 
t|D*P, de Joseph b. Mordechaï de Jérusalem, où il est aussi cité, f° 8 b et 10 a. Cf. le 
frontispice de l'ouvrage. 

T. XXXVII, n° 74. 19 



290 REVUE DES ETUDES JUIVES 

avec éclat par lui-même, par son maître Joseph Almosnino et son 
protecteur Joseph Sarfati, qu'il résolut de prendre comme titre 
d'an ouvrage « les trois sarments » dont il est question dans le 
songe expliqué par le fils du patriarche Jacob et qui semblaient 
se retrouver dans le songe de sa propre vie ; cependant, ce n'est 
qu'un seul de ces trois « sarments » qui parvint à la postérité 1 . 
Les imprimeries d'Amsterdam offrirent également à Ibn Danon 
l'occasion de se produire. C'est ainsi que nous le voyons, en 1692, 
composer un index des abréviations pour l'ouvrage de Hizkiya de 
Silva 2 . 

Joseph Sarfati paraît être mort dès le commencement du 
xvin siècle, peu de temps après la fin de la première période dé- 
cennale du séjour de Joseph ibn Danon dans sa maison. Du moins, 
nous voyons qu'il est déjà désigné comme défunt dans un livre 
imprimé en 1702 grâce à sa munificence 3 . La mort de son bien- 
faiteur obligea Ibn Danon à quitter Amsterdam et à recommen- 
cer une nouvelle existence à Londres, où, comme M. Elkan N. 
Adler l'a montré, il eut le bonheur de trouver des disciples recon- 
naissants et pleins de piété envers les écrits de leur maître 4 . 

Cependant l'espoir que Joseph ibn Danon exprimait au début 
de ses a trois sarments », à savoir que l'unique héritage de Joseph 
Almosnino , le « Témoignage de Joseph » , fût un jour livré à 
l'impression par sa veuve et ses enfants, devait se réaliser aussi 
grâce aux mêmes Mécènes qui voulaient publier son ouvrage de 
son vivant. Le manuscrit échappa comme par miracle à la destruc- 
tion. Lors d'un pillage dont les fils du défunt, Simha et Isaac, 
furent les victimes, le manuscrit tomba avec leurs biens aux 
mains de soldats turcs, qui le remirent à des marchands ambu- 
lants. Les fils de Juda Daniel le reconnurent aux mains de ces 
derniers à Constantinople et le rachetèrent, de sorte que les cin- 
quante-quatre premières consultations de la collection purent pa- 
raître en 1711, grâce aux soins du premier de ces Mécènes 5 . 

Joseph ibn Danon, ce semble, n'a traité que la première partie 
de son ouvrage, primitivement consacré aux trois colonnes du 
monde moral selon le judaïsme, la Loi, le Culte et la Charité. En 
effet, la préface indique seulement la marche du premier « sar- 

1 Ï1T ^PIUS NbiS DrO JK51, c'est en ces termes que le copiste du ms. Meyer ter- 
mine son appendice. 

2 n"i \mn "ne. 

3 '3'3 'Ott b'J "n^fi «3N^5a tpV «m nOïlTl (Amsterdam, 1702). 

4 Jewish Chronicle, l. cit. 

5 Voir l'introduction d'Isaac Almosnino au îp-irpn mi V. La deuxième partie de 
ce recueil de Consultations parut à Constantinople en 1733, 



JOSEPH IBN DANON DE BELGRADE 291 

ment », qui traite de la foi en la tradition et prouve que, sans la 
loi orale, il est impossible de comprendre la loi écrite. En écrivant 
sa préface, Joseph ne pouvait guère donner un aperçu de la 
marche de ses recherches dans le cours des deux dernières par- 
ties, d'autant plus qu'il se réservait de les traiter plus tard. Il 
ne croit pas devoir indiquer ce qui dans son ouvrage appartenait à 
Joseph Almosnino, parce que, vu les relations étroites qui l'unis- 
saient à son maître, tout le monde considérait néanmoins le tout 
comme l'œuvre de ce dernier. Peut-être la mort de Joseph Sartati 
a-t-elle aussi empêché la publication de cet ouvrage. Mais dès 
cette époque, un autre ouvrage de ce nom était consacré à la lit- 
térature juive; cet ouvrage, qui parut à Venise en 1701, était 
« les trois sarments » d'un autre Joseph, Joseph Isachar Bar, 
rabbin de Kremsier. 

David Kaufmann. 



APPENDICE 



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Epbterr ^aiaintt i-j"nbî "waicitt^a priât 1 » n"n?2a -paoi "p»a -ras Toa 

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292 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

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■nai*a wim aab *>b wi b"pi^T ann ^n -nia bia ibi-JK "pria 
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ban 'pnrt ba> Sniio bab a^anb rnaïaa wai 'pumpi i^ra^a 
^pmbai ma^asaiBip "a an ^mn ^bin-aa ma a ia îïwam ,ma«n 
i-wna nttfco rba> a(i)rmr ma laaoi a"am p"na>a N3»mi mirai 
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mnan .naa a'^a maïaa S-npa nbia ta-wba miaiiam mibwz} 
r^in ^a ,rpT> mna bab t^nn ^iinai ivaan pbn Min iavnaia>a 
ma rraann inaaba Ta naia? iaam aa ^na ma^bsb iwaa rrab 
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ba* nia mbai ido nam r<ini b"r ann ïam ma bus van nai 
ï— rn?ûua nha o^bi^an ta"»aann i-naa Y>ai ipTDTrpi 'pta'a a^a 
Wi aabiaa dn m amm tato ">"n îaaraiabN ittiki "ia?am pnam 
bpiiTT ann •pa'aia cpatinb oiann nata ba> ima'npi tab^na taira 
ynab tp-iwan .ta'niDai ras'aai pis: ,to"nian i*rp laaai ,tobi*a 
ia ,m«baan maan lan na .nïnffl ?<aa a>a> û^aarn .fca'mbi 
t^a^biS ï*4nna»aiB ^pio^b min ba s-manbaa miaa ïrn Nirr 
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■h a mmpm marnai mp*raa manarr ma "pra pnpnai irai* 
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rrbnai î-riaa?i rranpi ï-mnb nan mi^-!3i mi»a cabia n^n 
r-ip^it tjini .ï-ina'aa taiwNn ba nx bapa irm "prw taipaa 
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N^aona bk^na «b i^a^ai .b^Ta"» ^bnaa mm na>iaa b^i miatm 
poiD ia*wa nnaai naanart i^aa im^nbi ."«rm ^aaon t^np" 1 
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.V^Na "^nba i^th nTimsa (m'ibm) ^aoai ,Vman ^aca bba -ido bj» iba> 
*]^ nN^^i tm nN 'n ^iana nawi isnaa aba a^ann la^mauai 
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naa ^^ai iai">a taai-» ^n^a ana an miabnai ma« swiiaa ta^ana 
m:na J*<a ai" 1 !! rOHl .ï^a^an nau) n«ba na» nsoa ca^a^ waœa 
ï-ina^o mi i^bN tom isa ^aa b-na ^-ip manba bipa mana 
ï-i^bN m^arr m"bna na mais t^ia>ir aiab a^rr "psira !-ï«an 
^iffl« .ma isiam» inbai î-r^a© bia>a # na t^ati^a ftx® rts naa»ni 



JOSEPH 1HN DANON DE BELGRADE 293 

s-nn toiasa ùï-tb ^m îraraa îabn bania** *aai ^aiab iibni a^nb 
ta^na ab ,ï^îb?2 rp-n ^ab na Ntba lab^i / s— t^i^ï-î ain ^d» ,îwba 
mi i-iD-in D^rjy t:rr?2 barras"' "aiani ,nbabi tzmnb ^bn f<bi 
■>aann Carrai fï-TTaian b* tzpsmi tzp/ain* tarrai jtxasœy a^na 
,in7aiK* na73S fc^aica awai imnaiûa aa / t=i- , 73 iskiibi tpirr 
,mnBiû« ipnn tarrw -731173 bai ,ïraip nsnaaa fcqmaiia nN iiaybi 
i-i*anK ivi« ba^» »■« itiepi ,FTirra3ïi lonnai îanna a^aira cannai 
naabn niTrrab nau: Ta ana73i as mn >*itt "renann unnb ai*> ira* 
t**ab»b nabtt yai p"ab ta3na73 ^£73 pfh narca rranb î-ipm T'ai 
/ïsjnaibsH an a êotn ^nbarrab t^n^n yai /wn mn bj> ï-rin 
-itt&ô mnroa i-ian7:rs *p ï-rnn ,^173 -inr 1 irb^ i-imn nta» i-i Tn 
h?a "»ai73bn ^a ^îaa an b^ ib* wi ipnain rraai ,">i wnatb 
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ï— rbiam i"n rra73 ^t v^j-p ^aa &sn ria» vu»» it vna uy "nab 
oia nrap nN ,tpi73b amattin tzp73n ^aipum .^-11-173 ^avaion 
nabbi snoab .tzm'ia isba ni/aban "pan utt3Ni ©i-ii narba s-»bjnnïi 
tarbi ^b r-iimab ya d^ei ftzpiaïaa mma aisnbi rta^waïi "nriN 
ta^bma *ipnb ,û!"paab ia*a yinb yiam piia* Tv«m ^bana t^n 
rran s-ni'aan naa NOTai ^rpanatb s-nsn ripixa r^nbias caiiaabi 
ttnab Tba/a aiia* ,?-iai3>73i ta^rrbN nai73 ^1^2 nai # n»a 1*1 y» 
,i*7ja *pan tabun ,iim ^na^ba rrn^n ai^r; ban ,^151^72 ^n: - ! ba^i 
ywNa r-r^p irtuasi ,ï-îb" , DN ^vn ^n^i t-nainNa m^i-in na^m 
■«tim /înb^ba nnpi nnn rjbaa rripa r-naa yxi ,snb»tt 1^1 tanb 
C]a?2 # ip^n V'i^Ta .aiain r-rcy^ na .n^n nany T»»n n^b^ naiy a:an 
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■'bip n^ t^ï'aNi ,'ma ^r,^ ^3 ^mbr "iuîn tan -1 ï-t^tûint ,-niND n^np 
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fcNi / a ,, m-i73 tz^73u: ^73nn ^a naitta a^y^a rspj>i: cmnb iNa^n 
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s^bi ^n-jpr: t<bi ^mbia «b ,"<3©»n mba ^13731 /sîaren vin n73Nb 
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ppa ^aobiatti ï^'bna vn^na inbin !i«i ta? n.sn 13 n^i73u: b« 
rrnan iiin rrauja iu;n innsi ta^nb^n *jnN npbrt bu TTTaanp 
y^Nb "{Dcai "©Ni miuy nbasi iidt:to iin ^om "w-i y^ — iTaai 
ï-iwN73 in rpT> r-i73 fc -i ^d^ii 3>i^i aaiOMb bc:i t imm tai-i73i ^ïna 
rà-\y b« ib "{b^i tt373T25ïi sria^a «n «b a^^^n- ïhni "120732 j-i^d 
id3»ici id^oi ,i73ip7373 in^i ob mna nstb 'JH mDwbpa ?"vi 
^'m !-in^73 non abai aana n^n 073:1 ^t:^ ba ^abi .na tta ira 

1 Genèse raàba, 60. 



294 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

■Wi lyç ntt*iEïi ,ï$pa h^b an a*^ inaabn a^ana bai ta^ûb 
12T80 irwi ,taaib laanai 133*? "iabn na b* ^eii aian abi i-naa 
ban ,mm v a îtîïti s^aiTab p*ip pp'Wa -o ib vn ntti&o .tai-a 
,ssvp N^n B^amaa fc-vnm pa ,ntva[na](an)p i-naan e^na^sob 
133b hN anpNi ,!-"P181 V3N VN1 /5— Terril Visa ilifi VN1 "JVJK V« 

natta asan bis ban ban ,vp aab N3»nn irvri aina* vj "naa bai 
^ieo ^ C]Ni la^nNE ivba nuîa tavn pb vas miN-ib vnaT f<bia 
tsb iibn va ya "731 an TViib onvja naab ^nbiai r<bi /înrrrçab. 
a^a tanaiï ^nNStt >ôi -nasa ^ïpm .iaian "naian ,13110b a>72r:a 
vivn mbiatta vaa îaawaia "kiîn vaaa nbnai /rça» "n^batt /•çoa 
miarab /îabis *p i3>biaai .iqi^tta ann minabi maiantt aiuprib 
ta? vns anpa a^nn Tnaw smina* viin ias3 innvn tsviba iaan 
;mti "nn» va cjni ,in»an i&n 15 vna ib ivy Toai ban^r va 
in?a nu^a mvi >*b n/rrai ,in£)Ni vaa b^N ,invaa i-iifcb nan 
t-iNTi .anb nnvi t^*b nmnp taaai ça^bian p rniaaa n^a n,-na 
lan ib S-Tï7aa>tû r^vi iman ,yna&n by bam ^n?:m vin ^b s-rnvi 
ma? bipa vnp Tnîanïi "—nsao wi : ^33>a rr rran tavr iam 
vnan aina tanni vvazn ^nm u aa72i viann bip ynv s-risibn 
taiva ,avvaN np3>s:i Jp*î9 tnyyv ynivrt ban ,taviytt va^tt 
yna-^p naie» naa tznn Nin ■n'wrj unnn i? r:inb ^in73i t=i-«b 
i^n tmsia b-jai ta^an bo nbiia "n^a ^i^a-«i p"sb t-ii^bâ 
ï-;ia^b m^N nb n«b53M mpiita ^mio mi^ia ^nan cd5> -^na-i 
n^n^ ■jîïi naian pi ri73an ]rn a-'ian imb*»»ai .^pn^i as^7ûa 
,fc3b3>Q 'n abtD" 1 ïmnacnn bbiri73n ^nid p"p t^inn Dip73a ta^b» 
"l'^aN abia^ i-in a^nn^i D:man t^bîai dipam .nb^na &ibu) ^n^i 
ïionabi ynsa niwyb tasna^a a^a7: ariT ib^rn rmaisa ba iu:n 
,bm msb inb^DN^i r-nn^nb nna^a ■^aiÉnatT'i ,biiaai Ti^b p»a»b 
am? npion /- s-in ^na^i ,^3b b^73 t-tni^r; nia^m ,^v im^i 
tznpttm ûnn ta^To^a "»b J-na^uî ïpmsfi hy a-'oin br .ta^iioN l^nni 
tamiaœîa flm ,n»api ta^si^a a^at "«11 b^ rrnaT babai nui 
i3ioD-iDi ïfntta rnx ioai ima ^a ar tariTo^ a^Ni .!-T73^bu: 
U3in t^in i^t usTfib lira an n ta va wi »SiTa niaaa a^nn nyaiN 
Saa n^aN 'n ba ta^aan ta^o^n b« yiab ^bai ta^To ^oai i^n 
m^xai a*np prai nb33>a nu:v -»biiy?2a via*>-nn ï-imawai n^i n^ 
npTXi ion ^nNb7o înia^tta "rai r;Tïi aip7jn bx ivxia iy la-'a-nb 
taviaiattN Mnttî^ip tnbnp N^n ribbirvan n^n a^an nib^ai 
ia "^pbn by nNiin pia ^aaïii C3"[»3(B)nrj bib« ujnnb û^»^ nuîuja n"3>^ 
/ïriaibi îinnn ^iaa>3 D^wam aain^a^n ^v^a p ^^^12 na taa 
,tvn73 baai *ii25s>a Saai .imm mina mv^n inN la^n taainTai 
rvittibi nnnn hN am« vaa ^vt: i^bN m^an ib^n Saai 
ta^a^n hN aniNi ,înaiam fi^ifcnrt m37:a i^oaiTo pi» m3n?3i 
aaann rnaupa'O nai bab r^m iiwni /na^b ï-rpD>nai pansTai 

1 Allusion à Lév. ? xi, 30. 



JOSEPH IBN DANON DE BELGRADE 295 

no-p iSaa ^riN ain tabia "na^i *»1»i *7iaa "1^73 SbiïTBîn ts^iiTarr 

, tu 

ipiNb naai ^-naiya ii3> ^mi -n^ lia ^nsis SN3n3 irnaaa 
aa^anb i:n n^3i nmib i-rnins ima mm apaisa amiîi taw 

1HD73 1tt)8,l"raa ,^333*11 D"Wl ,t3*33 ^331 0*333 S SlS^a îlNb» 

,i3i:>733 r-inT3^nuj ï-iDi 1^3 ^apian ioia?3i /isnbusb a^ao ^Vonii 
srrnïn ■»» ba> ■^■wn ï-ith tara Tivnïib iiT^a ^b t — x"»r-t Nin 
ï-mnn r-nnbi by npiab vn pTab ,ib iTa&m ^aivn ^biaa nx 
Kbai» uni ^n^ba*» ^b->7a -»an7a wista mba>bi ï-pi3>ïb ba» pioibi 
ta«i L3^72 û« tav baa taifiN irawai b"T air: ni73i "ail ■'toisa 
.pNn bN snN^?3 Nbi nw iiTas p ^a ,l?nr "^ba iizîn rrain 
■pa aranb i^as Yistbi rmnb aa^ny anapb 3>?ana ïb im ra^Na tînt 
*a vnaia iau:i73b laroT rmawoa ïiba»n nascai /lacap îinaTa ^a N3ïi 
03^7311373 'hïidi iisn ïirbïi iitapri ■niana nbï^n na b^arj» iiap 
^3N ■maab t^bi ft-nbniaa ^nabn c*-tb *»■% ^a yi^rt *j7a nban lin 
nna» ifnnai ^by ^aia» rai^Ta nx rra ^nam a ai twii ^a om 
es^ïi it "1731N p *mw ^anorn abi f<ion7a -mon ^nam î-pii^to 
173 aiaab iTairy r-i« brriTart -<a Oa^iriNTa ^ny-nw tannai ba> ^biûa 
dthidn iai iion snp ï^nparr tpj'b taaitaiattrï îïTib^nn aa-noorr 
mmio ib^iaTa^ai ib:£N ibia7ai oib-> s**b ntDK o^iaa aa^a in 
r<an p ba3 s-pm îminan iaaTa»i tjt ■'atrra ^e&wj iïiîi tama^b 
œnnb îEata* r*N rrntr abi iTau: ba? ani^ nb^Tai D^inN "nan qiaNb 
û^j^rs ainm ^3UJ 3>au Nin bannrs ^a Nin yrv tinna miain a^aa 
pin nao ï-rt^NTa 33a n-ON ■>nriN ^a i?ay i-ircrt nba3 '•a San ot 
n-'73-!a73i ^^73 ïT^b n^b mi n^anp N^ba Np laina .niaN Sa ii^au: 
nbiNa £**ra73 1-1731N auja lai -iTai^rr Sa b"n iai-i^ïiTn naai b^D3 
rfta "naia ^ni i"n inaarb baiN naa^i nbiart ^ina ^3^1 tablai? 
ta^n3N3rt rnab n7auî7arî fr na ^nnNi .î-r^ab narj p^Tnnb pn 
i7ai^n .tsi^rr ^Taa ^vid aanb N^TaTai .û^pi^Ta 31173 ,ta^paw?n 
ttnprï b«n au: nx nsabi n3iab bbnb nmnb rtNi^i t-rarjNa 
173Tb laa^am *yiy*pi "la^nna mavj ta^a^nb bTaian i-rpiira u:ipar: 
tn73 ■wn .vibfitDi ^mbi ^mba -iD3>7a ^7a^pm aira ba ^ab?a^-i nw 
arjb ^73ibn nna i^xa ^n^i ^abwa -«avn ba ^awn i^Nn ^a ^nTabn 
ib 113^ ^3N p S3> ^3a br a^ion ^pini ^a» 3113 aibnr: î^3 ^a 
maNb7373 btaannb pnin p ":n r<bi ^aiiN r<in ^a iiaa»N H3b 
inbbi rrb^n72 u:pab ^n bxb nb^DP3 ^ni .wTpïi nn3j> inii33'7ai 
nz^ tainn Nin "O .nnriyTaa a^i aa^ai3nn3 ax r-nËip 131733 
S^n mfflyb na ^b in">i .nisaTarr mbaa imiitt» Sai ^mai^ 
Nbi 173b iabrîn-«i imnaa Sa nsnauîn nta ^a ; nnn b\u nn?ûnb733 
Sr ns^3 i-p-jep -1131^ tn i^a-^ vil nvmNl iaabi^b ab br il?an 
^ïiaa 13311 1317373 piim c^muîi w^b t\b^ taaïib lia —iujn 
mbu5ia D">aiai mai ta^i-» "^p^riTa nnnn ^p^triMi tabia^M ^1173^ 

1 Jér., xvii, 11. 



296 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ina"" nu)N UPNri !t»5ii ■'awa "pttnb Tn»3n t=ntta>a tt»ïi "i27aio 
I3ia /n*aa la^aPï Sn t-p©i ^ariTaa •— iibn ns-ion ïnop "nôpai m 
nprrm nsaa pi *?ai ^rnûpa dn rrvojbï mb^a tn« "yuaob iiaa>a 
■ma narjb s— m^T^: rwb ^b !-nnn Tn*a taa\N-ipa i^ïti ïib« "nai 
ta^ump trau;-' ^nDUîi s-i«bv Tarb ■pbrôa ■hyiïtowi /rwvn in 
rrNip^i ,manb "nai nna "naia ,t-nnan tït rsar; ynaa nw» 
ibarn iam© , « nan a-pia -pnyaa "•aatn lTJI'H^ !T£^^ "i DD to ^ 3 
mnian Nim minti ba> ^aia> ûbittro ûiai mabia ba> D^pbn TObcb 
irmin "p p*nnnb i-mnn "na-ia D">aaNa aana> la ïTrwi y^&nn 
ïrnbap mmaNa Dianan b^v-ba r-na>nba "laiabi id . ba>auj rt^-npn 
mbttîbï) naina f**"»a« man .anaa^ mm s»*b« iab ya tnaiNa 
.rmaaii ^sa bapia i-r"a> irai iHtaa na> œ^N ^sa ©•« ï-inbap 
i-mnaœ t^a^aa* n^p fcoaa m an .ïriasp *pi "»mr« ^b ■ottoi 
•a^an r-nat»m rrnnn ■na*i ba> œ^ia rnp^o 'a in 'a aa> anaaia 
nsa abao "«as?: nrnanaa i-np-DDn ba r^bi fixa pairon Nra» 
•mâpnai mas ^n»ai 'labnai naïaaa ^"n naia rnarwa 
na^aa aa*>aa naisai ïpina «ar barri aai-inan aaitaan twiwoïi 
pnatm pTnn pia bai as tim naer rabnn ana aa , traie 
û^prfrrb -hddn ijr ïts b*ato i-mnn vibaia wt t**bfi "aa irei&fta 
na^aa: rnT ïapab Naatn bNTa-> «■»« bai napna nn« i-nasa nb^DN 
baniû"» t-pa r-naaat 'n a-iaa a^aaip -)*ab *>b'a ^anaa fcmn $0^1 
^DNa nnaibia&n /poiiu ya pa n»« *Nirr mis "a 'yipn t— in np^i 
iTaiyn ynpi yip ba ba» rua^N naan ,iujaan l\aya iau:a> ba>m 
s-ia-n r<3^ ia ^a lyN ^asb -ra-> "f-n ^5« ti^bi ,bi«a»bi npiob 
m»TTp ^a taabia^ \sa ba uti Ti^a^ .taa^nn yy "(m r-i« m7aiob 
anano TOVjpn minn nbnp ma^ab nn^n r<"<n bNi©^ ^aa mbTTâi 
no ba>a nana'a n7ai ns b^a«î rrnnn aar pTm y^?ax nœpa rnrapn 
nn^a tza^aai» anaa'a taiinn ■pm mab tanb'a na nn^o irn 
ta^n^m d-»biD7a n^p nwNa-« pasi .iwNaa Ta.sa tanbirb «bi r-iwa 
^a\Dn an^rr ^i:" 1 p insi nbn in^Nin arnab ta-'a^an D"H»nj 
^na>aa nbN r:bu: cd^'t û^non rmb^a by "»tt^b«n Nn rmajn ba» 
'a riira J-rnba» ^nTau: -ton n^sTn parn /nnb r-rn Dnan n« ^b 
tai^a ta^p-isn iNip-'T ta^pnob tnpbnnai r-inniDa &rm ta^an^: 
mbaï5Na pan rrn-iD noa biaœ«n hins ba? 'iai 'a 'a '« b^a^N 
ta^ana» rïTn 'n ^sb ii^nb nai "iba^n na>a 'n ma^i 4 ^ab r-ivria» 
a^n ^Tau: nar: ^a nancab it Q.1 ,nb taaa-j^ iaaiN ^nbn na>7ara ir^b 
■^Tauj rtn a^anu: nlbbo nsa7ab a^bia» i-part ^nnatt)» taa^i va» 
ï-i^aau:ina iy-n irpaaflîin pn ■{ rt£» na apa»*^ ^aiiNb p jjot^' 

1 Jér., xxv, 17. 

* Exode, xxxn, 25. 
3 lsaïe, v, 1. 

* Deutér., xxxn, 32. 



JOSEPH IBN DANON DE BELGRADE 297 

amao aip73 ia tapipio fer"»©*! anbN traip 173 *N*i3*n «irn ."pn 
•mditoi npia** 0*00 onb r-inn** ^mb-p bam *f73&o .-paN nroo** 
inairab non trai-aan iiTobn iaia y a iaibiian : '*ion prob rraiam 

* bib tTTaai 0730 riTOOO 170N Mlïï fcjOI i3N 1311N *3p3*i tïï 

taaip inb*a ,ï-ïaiaa nmanai tomrwi oioiip r-ïbrp-aa 3 tababai 
iono« ûiDor &103N ïiobo nan ira r-ni-b pnt taa r]^l .nais*» 
nroia-n *ït*o -b* n'iba oiarhaii trai*ia3>*i pïoa *>*aiN tpr* î-iTaai 
irtKîn ,b"T in-n 11173 &inb** ims npb ira lama inaïi ,iain**ipb 
13*111731 iDibî* iaan inî*m b"T irai taaoa 17301 nirobm na3* -^aarr 
ab[73]a) lanaoa Nbi ab*o ïtd3 lanaTN tût tpii nnia naob vrnr\rorr 
obiOT3n ramn «ai j-int "11^1 "i"oo ia*p raita ba>i laipa 1700 ia 
trarw-aa min tnobioron mina omb 013110 ï-ioboa sino7an" 
ï-naN inrrm N1733 S13073 I3*r£ 131*3*0 nron î-iobo oa? tramai 
nobo failli 111 ba* ïioba* rnoupa oipan ma ï-raniTa ianiao 
nobo nia** "'omb ,binoii o*-iib taiana obiOTa oa>b* loibort orna 

U> , U> Cl». 

tpii ^ ^y talion tnoao 'pins t^a ?xaii ,ap3*ii pnaci tania** 
JriN^bi rr n*s «brob r^ar 1 oinONïi ma73i rnoin» 13*1373 13*3 r>sin 
naabi tomb** naab inapn 133N -ion rt&a obo nnn ,mam 1*11 
û^ro">n7art naabi nnbî 173*0 ia?ai b"T am 1311 1117a nn isa* 13310 
■— )"ira« aiba Qiaoi taw iaii«i a*iT int nn*i aipi it r-mnn bai 
vm fcaiîafcipïi iina ûiÏTaaa t^a rrcapbra rtban oimon* rioboai 
inaon narnpn imbni ^non ïitw inbmra NSTan ^^?an dki trrra">a"iDa 
ï-i7a ,ûavrar£:n *jn7aip3 p5o"i«b Qi-iain innao. piibarj i-)7an ^as?a ^a 
ina«btt inioa» ^a Tnana^a iba> -iraa s-maia bo no ûip iro^Ta ^a Da 
^^nas 13» mTobbi wp t^bo ^7aa:3>ai ^aj* 3*1111 .^n^ Timm a^np 
iaa *jn .rinÏT nin ^-iiroTa •nina , 70OO in-i ï-tt\s 1530*0 nrom ta^i 
aoro 13737a Tia'Tao nim ,11113 itono 'm*n nnn ib la^N" 1 «b l -aNno , • 
73Ïi 73*11 *ia« baÏT N73-pb imiNi ^-nmroa 111*1 173 bnan ann 
r>ion ia rnonD omo by ï-m«i nia mqibD *tso naino ia , *73ip73a 
mon "jma J-inx 'iai iTaib mnon ">aNb73 ib-nnn *]b aina b"n 
•■nnai inana ■>:« bfin©ib 173^0 opa-a Nino !-i7a aina^o ï-io73b 
J-roia* ib^DNi 'iai 5-I0730 ûiboi an n'^-pn b"N ,î-ninn nx Dab 
.*-a"a3* r>iin *{73Na wa baa no73 iiay p Nb nTa^ao ain *(73Na 
Nirj oi-idi craiboi an fTaNa ia^o mi* 173N-» ma un »bn*i snopi 
r>ibo tran73 *c*aip *|in û^aym n^ar: iaa *(b Nronp*i l^n traa> b"T 
- , aNb7ab n"apn nro«o iht .ranbo \ywo ï-ipTno n-»an ba*3 r-ianro 
*-i73N"> *ii73N taxi ,b«i|D'a n^Ta no3>i rroroo ûiboi an r-non 
NiS73a /ibo *-ini»p ripTm wa va^ai ^Tna* rxino 013*111 ban i*in 

1 01*41*10 nobo — H98. 

* Sol. 

* Lisez ObODOI. 

4 Dan., ix, 25, et xxx, 4. 



298 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ib 'en . *pb -i-nanb minrt hvrw* isn^ t^b ima 173&« im^btt 
^ cawr bûnur^aii ib^D» ^ ,t*r»ri ^jbiB rrnnn îb^eo ^b aina 

Wl Ï-T1Zλ "in5"l72N3 ÏHÏ ^Ôttl tablas 1N3T T37373 J-lb^rt 13^3*7^ ba 

■jw&tt wïi "ittîN Snnn ^nii73Na ^np^N ?<b ^ab /p i-iiûan Nb 
naa-ii "nriN t^n-ib i3iat"i V N ^ ^""br anrt wi -«m» win *-na 
^BibKi vvmn "pis ^3» Tttabb ^a pa-n r^Tno as.N Npibn rciabb 
■nai -iraw t^bi rj-non dn ^Nb73b crnttJ 173 kw Nfw v 'n 
♦ûbi* w rrny73 ^-iî ^73 abn "•snt snt ^73 «bi ,, D73 mimprj niinn 
•^wyjz fc>bi:>b *pbn ^ "hm iejp w^ .tabw ba n to\aa ^bnn Hn 

: Bpn bN V" 1 " 1 

colophon : 

î-ibNi TiDai nsiaa rata lainb Y'a "^bio tara iriTabiuii wn 
: ! p"ab iNâ irisai 12^ apyî n« f-no , naKâ û^«aïi ban© 1 ' 13 a ïhraiB 
ï-it ViT" 1 ©ara* !Httttttpï"H pnsr N"Nba ï-Habra Tinan va ummba 
î*<bN ana t^bi i73i::> ^nnnfcïi oncaaipB ïipnrïib irwîœm r^afci 

.nt :p-na 

1 = Mardi 29 décembre 1716. 



NOTES ET MÉLANGES 



OBSERVATIONS SUR LA LISTE DES RABBINS 

MENTIONNÉS DANS LE TRAITÉ DÉRECH ÉRÉC 1 



Le premier rabbin qui figure sur la liste établie par M. Krauss 
esfpfiv la ^K aaa ; mais il n'a aucun droit à y figurer. En effet, 
le passage de Déréch Ereç Zouta mentionné par M. K. n'est pas 
d'Abba Issi ben Yohanan, mais est rapporté par ce rabbin au nom 
de Samuel le Petit, et c'est parmi les sentences de ce dernier 
que j'ai cité le passage en question (Agada der Tannaiten, I, 
3T7), ce qui semble avoir échappé à M. K. Celui-ci a également 
tort de dire : « D. E. Z. est donc l'unique source qui nous ait con- 
servé le nom de ce Tanna. » Dans mon Agada d. T., I. c, j'ai cité 
divers passages de la Mischna, du Sifra, de la &amà7atalmudique, 
où l'on rencontre le nom d'Abba Issi ben Yohanan (ou Hanin). Voir 
également Agada d. T., I, 50, note 2; II, 548, note 4. 

Un peu plus loin, p. 216, M. Krauss parle d'Eléazar Hakkappar 
et de f-es deux fils. En réalité, il ne peut être question que d'un 
seul (ils, car Bar Kappara, appelé aussi "iDpn fa, n'est autre 
qu'Eliézer (ou Eléazar), fils d'Eléazar Hakkappar. Voir Agada d. 
Tann., II, 500 et s., 503. 

B. Hidka (apnn 'n), qu« M. K nomme p. 217, est encore une fois 
mentionné dans la littérature agadique comme l'auteur d'une ex- 
plication d'un verset biblique : c'est dans le Midraseh sur le Can- 
tique des Cantiques édité tout récemment par MM. Schechter et 
Buber (Jewish Quarterly Review, VI, 681, ligne 265; Midraseh, 
Zouta, p. 11). Cette explication, comme la sentence de Déréch 



1 Parue dans la Revue, XXXVI, 214 et s. 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Eréç, montre l'originalité de Hidka ; elle expose nettement une 
théorie physiologique qui a été souvent défendue de nos jours et 
d'après laquelle on peut distinguer les gens les uns des autres 
par l'odeur. C'est ens'appuyant sur cette théorie qu'il explique les 
mots du Cantique des Cantiques, i, 3,tnm:: 'pEiû rmb : « l'odeur 
des justes est agréable et diffère de celle des impies », et les mots 
d'Isaac, dans Genèse, xxvn, 27, ïma n^"iD rça rm : « l'odeur de 
Jacob diffère de celle d'Esaù ». Il va même jusqu'à affirmer 
qu'il y a des gens qui, par leur odeur, savent distinguer des 
ossements humains d'os d'animaux, et même les ossements des 
Juifs des ossements de païens : m»S3>b ma m»ar* "p n •pbi'nfciz) ttT 
Dîna mtt^yb bin^" 1 mttsu> V 3 WD. Cette théorie fait penser à 
l'opinion exprimée plus tard contre les Juifs qu'il existe un fœtor 
judaicus '. 

A propos d'une sentence précédée des mots w*n na *rçn dans 
D. E. Z., ch. vu, fin, et des mots Nisp in "^n dans j. Pesahim, 
37 a, M. K. dit qu'il donne la préférence à la dernière leçon 
(p. 217). Mais, en réalité, il ne s'agit pas de deux leçons différentes. 
On peut admettre que cette sentence se trouvait à la fois dans le 
recueil de traditions tannaïtiques de R. Hiyya et dans celui de Bar 
Kappara, et que D. E. Z. la cite d'après le premier recueil et le 
Talmud de Jérusalem d'après le second. Sur la Mischna de Bar 
Kappara, qui est presque toujours mentionnée à côté de celle de 
R. Hiyya et de celle de R. Hoschaya, voir Agada d. Tann. % II, 
503, note 7. 

A la p. 218, M. K. dit : « "OT 'i, sans doute ^btti ». Cela est 
inexact. On sait, en effet, que le nom de *OV 'n mentionné dans 
les textes tannaïtiques, s'il n'est suivi d'aucune qualification spé- 
ciale, désigne Yosé ben Halafta. J'ai, du reste, rapporté le passage 
en question dans mon Agada d. Tann., II, 159 2 . Si, dans Sabbat, 
152 a, attop *n "W '■) est nommé comme l'auteur d'une sentence 
qui, dans D. E. Z., chapitre x, 10, est attribuée à "W '"), il faut 
naturellement compléter ce dernier passage d'après celui de 
Sabbat. 

pnsF '"i (D. E. R., ch. xr) est le nom d'un Tanna qui est fré- 
quemment mentionné. Voir sur lui Agada d. Tann., II, 397-399 
(cf. Revue, XXIX, 81), où il faut ajouter la sentence citée par 
M. K. Celui-ci a vu à tort « une véritable énigme » dans le mot 
•pmp de la sentence en question : d^ût 'OBiiDJa ht "nn psmp. Le 
singulier m prouve que V^mp n'est pas, comme le suppose M. K., 

1 Voir Th. Reinach, Textes d'auteurs grecs et romains relatifs au judaïsme, p. 353, 
note 3. 
1 Dernièrement je l'ai expliqué dans la Monats&chrift, 1898, p. 505. 



NOTES ET MÉLANGES 301 

le pluriel du mot biblique y*np (Proverbes, vi, 13; x, 10); il faut 
ajouter devant i^st^ip le mot baia ou l'araméen b^N mais pas ">bDis, 
comme le dit Kohut (Aruch, VII, 212). pamp b"0« est la tra- 
duction de b*w ^biïi (cf. Targoum et Peschito sur Proverbes, 
xt, 13) ; c'est la désignation populaire du calomniateur, qui est ici 
d'autant plus â sa place que notre sentence s'appuie sur le verset, 
Lévit., xix, 16, yn tri b* 7tà$v\ ab ynm bw ^bn ab. 

Il se peut que cette explication s'applique aussi au mot 
•pitTip mentionné dans le passage de Abot di R. Nathan, cha- 
pitre xxxi, que cite M. K. Il s'agit là d'un parallèle entre le ma- 
crocosme et le microcosme de l'homme, et on dit, entre autres : 
d^în btt tw« !it ûiftn panip an m ub^n psmp &m. D'après 
M. K v on parle là d'une sorte d'animaux qu'on désigne comme 
étant aux écoutes, ûrna ymp. Mais on ne trouve nulle part l'ex- 
pression '3TK ynp dans le sens de 'stn a^iapï-r. On ne peut pas non 
plus prouver que ï»afc"np désigne quelque être, parce que la sen- 
tence antérieure parle de ûbiya rrsn ïtmti. Car dans l'énumération 
successive des détails de ce parallèle entre l'homme et l'univers, 
l'auteur s'impose la condition de commencer par les cheveux de 
la tête et d'énumérer ensuite toutes les parties du corps pour ter- 
miner par les talons. On peut établir une analogie entre notre 
•pmp et un autre détail du parallèle, le mot ûwn, conseillers, 
auxquels correspondent, chez l'homme, les reins (nvbs). Donc 
•pirnp, comme dTiWP, peut désigner une catégorie d'hommes, et 
peut-être ici aussi faut- il compléter i^mp ^bsiN, calomniateurs, 
car le caractère du calomniateur est d'écouter et d'épier pour en 
faire son profit et répandre ses calomnies. Alors, au calomniateur 
correspond, chez l'homme, l'oreille, qui a pour fonction d'écouter 
et de percevoir tous les bruits 1 . Mais il est aussi possible que 
T»arnp ne soit autre chose que aromp, KOTmp, mot qu'on rencontre 
à plusieurs reprises dans la littérature midraschique et qui est le 
latin curiosi, espions. C'est ainsi qu'on appelait « depuis Dioclé- 
tien, les agentes in rébus, qu'on envoyait dans les provinces pour 
recueillir pour l'Etat des informations importantes » (Sachs, Bei- 
tràge,l, 10;Fùrst, Glossarium grœco-hebrœum, p. 195). Dans 
le monde il y aurait donc des écouteurs, les espions, et chez 
l'homme les oreilles. Le £ dans patmp remplacerait alors le o 
pour rendre la lettre s, peut-être sous l'influence des p et 1. 
Gomme cette sentence a pour auteur José le Galiléen (je ne l'ai 
pas rapportée dans mon Ag. d. Tann., I, 358-372, parce qu'on n'en 

1 On appelait les conseillers du roi de Perse « les oreilles du roi » , rà padiXeax; 
aira (Xenophon). 



302 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

connaissait pas l'auteur avant la publication des Abot di R. Na- 
than, par M. Schechter, les éditions précédentes n'en ayant pas 
indiqué l'auteur), il faudrait admettre que déjà avant Dioclétien 
curiosi avait, dans les provinces, le sens mentionné plus haut, 
à moins qu'on ne suppose que cette particularité a été interpolée 
plus tard dans notre sentence. 

Voici encore quelques observations sur l'étude de M. Krauss. 
Tome XXXVII, p. 56, il cite inexactement la sentence )12 TfTt "nn 
■ott ^sb ^yrn en ces termes : "DT7 ^d hv ! yw* im tïit "nn. Dans 
Sanhédrin, 76 b, où elle est citée comme sentence de R. Akiba, le 
ms. de Munich (cf. Rabbinowicz, Dikduhè Sofenm, IX, 215) a : 
wi ^sb ^^rta *^a "vs-st. Cette leçon a pour origine une fausse 
interprétation des paroles de R. Akiba qui signifieraient, non pas 
qu'il faut se prémunir contre certains conseillers, mais qu'il faut, 
au contraire, prendre leurs conseils en considération. M. Rab- 
binowicz cite, d'après Agadol Hattalmoud, cette leçon étrange, 
"DT7 ^d b* "u>3b yùVto ^pïiï "nrj, qui n'a aucun sens et n'est qu'une 
altération développée de ^mn. Non seulement M. K. cite cette 
sentence d'une façon inexacte, mais il en donne aussi une expli- 
cation défectueuse ou plutôt incompréhensible; il dit, en effet, 
que ym a ici le sens de yia* ym, mais se garde bien d'indiquer le 
sens qu'aurait alors isin (*sb) ^d b*. Dans mon Agada der Tan- 
naïten, I, 281, j'ai consacré à cette sentence une assez longue 
note et comparé les mots is^n "«b à l'expression nnttb tyyin ^sb 
(Mischna Souhka, n, 1). Or, cette dernière expression signifie 
qu'on tire d'une proposition une déduction qu'on ne peut y voir 
qu'incidemment, d'une façon accessoire, mais qui n'y est pas con- 
tenue expressément. Par sa sentence, Akiba veut donc prémunir 
contre ceux qui donnent un conseil incidemment, chemin faisant 
ou en passant., sans qu'on le leur demande, mais qui, en donnant 
ce conseil, poursuivent probablement un but intéressé. 

Les mots mawaa yom ywn (variante : m«Da ynzy p^n) sont 
ainsi expliqués par M. K. : « pçn est formé de p^n ? arme ». puin 
n'a jamais ce sens. M. K. parait avoir confondu ce radical avec 
pU53. Dans cette sentence, pian a le sens habituel qu'on lui donne 
dans la langue biblique au piel (et au poual) : attache-toi étroi- 
tement aux pratiques religieuses, qu'on ne puisse pas t'en sé- 
parer. , 

P. 57. Dans le passage trottl na ûin OTwn ab, M. K. corrige 
natoii en noTBïi, qu'on trouve déjà comme a"o à la marge des 
éditions du Talmud. Peut-être aussi n^wn est-il une altération de 

1 Ces deux mots sont peut-être une faute d'impression pour "Tib^PTaïlE» 



NOTES ET MELANGES M3 

rowtt et de ce passage suivrait qu'il y avait une espèce de pain 
azyme mou en partie. 

P. 61, note 1. J'ai donné au fils d'Eléazar Hakkappar, c'est-à- 
dire à Bar Kappara, le nom d'Eliézer et non pas celui d'Eléazar, 
parce que je désirais établir une distinction entre le nom du père 
et celui du fils. Bar Kappara serait donc nra6a p w*b« 'n (cf. 'n 
rnw la nTJba). Il est vrai que dans les sources, comme cela arrive 
aussi pour d'autres docteurs qui portaient ces deux noms si sem- 
blables, le père et le fils sont appelés indifféremment tantôt nw^bN 
[Agada d. Ta/m., Il, 500, note 4), tantôt wbK, et je n'ai pas man- 
qué de signaler cette indécision. Du reste, je dois faire remar- 
quer que ce n'est qu'à titre d'hypothèse, appuyée, il est vrai, par 
des arguments sérieux, que j'ai déclaré que Bar Kappara était 
le fils d'Eléazar Hakkappar. — M. K. n'a pas rapporté exacte- 
ment (p. 60) mon opinion sur Eléazar b. Irai* mentionné par Saa- 
dia. Je n'ai pas dit (Agada der pal. Amoràer, II, 11) que ce doc- 
teur faisait partie des agadistes, mais j'ai émis l'idée que *ww la 
était une ancienne altération de ktd p et que les deux ouvrages 
semblables, cités par Saadia et contenant tous deux des proverbes 
de Ben Sira, étaient deux versions différentes, ou peut-être des 
remaniements de l'ancien Ben Sira, dont le titre de l'un donnait le 
nom exact, et celui de l'autre le nom altéré. 

\V. Bâcher. 



LE TOMBEAU DE MARDOCHÉE ET D'ESTHER 



Après avoir examiné attentivement l'inscription des tombeaux 
de Mardochée et d'Esther, publiée par M. Israël Lévi dans le der- 
nier numéro de la Revue, (XXXVI, 248), nous croyons pouvoir 
proposer la lecture suivante : npnsr» mtfJDH nmn "inuj^b simas 
•rrpîrp nb'YibNba'm laon» ep8dto trnpDtt û^ann trnNtt un ^nobam 
bior» ùjtd^ nbTibabfiroa. 

Pour ce qui concerne le nom de la mère des deux éminents mé- 
decins et juges des communautés judéo-persanes, il semble ré- 
pondre à Donna Gemâl, c'est-à-dire Bella Donna, tio (= ttjo), 
« madame » suit le nom de femme baiïa, comme Sidi « monsieur » 



304 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

précède habituellement les noms d'homme. Les deux fils de celle 
qui a élevé le monument sont d'abord désignés comme savants, et 
ensuite, d'une façon plus spéciale, comme juristes et médecins. 
Le mot trnpsn, qui, comme cela résulte indubitablement de l'exa- 
men de l'estampage, doit être mis à la place de d^rpsn, a été 
formé sur le modèle du terme arabo-perse txnpz, «juriste ». 

Le nom du frère aîné paraît avoir été nain», Moutawwâd. C'est 
ainsi qu'on se rend compte du trait horizontal qui forme la partie 
supérieure du \ tandis que le jambage de cette lettre se confond 
avec les lignes de l'ornementation. On s'explique aussi, par cette 
lecture, l'existence du trait épais qui se trouve entre la lettre 
qu'on avait prise pour un n et le 1, trait qui forme, dans notre hy- 
pothèse, le jambage gauche dun. 

Le deuxième frère qui, comme l'aîné, porte le nom honorifique 
de ribnbNbNtt}, s'appelle "irrpîm. Le waw de la fin du nom se trouve 
rapproché, à cause de l'ornementation qui le surmonte, du mot 
suivant, mais appartient encore en réalité au nom, qui est écrit, 
comme dans la Bible, t-ppïm. Ainsi qu'on le voit encore dans 
d'autres inscriptions lapidaires, les deux noms sont placés l'un à 
côté de l'autre d'une façon asyndétique, ce qui explique les singu- 
larités que peut présenter la façon dont ils ont été écrits. 

Les deux derniers mots, pris pour des noms propres par les 
premiers savants qui ont essayé de déchiffrer cette inscription, 
sont des abréviations de formules doxologiques. ûjut (car la der- 
nière lettre de ce mot est certainement un ù) est manifestement 
la formule connue d'Isaïe lvii, 2 : ûrm^tt b? . . .ûibtu rw 1 . Il 
s'agirait donc de personnes défuntes. La formule finale présente 
plus de difficultés. Faute d'une solution meilleure, je propose d'y 

voir le verset d'Isaïe, lx, 2i : dbvi y-ià ra-p'n }vby Dapp*- De 
même que la première formule a modifié librement le texte bi- 
blique, pour former un mot ayant un sens, de même - cette der- 
nière formule a peut-être changé la place des trois derniers mots 
pour former le nom propre mentionné dans I Chron., ix, 6. Il fau- 
drait alors admettre que cette inscription n'a été gravée sur le 
monument qu'après la mort de la mère et des fils. 

D'après notre lecture, il ne serait plus question de Saad ed- 
Daula. 

David Kaufmann. 



1 Zunz, Zur Geschichte, 359 a. 

a Gomp. mon article Monatsschrift, XXXVII, 121 bs. 



NOTES ET MÉLANGES 305 



II 



Les hypothèses de mon savant confrère, M. David Kaufmann, 
sont extrêmement ingénieuses et je serais le premier à m'y ral- 
lier si elles ne faisaient pas trop bon marché de la teneur réelle 
du texte. En fait, la plupart des corrections proposées à ma lec- 
ture proviennent de confusions dues à la mauvaise exécution de 
la photographie. Le fac-similé que j'ai eu à ma disposition est ma- 
culé de bavures d'encre, que la photographie a reproduites exac- 
tement, effaçant ainsi les contours, très nets sur l'original, des ca- 
ractères. 

Venons maintenant au détail. 

1° La lettre n dans arw est d'une lecture incontestable ; le trait 
du haut se termine à gauche par la pointe usitée avec cette lettre 
dans les caractères de cette inscription : le n ne l'a jamais. Ce 
que M. K. a pris pour le second jambage du n est une courbe du 
dessin. 

2° tTTpBïi est non moins certain, le yod après le qof est très 
net, et le dalet ne prête à aucun doute. 

3° M. K. rattache le vav qui suit n^pm-» à ce nom propre. Cette 
correction peut se défendre, mais il faut la prendre pour ce qu'elle 
est, c'est-à-dire pour une correction. Ce vav est séparé par un 
grand espace du mot précédent et est rattaché étroitement au 
suivant. 

4° ûJtir estune lecture très séduisante, mais qui, de nouveau, ne 
s'accorde pas avec le texte, la lettre finale est sûrement un rt. 

Qu'il me soit permis d'ajouter que mon déchiffrement tel qu'il a 
été publié a précédé la lecture des divers articles consacrés à ces 
inscriptions, articles dont j'ignorais même l'existence. Or, juste- 
ment, il est exactement le même que celui de mes devanciers en 
ce qui concerne les points sur lesquels M. K. n'est pas d'accord 

avec moi. 

Quant à la traduction du mot vio par « madame », j'y avais 
pensé tout d'abord, mais j'y ai renpncé devant la difficulté d'ex- 
pliquer la présence de ce mot après celui du nom propre VfiWtt. 
M. K. n'ayant pas rendu compte de cette anomalie, force m'est de 
conserver mes doutes. 

Djimal ai-Daulah « perfection de l'empire », ïïbnba bN?ûâ, est-il 
identique avec rfc-nba btf»D « perfection de l'empire », nom d'un 
certain Obadia, de Bagdad, pour qui fut écrit un manuscrit en 

T. XXXVII, H° 74. 20 



306 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1311 i ? La conjecture est très tentante, et en raison de la ressem- 
blance des deux noms et à cause de la coïncidence des dates. 

Israël Lévi. 



JOSEPH SARK ET JOAB DE MODÈNE 



Grâce à la collection de ses lettres hébraïques, réunies par son fils 
Scheatiel *, nous connaissons beaucoup de détails précis sur la vie 
de Joseph b. Juda b. Isaac Sark, l'auteur d'une grammaire hé- 
braïque achevée le 1 er Eloul (29 août) 1429 à Getno près Ferrare 3 . 
Nous y apprenons que le jeune Joseph Sark alla trouver, en 1413, 
avec la recommandation de son distingué maître, Prophiat Duran 
Ephodi, Yehiel b. Mathatias de Pise*, afin de se placer sous sa pro- 
tection. Peut-être sa famille, comme celle de son maître, avait-elle 
fui également d'Espagne lors de la catastrophe de 1391. Nous savons 
aussi, grâce à une autre lettre que je publie pour la première fois 
ici, en la tirant de cette collection, que Joseph ne resta pas à Pise, 
mais qu'il se rendit à Modène ou à Ferrare, où il reçut d'abord 
un asile dans la maison de Joab de MoJène, et, après la mort de 
ce dernier chez son fils Yehiel, dont il conserva le souvenir recon- 
naissant jusque dans sa haute vieillesse. Ces deux hommes furent, 
l'un le grand-père, l'autre le père de ce Joab de Modène, qui n'a été 
cité jusqu'à présent dans la littérature hébraïque qu'en raison du 
fait que c'est pour lui que fut copiée la grammaire d'KfoJi 5 . Le 
dimanche 28 novembre 1456, Joseph Sark lui adressa une lettre 
datée de Mantoue, où il s'était évidemment fixé au soir de sa vie. 
Les rapports des deux savants dataient de loin. Joab de Modène, 
le petit-fils, fut le patron et le bienfaiteur de Schealtiel Sark, le fils 
de Joseph, comme Joseph lui-même avait eu des Mécènes en Yehiel, 

1 Manuscrit de Berlin, no 107 (Catal., p. 74) ; Steinschneider, Jeio. Qtiarterly 
Remet* y XI, p. 128. 

* ÙVIDTD a'^3, ms. 23 du Judith Collège. Voir Halberstam, n»5U5 nbnp, p- 40 
et Graetz Jubelschrift, (13{£ filîîJJ), P- 55, note il. 

3 Cf. la préfalce de D^b^D D"1, publiée par Léon Luzzatto, dans Hebr. Bibliogr., 
XVIII, p. 115 et s. P. 116, 1. 10, il faut lire, au lieu de ttaiûb NDT ïTDTb = 
ttainb; ibid., 1. 2o, au lieu de pm lb(?), simplement "jn mib. A la ligne 24, 
le point d'interrogation après Dm"P"P ("?) FmmnU53 fyâl !mD?3T àoit être 
supprimé. 

* Kaufmann, Revue, XXVI, p. 97-100. 
» Zuûz, Ges, Schriften, III, 174. 



NOTES ET MELANGES 307 

son grand-père, et Joab, son père. Il eût aimé venir encore une 
fois lui-môme à Modène pour visiter la maison du noble héritier 
des traditions de sa famille, mais il était vieux, et fatigué, éprouvé, 
en outre, par de graves chagrins, à l'époque où son fils Schealtiel 
jouissait des bienfaits de cette maison hospitalière. 

Peut-être fut-ce un autre fils de Joseph, Isaac Sark, qui, en 1458, 
copia à Ferrare la grammaire d'Ephodi pour Joab b. Yehiel de 
Modène ! . C'est le même Isaac Sark qui avait déjà achevé en 1450 
une autre copie du même ouvrage 2 . 

D. Kaufmann. 



APPENDICE 

f. 146 3. 

anân as 

3 ni23"« 3nt n'73 bantai iaa ib^a i^aaa jwe nan 

St boom -en whim 

^inbwa iaa oio \sm nm ûwïti aiofi ^-naa pttîtt bairia npab 
ur^b p^Tnnb labrwn ianai 17a naaa ttm* aian^taa fpïam ^aaa bsa 
rmani ûibio noo pp Tan bna»b fma iaa babi ■juaa naaai aiian 
rraisp rsapT ibib s-nio n'isa n^?: iftiin inbab nain *fy* biaisa 
tD^DTjT V 2T ^ n mai iaa« ib7ab i^ap ibanb mzn «no rasa "pa&m ib* 
talion limas "bxi ns^ pinb iann Eàpfte&ièn n-paiTa^p onizn 
b*iT *patf bfcom n?aa attb ib rt^rr orna nnab in» &iaiio&nn 
iaa naiin tabsa iiûN rYn'b't mSn ■Wa* ns asi^ n'ao aiian ^apn 
1b a bainbàiûb "fibn ■piBEà -inra itoin oiaio fï?aa ï-it *>mm 
^nbttn 113 Nbtti V7an -hon n^aab ieo 'na«b aniNio s-nai '■paan 
■p -iaam "pai tpati ïw»tt3 "^ ^"iditj iaan ipn?ai "jinna-iTa sum 
non naiî -lan^an is û'aboa aa bi^nu oa 5-1731731 01731» tana^b 
aman yns iba> 1731 TO ba ^ma iaa Sa oibioa bbsn73 r-na« 
Naai «m aaa ma:a nn 'iai -ian *paa» «a harr 'uns oii mncaaà 

Pi '7311a ria iinb 
.Niinaa piist mirr 'na rpv 



» Ms. Paris, n» 1245 (Catalogue, p. 227). 

1 Ms. 2511 Oxford ; Cat. Neubauer, p. 902. D"?3, le glossateur est sans doute Mar- 
dochai Finzi ; cf. Peyron, Codices hebraïci in Taurinensi Athenaeo, p. 198. Le ms. 
Mh. 1 de la bibliothèque de Genève contient les dates de naissance de la famille de 
Finzi de 1525 à 1551 (i^bà). 

3 = mai o*»aia rrrr* 



BIBLIOGRAPHIE 



L'Ecclésiastique ou la Sagesse de Jésus, fils de Sira. Texte original 
hébreu, édité, traduit et commenté par Israël Lévi. Première partie (ch. xxxix, 
15, à xlix, 11). Paris, Ernest Leroux, 1898, in-8° de lviii -f- 149 p. 

Après avoir examiné dans la Revue (XXXIV, 1 s. et 294 s.; XXXV, 
29 s.) quelques passages isolés du texte hébreu de Ben Sira, M. Israël 
Lévi a publié, sous les auspices de l'École des Hautes Études, un tra- 
vail d'ensemble sur le fragment tout entier qui a été récemment dé- 
couvert de l'ouvrage de cet auteur. Du reste, ce fragment important 
de l'original hébreu de Ben Sira, sorti d'une façon imprévue de la 
gueniza du Caire, a été étudié, commenté et publié à plusieurs re- 
prises, depuis que MM. Neubauer et Gowley l'ont rendu accessible à 
tous les savants dans leur magnifique édition (Oxford, 1897). M. Jo- 
seph Halévy 1 , désireux de présenter ce texte sous une forme sa- 
tisfaisante, l'a complété, corrigé, et, tout en déployant dans son 
travail une remarquable ingéniosité , a traité avec un complet 
sans-gène l'œuvre de Ben Sira. Ensuite, M. Rudolf Smend ' s'est 
imposé pour tâche de contrôler par lui-même , du commencement 
à la fin, l'exactitude du texte publié par les premiers éditeurs, et 
de l'éditer à nouveau dans la forme où il l'a lu ou a cru devoir le 
lire dans le manuscrit. Dans son ouvrage, M. L. a utilisé et corrigé 
les travaux de MM. Halévy et Smend. Pour le texte de M. Smend, 
il le soumet, à son tour, à un sérieux contrôle, car lui aussi a pris 
la peine d'aller étudier le ms. sur place et a ainsi établi son tra- 
vail concernant le fragment de Ben Sira sur des fondements so- 
lides. Les savants doivent lui savoir gré, pour leurs recherches ulté- 
rieures, d'avoir procédé de cette façon, parce que M. Smend a donné 
un texte qui, en beaucoup de passages, s'écarte de l'édition prin- 

1 Revue sémitique, 5* année, 148-165 ; 193-255 (Texte, notes critiques, traduc- 
tion et observations). 
* Dos kebr. Fragment der Weisheit des Jésus girach, Berlin, 1897. 



BIBLIOGRAPHIE 300 

ceps et présente des formes de mots et des groupes de lettres 
étranges et incompréhensibles. Le texte de M. Lévi, tout en confir- 
mant assez souvent les additions ou les- rectifications de M. Smend, 
montre quand même que ce dernier s'est fréquemment trompé et 
permet ainsi à la critique de ne pas tenir compte de son édition. Le 
fragment de Ben Sira a encore été publié dans deux autres éditions, 
dont M. L. n'a pas pu tenir compte, parce qu'elles ont paru en même 
temps que son ouvrage ou après. C'est, d'une part, le travail de 
M. Schlatter 1 , qui mérite d'être pris en sérieuse considération, et, 
d'autre part, l'étude publiée par M. David Kohen (ou Kahana) dans la 
Revue hébraïque nb\Drr et faite surtout dans un but de vulgarisa- 
tion s . Mais on peut affirmer que l'ouvrage de M. L. est supérieur 
aux autres travaux qui ont éié consacrés au fragment de Ben Sira, 
qu'il sera comme un point de repère pour l'étude des autres frag- 
ments qu'on a le légitime espoir de découvrir encore, et qu'il sera 
toujours consulté avec plaisir et avec fruit par tous ceux qui vou- 
dront s'occuper du texte hébreu de notre auteur. 

Dans son introduction, M. L. élucide les divers problèmes soulevés 
par cet intéressant fragment. Après avoir consacré quelques pages 
(v-x) à l'histoire de la découverte du ms. et à sa description, il fait 
ressortir avec raison cette particularité qu'on trouve en marge des 
notes prouvant que ce ms. avait appartenu à des Juifs de langue 
persane, et il remarque que ce fait corrobore l'hypothèse émise par 
lui autrefois [Revue, XXVJII, 197) que la légende de la Nativité de 
Ben Sira a vu le jour en Perse. Je dois ajouter un autre fait, in- 
connu jusqu'à présent, c'est que le dictionnaire hébreu-persan de 
Salomon ben Samuel, composé en 1339 dans le nord de la Perse*, 
cite K"PD "ï3 ou an^o "D "ido, dans quatre articles, pour des mots 
hébreux ou des significations de mots qu'on ne rencontre pas 
ailleurs. Il s'agit certainement de l'original de l'Ecclésiastique, car 
les mots en question ne se trouvent pas dans le D"31 NrrnDbN \ C'est 
donc là une preuve que le texte hébreu de Ben Sira existait en Perse 
au xiv e siècle. 

M. L. examine ensuite avec soin les gloses marginales du ms. 
(xi-xviii) et prouve qu'elles sont de diverses sortes. Comme il y a 
plusieurs variantes pour certains passages, il croit eu pouvoir tirer 
cette conclusion que le glossateur avait plus d'un manuscrit sous les 
yeux, mais ce n'est que timidement qu'il fait cette hypothèse. Peut- 
être est-il permis de supposer qu'en réalité, le glossateur n'avait 
qu'un seul ms., où il a puisé ses variantes, mais qui contenait éga- 

1 Las neugefundene hebr. Stûck des Sirach. Gùttersloh, 1897 (P. 1-102, introduc- 
tion, texte hébreu et grec et traduction allemande avec commentaire). 

■ nbT25ïf, III e année, 42-48, 133-140,321-325, 512-520 (introduction, texte avec 
de courtes notes). 

3 Voir mes indications dans Zeitschr. f. d. alttestam. Wissenschaft, de Stade, 
16 e anuée, p. 24 2 s. 

4 Voir mon article à ce sujet dans le prochain numéro de la Jewish Quarteriy 
Review, 



310 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lement des variantes marginales, ajoutées par le glossateur aux 
siennes propres. En ce qui concerne les deux gloses persanes, je 
ferai observer que dans chap-. xlv, 8 (p. 96), il faut lire -n^N, comme 
M. Smend a mis exactement, au lieu de "J-ptt (l'édition d'Oxford 
a *mN) ; ce mot signifie « ici » (^*N?0 • (< Le manuscrit va jus- 
qu'ici ». L'autre glose persane à xl, 18 (p. 24) n'a été rendue ni tra- 
duite exactement ni par MM. Cowley-Neubauer, ni par M. Lévi. 
Voici la vraie transcription 1 : 

u II semble que ceci [la sentence de Ben Sira recueillie dans Sanhé- 
drin, 100#, et reproduite en marge] ne se trouvait, en réalité, dans 
aucune copie, niais que c'est une simple tradition. » Le glossateur en 
appelant l'attention sur ce fait que la sentence mentionnée dans le 
Talmud ne se trouve pas dans le texte hébreu de Ben Sira, tel qu'il 
le connaît, veut dire par là que le Talmud ne l'avait pas empruntée 
non plus à un manuscrit quelconque, mais ne le connaissait que par 
une tradition orale. 

Dans un court chapitre (xviii-xix), M. L. démontre que le frag- 
ment qui a été découvert représente certainement l'origiual hébreu, 
d'après lequel ont été faites les traductions grecque et syriaque, con- 
nues seules jusqu'alors. Dans le chapitre suivant (xix-xxi), il prouve 
que ce fragment présente des traces d'altération du texte original, 
et il émet aussi l'hypothèse qu'il existait deux rédactions de l'ou- 
vrage de Ben Sira, ce qui expliquerait certaines différences impor- 
tantes qu'on remarque entre l'hébreu et la version grecque. M. L. con- 
sacre un chapitre plus long(xxi-xxvn) à la langue et au style de Ben 
Sira, faisant ressortir le caractère de pastiche biblique de son œuvre 
et montrant qu'elle diffère, par le style et la composition, des livres 
de la Bible. Ce double caractère qui distingue l'Ecclésiastique, d'une 
part son imitation delà Bible et, de l'autre, la différence très 
grande qu'on remarque entre cette œuvre et l'Écriture sainte, frappe 
bien plus vivement l'esprit depuis que nous connaissons l'original 
et prouve en même temps qu'il s'est écoulé un intervalle assez long 
entre la rédaction des livres bibliques et celle de l'Ecclésiastique. 
Aux théorie exagérées de certains critiques M. L. répond à la fin de 
ce chapitre : « En tout cas, on aura le droit désormais de repousser 
toute critique qui voudrait faire l'Ecclésiastique contemporain des 
écrits bibliques congénères. » 

Dans le chapitre consacré à l'époque de l'auteur (xxvn-xxxi), M. L. 
admet l'opinion d'après laquelle Ben Sira a écrit son ouvrage dans le 
premier quart du ir siècle avant l'ère chrétienne. A ce propos, il 
dit, en passant, que la baraïta de Meguilla, 11a, fait vivre Si- 

1 Au lieu de bïpfcW, lire b^pÊO, ou bien le T rend la pronciation de Vi dans ce 
mot chez les Juifs persans (i=û=s!|). Cf. Z. d. D. M. G., LI, p. 401. Dans 
^rODI^S et nVn, le ^ est la transcription vulgaire de Vi bref. 



BIBLIOGRAPHIE 311 

méon le Juste peu de temps avant les Macchabées. Une telle in- 
terprétation n'est pas justifiée, car en disant... "p^Ett) ûîib ^n^û^ïTD 
•WPû^m pviSfcïT, la baraïta veut simplement nommer les person- 
nages dont Dieu s'est servi pendant la période grecque (ffOTtt ^la) 
pour secourir Israël. Elle parle naturellement tout d'abord de Siméon 
le Juste, par allusion, d'après la tradition talmudique, à son inter- 
vention heureuse auprès d'Alexandre le Grand, et ensuite elle parle 
de la famille des Hasmonéens. Donc, pour la baraïta , ce "p273U5 
p^xn est forcément Siméon I. — Dans le chapitre intitulé L Ecclé- 
siastique et la Bible (xxxi-xxxv), M. L. réunit les indications conte- 
nues dans le fragment hébreu de BenSira sur la Bible et l'usage qu'il 
en a fait. Il prouve que, sauf quelques rares exceptions, le texte bi- 
blique que notre auteur avait sous les yeux était tel que l'a sanc- 
tionné la Massore. Il consacre ensuite un chapitre au panégyrique 
des Patriarches (xxxvi-xl), qui forme la partie principale de notre 
fragment, et qui nous fournit sur les conceptions religieuses de 
Ben Sira des renseignements qui sont plus nets et plus clairs dans 
l'original que dans les traductions. Les chapitres où M. L. examine 
la version grecque (xl-l) et la version syriaque (l-liii) de l'œuvre 
de Ben Sira témoignent également du soin avec lequel il a fait son 
travail. Nous signalons particulièrement cette observation intéres- 
sante que le traducteur grec comprenait mieux les néologismes de 
l'original que les expressions empruntées à la Bible; il était certai- 
nement moins familiarisé que son grand-père avec le texte de l'Écri- 
ture sainte. — Enfin, dans le dernier chapitre de l'introduction (liii- 
lvii), M. L. indique les règles qu'il a suivies pour établir le texte et 
composer son commentaire, et il mentionne les divers articles et 
travaux consacrés, avant la publication de son livre, au fragment de 
Ben Sira. 

Pour ce qui concerne la partie la plus importante du livre de 
M. L., contenant le texte, la traduction française, et un commen- 
taire placé au bas de la page, je peux formuler mon jugement en très 
peu de mots. M. L. a suivi constamment les règles d'une saine cri- 
tique pour établir, corriger et compléter le texte, se tenant à égale 
distance d'une trop grande timidité et d'une hardiesse excessive. Il 
montre, avec une attention qui ne se lasse pas, les rapports des ver- 
sions avec l'original hébreu et examine avec calme et modération les 
hypothèses émises par autrui. Il va sans dire qu'en essayant d'ex- 
pliquer les nombreuses absurdités du texte, il ne réussit pas tou- 
jours a choisir la solution la plus juste, qu'il lui arrive parfois de 
proposer des explications forcées ou d'émettre des hypothèses insou- 
tenables. Mais, en général, les conclusions qu'il a tirées de la compa- 
raison de l'original avec les versions et de l'examen philologique du 
texte hébreu sont justes, et pour la langue comme pour le fond, le 
fragment de Ben Sira nous est devenu plus intelligible, grâce au tra- 
vail de M. L. Si, dans la suite de cet article, je me montre en désac- 
cord avec M. L. sur certains points, c'est pour apporter, moi aussi, 



312 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ma contribution à l'étude de ce fragment. Je ne reviendrai que très 
peu sur les explications que j'ai publiées à ce sujet dans la Jewish 
Quarterly Rewiew, IX e année, bien qu'il me soit facile de défendre 
quelqus-unes d'entre elles contre les objections émises par M. L. dans 
son commentaire. 

xxxix, Mc-d. La restitution proposée par M. L. pour ce verset 
n'est satisfaisante ni au point de vue philologique, ni pour le fond. 
Les mots de l'hémistiche 17 d rappellent trop Ps. xxxiii, 6 et 7, pour 
qu'on ne soit pas obligé de tenir compte de ce même passage pour 
restituer l'hémistiche 47 c, d'après le texte de G. "PD is^ito n'est pas 
« formé à l'imitation de Tnso Kmto », mais imité de Deutér., vin, 3. 

— Idid., 22, n!~ft est rendu avec raison par M. Schlatter par « Euph- 
rate » ; le mot forme ainsi un excellent parallélisme avec Tifcr « Nil » 
de l'hémistiche précédent ; cf. le même parallélisme dans Jérémie,n, 
4 8. — Ibid., 24 #. Pour le sens de û"nT, M. D. Kohn a peut-être raison 
de rappeler Ps., liv, 5. — Ibid., 28 #. Au lieu de "pin (= 6uu.dv dans G.), 
lire rm, d'après Zach., vi, 8; c'est aussi l'opinion de M. Schlatter). — 
Ibid., 30 b. La leçon n73p*û est meilleure, d'après Lévit., xxvi, 25. 

— Ibid., 32. Au lieu de vnaynn, proposé par M. L., il faut peut-être 
lire Tia^ynîi, dont le sens se rapprocherait de. celui de *nb nN y\y 
de Jér., xxx, 28, se porter garant pour soi-même, c'est-à-dire oser ' ; 
cela signifierait : je me suis risqué, j'ai eu l'audace. 

xl, 1 d. Je considère ^n bs un comme la bonne leçon, car la tombe 
et le sein maternel, le sein de la terre et le sein de la mère se corres- 
pondent aussi dans Job, ir, 21. Par contre l'expression ^n bD yiN me 
paraît impropre pour désigner la terre, c'est-à-dire l'habitation des 
morts, car trTiïi yiN, dans Ps.. cxlii, 6, et Job, xxvni, 13, désigne 
la terre comme demeure des vivants. — Ib., 2. irpo?8ox£a de G. répond 
à Phébreu nais (cf. Septante sur Ps. cxix, 16). Le texte hébreu avait 
tnma, que S. a lu û-m et traduit par 'prpba. — Ib. 10. ttittn a peut- 
être ici le même sens que le néo-hébreu 1DM73. Voir dans Levy, III, 
285 #, le passage de Nedarim, 38 a : rt«ai nOTOT ïip^bT, « l'incendie 
approche graduellement». — Ib., 15a. Il est impossible de dériver 
ftpa** de inp;p ; car il n'existe pas de forme grammaticale dans laquelle 
la racine pD"* peut devenir npT ; il faut lire sans doute ftp^l. Cf. Pro- 
verbes, xxviii. 20 : W Nb TWttb ym — Ib., 19 #. N^itt ne peut 
pas être dérivé de N£72 et traduit par « découverte, trouvaille ». Si on 
ne veut pas lire N£ï?3 il faut traduire ixxrm, d'après Job, xxviii, 1 : une 
mine de sagesse. — Ib., 19d. Gomme G. a lu nmans, il est possible que 
cette épithète a été employée dans le sens de ïimtun, c'est-à-dire une 
femme estimable. — Ib., 20 a. M. Schlatter lit, comme moi, *pttn au 

1 On traduit d'habitude «nb nN y\9\ àans Jér., xxx, 28 : « engager son cœur •. 
Il semble plus exact de donner ici à ni? suivi de nN son sens habituel (comme, 
par exemple ^3>5îl DN 512, Genèse, xliv, 32) : répondre de son cœur, s'engager 
pour lui. n*"l3>n!"J, d'après le sens que peut avoir le hitpaël, repondrait alors à l'ex- 
pression itt)D3 ntf m? ou -|lb PN 3"l*- 



BIBLIOGRAPHIE 313 

lieu de I3tzii. — Ib., lia. Ben Sira n'emploie pas le hifll de *r»n dans 
le sens de « rendre heureux, faire plaisir », mais *p3> "TPttm signifie : 
« ils réveillent le désir de l'œil ». — Ib., 23 a. Au lieu de 13na\ je crois 
que le texte original avait nsn^ au pie l, ils procurent du profit, se 
rendent utiles (cf. Baba Mecia, 94 # : rrarron irttïis). S. a lu wîtj au 
wi/tfj, et a traduit ïionanï ; G. a lu nam, et l'a traduit très libre- 
ment par à7ravTÔ>vTe<;. — Ib. 29 d. G. a lu Tte*, comme dans Job, xl, 2, 
et a traduit par iceiraiSeuuévoç ( — '■no ,, • cf. TDiâ =n : i5 , ô^ 

* V T ? T T / * 

xli, 1. "in5"Dtt a à peu près le sens du mot biblique 133 dans Daniel, 
xi, 20 et 21, et "pa dans Gen., xl, 13. Pour aplttJ, cf. Jér., xlviii, 11. 

— Ib.. 2d. Au lieu de mo , il faut lire, selon l'hypothèse de 
M. Smend, lis (= nab, voir à xl, 2), et placer odn devant ce mot, 
conformément à la leçon de la marge et de S. ; donc, nm ODM, syno- 
nyme de mpn *73N. S. a lu Ep3 osn et a traduit par wiee -non. — 
4 d. D^n mnDin signifie des remontrances, des avertissements qui 
conduisent à la vie, et forme un parallélisme avec ivba» rmn de 4 b. 

— 6 a. Au lieu de nm, M. Halévy lit mn. Au lieu de nnD^ï573, que 
M. L. préfère, il faut peut-être lire 3HT ; on aurait ainsi comme paral- 
lélisme mi et jnî, comme dans Ps. cxu, 2. Du reste, NnmiB, dans S., 
est la traduction de "733, comme dans la Peschito sur Genèse, xxr, 23. 

— 12. Pour OU) by ins, comp. ■nm b? Tin d'Isaïe, lxvi, 2. Or ins et 
*nn sont synonymes, comme le prouve la comparaison d'Osée, ni, 5, 
•nnsi, avec xi, 10, mm. — 14 b. La leçon îibyn de la marge ne peut 
pas être lue ïibajr^ qui ne donnerait pas de sens; on peut plutôt 
songer à tib^n (Jérémie, xxx, 13 ; xlvi, 11), dans le sens de « guéri- 
son, profit ». — i9a. On trouve dans la Bible des passages où le 
« lieu » tnptt semble personnifié; c'est "itoiptt T? im^ abi (Job, 
vu, 10, et Ps., cm, 16). — Ib., 20 #. A propos de la paraphrase de S. 
citée par M. L. a Qui, lorsqu'on le salue, se tait, est un grand vo- 
leur », cf. la sentence de Houna, élève de Rab (Berachot, 6b), 1ns DNi 
•jbn N-ipD ib mînfi »bi [mbra] ib, d'après Isaïe, m, 14 (^yri nbn). 

xlii, kb. La leçon de m»73n dont parle M. L. peut se justifier 
comme faisant allusion à rrabia pN et ïrobtt) ns^N (Deutér., xxv, 15), 
et D"»73n étant synonyme de de DbtfJ. — 11 b. Il me paraît impossible 
de traduire ^nbiro par « ta fille ». — 12 a. On ne peut pas qualifier 
"iKn *jnn b« d' « hébreu détestable »; ina est employé ici comme 
dans les expressions bip fria et "îr? in" 1 , dans Prov., xxui. 31. — 12 b. 
ma=nra, pour ^3, se trouve aussi dans la Bible : Ezéch., xli, 9, 
et peut-être Prov., vin, 2. Le hitpaël vnnon est l'équivalent du nifal 
biblique wa (Ps., n, 2). 

xliii, 1. Au lieu de crnîb, dans la note marginale, il faut lire y»att, 
dont le complément direct est !Ti!13 (d'après Job, m, 4) ; cela signifie : 
« il répand de la lumière ». De même, dans Ib, rvnn, dans le sens de 
« chaleur » (Ps.,xix, 7), est le complément direct de y 273. — kd "p* 
était peut-être suivi, à l'origine, de y^HTi ; donc yntfïi "pJ% comme 
dans Nombres , xxu ,5. Il y aurait alors un pendant au mot 



314» REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

D3C515 de 4 c. — 5 b. Au lieu de mid&*, M. Gunkel, dans le travail de 
M. Schlatter, préfère lire l^ndN, « ses ailes ». — 8d. t\Z^\J2 peut être 
considéré comme synonyme de ittan, 4c ; la Peschito traduit tiDin 
(ïsaïe, vi, 6) par NmiEa (les Septaote : âvOpaxa). — 16 a. Cf. Ps., xxix, 
8. — Mb. Si la leçon d^lïi d^T est exacte, on peut rappeler ^0 3T. 
comme Graëtz propose de lire, au lieu de "^TD !iT dans Juges, v, 5. — 
20 #. dpn ne peut pas être rendu par « boue ». M. D. Kohn rappelle 
Ndpm qui traduit "75 « outre » dans Josué, ni, 16. — 23 #. Au lieu de 
d^N m, lire d^Nb M^i, d'après Isaïe, xl, 15. G. a sans doute lu l'abré- 
viation 'S-n, 3>ûti. — 25 b. Au lieu de nniDS, M. Schlatter suppose 
qu'il y avait à l'origine nvid, comme traduit G. 

xliv, la. Pour dnb pbn Tldd), cf. Zebahim, 102 « : pbn bina iidd 
û"nttb n"dpn ïib, et Berachot, 19# : d-ib nidd "ppbin "pN. — 3rf. L'ob- 
jection faite par M. L. contre sa propre hypothèse, qui est plausible, 
n'a pas de valeur, car l'exemple de Bileam prouve qu'on reconnais- 
sait aussi la n^id3 aux païens; du reste la tradition parle de WM 
dbi^n m»i«. —kb. Pour dmnpnttd d^nn , cf. Prov., xxv, 2 : Tidd 
-idl mpn ù^b». — 4 d. La traduction de d^bïîTO par « fonction- 
naires » est inexacte et ne convient pas non plus pour le contexte ; 
les d^biditt, formant un parallélisme avec ma ^ttdn, sont très proba- 
blement les « poètes », comme traduit M. Halévy. Peut-être est-il 
permis de supposer que pour Ben Sira, rro désigne spécialement la 
prose. — ba. pin by est le pendant de dndd, comme dans Isaïe, x, 1, 
d^ppin avec diarott, et dans Job, xix, 23, ipn^i avec jiaron. Donc 
pn a manifestement le même sens que dnd, la mise par écrit des pa- 
roles. Dans kc-d, il est question des maîtres de la parole, et dans 
ha-b des écrivains. — 6 a b-n ne peut avoir que le sens de nd; ce 
n'est donc pas « richesse », mais « force, valeur ». — 15 a ri2ti)n a le 
même sens que I3n^ dans Juges, v, 11. — 22 a. La bonne leçon, qui 
se justifie au point de vue de la langue et du sens, est p, car d^pïi 
p ne donne qu'un sens forcé, tandis que les mots p d^pM prnfc^b 
sont une expression analogue a ^pntfb <nî dpn (Genèse, xxxvm, 
8). p désigne Jacob, à qui se rapporte l'hémistiche 22 c, et non pas 
Isaac, comme le croit M. L. — 22 c. Tour 13D3 ind&o bd rmd, cf. mid 
û^itd&n de Lévit., xxvi, 45, et d? n*ndb 'prNi dlsaïe, xlii, 6. — 
23 d. L'expression ■ffD'fltn semble avoir été choisie d'après Deutér., 
xxxii, 8. 

xlv, ib. Pour û^mMa, voir surtout Deut., xxxiv, 12. — 9 c. "jTidîb 
itty -Odb est appliqué par Exode, xxviii, 29, à Ex., xxviii, 35. — 10 b. 
■paanen doit être rapporté à l'hémistiche suivant. — 17. Pour le con- 
tenu de ce verset, cf. Deut., xvn, 9, et xxxm, 10. — 24 £. Le sens de 
vnpn bdbdb devient clair quand on se rappelle son synonyme 
03*13; cela signifie : administrer le sanctuaire. — 25 f. dian ■»*» se 
trouve aussi daus II Ghron., xxx, 18. 

xlvi, 2#. Le texte n'avait peut-être pas primitivement -p*, mais 
^y (Josué, vin, 18). — 5#!i£dN est peut-être employé comme un subs- 



BIBLIOGRAPHIE MIS 

tantif (ou un infinitif) ! , et "ib i-iD3)N3) est une tournure comme *ib nita 
(Isaïe, xxv, 4) ; il faut alors lire dans la suite : 3VJ3C û"n}373. — 6c. Pour 
Din *H3, cf. ""Wiri D3' dans Isaïe, xxxiv, 5, où les Septante traduisent tov 
Xaôv ttk àitoAsÉai;. Cela confirme l'hypothèse de M. Schlatter qu'ici aussi 
G. avait a l'origine dbcoAsCaç (comme à xvi, 9), qui est devenu le mot 
iravo7tX(av, qui ne donne aucun sens. — 8 a. A D^ttSa dïi, cf. irtifio fcoïn, 
dans Job, xxm, 13. — \\ b. N103 ne doit être lu ni W03 ni NŒ3 mais 

T T T • > 

N103 ; donc inb Nias Nb signifie : « dont le cœur n'a pas été égaré ». 
Cf. tp vzm 1W03 dans Isaïe xix, 13 ; ywn "pb "jTJT, Obadia, 3. S. 
traduit donc exactement par ïi3>t3, de même que la Peschito traduit 
^firion, dans Obadia, par "pstoÉ* et ^ÊPiott dans Genèse, m, 13, par 
■^#£38 (dans Isaïe, xix, 13, la Peschito a lu 1NÎ03 et a traduit par 
WinnN, ils se sont enorgueillis)*. G. a peut-être bien compris le 
mot, quand il traduit librement : ôawv ôux èÇeTrdpveuosv ^ x«p8(« ; cf. Ezéch., 
vi, 9, !-î:"it:"î Dob 3 . — 13#. Je ne comprends pas pourquoi M. L. 
trouve absurde la correction de bNiio» ou biNiO, car ce dernier mot 
aussi signifie « consacré » comme dans I Sam., i, 28, que M. L. 
cite lui-même, et non pas « demandé ». — 13c. " , "" 1 TPT3 est le ""P?3 
d-flbN de Juges, xm, 5 et 7. Il est vrai que la Bible ne dit pas que Sa- 
muel iw.tiiu.zir, mais peut-être déjà au temps de Ben Sira avait-on 
déduit de iSam., i, 11 (cf. Juges, xm, 5) que Samuel avait été con- 
sacré nazir par sa mère. La Mise/ma Nazir, ix, 5, dit explicitement 
que c'était là l'opinion du tanna Nehoraï (voir Die Agada d. Tannai- 
ten, II, 380) : baruaio ïrrr -PT3. — 14#. !"H2 ï-ns, dans le sens de 
«commander» n'est pas « un néologisme des moins heureux », car 
il a aussi cette signification dans û^ttttb En^Jai (Isaïe, lv, 4). — 19 c. 
ab^si est, en effet, traduit par G. comme s'il y avait û?b^3"i, leçon 
confirmée par les Septante sur I Sam., xn, 3. Mais il me paraît dou- 
teux, en dépit d'Amos n, 6, et vin, 6, qu'on puisse supposer dans 
Samuel et ici une façon de parler comme celle-ci : « une rançon et 
une paire de souliers ». La réunion de ces deux termes paraît 
presque illogique. La leçon ûb?3 (sans ">)du texte hébreu de Ben Sira 
fait songer à une autre explication. On peut admettre que ûbs>3 est 
employé substantivement comme épithète de 'inio ou 'jntt et a le 
même sens que *ino3i intt dans Prov., xxi, 14 (Db^3 = *)n03); on au- 
rait alors une phrase claire : ûb^3T ^33), « une rançon et un don se- 
cret » 4 . En traduisant db^3 par N33mp, S. connaissait peut-être cette 
signification du mot. 

xlvii, 3. prno tr-pDDb ne signifie pas : « avec les, lionceaux il joua », 
mais « des lionceaux il se moqua » ou « il rit ». C'est là le sens ha- 
bituel de pmo avec b (voir Habac, i, 10 ; Job, xxxix, 7, 18 et passim). 

1 ttS33N cf. ï-ilTttN (Zach.,xn, 5), ÏTOtON, ïlbir* 

t:-» t:— t:— t : — 

8 Les SeptaDte ont lu dans Obadia comme dans Isaïe avec ■£). 
3 J'ai vu, depuis, que M. Schlatter, dans ses Correcturen, considère également 
N"03 comme le nifal de NT1Î3- 

* C'est l'opinion émise par M. L. lui-même dans Revue, XXXVI, 18. 



316 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

G. a confondu cette signification du verbe avec l'autre (comme dans 
•n pmîînn, Job, xl, 29) et a traduit : grouÇev. M. L. (ainsi que M. Schlat- 
ter) adopte cette traduction et se voit forcé d'attribuer à l'auteur 
un emploi incorrect de la préposition b. Le changement proposé par 
M. Halévy (3>OtfJ, au lieu de prreî) n'est pas non plus justifié. — 4 c. 
ybp by VP is^ïia est qualifié à tort de « syntaxe irrégulière »; by a 
ici le sens de « avec » (cf. &m by DN ,^ by pi©). — \0d. Il n'est 
peut-être pas nécessaire de considérer avec G. la leçon îDlp» comme 
exacte ; UDŒtt fan" 1 peut signifier « il chante au sujet de la justice ». 
M. D. Kohn rappelle Ps-, ci, 1 : rmiDK aD^72i "ion. — Ib. npn ->3Db 
ne veut pas dire « dès le matin », mais « avant le matin » ; Ben Sira 
songe à Ps., lvii, 9. — - 45 b. M. L. traduit ûYiEa par « hautement », 
et M. Halévy par « sublimes ». Mais il semble que tnntt est opposé à 
y-)N de 45# et signifie les hauteurs célestes; cf. xl, 41 : bu ynfcOo blD 
ûrva bit û vie 73 nia&n miBi yiN ; voir aussi Isaïe, xxiv, 21 (rronNn: et 
ûTOari). Ben Sira emploie encore ûvie dans ce même sens xliii, 4 
(variante marginale), et xlviii, 9. Le sens serait le suivant : « Tu cou- 
vrais la terre de ton intelligence et tu faisais monter tes cantiques 
jusqu'au ciel. » Cf. Isaïe, lviii, 4 (D^b-ip ûvroa y^ttîïib). — \Sd. On 
peut supposer que Ben Sira avait écrit t|03 mmn "iDJO'i (cf. Zach., 
ix, 3, "idjd Eps nMtm), comme S. traduit en réalité (fins* y»), et 
que G. a allongé nsy en ma*, comme il avait allongé *y en tj 
(xlvi, 2). Pourtant, le mot bnaD de l'hémistiche parallèle semble at- 
tester que dès l'origine il y avait maso. — 20d. Au lieu de ïrrûfio, 
G. a lu ïlttSKI —22a. Il ne faut pas restituer usent, mais dbiNi , 

v : r t • r 

comme xi.iv> 4 — 23/. ^25 "p û3>an\ comme le remarque avec rai- 
son M. Schlatter, est une ancienne glose, déjà rapportée par G. et S. 
Car, après avoir dit idt "ib *ïr btf « qu'il ne soit pas mentionné », Ben 
Sira ne pouvait plus indiquer le nom de celui qui a égaré Israël. Le 
rythme du verset est également dérangé par cette interpolation. 

xlviii, 4 0rf. Pour btntt^ ■taaffi fWlbl, cf. Isaïe, xlix, 6 : D^pïibi 
'T* ^aniD nN. L'idéedu rétablissement des douze tribus d'Israël par le 
prophète Elie se rattache peut-être à I Rois, xviii, 34, où l'on raconte 
qu'Elie restaura l'autel de Dieu, qu'il construisit avec douze pierres 
« d'après le nombre des tribus des fils de Jacob ». — 42 e. bdtt 5>T «b 
(cf.Esther, v, 9) n'est pas plus dur que bsn VP dans Genèse, xvi, 42. — 
4 3 b. Pour ce qui concerne le sens de cet hémistiche, je maintiens que 
l'explication que j'ai donnée dans Jewish Quarterly Review, IX, 540 ! , 
où j'ai corrigé vnaa en "usa, est jusqu'à présent la meilleure de 
toutes ; c'est une allusion à II Rois, iv, 34. n^3 désigne le corps de 
l'enfant, appelé là ib^n "NDn ; finna, d'après Ps., civ, 30, signifie : « il 
fut de nouveau créé x>, et Tnnn» rappelle la façon dont s'accomplit la 
résurrection miraculeuse (« il se coucha sur l'enfant, bouche contre 
bouche. . . ». La suite se rattache alors parfaitement à cet hémistiche : 
« De son vivant, il opéra des miracles, et, dans sa mort, des actions 

» Comp., Jtevue, XXXV, 28 (Blau). 



BIBLIOGRAPHIE 3H 

prodigieuses. » Car, même décédé, Elisée fit un miracle en rappel- 
lant un mort à la vie (II Rois, xiv, 21). — 16 a. Le pluriel Wrm n'est 
pas fautif, car il se rapporte à "ni ma (45*) qui précède. — 18 c. Cet 
hémistiche fait allusion à Isaïe x, 32, fVS na nrr tp E]di:\ — 22 d. Au 
lieu de OTTTO, lire nTiïna, d'après Isaïe, i, 1. 

xmx, 4 c. Il est inutile de corriger ^m en yrb ou ^n b*, car ^na 
pTiw est une tournure comme "psa pT?3n (Job, xx, 12). — ■ 2#. A 
propos de na^naittîTa by brD, MM. Neubauer-Gowley et D. Kohn rap- 
pellent avec raison Amos, vi, 6 : tpv> latD bs> ibna Nbi ; il faut lire 
sans doute irbriD. — 7 d. a^ianbi est peut-être une allusion à Jérémie, 
xxix, 10 : riîn mp?ûïi b« dddn a^ianb. 

M. Lévi indique sur le titre, que son ouvrage est une première 
partie. Nous souhaitons que dans l'exécution de son projet d'étudier 
également les nouveaux fragments de l'original de Ben Sira, qui, 
comme nous l'espérons, verront bientôt le jour, il montre les mêmes 
qualités que dans le présent travail. La façon dont il s'est acquitté 
de sa tâche dans cette première partie lui donne pleinement le droit 
de s'occuper de la suite. En réalisant son projet, il ne remplira pas 
seulement un devoir, mais il méritera aussi la reconnaissance de tous 
ceux qui se livrent aux mêmes recherches. 

W. Bâcher. 
Budapest, octobre 1898. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



T. XXXIV, p. 136. — Aux observations relatives à la Gallia judaica, 
ajoutons les notes suivantes : P. 86, il faut lire y-|K btf "]b^T , d'après 
Gen., xxxvi, 6; il n'est donc pas question de la ville d'Uzés. — P. 610. 
M. Gross dit : « Le deuxième propriétaire... paraît avoir été baptise', à 
en juger par la façon d'indiquer la date : "■"attb ». C'est inexact, car "lDD7ûb 
beniai ">3a désigne le quantième de la STTOO, et le 28 Nissan est le 13° jour 
de la rrpDO. — Immanuel Low. 

TomeXXXlV, p. 302. — M. Abr. Danon n'adopte pas, à la quatrième 
ligne, la lecture t|")03 ; selon lui, la deuxième lettre n'est pas un Di mais un 
13 comme aux lignes 1 et 3. Le trait de gauche de cette lettre paraît indi- 
diquer un 123 , qui serait, avec le a pre'cédent, l'abre'gé de [n3]Uî3, — 
M. Schwab. 

Tome XXXV, p. 254, note 2. — Ce qui prouve que l'histoire absurde du 



318 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Juif tombé dans un cloaque un jour de sabbat est d'invention chrétienne, 
c'est qu'il faut admettre, pour la rendre vraisemblable, qu'il est interdit 
aux Juifs, même en danger de mort, de profaner le sabbat. En dépit de 
cette origine suspecte, elle a eu un grand succès et a été accueillie, presque 
dans les temps modernes, dans des ouvrages écrits dans les langues les 
plus variées. Dans son édition des Gesta Romanorum, qui contient cette his- 
toire sous le n° 222, appendice 26 (p. 629), Oesterley a indiqué, à la 
page 745, tous les écrits qui s'en sont occupés. Cf. Hebr. Bibliographie, 
XIII, 137. — D. Kaufmann. 

T. XXXV, p. 303. — Dans le SpK7û, VI, 271-84, une Consultation de 
David Théodor dit, entre autres : nmon "O ûblDE dtï)3 ttreif* ïnÉPip 

taïaa ïtiiai d"WDb i« .tp=> i-rma dbrab "j'nx ï-jïï nm H3pn n^a 

1732B -wn Nbl b«Tnp\ — Moïse Schwab. 

T. XXXVI, p. 287. — Dan Aschkenasi est cité e'galement dans les 
gloses de R. Ascherben Yehiel sur le Pentateuque, inse're'es dans l'ouvrage 
intitulé Û^pTH TTH (Livourne, 1840) à côté des Tossafot sur le Penta- 
teuque, ouvrage très rare. On y mentionne l'explication remarquable de 
R. Dan sur Nombres, xx, 10, publiée par M. Kaufmann, d'après le ms. 
de Dresde (p. 292). — Voici ce que nous lisons dans l'ouvrage men- 
tionné (p. 58 a) : b""l DrmTl '*B b"T ^TN^^i! "p n"-)H iB)3 ^VW pN 

pi ,!Hbni 'ans (H Chron. xxn, io) rmbttn ba ns ^im pi Dmam 
by toi*! '^bid in&on î^ara n^-i ,a-nm a n^sn r-r'apn ib mai 
,>*»b*a -na^ia b"n (isaïe, xi, 4) -pb saauja y-ia nam a'^ra miBE 

ÛrnDÏTl Dma^n "CDH îaiDS a"D?N. Il est clair que les mots a"D3>N, qui 
se lisent ici doivent être corriges en p 173D1, leçon du ms. de Dresde ; il 
est également curieux que la citation de II Chron., xxn, 10, ne s'y trouve 
pas. — Simon Eppenstein. 

T. XXXVI, p. 313. — En parlant des Inscriptions hébraïques de Worms 
et de Spire, M. Schwab semble, à son grand regret, m'attribuer des opi- 
nions inexactes- Après avoir supposé « une pointe d'ironie » où il n'y en 
pas, et avoir noté que, selon Tewysohn, la plus ancienne inscription se- 
rait de Tan 905, M. S. par erreur mentionne une stèle d'un « martyr fils 
de R. Samuel », datée de l'an 1100, à propos du séjour d'Ascher ha-Lévy 
de Vitry à Worms, lors de la première croisade, et il ajoute que c'était un 
des premiers Juifs de cette ville. Or, les Juifs ont dû y venir plus tôt, puis- 
qu'ils avaient une synagogue bâtie dès 1134. Ensuite, si l'existence d'une 
école de Raschi à Worms est légendaire, la présence du Commentateur 
dans cette ville n'est pas douteuse. — Ab. Epstein. 

T. XXXVII, p. 56. — C'est par erreur que j'ai donné à pttn le sens 
d' « épee ». — S. Krauss. 

T. XXXVII, p. 72. — M. Heller corrige *pnbà (Saadia, Proverbes, xxx, 
7) en "pnba. Ce a est exact, mais il faudrait un taschdid sur le lamed. Sa- 
adia emploie fréquemment ^5 dans le sens de choses. — M. L. 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



TABLE DES MATIÈRES 



ARTICLES DE FOND. 

Buchler (Ad.). La fête des Cabanes chez Plutarque et Tacite... 4 81 
Danon (Abraham). Documents et traditions sur Sabbataï Cevi 

et sa secte 1 03 

Eppenstein (S.). Un fragment du commentaire de Joseph Kimhi 

sur Job (ch. i et xxxiv, 17, à xlii) 86 

Furst (J.). Notes lexicographiques 65 

Heller (Bernard). La version arabe et le commentaire des Pro- 
verbes du Gaon Saadia 72 et 226 

Kaufmann (David). I. L'élégie de Mosé Zacout sur Saùl Morteira. 1 1 1 
II. Une élégie de David b. Aron ibn Houssein sur les souf- 
frances des Juifs au Maroc en 1790 120 

III. Manoeilo et le Dante 252 

IV. La lutte de R. Naftali Cohen contre Hayyoun {fin) 274 

V. Joseph ibn Danon de Belgrade 284 

Kayserling (M.). Histoire de l'Inquisition et des judàïsants en 

Espagne 266 

Krauss (S.). Le traité talmudique « Dérech Ereç » (fin) * .'. 45 

Lambert (Mayer). L'article dans la poésie hébraïque 203 

Lehmann (Joseph). Quelques dates importantes de la chrono- 
logie du 2 e Temple, à propos d'une page du Talmud 1 

Lévi (Israël). I. Notes exégétiques sur un nouveau fragment de 

l'original hébreu de l'Ecclésiastique 21 

IL Le livre-journal de Maître Ugo Teralh, notaire et mar- 
chand drapier à Forcalquier (1 330-1 332) 259 

Rejnach (Th.). Nouveaux documents relatifs aux Juifs d'Egypte 218 
Schwab (Moïse). Manuscrits du supplément hébreu de la Biblio- 
thèque nationale 1 27 

Weill (Julien). Nicolas Antoine 161 



320 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



NOTES ET MÉLANGES. 

Bâcher (W.). Un livre d'histoire inconnu, ->21D ma û^tt "nai. 443 
II. Observations sur la liste des rabbins cités dans le 

traité Déréch Eréç 299 

Kaufmann (D.). I. Joseph Sark et Joab de Modène 306 

II. Le tombeau de Mardochée et d'Esther 303 

Kayserling- (M.). Notes sur les Juifs d'Espagne. Les Juifs dans 

le royaume de Léon 1 37 

Lambert (Mayer). Notes grammaticales et lexicographiques. ... 4 42 

Lévi (Israël). Le tombeau de Mardochée et d'Esther 303 



BIBLIOGRAPHIE. 

Bâcher (W.). L'Ecclésiastique, ou la Sagesse de Jésus, fils de 

Sira, édité, traduit et commenté par Israël Lévi 308 

Lambert (Mayer). Abriss der Geschichte des alttestameotlichen 

Schrifttums, par Emil Kautzsch 457 

Porges. Das Martyrologium des Nùrnberger Memorbuch, par 

Siegm. Salfeld 4 46 

Additions et rectifications t 34 8 

Table des matières * 319 



FIN. 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 







JPINDING SEC7. FEB 2 19fëi 




101 
t. 37 



tes juives; 
historia judaica 



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